Il y aura demain cent ans, Joachim Murat, en vertu du traité de Bayonne et par la volonté de l’empereur Napoléon, montait sur le trône de Naples, à la place de son beau-frère Joseph, devenu roi d’Espagne. S. A. le prince Murat, arrière-petit-fils du roi de Naples, n’a pas cru pouvoir mieux célébrer cet anniversaire qu’en mettant à la disposition de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du Premier Empire le trésor inappréciable de ses papiers de famille.
L’existence de ces archives a été ignorée de presque tous ceux qui se sont occupés jusqu’ici de l’histoire du Roi de Naples. Le comte Murat, dans son étude sur Murat, Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne, dont il faudrait reproduire ici l’introduction tout entière, signala pour la première fois aux érudits, en 1897, l’importance des documents qu’elles renferment. Tous ceux qui, depuis cette époque, ont été admis à les consulter, se sont plu à constater avec quelle entière libéralité et quelle parfaite bonne grâce, S. A. le prince Murat permet de copier les documents dont on lui signale l’intérêt. C’est ainsi que le lieutenant Fabry a pu faire transcrire entièrement le Journal des opérations du 3ᵉ corps pendant la campagne de 1813, rédigé par le général Koch, manuscrit d’un intérêt considérable dont la section historique de l’état-major de l’armée a ordonné l’impression. S. A. le prince Murat s’est toujours réservé néanmoins le droit de choisir le mode, le temps et la forme qui lui conviendraient pour publier intégralement la correspondance de son illustre aïeul. Faire brièvement l’histoire de ses archives, c’est dire les raisons qui se sont opposées jusqu’ici à cette publication.
Par son testament, en date du 11 mai 1839, déposé chez Lorenzo di Demetrio Gargiolli, notaire à Florence, la reine Caroline, qui, depuis son départ de Naples, en 1815, avait pris le nom de comtesse de Lipona, instituait comme héritier de la quotité disponible de sa fortune son petit-fils Joachim Murat, fils du prince Lucien Murat, avec la clause qu’il n’entrerait en possession de cet héritage qu’à sa vingt et unième année, et que, jusqu’à cette époque, le marquis Pepoli et le comte Rasponi, ses oncles, administreraient sa fortune. L’enfant avait alors sept ans et, de sa génération, il était le seul héritier direct du nom de Murat.
La Reine lui laissait de plus, à titre de legs particulier, un grand nombre d’objets ayant appartenu à l’empereur Napoléon ou au roi Joachim et toutes les cartes et plans ayant appartenu à ce dernier. Quant aux papiers, armes, décorations, croix et cordons du Roi, son mari, la Reine, s’en regardant comme simple dépositaire, les déclarait propriété de ses deux fils Achille et Lucien, priant toutefois son fils aîné Achille, dans le cas où il n’aurait pas d’enfant, de considérer comme tel son neveu et de l’avantager dans la mesure du possible : essendo, écrivait-elle, mio principale desiderio la conservazione cioè del nome e lustro della famiglia del Re mio marito.
Le 18 mai 1839, la comtesse de Lipona, qui souffrait depuis longtemps d’une affection cancérueuse des intestins, mourait à Florence, à l’âge de cinquante-sept ans, en l’hôtel Murat, rue Borgo Ognissanti. Les scellés furent immédiatement apposés sur ses appartements et, le 15 juillet suivant, ils furent levés pour en extraire les papiers, documents et diplômes appartenant à la succession.
Il résulte du procès-verbal de cet acte qu’on a trouvé dans un cabinet contigu à la chambre à coucher de la comtesse de Lipona, quatre armoires contenant chacune dix cartons remplis de papiers disposés sans ordre ; dans la chambre à coucher, une armoire contenant quatre cartons ; enfin dans une garde-robe contiguë, une grande armoire renfermant une quantité considérable de papiers, registres, diplômes et autres pièces éparses, enfouis avec des objets de toilette, du linge et du chocolat.
Le notaire et les assistants décidèrent immédiatement de réunir tous ces papiers dans une seule pièce et d’en faire un inventaire exact. Ils se réunirent à cet effet quatre jours plus tard et rédigèrent un « procès-verbal de séparation, classement et inventaire des papiers, trouvés dans la succession de la défunte comtesse de Lipona, princesse Caroline Bonaparte, veuve Murat ». Cet inventaire mentionne d’une façon sommaire la présence et le contenu de douze traités ou diplômes, de vingt-six cartons de papiers diplomatiques et de trente et un registres, parmi lesquels vingt-cinq copies de lettres du Roi et de la Reine.
A cette époque, les héritiers désignés par la comtesse de Lipona, Achille et Lucien Murat, étaient en Amérique ; le partage n’eut pas lieu et tous les documents furent remis sous scellés. Achille Murat mourut à Jefferson County en Floride le 15 avril 1847, et quand en 1854, la succession de la reine Caroline fut définitivement réglée, à la majorité du légataire universel Joachim Murat, Lucien Murat, revenu en France, se trouva le seul fils survivant pour recueillir le précieux dépôt.
Les archives de la comtesse de Lipona furent apportées en France en 1856, mais aucun inventaire ne fut fait à cette époque et elles restèrent encore près d’un demi-siècle enfermées dans le grand coffre où elles avaient été conservées, sous scellés, depuis la mort de la Reine. A la mort du prince Lucien Murat, cette partie de l’héritage revint de droit à son fils aîné Joachim Napoléon, et ce dernier, quelque temps après le mariage de son fils avec Mlle Cécile Ney d’Elchingen, lui transmit à son tour, en 1890, tous les papiers, cartes et souvenirs de famille qu’il tenait soit directement de sa grand-mère la reine Caroline, soit de son père.
S. A. la princesse Murat s’était toujours passionnément intéressée à l’histoire du Premier Empire. Quand elle se mit à parcourir les registres de correspondance du Roi de Naples, elle croyait y trouver uniquement les échos de la vie militaire d’un général qu’elle s’était, dès l’enfance, habituée à considérer comme le digne émule du maréchal Ney, le « brave des braves ». Elle fut vivement frappée de voir que Murat avait gagné sa couronne, non seulement sur les champs de bataille, mais en s’acquittant, à la satisfaction de l’Empereur, des missions diplomatiques autant que militaires, dont il avait été chargé de 1800 à 1808. Elle put également constater qu’une fois monté sur le trône, Murat, plus qu’aucun des Rois créés par Napoléon, s’était efforcé de remplir dignement son rôle et qu’il avait eu constamment, pendant son règne éphémère et tourmenté, l’honorable prétention de faire le bonheur du royaume de Naples. Ces registres représentaient l’histoire presque complète des relations personnelles de Murat avec l’Empereur, des sentiments qui les avaient attachés l’un à l’autre, des intrigues qui les divisèrent, des défiances, des querelles, des contestations violentes qui s’élevèrent entre eux et qui préparèrent leur fatale mésintelligence en 1814. Appréciant l’importance, insoupçonnée jusqu’alors, de ces documents, S. A. la princesse Murat me chargea, en 1893, d’en faire le classement et l’inventaire ; dès cette époque, elle était décidée à faire publier un jour ces lettres du Roi de Naples, car elle était convaincue, « qu’au contraire de beaucoup de gens illustres, suivant l’expression de M. Henri Houssaye1, Murat ne perdrait pas à cette épreuve ». Le catalogue méthodique de ce premier fonds d’archives, achevé en 1895, permit de constater la présence de vingt-sept registres de correspondance de Joachim Murat et de quatre cents dossiers, contenant les lettres qui lui furent adressées. D’où provenaient ces papiers de la reine Caroline et comment les avait-elle en sa possession ?
Le 26 avril 1815, au moment où Murat, ayant trop précipitamment déclaré la guerre à l’Autriche, voyait ses troupes se débander et fuir devant l’ennemi, une flottille anglaise, sous les ordres du commodore Campbell, se présentait devant Naples. Le 13 mai, la reine Caroline était forcée de signer une convention par laquelle elle remettait aux Anglais la flotte napolitaine et les forts de la ville. Elle avait obtenu la promesse qu’on la transporterait en France avec ses enfants et toutes les personnes qui voudraient l’accompagner, si les circonstances la forçaient de quitter Naples.
Dans la nuit du 20 au 21 mai, en présence de l’émeute populaire et de l’arrivée imminente des Autrichiens, Caroline venait chercher un refuge à bord du vaisseau anglais le Tremendous. Le comte de Mosbourg, ministre des Finances du royaume de Naples, l’ami et le confident du Roi, se trouvait alors auprès de la Reine ; il écrivait quelques jours plus tard au prince de Metternich. « Depuis le 13 mai, jour de la signature de la Convention jusqu’au 20 mai, presque chaque jour il y eut, entre le commodore Campbell et les agents du Gouvernement, des demandes, des dispositions, des explications au sujet de la Convention… et tous les résultats en furent satisfaisants. Jamais il ne fut élevé le moindre doute sur l’obligation contractée par le capitaine anglais de conduire la famille royale en France, si la demande lui en était faite. »
Pendant ces derniers jours passés à Naples, la Reine, aidée du comte de Mosbourg et du duc de Gallo, put prendre toutes ses dispositions pour faire passer à bord du vaisseau anglais les archives du Roi et ses objets les plus précieux, tels que sa collection de tableaux et de pierres gravées. Des objets plus lourds et plus encombrants tels que marbres antiques, bronzes et mosaïques provenant des fouilles de Pompéi et d’Herculanum, furent chargés sur un vaisseau français à destination de Marseille. Ils furent du reste confisqués dans ce port par le gouvernement de Louis XVIII.
Dès que les Autrichiens furent entrés à Naples, la conduite des Anglais à l’égard de la Reine changea complètement, elle se vit contester son indépendance et la liberté de choisir sa retraite ; la convention avec le commodore Campbell fut désavouée et Caroline fut conduite à Trieste avec M. de Mosbourg et les autres personnes qui eurent la permission de l’accompagner.
M. le comte Murat, dans l’avant-propos de son ouvrage sur Murat en Espagne, a résumé brièvement la carrière d’Agar, comte de Mosbourg, et nous a montré comment ce fidèle ami de Murat consacra sa vie entière à défendre la mémoire du roi de Naples et à rassembler les matériaux d’une histoire sincère et définitive des événements dont il avait été le témoin. De ces papiers le comte Murat a tiré sa publication si documentée sur le rôle joué par Murat en 1808, et pour la placer, suivant son expression, sous l’égide du comte de Mosbourg, il a publié en tête de son livre une introduction écrite tout entière de la main de l’ancien ministre du roi de Naples. « La comtesse de Lipona, écrit le comte Murat, avait fourni aux matériaux dont s’entourait M. de Mosbourg leur principal contingent, en se dessaisissant en sa faveur de tout ce qui, dans ses archives de famille, pouvait enrichir le travail qu’il avait en vue. » Jusqu’au mois de novembre dernier, j’avais cru aussi que des documents originaux avaient été communiqués à M. de Mosbourg par la comtesse de Lipona, car j’avais été prévenu, en 1893, qu’une fraction des papiers de la reine Caroline, et non la moins intéressante, se trouvait entre les mains du comte Murat qui la tenait directement des héritiers de l’ancien ministre.
Le fait que le comte de Mosbourg, modèle de droiture et d’honnêteté, n’eût pas pensé, en mourant, à restituer aux héritiers naturels du Roi des archives précieuses qu’on lui avait prêtées, me paraissait d’autant plus extraordinaire que la trace de ses emprunts se trouve dans les papiers de la comtesse de Lipona. C’est un mémoire de vingt pages in-fol., tout entier écrit de sa main et divisé en trois parties intitulées : « 1° État des papiers qui me seraient utiles pour compléter les mémoires relatifs à diverses époques de la vie du Roi ; 2° État de diverses pièces dont les minutes sont entre mes mains et qu’il serait par conséquent inutile de m’envoyer ; 3° État de quelques papiers, que je demande particulièrement, comme essentiels pour l’histoire du Roi et honorables pour sa mémoire. »
Soit que la Reine eût envoyé à M. de Mosbourg des copies, comme d’ailleurs il le demandait, soit qu’elle eût envoyé les documents originaux et qu’il les eût rendus, je constatai que toutes les pièces énumérées dans la première et la troisième parties du mémoire étaient présentes dans les archives du prince Murat et figuraient dans mon inventaire. Il ne pouvait donc y avoir chez le comte Murat que les minutes figurant dans le deuxième état.
En 1898, le comte Murat, ayant publié son volume sur Murat en Espagne, remit à son cousin tous les documents originaux qui lui avaient servi, et qui provenaient de M. de Mosbourg. Suivant les termes mêmes du comte Murat, ce fonds comprenait pour 1808 « la correspondance de l’Empereur avec le grand-duc de Berg, les lettres mêmes de l’Empereur, avec sa signature souvent enfiévrée et des corrections ou annotations jaillies d’un trait de plume, donnant bien l’idée de l’humeur du moment ; les lettres du grand-duc, écho fidèle de ses impressions de tous les jours, et transcrites à l’heure même sur un registre-copie soigneusement conservé ; les lettres autographes du roi Charles IV, de la reine Louise, du prince des Asturies (Ferdinand VII), de la reine d’Etrurie au grand-duc de Berg, pendant les conflits déplorables qui devaient amener leur perte ».
En me reportant au mémoire de M. de Mosbourg, je constatai avec surprise que dans l’état n° 2 (« État de diverses pièces dont les minutes sont entre mes mains, etc. ») il n’était question que de documents concernant les années 1810 à 1814. Dans l’état n° 1 (« État des papiers qui me seraient utiles, etc. ») M. de Mosbourg écrivait à propos des affaires d’Espagne en 1808 une phrase assez obscure contrastant avec sa précision habituelle : « Les documents les plus importants sur cette époque m’ont été communiqués, mais elle intéresse tant la gloire du Roi que j’ose prier de me fournir tous ceux qui paraîtront jeter quelque jour sur les mystères qui la couvrent. » Enfin dans l’état n° 3 (« État de quelques papiers que je demande particulièrement, etc. ») il réclamait simplement « des lettres du maréchal Bessières, commandant un corps d’armée en Espagne en 1808 ».
En 1904, le comte Murat étant décédé sans héritier mâle, Mme la comtesse Murat se fit un pieux devoir d’exécuter ses volontés en envoyant à S. A. le prince Murat les documents qu’elle possédait et qui provenaient encore du comte de Mosbourg. Mon étonnement fut grand en recevant de nombreux documents de premier ordre sur le gouvernement de Paris et sur le royaume de Naples, toutes les lettres originales de la reine Caroline à son mari de 1805 à 1813, et enfin les lettres originales de l’Empereur au Roi de Naples de 1808 à 1814. Jamais le comte de Mosbourg dans son mémoire n’avait fait allusion aux lettres de la Reine, et quant aux lettres originales de l’Empereur, il fallait bien se rendre à l’évidence, il en cachait sciemment l’existence. A propos des relations du Roi avec la France, depuis son avènement jusqu’à la guerre contre la Russie, il écrivait : « J’ai pour ce chapitre beaucoup de souvenirs et quelques documents d’un grand intérêt, notamment beaucoup de lettres du Roi à l’Empereur, beaucoup de copies de lettres de l’Empereur au Roi. » Or, M. de Mosbourg avait entre les mains plus de 350 lettres originales de Napoléon Ier, quelques-unes entièrement écrites de la main de l’Empereur.
Le hasard d’une trouvaille heureuse dans les papiers personnels du comte de Mosbourg, restés au château de la Bastide-Murat, a permis de résoudre ce délicat problème. Mme la comtesse Murat ayant mis en effet à la disposition de S. A. le prince Murat ses archives particulières, très riches en souvenirs de famille, m’avait invité à venir prendre connaissance des lettres du Roi et de la Reine de Naples. Pendant mon séjour au château de la Bastide, elle voulut bien me servir de guide dans mes recherches et je tiens à la remercier ici de son bon accueil et de son précieux concours.
Dans les papiers personnels de M. de Mosbourg restés à la Bastide, se trouvent d’abord les lettres que lui écrivent à différentes époques le roi Joachim et la reine Caroline ; elles figureront dans notre publication, suivant leur ordre chronologique.
Une seconde série est constituée par les copies de documents que la reine Caroline envoya à M. de Mosbourg, en réponse à ses demandes, pour l’aider à écrire, soit ses mémoires, soit l’histoire du roi Murat ; je pus constater, en parcourant ces cahiers d’écriture fine et serrée, que la Reine avait pris la peine de faire copier les lettres les plus insignifiantes et que jamais elle n’avait dû envoyer à M. de Mosbourg un document original, quelle que fût son importance.
Enfin une troisième série se compose des notes prises par M. de Mosbourg au cours de ses lectures, de souvenirs, de réflexions sur les événements, et enfin des lettres qu’il écrivait et dont il jugeait bon de garder la copie. Une de ces lettres devait nous dévoiler le secret de M. de Mosbourg et l’origine insoupçonnée jusqu’ici des papiers de Murat qu’il possédait.
Le 6 février 1844, cinq ans après la mort de la reine Caroline, il écrivait à M. Bonafous Murat, neveu du Roi de Naples, ancien capitaine de vaisseau, et alors directeur des paquebots à vapeur, à Marseille :
« Vous n’aurez pas oublié qu’en 1815, M. Dupin, mon secrétaire, vous remit deux caisses de papiers qui m’appartenaient, et parmi lesquels il y en avait que je tenais du Roi de Naples, Joachim Murat, pour en faire usage, quand il en serait temps, conformément à ses prescriptions. M. Dupin vous pria de conserver ce dépôt à bord de la frégate que vous commandiez jusqu’à mon arrivée à Toulon, où je devais me rendre avec la reine Caroline. Mais les Autrichiens et les Anglais nous ayant forcés, au mépris d’un traité conclu avec ces derniers, à faire voile pour Trieste, au lieu de rentrer en France, j’ignorai longtemps quel avait été le sort de mes caisses.
Monsieur votre frère Eugène m’apprit à Paris que le Roi, pendant son séjour à Toulon, les avait ouvertes, pour s’assurer si les papiers qu’il m’avait remis avaient été sauvés, et que, les ayant trouvés, il vous avait recommandé de me les faire parvenir, afin que je pusse employer ces pièces authentiques pour repousser des calomnies répandues contre lui par ses nombreux ennemis.
« Sur cette information, j’écrivis à M. Audibert, à Marseille, que je le priais d’aller à Toulon réclamer mes caisses. Vous aviez alors quitté le commandement de la frégate et vous aviez déposé les papiers chez un avocat qui refusa d’abord de les livrer. Instruit de cette difficulté, j’écrivis de nouveau à M. Audibert, qui fit un second voyage à Toulon et obtint, grâce à vos bons offices, la remise des caisses. Quand je les reçus à Paris, je remarquai que les papiers étaient fort en désordre et qu’il en manquait plusieurs, mais il me fut impossible d’en faire l’inventaire, parce que j’étais au moment de partir pour l’Angleterre, d’où je devais me rendre à Berlin.
« Pendant ce voyage qui me retint près d’une année, les caisses de papiers me furent enlevées avec d’autres objets que je croyais avoir déposés dans un lieu sûr. Cette perte m’affligea vivement, elle m’était les moyens de confondre des infamies chaque jour reproduites contre le Roi, ce qui ne m’empêcha pas de les démentir hautement et de faire pénétrer la vérité dans un assez grand nombre d’ouvrages dont les auteurs écrivaient avec bonne foi.
« Vingt ans s’étaient écoulés et j’avais remplacé par des recherches dans les dépôts publics une partie des papiers que je regrettais, lorsque le hasard m’en fit découvrir le détenteur, qui déclara les avoir achetés et consentit à me les céder, au moyen d’un sacrifice assez considérable.
« La collection se trouva fort incomplète ; heureusement, je puis me passer, en ce qui touche le Roi, de tout ce qui est perdu, mais il y a deux pièces dont le souvenir est resté dans ma mémoire et que je mettrais beaucoup de prix à recouvrer. L’une, dont j’ai la copie, est une lettre adressée par le Premier Consul au gouverneur de Paris, la veille de l’arrivée du duc d’Enghien à Vincennes ; l’autre est la minute, de la main du général Murat, d’une lettre qu’il écrivit au Premier Consul, après la mort du duc d’Enghien. Cette minute, si elle pouvait se retrouver, serait un des curieux documents de l’époque et mettrait dans le plus grand jour les sentiments, ainsi que la conduite de son auteur, dans le funèbre événement qui la signala. Il m’est venu à l’idée qu’elle pourrait s’être égarée chez l’avocat qui fut à Toulon dépositaire de mes caisses, mal fermées, peut-être, après que le Roi les eut fouillées.
« J’ai pensé que si elle y existait, vous en obtiendriez sans doute la restitution. Sans me livrer beaucoup à cette espérance, je remplis un devoir, en ne négligeant aucun moyen pour conserver à l’histoire, s’il est possible, un écrit de cette importance. Je n’ajouterai rien à ce que je viens d’écrire. Je sais qu’il n’est pas nécessaire d’exciter votre zèle, car je connais votre dévouement, comme vous connaissez le mien, à la mémoire du Prince illustre dont nous ne devons jamais cesser ni de déplorer le malheur, ni de proclamer la gloire. »
Cette lettre est un document capital, non seulement pour l’histoire des archives de la famille Murat, mais pour l’histoire elle-même du Roi de Naples. Suivant le marquis de Sassenay, qui a spécialement étudié les derniers mois de la vie de Murat, et qui a essayé de dégager la vérité des récits souvent obscurs ou contradictoires de ceux qui furent mêlés de près ou de loin à cette tragique aventure, Murat n’aurait appris qu’en France la convention conclue par la reine Caroline avec le commodore Campbell. Cette conclusion me semble impossible à admettre. Murat, en effet, vaincu, abandonné par son armée, revint à Naples le 18 mai 1815, à 5 heures du soir ; à cette date, depuis six jours déjà, les pourparlers avaient été engagés entre la Reine et le commandant de la flotte anglaise, la convention en vertu de laquelle Caroline et ses enfants devaient être conduits à Toulon était signée, et déjà les dispositions étaient prises pour quitter Naples. A défaut de la Reine, le fidèle Mosbourg dut instruire le Roi de ce qui s’était passé en son absence, et c’est alors que celui-ci lui confia les documents très importants qu’il voulait mettre en sûreté. Il dut en même temps manifester l’intention formelle de cacher leur existence à la reine Caroline, autrement M. de Mosbourg, qui en vertu de la convention devait accompagner la Reine en France, eût embarqué ses papiers personnels, avec les autres archives du Roi, à bord du Tremendous. Mais comme M. de Mosbourg pouvait craindre que, sur le vaisseau anglais, une perquisition ou une saisie révé-assent à la Reine le contenu de ses deux caisses, il prit la sage précaution de les envoyer à Toulon par une autre voie.
Nous avons vu que, parmi ces documents, se trouvaient toutes les lettres adressées par la Reine au Roi de 1805 à 1813 ; c’est là, croyons-nous, qu’il faut chercher la raison du mystérieux dépôt fait par Joachim Murat à son ami dévoué. Nous savons par une lettre de Caroline qu’elle avait pris comme règle de conduite de déchirer toutes les lettres qu’elle recevait, celles de son mari comme les autres, et réciproquement celui-ci devait agir de même pour les lettres de sa femme. A partir de 1805,
Murat commença à conserver quelques lettres de Caroline et depuis 1810, pendant les longs séjours que fit la Reine en France auprès de l’Empereur, il garda toutes les lettres qu’elle lui écrivait. À ce moment, les relations entre les deux beaux-frères étaient devenues très tendues ; dans sa correspondance, Caroline rapportait les conversations qu’elle avait avec Napoléon, et tour à tour craintive ou ambitieuse, elle se faisait l’écho de tous les bruits qui couraient à Paris sur les intentions de l’Empereur vis-à-vis du roi de Naples. Murat conserva soigneusement les lettres de sa femme au même titre que celles de Napoléon.
Le comte de Mosbourg dut connaître sinon inspirer cette résolution ; il avait été de tout temps le confident de Murat, le témoin de ses angoisses et de ses luttes, depuis qu’il était sur le trône de Naples. Quand tout fut perdu, il se trouva là, comme le dépositaire naturel, pour recevoir des mains du Roi les précieux documents qui, dans l’idée de Murat, devaient justifier sa conduite aux yeux de la postérité.
Le 19 mai 1815, le Roi quittait Naples et réussissait, à travers mille dangers, à échapper à la croisière anglaise et à gagner les côtes de France. Parmi les personnes qui l’accompagnaient, certains historiens mentionnent la présence de ses deux neveux Bonafous. Macirone ne cite que le colonel Eugène Bonafous ; nous voyons, par la lettre de M. de Mosbourg, que l’autre commandait alors une frégate à Toulon.
Le roi Joachim, débarqué à Cannes le 25 mai, apprit bientôt que Caroline et ses enfants, au mépris de la convention signée avec le commodore Campbell, ne seraient pas conduits à Toulon ; il se rendit néanmoins dans cette ville et s’installa le 4 juin à Plaisance, maison de campagne du général Lallemand, à un kilomètre de la ville.
Le 9 juin 1815, un bâtiment portant le pavillon napolitain jetait l’ancre dans la rade de Toulon ; il avait à bord le général de brigade Desvernois et une centaine de Français faisant partie du corps d’armée de Calabre, qui par une honorable capitulation avaient obtenu d’être transportés en France. Dès qu’il fut informé de l’arrivée de ce bâtiment, Murat voulut avoir des nouvelles de Naples, et dans ce but il envoya une chaloupe, montée par ses neveux et des amis dévoués, rôder la nuit autour du vaisseau retenu en quarantaine.
« Je m’empressai de dire à ces envoyés, raconte Desvernois dans ses Mémoires2, que le 31 mai, à onze heures du matin, le bâtiment que montait la Reine avec ses quatre enfants s’était croisé dans les eaux de Bagnara, faisant voile pour Trieste, avec le vaisseau anglais, The Queen, que montait le roi Ferdinand avec sa Cour ; de part et d’autre, on a tiré les salves d’usage.
— Le Roi désire savoir si l’on a respecté, à bord du vaisseau anglais où la Reine et ses enfants avaient été chercher protection, ses propriétés et ses papiers, demanda un de mes interlocuteurs.
— Oui, bien positivement, répondis-je. Le général anglais, à Messine, m’a dit qu’un général autrichien, accompagné de quelques officiers d’état-major, avait eu la prétention de vouloir monter à bord du bâtiment où était la Reine avec sa royale famille et quelques officiers de sa suite, pour fouiller dans ses effets, mais que l’amiral anglais s’y était obstinément refusé, indigné qu’il était de la persistance de ce général autrichien. »
Ce passage des Mémoires de Desvernois prouve combien le Roi attachait d’importance à ce que les papiers embarqués sur le Tremendous n’eussent pas été saisis, et combien M. de Mosbourg avait eu une heureuse inspiration en envoyant son secrétaire porter à Toulon les papiers que lui avait confiés le Roi.
Notre intention n’est pas de retracer ici l’existence de Murat pendant les derniers mois de 1815. La reine Caroline, aussitôt après la catastrophe du Pizzo, s’efforça de rassembler tous les témoignages et tous les documents concernant les actes de son mari, depuis son départ de Naples jusqu’à sa mort tragique ; parallèlement M. de Mosbourg fit une enquête personnelle, et les documents que nous publierons contribueront beaucoup à l’histoire définitive de cette dernière période de la vie de Murat. Mais nous voudrions simplement montrer comment certains documents des archives du prince Murat confirment la lettre écrite en 1844 par M. de Mosbourg et nous prouvent que le Roi de Naples fut le premier à se servir des documents qu’il avait confiés à son ancien ministre.
Chacun connaît la réaction impitoyable qui éclata dans le Midi, après le désastre de Waterloo, contre les partisans de l’Empereur déchu. Toulon fit d’abord exception et, contrairement à Marseille, n’accepta pas immédiatement le nouvel ordre établi par le retour des Bourbons. Profitant de ces quelques jours de répit, le capitaine de frégate Bonafous, d’accord avec le Roi de Naples, confia les caisses apportées par M. Dupin à un de ses amis avocat à Toulon. Quelques jours plus tard, les amis du Roi étaient forcés de se disperser et, Joachim Murat lui-même quittait la villa du général Lallemand pour un refuge plus sûr et plus ignoré.
D’après le témoignage des contemporains, Macirone, Galvani et Colletta, le marquis de Rivière, nommé par le Roi commandant de la division militaire, montra un véritable acharnement pour s’emparer du roi de Naples dont il alla même jusqu’à mettre la tête à prix. Murat, en 1804, avait sauvé la vie de cet homme, en obtenant de l’Empereur une commutation de peine après sa condamnation à mort dans le procès de Georges Cadoudal, et les historiens n’ont pu expliquer l’ingratitude odieuse de M. de Rivière que par l’aveuglement des passions politiques. Murat seul aurait pu dire, croyons-nous, à quel point il était pour son persécuteur le témoin gênant d’anciennes bassesses3. Par une singulière coïncidence, le marquis de Rivière, pour connaître la retraite du roi de Naples, s’adressa, sans le savoir, à l’homme qui avait le plus contribué à sa propre arrestation. Cet ancien agent de la police de Fouché, dont M. Léonce Grasilier a dévoilé le rôle en 18044, se nommait François Jolicière et il avait été nommé par l’Empereur, au retour de l’île d’Elbe, commissaire de police à Toulon. Tout dévoué au régime déchu, il refusa de dévoiler au marquis de Rivière la retraite de Murat et fut destitué.
Les journaux du pays et ceux de Paris, ne sachant ce qu’était devenu le roi de Naples, donnaient à son sujet les nouvelles les plus absurdes et les plus contradictoires ; ils rééditaient sur son compte toutes les calomnies qui, pendant la première Restauration, avaient paru dans un libelle du général Sarrazin intitulé Défense des Bourbons de Naples contre les panégyristes de l’usurpateur Murat, ou Avis au Congrès de Vienne.
Le Journal des Débats se distinguait entre tous par son acharnement contre le roi de Naples et la reine Caroline. Il annonçait gravement que celle-ci avait emporté de Naples 18 millions, qu’elle avait fait meubler le château d’Haimbourg, en Autriche, avec une grande magnificence ; le 20 juillet, il insérait sous la rubrique : « Vienne (Autriche) 4 juillet » la nouvelle que les Cours d’Espagne et de Naples faisaient réclamer les diamants et effets précieux emportés par Mme Murat. Son mari, ajoutait le rédacteur, pendant son séjour à Madrid, a enlevé du palais de l’Escurial des tableaux de l’École espagnole, et lors du pillage du palais du prince de la Paix, il y a pris un service en or.
A la date où ce numéro du Journal des Débats parvint à Toulon, c’est-à-dire vers le 25 juillet, Murat avait l’intention de se rendre par mer au Havre, pour de la gagner Paris et s’y mettre sous la protection des Puissances. Avant de quitter Toulon, il voulut répondre, avec pièces à l’appui, aux calomnies répandues contre lui et il fit ouvrir les caisses de M. de Mosbourg, pour y prendre les documents dont il avait besoin. S. A. le Prince Murat possède dans ses Archives les brouillons des articles que le Roi envoya à cette époque au Journal des Débats, sous un nom supposé. Inutile de dire que ce journal se garda bien de les insérer.
Ces curieux documents furent envoyés, vers 1852, au prince Lucien Murat par un avoué de Toulon, avec la mention suivante : Papiers laissés par le Roi Murat en 1815, chez M. Marroin, avoué à Toulon. Écrites de la main du Roi, sur le papier même de l’étude d’Honoré-Thomas Marroin, avocat et avoué à Toulon, ils nous révèlent non seulement le nom de l’ami sûr et dévoué chez lequel Murat avait trouvé un refuge, mais encore les calomnies contre lesquelles il voulut tout d’abord protester.
En parcourant ces feuillets couverts d’une écriture nerveuse et enfiévrée, on est frappé de l’énergie avec laquelle le roi de Naples se défend d’avoir participé à la mort du duc d’Enghien comme au vol des diamants de la couronne d’Espagne. Ces quelques pages empruntent aux circonstances dans lesquelles elles furent écrites un intérêt poignant ; elles constituent en somme les seuls mémoires laissés par Murat pour défendre devant la postérité certains actes de sa vie, et le hasard a permis qu’après plus de cent ans, elles puissent paraître au jour, accompagnées des pièces justificatives que le Roi lui-même eut sous les yeux.
Nous savons, par la lettre de M. de Mosbourg à Bonafoos-Murat, ce que devinrent les papiers de Murat, après que celui-ci les eut consultés. Au bout de vingt ans seulement, c’est-à-dire vers 1836, M. de Mosbourg, put rentrer en possession des documents qui devaient lui permettre d’écrire soit ses mémoires, soit l’histoire du Roi de Naples. A cette époque, l’avènement du roi Louis-Philippe avait considérablement changé sa position. Pendant la Restauration, il avait vécu retiré à la campagne, englobé au premier chef dans la suspicion qui frappait tous ceux qui avaient appartenu à l’entourage de Murat. Plusieurs fois, il s’était présenté aux élections dans le Lot, son pays natal, comme candidat de l’opposition, et toujours il avait échoué. Au lendemain de la Révolution de 1830, il fut, avec l’appui du nouveau gouvernement, élu député de Cahors. Réélu aux élections de 1831 et de 1834, il allait enfin être créé Pair de France par le roi Louis-Philippe, le 30 octobre 1837.
La comtesse de Lipona avait également bénéficié des modifications politiques apportées par la chute de la branche aînée des Bourbons. Dans un article publié par le Correspondant, du 25 décembre 1898, et intitulé Une reine en exil, D. Melegari a résumé la triste existence que mena la veuve de Joachim Murat, de 1815 à 1830. Traitée par l’Autriche comme une prisonnière sur parole, étroitement surveillée à la requête des Bourbons de Naples et des Bourbons de France, elle vécut tour à tour à Haïmbourg, à Froshdorff et à Trieste, se débattant au milieu de difficultés financières sans cesse grandissantes, et de vexations continues.
Dans une lettre adressée de Trieste, le 11 novembre 1824, à son amie fidèle Mme Récamier5, la comtesse de Lipona résumait ainsi sa triste position : « Ce n’est qu’en vous voyant que je pourrai vous dire les persécutions qu’on me fait essuyer au nom du Gouvernement français et qui sont trop longues à expliquer par lettre. Par un arrêté du 6 juin, pris à Paris par les ministres étrangers, on décide que je ne puis habiter ni l’Italie, ni les Pays-Bas, ni la Suisse, on me permet l’Allemagne et l’Amérique. Par une injustice sans exemple, on me force à voyager, à changer à chaque instant de pays, et on retient en même temps mes biens particuliers de France et de Naples. Jugez dans quelle gêne je me trouve à Trieste… Ma position dans ce moment est bien triste. J’ai aussi le chagrin d’être séparée de mes deux fils, les persécutions dont nous sommes l’objet les ont forcés de se rendre en Amérique… L’isolement dans lequel je me trouve devrait calmer toutes les inquiétudes et me donner le repos auquel j’aspire depuis si longtemps et que je ne puis obtenir. Si on pouvait lire dans mes pensées les plus secrètes, on verrait que je ne demande que le calme, mais pourquoi me refuse-t-on ce que ma famille a obtenu si aisément ? Elle est tranquille à Rome, elle voyage et n’éprouve aucun désagrément, je suis la seule persécutée. »
Dès 1821, à bout de ressources, elle avait réclamé des tribunaux français l’exécution des clauses secrètes du traité de Bayonne, c’est-à-dire le droit de rentrer en possession du palais de l’Élysée, des terres de Neuilly et de la Mothe-Saint-Héraye, cédés à l’Empereur en 1808, moyennant certaines compensations dans le royaume de Naples. « Les biens et propriétés cédés à l’Empereur par les Murat, écrit D. Melegari, avaient passé en 1815 dans les mains du Gouvernement français, tandis que, de son côté, le Gouvernement napolitain reprenait ceux dont les revenus avaient été cédés, jusqu’à concurrence de 500,000 francs de rente, au Grand-Duc et à la Grande-Duchesse de Berg… Justes ou non, les réclamations de la famille Murat restèrent sans effet. Elle n’obtint rien des Bourbons et se heurta à de continues refus. »
Dès que le roi Louis-Philippe fut monté sur le trône, le sort de la comtesse de Lipona s’améliora. Dès 1831, l’Autriche lui permit enfin de sortir librement de son territoire et la veuve de Murat quitta Trieste pour venir habiter Florence. Trente ans auparavant, elle y avait passé des jours heureux, quand elle était venue, avec son premier enfant, rejoindre son mari qui commandait alors l’Armée d’observation du Midi. Elle y avait laissé le meilleur souvenir et elle y trouva l’accueil le plus hospitalier.
Désormais libre de venir en France, elle put se rapprocher de ses anciens amis, du comte de Mosbourg, en particulier. Celui-ci mit à son service toute l’influence dont il pouvait disposer, pour faire triompher ses revendications, et en 1838, le Gouvernement de Louis-Philippe présenta à la Chambre des Députés un projet de loi qui accordait à la comtesse de Lipona, non la restitution de ses biens, mais une rente annuelle de 100,000 francs, en considération de ses malheurs et parce qu’elle était la sœur de Napoléon.
Le projet fut voté, mais l’ex-reine de Naples et ses filles, la marquise Pepoli et la comtesse Rasponi, se sentirent profondément blessées par certains jugements portés à la tribune contre la conduite du roi de Naples en 1814. M. de Mosbourg écrivait à ce sujet à la marquise Pepoli, le 29 juin 1838 :
« Je comprends bien les sentiments que vous a fait éprouver la séance de la Chambre des Députés du 2 juin ; ils sont dignes de votre piété filiale et du respect, du culte que vous entretenez dans votre cœur pour la mémoire de votre illustre père. Ce que vous avez lu avec tant de chagrin, je ne l’entendis pas avec moins de peine. Si j’eusse été membre de la Chambre des Députés, j’aurais répondu, n’en doutez pas, à ce qui fut dit contre le Roi et on aurait peut-être compris qu’en cédant aux vœux de Napolitains dans des circonstances qu’il ne pouvait pas maîtriser, et en accomplissant ce qu’il crut être son devoir de Roi, il ne cessa jamais d’être Français et très bon Français.
« … Je ne saurais vous dissimuler que, même après vingt-trois ans, on rencontre encore, surtout parmi les anciens militaires, encore bien des préventions obstinées, bien des passions ardentes, contre le nom de Murat. La Reine pourra vous donner à ce sujet des détails qu’il serait trop long et qu’il serait inutile de consigner ici. Ce ne sera jamais par un discours que l’opinion sera suffisamment éclairée, il faut un ouvrage historique et appuyé de preuves incontestables. J’ai recueilli beaucoup de documents, mais il en est qui me manquent encore, notamment le traité que la Reine croyait pouvoir être entre vos mains et qu’elle espère retrouver. Je croirais peu prudent de faire une publication qui pût donner lieu à des controverses. La calomnie a poursuivi le Roi dans les actes les plus importants de sa vie : la mort du duc d’Enghien, l’affaire d’Espagne, la guerre de Russie, la guerre de 1814 et celle de 1815.
« Je me suis attaché jusqu’ici à tout ce qui pouvait conduire sur le chemin de la vérité, en donnant des éclaircissements à plusieurs écrivains qui en ont fait usage, et ces moyens indirects, mais multipliés, ont déjà produit de très bons effets : beaucoup d’esprits ont été ramenés à des sentiments de justice. Une apologie directe de Murat exciterait encore la colère des nombreux ennemis qui lui restent ; tout ce qu’on affirmerait sans l’établir par des pièces irrécusables serait contesté avec véhémence, et les préventions publiques seraient du côté des accusateurs.
« Une autre difficulté m’arrête encore. Au commencement de l’année 1836, je publiai dans plusieurs journaux un article ayant pour objet de faire connaître la fausseté d’une longue lettre attribuée à l’Empereur et manifestement fabriquée pour jeter sur le Roi tout l’odieux ainsi que tout le malheur des affaires en 1808, et je crus devoir saisir cette occasion pour dire quelques mots sur 1814. J’en parlai avec vérité, en affirmant que le Roi avait loyalement prévenu l’Empereur de toutes les ouvertures qui lui avaient été faites par l’Autriche et qu’il n’avait sacrifié « les plus chers sentiments de son cœur, suivant « ses propres expressions, qu’à ce qu’il croyait être son « devoir de père et de Roi » ; mais je déplorais cette politique qui l’avait perdu, et dans ma lettre se trouvaient les mots : « Qui ne voudrait pouvoir arracher une page de l’histoire de Murat »… La Reine m’a dit que ces mots vous avaient blessée et que vous entendiez justifier la politique du Roi comme son caractère. Je respecte, Madame, et j’admire des sentiments bien dignes de votre cœur, mais je vous dois la vérité, comme autrefois je la devais au Roi lui-même. Veuillez lire dans l’histoire anti-française de Naples par le général Colletta ce que je dis en 1814, dans un conseil qui précéda la fatale détermination du Roi. Quoique mon opinion ait été tronquée et affaiblie par l’auteur qui était d’un avis contraire, elle est encore assez clairement exprimée pour que vous puissiez bien la reconnaître et juger si les événements ont dû me convaincre d’erreur. Je n’ai donc pas cessé de penser ce que je pensais alors, et je ne pourrais pas, sans trahir ma conscience, écrire dans un autre sens. Si cette manière de voir devait offenser ou affliger les enfants d’un prince dont le souvenir m’est si cher, je pourrais me résigner au silence ; je ne pourrais pas me résoudre à parler contre ma pensée.
« Ne croyez pas, Madame, que pour la gloire du Roi, il faille le présenter comme ayant été toujours exempt d’erreurs. Ce serait le placer dans une condition supérieure à l’humanité. On n’inspirerait aucune confiance. Les plus grands hommes peuvent se tromper, surtout en politique, et Napoléon s’est bien trompé lui-même. Quand leurs erreurs sont nobles et généreuses, ils n’en restent pas moins des grands hommes.
« Je vais à la campagne poursuivre mes recherches et mes travaux. Si l’état de ma santé ne m’oblige pas à les ralentir, j’espère pouvoir publier quelque chose d’utile dans le cours de l’hiver prochain ; vous aurez pu, en attendant, me faire connaître vos idées. Croyez que j’attache à tout ce qui touche la mémoire du Roi autant d’intérêt que vous-même. »
M. de Mosbourg, dont la santé était déjà fort ébranlée, partit pour Mercués, et de là, il écrivait, le 8 août 1838, à la comtesse de Lipona, pour la mettre au courant de ses travaux, lui exposer ses scrupules et lui demander encore des renseignements, une longue lettre dont voici les principaux passages :
« … Aussitôt qu’il ne m’a pas été absolument défendu de m’occuper, j’ai relu ce que j’ai écrit depuis longtemps sur la vie du Roi, et j’espère pouvoir publier, dans le cours de l’hiver prochain, des éclaircissements bien nécessaires sur les parties les plus importantes de son histoire. Il existe contre lui des préventions si nombreuses, si injustes et cependant si profondes, que pour ramener l’opinion, il me paraît indispensable de saisir d’abord quelques événements célèbres qui ont donné lieu aux calomnies les plus odieuses et les plus accréditées contre le Roi : la guerre d’Espagne, la retraite de Russie, la guerre de 1814 et celle de 1815. Voilà quatre grandes époques au sujet desquelles le nom du Roi a été attaqué, non pas seulement par des récits inexacts et par des insinuations malveillantes, mais encore par des documents qu’on a produits comme officiels et dont la fausseté peut être démontrée.
« Si je puis réussir, comme je l’espère, à convaincre le public que, pour jeter sur le roi de Naples des torts qui ne furent pas les siens ou des malheurs dont il ne fut pas la cause, on a fabriqué des lettres de l’Empereur évidemment fausses, de fausses lettres du Roi lui-même et de fausses proclamations, il me semble impossible que ces coupables manœuvres n’excitent pas l’indignation générale contre ceux qui ont tenté de tromper ainsi leurs contemporains et la postérité. Les esprits qu’on aura éclairés et qu’on aura forcés sur des points si graves à rendre justice au Roi, après l’avoir si longtemps condamné de bonne foi, seront nécessairement portés à examiner le reste de sa vie avec plus de circonspection et d’impartialité. C’est alors que des mémoires complets pourront être imprimés avec quelque chance de succès.
« … Mais pour produire des impressions fortes et durables, c’est avec une franchise complète qu’il faut parler, c’est la vérité tout entière et la vérité seule qu’il faut dire ; les détours, les réticences, les exagérations ou les interprétations forcées rebutent les esprits ainsi que les cœurs droits et détruisent toute confiance. Les amis du Roi ne doivent pas prétendre qu’il ait été sans défaut et qu’il ne soit jamais tombé dans aucune erreur. Il suffit pour sa gloire qu’avec les grandes qualités qui le portèrent à côté de l’empereur Napoléon, ses défauts aient été toujours nobles et ses erreurs toujours généreuses.
« … Je désire avoir la certitude que mon système vous convienne ainsi qu’à vos enfants. A Dieu ne plaise que je veuille blesser ni vos susceptibilités ni les leurs ! Je les respecterai par mon silence, si je ne puis les satisfaire par mes écrits.
« L’histoire de 1814, vous le comprendrez facilement, Madame, est celle qu’il me sera le plus pénible de traiter, les difficultés se sont même beaucoup multipliées à mes yeux depuis que j’ai lu avec soin l’ouvrage du général Colletta. Il est plein de faussetés, d’autant plus dangereuses qu’il affecte une certaine impartialité à l’égard du Roi. C’est avec cet art perfide qu’il le charge de plusieurs déterminations que le Roi ne prit jamais, ainsi que de plusieurs faits qui ne furent que des tentatives impuissantes de Colletta lui-même et de ses imprudents amis.
« Ainsi, il est bien certainement faux que le Roi, après la campagne de Russie, ait écrit à l’Empereur la sotte et grossière lettre qu’on trouve à la page 100 du second volume de Colletta (édition en italien). Le projet de cette lettre fut rédigé dans une coterie de jeunes ambitieux, signalée par Colletta lui-même à la page 101, et qui s’efforçait de brouiller le Roi avec l’Empereur pour l’entraîner dans le système de l’indépendance italienne. Mais le Roi ne fit aucun usage de ce projet, et certes il n’aurait jamais dit à Napoléon cette intolérable injure qu’il avait manqué de courage au 18 brumaire ; jamais il n’aurait rappelé le divorce de l’Empereur avec improbation, puisque au lieu de s’y opposer, comme le dit Colletta, p. 72, il l’avait désiré et provoqué avec plus d’ardeur que personne. On ne peut d’ailleurs lire la prétendue lettre sans être convaincu qu’elle fut rédigée en italien, car il n’y a dans le style rien de français.
« Il est faux qu’à l’époque où le Roi partit, en 1813, pour Dresde, il ne se laissa déterminer à ce voyage que par vos instances et les miennes : le Roi ne balança pas un moment, après avoir reçu la lettre de l’Empereur qui l’appelait à l’armée ; mais ce qui est vrai et que Colletta paraît avoir entièrement ignoré, c’est que le Roi rencontra à Florence un courrier qui portait de Vienne les dépêches les plus importantes, qu’il s’arrêta pour attendre qu’on lui envoyât de Naples la traduction de celles de ces dépêches qui étaient en chiffres, et que, malgré les offres d’alliance qui lui étaient faites par l’Autriche, aux conditions les plus flatteuses, il continua sa route et alla prendre la plus glorieuse part à la bataille de Dresde, ainsi qu’à tout le reste de la campagne.
« Il est faux que le Roi ait autorisé, en 1813, deux agents obscurs à conclure un traité d’alliance avec l’Angleterre représentée par Lord Bentinck, qui lui-même était sans pouvoirs, et qu’il ait consenti, pour obtenir ce traité, soit à recevoir en Italie 25,000 hommes de troupes anglaises, soit à remettre aux Anglais la place de Gaète, ce qui les aurait rendus maîtres du royaume. De telles conditions ne pouvaient paraître admissibles qu’à des intrigants sans expérience, qui, dès cette époque, voulaient traiter avec Bentinck en leur propre nom, comme ils le firent en 1814, pendant que ce général anglais était à Gênes.
« Il est faux que vous ayez exprimé alors l’étrange idée de continuer les négociations et de traiter avec Bentinck, pendant que le Roi serait à l’armée de l’Empereur. Une si absurde conception ne pouvait pas entrer dans votre esprit et vous m’avez dit vous-même, à Paris, n’avoir appris qu’il eût existé des relations avec les Anglais qu’à l’arrivée dans le port de Naples, après le départ du Roi, d’un bâtiment qui vous parut, ainsi qu’à moi, fort suspect, et qu’on vous déclara avoir été envoyé à Ponza par ordre du Roi. Je crois bien qu’en effet le Roi, sur la proposition de la coterie qui l’obsédait, avait permis qu’un Anglais, résidant à Naples depuis longtemps, se rendît auprès de Bentinck pour connaître ses dispositions, mais il ne l’avait bien certainement chargé de rien conclure, et si quelque convention fut projetée, ce ne fut pas un accord consenti et accepté par le Roi, mais plutôt un plan que des hommes, sans prudence et sans politique, se flattaient de lui faire adopter. Vous voulûtes bien raconter à Paris comment vous eûtes par M. Manzy des éclaircissements sur cette affaire. Si vous pouviez me fournir à ce sujet des détails certains et de quelque intérêt, j’en profiterais avec reconnaissance…
En outre de leur intérêt historique, ces deux lettres font ressortir le caractère noble et délicat de M. de Mosbourg ; au moment de se servir des documents que lui avait confiés la veuve du roi Joachim, il hésitait, de peur de la blesser, elle ou ses enfants. La comtesse de Lipona était digne de comprendre et d’apprécier ces scrupules, elle répondit aussitôt à M. de Mosbourg : « Dites toute la vérité ; elle seule peut gagner une confiance durable… Heureusement pour son historien, le caractère du Roi est assez riche, pour qu’il ne doive pas déguiser ses défauts. Comme tous les êtres passionnés, le Roi avait ses faiblesses, mais qui, comme vous le dites, furent toujours généreuses. »
La mort de la reine Caroline, en mai 1839, eût dû, semble-t-il, permettre à M. de Mosbourg de rapporter, plus librement encore, les faits dont il avait été le témoin ou le confident ; cependant cet ouvrage, qu’il annonçait pour l’hiver de 1838, ne parut jamais. M. de Mosbourg continua jusqu’à sa mort à rassembler les matériaux d’une histoire du roi Murat, mais, suivant son expression, « il se résigna au silence ».
On peut donner de cette attitude plusieurs raisons : le mauvais état de sa santé, la peur de froisser la marquise Pepoli qui s’était toujours montrée beaucoup plus susceptible que la Reine, et surtout, croyons-nous, l’obligation ou le désir de cacher le dépôt que le roi Joachim lui avait confié « pour s’en servir quand il en serait temps ». À quelles circonstances éventuelles, Murat faisait-il allusion ? Il y a là un mystère difficile à éclaircir, et si M. de Mosbourg n’eût pas, quelques semaines avant sa mort, écrit la lettre du 6 février 1844 à Bonafous-Murat, le secret du dépôt lui-même eût disparu avec lui.
À la mort de M. de Mosbourg, ses papiers et ceux du roi de Naples devinrent la propriété de son fils Pierre-Antoine Laurent de Mosbourg qui fut ministre plénipotentiaire de France à Carlsruhe, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, et qui mourut célibataire, à Paris, quai Voltaire, n° 9, le 16 mai 1892. De son testament écrit en 1878, nous extrayons ce qui suit : « Je lègue au comte Joachim Murat les papiers que m’a laissés mon père et qui sont contenus dans deux caisses, lesquelles se trouvent actuellement dans la lingerie de mon appartement du quai Voltaire. A défaut d’héritier mâle dans la lignée du comte Joachim Murat, ou si le château de La Bastide Murat venait, par mariage ou autrement, à ne plus appartenir à la famille Murat, le portrait de Gérard et les caisses de papiers ci-dessus désignés feraient retour à S. A. le prince Murat, chef actuel de la famille, à son défaut, à son fils ou petit-fils aîné. »
Aujourd’hui, en vertu de cette clause, les papiers confiés jadis par le roi Joachim à M. de Mosbourg sont venus rejoindre dans les archives de la famille Murat les documents emportés de Naples par la reine Caroline ; ils ont servi à constituer deux cents nouveaux dossiers et à compléter les séries déjà inventoriées en 1893.
Les vingt-sept registres de correspondance du Roi de Naples qui forment la base de notre publication représentent la copie d’environ dix mille lettres. C’est la vie militaire et politique de Murat tout entière, depuis le jour où, devenu le beau-frère de Bonaparte, il fut nommé le 3 août 1800 au commandement d’un camp de grenadiers, jusqu’au 31 décembre 1814. On peut classer ces registres en trois catégories distinctes : les uns nous offrent les brouillons des lettres telles que Murat les dictait à ses secrétaires, ils sont couverts de ses ratures et de ses corrections autographes ; d’autres renferment les copies faites sur les lettres originales immédiatement avant leur expédition, l’écriture change suivant le scribe chargé de l’enregistrement et les lettres sont classées tantôt d’après le destinataire, tantôt suivant l’ordre chronologique. Enfin il existe deux registres parfaitement écrits qui représentent évidemment une copie postérieure faite à Naples des minutiers de 1801 à 1804, consacrés à la correspondance de Murat pendant le long séjour qu’il fit en Italie en qualité de général en chef de l’Armée d’observation du Midi, et ensuite de commandant des troupes françaises stationnées en Cisalpine. C’est d’après ces deux registres que nous avons établi le texte des lettres de Murat qui seront publiées dans les deux premiers volumes. Si l’on compare ces minutes avec les lettres originales éparses dans les dépôts d’archives, ou déjà publiées, on ne peut constater et signaler que de légères variantes. Pour cette première période cependant, une remarque s’impose en ce qui concerne les lettres adressées au Premier Consul. Celles qui ne sont pas autographes figurent presque toutes sur nos registres, parfois abrégées, parfois résumées, mais les lettres autographes ne s’y trouvent que très rarement. Murat prenait la précaution de faire copier ou même de copier lui-même ces lettres plus intimes ou plus importantes sur un registre spécial, qui figure parmi les papiers confiés en 1815 au comte de Mosbourg.
Malheureusement ce registre nous est parvenu lacéré, et il n’en subsiste que quatre-vingt-dix pages, c’est-à-dire les lettres du 12 frimaire an XI à floréal an XIII. Le fait est d’autant plus regrettable que plusieurs des lettres qui nous restent n’ont pas été retrouvées dans les dépôts d’archives, ce qui permet de supposer que peut-être des lettres antérieures au 12 frimaire an XI ont également disparu.
Pour résumer ici brièvement le contenu des autres copies de lettres de Murat, disons qu’un volume est consacré au gouvernement de Paris et trois aux campagnes de 1805 et de 1806. Un registre contient la correspondance, décrets et arrêtés de S. A. I. Mgr le prince Joachim, duc régnant du grand-duché de Berg et de Clèves, du 6 mai 1806 au 15 janvier 1808, et quatre volumes renferment les lettres qu’il écrivit en 1808, comme lieutenant de l’Empereur en Espagne. Dix volumes représentent la correspondance générale du roi de Naples, depuis son avènement au trône jusqu’au 10 juin 1812 ; un registre spécial est affecté à la correspondance du roi de Naples pendant la campagne de Russie, depuis le 6 décembre 1812, époque à laquelle il prit le commandement de la Grande Armée, jusqu’au 3 février 1813. Enfin les lettres du 3 février 1813 au 31 décembre 1814 remplissent les trois derniers volumes.
Ces minutiers ne représentent pas la correspondance entière de Murat : nos recherches dans les dépôts d’archives nous ont fait retrouver un certain nombre de lettres qui n’y figurent pas, et d’autre part il existe dans différents dossiers des archives du prince Murat beaucoup de brouillons de lettres écrits de la main même du roi de Naples, qui n’ont pas été transcrits sur les registres. Nous publierons ces lettres originales et ces brouillons qui présentent souvent un grand intérêt, surtout pour l’année 1815, en indiquant soit leurs sources, soit leurs particularités. Il existe malheureusement dans la correspondance de Murat une lacune irréparable : la Reine détruisait systématiquement toutes les lettres qu’elle recevait, et Murat n’a gardé que très rarement la copie de celles qu’il écrivait à Caroline.
M. de Mosbourg nous a conservé en revanche un grand nombre de lettres écrites par la Reine au Roi ou à lui personnellement. Quelques-unes seulement sont antérieures à l’avènement de Murat au trône de Naples, mais nous possédons la série complète des lettres que Caroline écrivit régulièrement à son mari, pendant les voyages qu’ils firent tour à tour à Paris de 1810 à 1812. Ces lettres étaient ordinairement portées par l’estafette, mais de plus, chaque fois qu’une occasion sûre se présentait, la Reine en profitait pour faire parvenir au Roi de véritables rapports contenant parfois douze à seize pages d’écriture serrée, et dans cette correspondance, qu’elle savait sous-traite aux regards indiscrets, elle dévoilait ses plus intimes pensées. Ces lettres confidentielles ont, au point de vue historique, une valeur inestimable, elles mettent en relief la figure de cette femme intelligente et ambitieuse, singulièrement souple et habile, qui n’eut qu’un but une fois montée sur le trône : s’y maintenir à tout prix et conserver un royaume à ses enfants.
En août 1810, Murat remit à M. de Mosbourg la copie d’une longue lettre qu’il venait d’écrire à la Reine, et nous voyons que, dès cette époque, devant les difficultés toujours croissantes qu’il éprouvait à gouverner d’après les vues de l’Empereur, il songeait sérieusement à abdiquer, prévoyant une catastrophe inévitable.
« Je vais essayer, écrivait le roi de Naples, de répondre à ta lettre du 3, mon aimable Caroline, tu as parfaitement raison dans tout ce que tu m’écris et je t’assure que tu n’as rien pensé là-dessus, qui ne m’eût fortement et sérieusement occupé, et mon sistème de conduite, d’accord avec mes sentimens ont toujours prouvé que je voyais comme toi… mais avec du courage et une conduite sage, on doit attendre avec résignation et se préparer d’avance aux événements qu’il n’est pas en notre pouvoir d’empêcher…
» Aujourd’hui l’Empereur m’impose des conditions onéreuses, il me fait signer un traité injuste et reconnoître une dette encore plus injuste, il diminue mes revenus, écrase mon commerce, paralise nos fabriques, me commande une expédition ruineuse, me demande une marine, empêche les exportations, enfin il me met dans l’impossibilité de supporter tout cet énorme fardeau qu’il m’impose. Il prend des décrets en maître, prescrit des dispositions à Naples comme à Paris, et quand le moment sera arrivé et que sa politique ou un caprice lui auront conseillé de me faire descendre du trône, le duc de Cadore ira faire un autre pompeux rapport sur le roi de Naples, comme il l’a fait sur le roi de Hollande.
« Voilà, voilà, mon amie, ce que je m’efforcerai d’éviter pour l’amour de toi, pour mes pauvres enfans…
» Je conçois que l’Empereur doit être le maître de vouloir qu’on marche dans son sistème et que nous devons le consulter pour des mesures politiques, ou importantes que nous avons à prendre, il doit être notre Mentor et non pas notre maître ; on n’est pas Roi pour obéir ; ensuite comment a-t-il pu annoncer aux peuples qu’il a confiés aux princes de sa famille que ces princes doivent s’occuper des intérêts des Français, avant de s’occuper de ceux de leurs peuples ! En vérité, on ne peut concevoir le motif ni le but d’une semblable maxime.
» Ma chère Caroline, je ne finirais pas si je voulais trouver des torts, mais cela n’aboutirait à rien, prenons patience, conduisons nous de manière à n’avoir jamais aucun tort fondé, et attendons avec résignation ce qu’il plaira à la Providence de décider sur notre destinée. Je suis décidé à faire tout ce que veut et voudra l’Empereur, et quand je ne pourrai plus supporter le fardeau, je le prierai de s’en charger. Ainsi sois sans inquiétude, je ne suis nullement affecté, je suis tranquille, et ce n’est que sur lui et pour lui, dis-je, que je puis avoir des craintes, s’il ne change pas de sistème6. »
Dans toutes ses lettres de 1810 à 1812, la Reine, pour lutter contre ces tendances de Murat, lui prodiguait les conseils de soumission à l’Empereur et lui faisait entrevoir un avenir où tous deux pourraient jouir enfin d’une plus grande indépendance. Prise entre la crainte de voir Murat abandonner le trône de Naples ou Napoléon ordonner la réunion de ce royaume à l’Empire français, elle sut empêcher l’un de commettre des fautes irréparables et jouer auprès de l’autre, suivant l’expression même de l’Empereur, le rôle d’une ambassadrice accomplie.
L’on serait presque tenté de l’admirer sans réserve, si Mosbourg, témoin méfiant et averti, n’avait de sa propre main souligné en marge les inexactitudes de la Reine et qualifié de « cajoleries » intéressées les protestations d’attachement qu’elle ne cessait de prodiguer au Roi.
Plus tard, en 1814, quand le moment lui parut venu d’assurer cette indépendance à laquelle elle avait toujours rêvé, ce fut elle qui poussa Murat à s’allier avec l’Autriche, et nous avons la preuve que pour vaincre les suprêmes hésitations du Roi, elle ne craignit pas de lui dire que tous deux seraient sacrifiés par l’Empereur pour obtenir la paix des Alliés.
Ceux qui se sont occupés jusqu’ici de l’histoire du roi et de la reine de Naples se sont servis principalement de la correspondance de Napoléon, des rapports des ambassadeurs et des mémoires des contemporains. Ces deux dernières catégories de documents n’offrent qu’une sécurité relative et « les conditions de la publication de la correspondance de Napoléon7 », comme le fait remarquer un de ses historiens les plus récents, n’ont pas été parfaites… Surtout l’Empereur n’y est pas toujours sincère, il n’y trahit pas toutes ses ambitions, il ne se reconnaît aucun tort, il semble qu’il ait toujours été en état de légitime défense et que nul n’ait eu plus que lui la vertu de modération… »
Particulièrement en ce qui concerne Murat, on ne pouvait écrire rien de plus juste. M. Léonce de Brotonne, dans l’étude qu’il a consacrée aux sources de la correspondance de Napoléon I”, a fait remarquer que la famille Murat n’avait été en mesure de contribuer par aucun document à l’œuvre des commissions de la correspondance, de 1858 à 1864, et il a signalé l’importance du legs que le fils du comte de Mosbourg a fait en 1892 au comte Murat, des lettres de l’Empereur sauvées des désastres de 1815. Celles-ci forment maintenant une des séries les plus considérables des archives du prince Murat ; elles vont du 24 décembre 1796 au 17 février 1815, car à ce moment même, l’Empereur retiré à l’île d’Elbe avait renoué avec Murat des relations qu’il a niées plus tard. Un certain nombre de ces lettres sont inédites, notamment celles du 26 décembre 1796 au 20 avril 1798. D’autres présentent avec celles qui ont été publiées dans la Correspondance de notables différences dans le texte. Souvent aussi l’Empereur, en signant la lettre écrite par le secrétaire de service, ajoutait un post-scriptum, une formule de politesse ou d’amitié qui atténuait ce que la lettre pouvait avoir de trop cassant. Nous publierons donc, en plus des lettres inédites de Napoléon à Murat, toutes celles qui présentent, soit un post-scriptum inédit, soit des variantes dans le texte.
A côté de ces trois grandes séries de documents, six cents dossiers classés et inventoriés renferment aujourd’hui les lettres adressées au roi Joachim et à la reine Caroline. Tous les noms des personnages qui ont joué un rôle politique ou militaire dans l’Empire français ou dans le royaume de Naples figurent dans le répertoire alphabétique. Qu’il nous suffise de signaler en passant les lettres des membres de la famille impériale, Madame mère, Joséphine, Pauline, Joseph, Jérôme et Louis Bonaparte, Fesch, qui serviront à établir exactement les relations de Murat et de Caroline avec chacun d’eux ; les lettres des ministres, Berthier, Talleyrand, Clarke, Fouché etc., souvent inspirées et quelquefois dictées par l’Empereur, enfin celles de tous les maréchaux et généraux de l’Empire.
En permettant de publier intégralement tout ce qui dans ce précieux fonds d’Archives présente un intérêt historique, S. A. le Prince Murat a voulu, après un siècle, fournir à ceux qui ont le souci d’écrire impartialement l’histoire, des documents d’une authenticité incontestable, et accomplir le vœu que ses ancêtres ont exprimé à M. de Mosbourg : « dire toute la vérité ».
Paul Le Brethon.
Paris, le 20 mai 1908.
22 février 1746.
L’an mil sept cent quarante-six et le vingt-deux février, j’ai donné la bénédiction nuptiale à Pierre Murat, travailleur, fils légitime à Guillaume Murat et à Marguerite Herbeil9 du présent lieu, et à Jeanne Loubières, fille légitime de feu Pierre Loubières, et à Jeanne Vieillescazes, mariés, habitants du présent lieu, après avoir proclamé les bans de mariage pendant trois dimanches à la messe du prône et les susdites parties s’étant disposées par les sacrements de pénitence et de l’Eucharistie à recevoir la bénédiction nuptiale.
Présents : M. noble Durand de Soyris, Géraud Dardennes, Antoine Cosse, Pierre Loubières et autres parents des susdites parties.
ESCLADINE, vicaire, signé au registre.
25 mars 1767.
L’an mil sept cent soixante et sept, et le vingt et cinquième jour du mois de mars, est né dans la présente parroisse Joachim Murat-Jordy, fils légitime de Pierre Murat-Jordy et de Jeanne Loubières, de la présente parroisse, et a été baptisé le vingt et six dudit mois dans l’église de la présente parroisse, par moy soussigné. Parrain a été Joachim Vidieu, de la présente parroisse, soussigné, marraine, Jeanne Albrespit, cousine germaine du baptisé, de la présente parroisse, signé pour ne sçavoir de ce requis. Vidieu, Bastil, obituaire, signés au registre.
4 janvier 1791.
A Messieurs les Administrateurs du département du Lot.
Messieurs,
Joachim Murat cadet, habitant du lieu de la Bastide Fortonière, canton de Monfaucon, district de Gourdon, a l’honneur de vous exposer qu’ayant été député à la fédération nationale des Français à Paris, le quatorze juillet dernier, par les troupes nationales du canton de Monfaucon, il a été obligé de faire des dépenses beaucoup plus considérables qu’on ne s’était attendu, parce que le séjour des troupes fédérées fut prolongé à Paris, par des circonstances qu’on ne pouvait prévoir, ainsi qu’il conste des certificats qu’il a pris de la municipalité de Paris, et, comme aux termes du décret de l’Assemblée nationale, qui ordonne que les députés des gardes nationales de France devaient se trouver à Paris, le 11 juillet, et que les districts devaient taxer les sommes qui reviendraient à chaque député. Le dit Murat n’ayant plus entendu parler du remboursement des avances faites par lui pour cette députation, il espère que vous voudrez bien lui accorder, et lui faire payer par le district de Gourdon, telle somme qu’il vous plaira lui fixer proportionnellement aux dépenses qu’il a été obligé de faire pour les frais de son voyage, séjour et retour, en considérant la grande affluence qu’il y avait dans ce moment sur la route de Paris, et celle qui s’est fait encore mieux sentir dans la capitale au moment de la fédération.
L’exposant ose espérer, Messieurs, qu’il sera suffisant d’annoncer à votre patriotisme, l’état dur où il se trouve, ayant mangé de son patrimoine, pour les dépenses dont il a eu l’honneur de vous exposer, et étant obligé aujourd’hui de joindre son régiment à Schlestadt11 où il est en garnison, pour que vous lui assuriez de suite les moyens d’opérer son remboursement.
Vu la pétition du Sr Murat, député à la fédération générale du 14 juillet dernier, l’attestation de laquelle il résulte qu’il a assisté à ladite fédération, et le besoin urgent où se trouve ledit Murat.
Oui Mr le Procureur général syndic, le Directoire du département arrête qu’il sera payé provisoirement au dit Sr Murat, par le Receveur du district de Gourdon, la somme de cent livres imputable sur le traitement ou indemnité qui lui sera accordé, d’après la taxe qui en sera faite.
Délibéré au Directoire du département du Lot, le 4 janvier 1791, par les Administrateurs composant le Directoire du département.
Signé : LASSABATHGIE, BOUSON, LACOSTE-MONTAUSUR, F° AGAR ainé, Jne SÉNILH, CALMON, VALÉRI jne.
Pour acquit : ____ MURAT.
Toul, 5 juillet 1791.
Chevalier, Mr Bastit doivent vous avoir donné de mes nouvelles, ainsi qu’à ma mère, mon père, ma belle-sœur, mon frère, enfin à tout le monde.
Me trouvant très occupé dans ce moment où tous les esprits fermentent, je profite du petit et très court répit que me laissent mes occupations pour m’entretenir avec le meilleur des frères. Je vous aime toujours et croyez que mes sentiments pour vous ne changeront jamais. Dites à mon père et à ma mère, enfin à tous, qu’ils soient tranquilles sur mon sort. Je travaille à mon avancement, j’y réussirai, on va me faire fourrier.
Je viens d’arriver de Mont-Midy, à trois lieues de Varennes, où a été arrêté le Roy, où j’ai été député par mes camarades pour m’instruire sur le sort de mes autres camarades qui y sont en détachement. Mont-Midy devait recevoir le Roy et notre régiment devait le garder, j’ai vu l’appartement qu’on y avait préparé. Je vous envoie deux discours que nous avons fait, j’en ai fait un et notre adjudant un autre.
Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles, ainsi que de tous mes parents. Ne m’oubliez pas auprès du bon papa Bastit, de Mr Pons et de sa demoiselle, Mr le prieur, son vicaire, et notre curé constitutionnel, quelqu’il soit. Donnez de mes nouvelles à André et à sa femme. Dites à mon frère qu’il me promit, en partant, un louis et que je crois qu’un honnête homme, un frère enfin, n’a que sa parole.
Donnez-moi des nouvelles de la charmante Mion, je vous en prie, ne l’oubliez pas.
Répondez-moi de suite. Mon adresse est : A M. Murat, chasseur au 12° régiment de chasseurs à cheval à Toul12.
JOACHIM.
Embrassez Jacques Dardenne, ainsi que la municipalité. Ne faites pas votre démission et n’oubliez pas que votre frère mourroit plutôt que de cessé d’être patriote et démentir les sentiments de patriotisme qu’il a exprimés dans le discours qu’il a eu l’honneur de prononcer en présence de la municipalité de Toul, étant député vers eux par ses camarades, pour prouver que nous n’avions pas eu connaissance de ce qui avait eu lieu à Mont-Midy.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, 19 novembre 1792, l’an Ier de la République.
Le Conseil d’administration vient de m’envoyer à Paris pour y faire différentes emplettes. Mon sort paraît bien changé en bonté depuis la Révolution. Contre le despotisme expirant, j’ai tout souffert, il est expiré, tout me rit. Je travaille ici auprès du général Santerre à obtenir un cheval. J’ai présenté un mémoire au ministre, un général lui-même doit le faire répondre et ce général va être lui-même ministre. Si cela est, mon sort est des plus heureux.
Je suis lieutenant13, et si le colonel14 est fait général, comme il n’y a pas de doute, je suis son aide-de-camp et capitaine. A mon âge, avec mon courage et mes talents militaires, je puis aller un peu plus loin. Dieu veuille que je ne sois pas frustré dans mon attente.
Il faut que vous envoyez de suite à M. Bouygues15, député, mon extrait de baptême, signé du juge de paix, il m’est absolument nécessaire16. Répondez-moi de suite à Arras, poste restante.
Ne m’oubliez pas auprès de mes concitoyens. Dites-leur que c’est leur intérêt que je défends, que c’est notre cause commune que je sers ; que je leur souhaite à tous tout le bonheur possible, que je désire bien sincèrement l’instant où, ayant contribué à mettre le comble à la félicité de tous, je pourrai revenir jouir avec eux des fruits de notre heureuse révolution et oublier dans leurs embrassements les peines et les périls de la guerre. Dites-leur mes sentiments, je le veux.
Je désire que votre mal ne soit pas long, mon cher frère, n’en doutez pas.
J’embrasse ma mère, tous mes frères et sœurs, vos petits enfants, inspirez-leur l’amour de la Patrie.
Tous nos députés m’ont fait le plus grand accueil et offres de service. M. Albouy17, de Cahors, m’a dit que si on n’avait pas douté de mon âge au département, j’aurais eu des voix pour être député. Je me suis excusé sur la faiblesse de mes connaissances.
Bien des choses aux citoyens Pons, Guitard, Dardenne, Saint-Amour, en un mot, tous mes frères ; les Français le sont tous.
J. MURAT, officier.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, le 15 février 1793 (an II).
Mon cher père, je ne puis interpréter votre silence, le condamner et encore moins l’excuser. Voilà au moins cinq ou six lettres que je vous envoie et je suis toujours sans réponse. Ah ! mon pauvre père, venez calmer ma douleur, mais que dis-je ? Je rouvre peut-être une plaie qui n’est pas encore cicatrisée. Quoi qu’il en soit, je plaindrais moins mon frère, s’il avait perdu la vie pour le service de la patrie ; vous-même, vous seriez dispensé de le pleurer. Quant à moi, si jamais vous apprenez ma mort, gardez-vous d’en pleurer, mon père. Le plus beau sacrifice que je puisse faire de ma vie, c’est sans doute de mourir avec mes frères pour la défense de la République. Vous aviez trois enfants qui vous étaient chers et qui vous chérissaient. La mort vous a enlevé l’aîné18, la Patrie vous prive de l’autre, mais vous en avez un : puisse-t-il vous rendre tous les secours dont vous avez besoin ! Puisse-t-il être votre soutien ! Et si la guerre ne me compte pas parmi ses victimes, je reviendrai couvert de lauriers, chargé de l’estime de mes concitoyens et voilà la plus belle récompense que je puis espérer. Si ma patrie reconnaissante accorde des récompenses à ses défenseurs, ne craignez pas la misère, mon père.
Je viendrai consacrer auprès de vous et de ma chère mère mes moments les plus doux, je tiendrai lieu de père à mes jeunes neveux et déposant mes armes, à l’exemple de ces braves Romains, je viendrai auprès de mon jeune frère prendre des leçons d’agriculture et travailler, pour vous nourrir dans votre vieillesse, aux pénibles travaux de la charrue.
Tâchez de m’écrire à Arras. Je suis officier au 12ᵉ régiment de chasseurs à cheval. Il m’en a coûté 100 louis pour me monter et m’équiper. Mon cheval me coûte 60 louis. Bien des choses à mes frère et sœurs. J’embrasse ma mère de tout mon cœur. Je partirai de Paris dans huit jours et me rendrai à Arras. Je pars en Hollande. Dès que la paix sera faite, je viendrai vous voir.
Mon adresse : Au citoyen Murat, lieutenant au 12ᵉ régiment des chasseurs à cheval, à Arras. Répondez de suite, car je dois bientôt partir.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, le 25 février, an II de la République, 1793.
Je reçois ta lettre en date du 25 janvier, elle vient de courir dans la Belgique. Mon père doit en avoir reçu une datée de Paris, ainsi que Pons, le juge de paix, je n’en ai aucune nouvelle. J’ai appris avec une douleur égale à la tienne la mort de notre frère, mes regrets sont au-dessus de l’expression et il n’y aura que ma reconnaissance de ses bienfaits, qui pourra me mettre en mesure de la supporter avec moins de chagrin.
Tâche surtout, mon frère, de ne pas te remarier, tu dois en connaître les abus. Tu me mandois que Mion Bastit était fâchée contre moy, je n’en suis pas surpris, je les croyois tous contre moy, étant aristocrates comme ils sont tous. On m’a dit à Paris qu’on avait voulu me nommer député à la Convention. Mon ami, je n’ai pas beaucoup de talent, mais avec mes bonnes intentions et mon courage, j’aurais opéré plus de bien que plusieurs de ceux qui y sont. On vient de décréter 300,000 hommes, notre département doit fournir dix bataillons, aussi il faudra beaucoup de monde. Engage nos jeunes gens à venir me trouver à Arras, ils seront du moins à cheval.
J’ai écrit à Mion Bastit ; enfin quelles sont ses intentions, je les ignore. Dis-lui de me répondre de suite, car je compte partir de Paris dans dix jours pour la Hollande, je suis nommé aide-de-camp d’un général, j’ai un cheval qui m’a coûté 60 louis, il faut que j’en achète un autre, ils sont fort chers.
Tâche de consoler mon père et ma mère, dis-leur qu’ils ne craignent rien ; lorsque je serai de retour, je tâcherai de rendre plus douce leur vieillesse. Donne-moi des nouvelles de Bonnafous et de ma sœur, mande-moi si Mion Bastit fréquente ces jeunes gens de la Bastide. Dis au curé que son frère est placé par moy maréchal de logis en chef dans ma compagnie.
Dis à Bonnafous de m’écrire, ainsi qu’à ma sœur, quant à ma belle-sœur, elle a bien des enfants pour se remarier19, je ne le conseille pas ainsi qu’à toy. Dis luy qu’elle trouvera toujours en moy un frère, un ami, qui regrette d’autant plus son frère qu’il doit tout ce qu’il est à l’éducation qu’il lui a fait donner.
Nous battons toujours l’ennemi ; j’étais le 15 à Valenciennes avec le général Dampierre20 avec lequel j’ai soupé. On a repris le camp de Famars et on a vu passer par Saint-Amand dix voitures de morts, et l’inondation en a fait périr au moins quatre cents. Tournay est évacué et je crois que l’armée ennemie se porte sur Maubeuge, mais la nôtre la suivra et la rossera sans doute.
Je vous embrasse tous.
L’aide-de-camp du général d’Urre. Joachim MURAT.
Mon adresse : Au citoyen Murat, aide-de-camp du général d’Urre, commandant à Hesdin en Artois.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, 25 février 1793, l’an 2ᵉ de la République française.
Envoyé à Paris par mes chefs, j’ai eu connaissance du décret qui ordonne la levée de trois cent mille hommes ; je sçais que chaque municipalité doit fournir une quantité d’hommes et j’espère que notre commune ne sera pas la dernière à fournir son contingent. Ce serait une honte et pour vous qui êtes à la tête de nos jeunes gens et pour eux qui doivent marcher. Je vous envoie une adresse que j’ai écrite à la hâte, je vous prie de la lire à la sortie de la messe, elle pourra réveiller le courage de ces jeunes gens qui ne veulent pas quitter leurs maîtresses. Il faut cependant tout abandonner pour voler au secours de nos frontières. Quant à moi, je crois être connu, mon zèle et mon patriotisme sont à toute épreuve. Je sçais qu’on m’a dit émigré, j’ai écrit à la municipalité à ce sujet, on ne m’a pas fait réponse. Que l’on me connoit mal : me battre, encourager les timides, s’il pouvait s’en trouver, servir ma patrie… (La fin de la lettre manque.)
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Hesdin, ce 22 avril 1793, l’an 2ᵉ de la République.
L’aide-de-camp du général de brigade Joseph d’Urre, commandant à Hesdin et arrondissement, au citoyen Murat, son frère et à tous ses parents. Salut.
J’ai reçu ta lettre avec la plus grande satisfaction. Je vois avec joie l’animation qui vous anime, mais il est universel. Nos armées ont abandonné l’infâme Dumouriez, du moment qu’ils l’ont reconnu traître, et partout nos soldats républicains donnent de nouvelles preuves de courage en battant ces infâmes satellites des tirans. Au reste, je loue ton civisme et celui de nos braves et jeunes concitoyens, qui voulaient venir se joindre à moi, je les aurais embrassés de bon cœur, mais qu’ils restent paisibles cultivateurs, nos champs ont besoin de leurs bras, et les soldats de la République leur demandent du pain, qu’ils restent donc pour leur en procurer.
Que vous êtes heureux d’habiter votre contrée, elle est tranquille, elle n’est pas exposée à toutes les horreurs de la guerre, elle n’entend pas ces foudres destructeurs de nos semblables et votre terre n’est pas arrosée du sang de ces hommes égarés ou trompés qui sont peut-être dignes d’un meilleur sort. Ici des villages entiers ont été mis en poudre ; là un laboureur a vu le toit de sa chaumière s’écrouler, sa fille violée, ses enfants arrachés des bras de sa tendre moitié.
Peins à ma mère mon attachement qu’elle connaît, à mon père mon amitié, et ma fraternité à mes sœurs, à tous mes concitoyens mon dévoûment à la défense de nos droits communs. Dis-leur bien que je me réjouis d’avance de venir partager avec eux les fruits de notre victoire. Garde-toi bien de venir et d’abandonner nos parents. Ils ont le plus grand besoin de toi. Si les autres veulent venir, qu’ils demandent le 12ᵉ régiment des chasseurs à cheval. Il est à Hesdin (Artois) département du Pas-de-Calais.
Je dois vous faire part de mon avancement. J’ai reçu du général Dampierre, sur le compte qu’on lui a fait de mon activité et de mon courage, un brevet de capitaine et aide de camp au 12° régiment de chasseurs à cheval21.
J’ai deux chevaux qui m’ont coûté cent louis et douze livres. Il m’en faut un troisième qui doit m’arriver aujourd’hui. Cela me dérange. Bien des choses à tous mes parents.
Mion ne m’a pas répondu, mais elle s’accommodera. Je m’en moque. Lavergne est fait prisonnier, Selves et Gar se portent bien, il se battent tous les jours.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Bureau des nominations pour les troupes à cheval.
Paris, le 25 septembre 1793, l’an deuxième de la République française.
L’Adjoint de la 6ᵉ division Le ministre de la guerre au citoyen Murat.
Je vous donne avis que vous êtes nommé à une place de chef d’escadron vacante dans le vingt unième régiment de chasseurs en garnison à Hesdin23. Il est nécessaire que vous y soyez rendu dans un mois au plus tard, à compter de la date de cette lettre, et de m’adresser les pièces originales servant à justifier les services que vous pourriez avoir dans les troupes de ligne, en France ou chez les Puissances alliées ; ces titres sont nécessaires à l’expédition de votre brevet. Je mande au Colonel de m’informer de votre arrivée au corps.
Xavier Audouin.
[Archives du prince Murat. D. 1. 5.]
Lille, 10 pluviôse au II (30 janvier 1794).
Murat, chef d’escadron commandant les escadrons de campagne du 21ᵉ chasseurs à cheval, à son père et sa mère, salut et fraternité.
Je ne sais quelle est la cause de votre silence. Voilà plusieurs lettres que j’écris sans avoir de réponse. Je ne puis plus tenir dans la situation où je me trouve ; elle est déchirante pour moi. Eloigné de vous depuis deux ans, en butte contre tous les intrigants et les ambitieux, et n’ayant à leur opposer que mes talents et ma vertu, ne recevant de consolation que de ma propre conscience qui me laisse dormir tranquille, j’ai appris pour comble de désolation la mort d’un frère que j’aimais comme un autre moi-même. Je ne puis apporter que de faibles ressources à votre situation, j’ai éprouvé des pertes considérables, il a fallu me monter, j’ai perdu trois chevaux depuis la guerre, j’en ai quatre en ce moment, mais cela ne m’empêchera pas de vous donner un faible secours ; je prends l’engagement solennel de vous donner cent livres par mois, tout le temps que je serai en place. Je n’attends que mes appointements pour vous faire passer deux cents livres pour deux mois. Vous m’avez donné tout ce que vous avez pu, plus même, ne craignez jamais la misère. Quand à mon frère et à mes sœurs, ils sont jeunes, ils ont des bras, qu’ils travaillent. Quant à moi, républicain prononcé, mon devoir est de me battre ; je le fais, et les soldats républicains que je commande prouvent tous les jours aux esclaves des tirans que quand on se bat pour sa liberté, pour la cause du peuple, on est toujours victorieux.
Il y a trois jours que nous nous sommes battus comme des diables. On vient de nous faire relever des avant-postes de Pont-à-Marque que nous défendons depuis sept mois. Nous sommes à Lille où l’on veut nous faire rétablir ; nous sommes tout nus, à cela : Vive la République ! J’attends des ordres pour me rendre avec le régiment à Dunkerque.
On croit au bureau de la guerre que je suis noble, vous m’enverrez, au reçu de la présente, mon extrait de baptême, sans cela on pourrait me destituer24. J’ai refusé il y a trois mois, et je refuse tous les jours la place d’adjudant général. C’est un pas que je ne ferai jamais. Je n’ai d’autre ambition que celle de voir mon pays libre et la République triomphante. Adieu, mon père ; adieu, ma mère. Si vous me perdez, c’est à la République que vous aurez sacrifié votre fils.
MURAT.
Mon adresse : Au républicain Murat, chef d’escadron commandant les escadrons de campagne du 21ᵉ régiment de chasseurs à cheval à Lille. Envoyez-moi mon extrait de baptême sur le champ.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Dunkerque, le 30 pluviôse an II (18 février 1794).
Murat à son cher père et à sa chère mère, salut et mille embrassements.
Je vous ai écrit dernièrement ; je vous demandais un extrait de baptême ; si vous ne l’avez pas encore envoyé, ne perdez pas une minute. On veut que je sois noble, et moi, j’en enrage, vous me l’adresserez à Dunkerque.
Donnez-moi de vos nouvelles, de celles de toute la famille. A la paix, si je suis encore en vie, je viendrai vous en demander moi-même. J’ai contracté le juste engagement de vous envoyer cent livres par mois, tant que je serai en place. Je vous envoie celui de pluviôse, vous en recevrez autant tous les mois. Un de mes ennemis25 vient encore de me faire arrêter à Amiens un de mes chevaux dont je refusais 100 louis, je le réclame et je jure qu’il ne tardera pas à m’arriver. Nous espérons bientôt partir, nous devons nous porter sur Haustende et entrer en Hollande. Nous nous battons comme de vrais républicains et Vive à jamais la République !
Dites-moi ce que fait Mion Bastit.
Je suis fâché contre mon frère André. Il ne m’écrit pas. Je vous abandonnerai pas. Si je perds ma place, je suis jeune, je viendrai travailler la terre et vous aider à vous nourrir. Ah ! ma mère, ne vous chagrinez pas, je vous reverrai bientôt. Je suis à ma patrie avant d’être à vous. Adieu ma mère, adieu mon père ; adieu tous. Je vous embrasse. Le canon tire.
MURAT.
P.-S. On se prépare à faire ici un embarquement. Peut-être que le régiment que je commande pourrait aussi, après la descente faite en Angleterre, y être transporté. Que d’un bout de l’univers à l’autre, on n’entende qu’un seul cri : Vive la Liberté ! Vive l’Égalité! Tous les peuples ne composent plus qu’une seule famille de frères, d’amis et de républicains !
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Cahors, 2 nivôse an III (22 décembre 1794).
Le deux nivôse de l’an trois de la République une et indivisible, dans Cahors, chef-lieu du département du Lot, après midy, par devant le notaire public à la résidence dudit Cahors et les témoins soussignés, fut présent le citoyen Joacin Murat, chef d’escadron au vingt unième régiment des chasseurs à cheval à l’Armée du Nord, originaire de la Bastide Fortunière, lequel avec promesse d’éviction et garantie, a vendu purement et irrévocablement au citoyen André Murat, son frère, cultivateur habitant dudit Labastide, présent et acceptant, tous les biens meubles et immeubles par lui acquis du citoyen Bonnafous, son beau-frère, par acte du 23 frimaire dernier reçu par Lafon, notaire, consistant lesdits biens immeubles en maison, grange, jardin, prés, vignes, terres cultes et incultes, le tout situé dans ladite commune de Labastide, les confrontations omises comme parfaitement connues des parties.
Demeure la présente vente faite moyennant le prix et somme de cinq mille deux cents livres ; en tant moins de laquelle le vendeur a déclaré avoir cy devant reçu de son dit frère en monnaie ayant cours celle de trois mille livres dont le quitte. Et quant aux deux mille deux cents livres restantes, l’acquéreur se charge de les payer à l’acquit et libération du vendeur au dit citoyen Bonnafous pour pareille qu’il lui reste lors de son acquisition, au moyen de quoi ledit Joacin Murat s’est désaisi de la totalité des biens et droits par lui acquis en vertu du susdit acte, avec consentement que son dit frère en prène possession quand et comme bon lui semblera, et la réelle jouissance immédiatement après la perception de la récolte actuellement pendante.
Sera ledit acquéreur tenu de se charger des contributions desdits biens qui lui sont délaissés francs d’hypothèques, et ce à compter du jour de sa jouissance. Pour l’observation de tout ce dessus, les parties chacune comme la concerne, ont obligé leurs biens présents et avenir. Fait et lu en présence des citoyens Jean Grippon, cultivateur, habitant de Saint-Sauveur, et Pierre Petit, salpêtrier, habitant Cahors. Signés avec nous après les parties à l’original enregistré à Cahors, le 12 nivôse an 3, par Capdeville, qui a reçu cent quatre livres. Duquel dit original, j’ai extrait le présent auquel me remets.
CAPMAS, notaire.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Note: M. LUMBROSO (Correspondance de Murat, n° CCCLV) publie pour cette époque une lettre de Murat au Comité de Salut Public, datée de Paris, 24 floréal an III (14 mai 1795) relative à ses démêlés avec Landrieux, et une autre de novembre 1795 (Correspondance de Murat, n° IX) dans laquelle il demande au Directoire exécutif la place de chef d’escadron commandant la cavalerie qui doit former la garde du Directoire.
Au quartier général de Vérone, le 4 frimaire an 5 de la République Une et Indivisible, Midy (24 novembre 1796).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie au général Murat.
Rendez-vous à Porto Legnago, faites des reconnaissances sur la force et la position de l’ennemi sur les chemins de Lonigo Colonia et Padoue, après quoi vous viendrez me rejoindre dans la nuit à Rombello ou je serai, allant visiter le blocus de Mantoue.
BONAPARTE.
Au général Murat, à Toulo.
[Archives du prince Murat. D. 401. 1.]
Au quartier général de Veronne, le 24 nivôse an 5 de la République Une et Indivible (13 janvier 1797).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie, au général Murat.
Le général Rey m’instruit qu’il part à l’instant pour Borghetto, il recevra là des ordres pour se rendre à Castel Nuovo et protéger la division du général Joubert où l’ennemi paraît avoir fixé une partie de ses forces.
J’ordonne au général Guillaume de vous faire passer sur le champ les barques nécessaires pour embarquer huit cents hommes.
Immédiatement après la réception du présent ordre, vous enverrez quelqu’un vous informer des mouvements qu’aurait fait l’ennemi du côté de Salo, à Nozza, et si, comme je le pense, il ne fait rien qui présage une irruption considérable et dangereuse pour la journée de demain, vous vous embarquerez avant trois heures après minuit, avec toutes les troupes qui sont sous vos ordres, et vous vous rendrez sur la côte opposée du lac, du côté de Guarda, où vous prendrez langue ; mon intention serait que vous pussiez débarquer plus haut que Torre, de manière que la colonne ennemie qui longe le lac se trouvât entièrement tournée. Vous pourriez faire de cette manière une grande quantité de prisonniers et contribuer de la manière la plus forte au succès de la journée.
Les carabiniers de la 11ᵉ demi-brigade d’infanterie légère connaissent à peu près le pays, d’ailleurs il vous sera facile de distinguer où en sera le feu, vu que l’ennemi ne pouvant pas avoir de ce côté là de canons, à moins que ce ne soit quelques pièces de 2.
Vous aurez soin de renvoyer toute la cavalerie que vous pourriez avoir, en lui recommandant de presser la marche, afin de pouvoir être au jour à Castelnuovo. Vous embarquerez les deux pièces de canons que vous avez avec vous. Je préviens le général Guillaume d’embarquer cent pionniers français avec leurs outils et outre cela cent autres outils, afin que si vous aviez tourné l’ennemi ou débarqué après avoir mitraillé sur son flanc, vous pussez aussitôt vous retrancher27.
S’il arrivait que, par un hazard quelconque, vous ne puissiez rien faire de tout cela, il faudrait au moins débarquer où sont nos troupes, afin de les appuyer et rejoindre les divisions.
Le général Guillaume fera partir tous nos batimens armés de Peschiera et même une partie de nos batimens de transport, afin de menacer l’ennemi d’un débarquement dans trois ou quatre endroits à la fois et le canoner sur plusieurs points de sa colonne.
BONAPARTE.
[Archives du prince Murat. D. 401. 2.]
Vérone, 4 pluviôse, 5ᵉ année rép. (23 janvier 1797).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie, au général Murat.
Je suis instruit, citoyen général, que les déserteurs autrichiens continuent de s’échaper par le lac d’Iseo. Je vous réitère l’ordre de mettre un poste sur ce point et d’employer toutes vos sollicitudes pour mettre un terme à cette désertion.
BONAPARTE.
[Archives du prince Murat. D. 401. 3.]
Note: M. LUMBROSO, à la date du 24 prairial au V (12 juin 1797), publie une lettre de Murat au ministre de la guerre, Petiet, datée d’Udine, pour demander le citoyen Colbert comme aide-de-camp. (Correspondance de Murat, XII.)
Au quartier général de Montebello, le 3 messidor an 5 de la République Une et Indivisible (21 juin 1797).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie, au général Murat.
Je ne reçois qu’aujourd’hui votre lettre datée de Brescia le 20 prairial. Je sais le cas que je dois faire de vos talents militaires, de votre courage et de votre zèle.
Je n’ai jamais eu une idée qui puisse (être) le moins du monde défavorable, mais j’ai pensé que vous étiez plus nécessaire à votre division qu’avec votre maîtresse à Brescia28, surtout passé le premier moment.
Je vous salue, BONAPARTE.
Au général Murat, division Bernadotte, à Udine.
[Archives du prince Murat. D. 401. 5.]
Milan, 18 thermidor an V (5 août 1797).
MONSIEUR,
Le général Murat qui va à Rome pour voir cette ville célèbre, vous remettra cette lettre. Je vous prie de lui procurer toutes les facilités qui sont en votre pouvoir pour qu’il puisse remplir avec avantage l’objet de son voyage. Si le général se trouvait avoir besoin de fonds dans votre ville, je vous prie, Monsieur, de lui en donner, je vous en tiendrai compte.
Recevez l’assurance de mon estime.
Je vous serai obligée de vouloir bien remettre au général Murat les commissions dont vous avez bien voulu vous charger pour moi.
LAPAGERIE BONAPARTE29.
[Archives du prince Murat. D. 402. I.]
Brescia, 18 septembre 1779.
Je ne puis imaginer, mon cher André, quel peut être le motif de ton silence. Je ne reçois pas de tes nouvelles. Toi seul ne m’écris pas. Faut-il que j’aie la douleur de me voir oublié par mes plus proches, tandis que tout le monde, les plus grands mêmes, briguent mon amitié et mon appui?
Tu ne trouveras jamais de motif pour t’excuser ; tu es au moins coupable de la plus grande négligence, si tu ne l’es pas par ton cœur. Quoi! six mois se sont écoulés ; ton frère a couru les plus grands dangers, il a été blessé, les papiers publics lui ont voté des éloges, et toi seul restes tranquille et insensible à ma gloire comme aux circonstances qui pouvaient m’enlever à mes parents ! Permets-moi de te dire que j’ai lieu d’être fâché de ta conduite, mais je te pardonne tout si tu aimes toujours ton frère, si tu es toujours digne de lui.
J’espère que la paix que nous allons avoir me ramènera dans ma patrie et au milieu de vous. Il me tarde infiniment de t’embrasser, ainsi que ta femme. J’arrive de Rome et je repars pour une nouvelle expédition. Adieu, j’espère avoir bientôt une réponse de toi. Je t’embrasse.
Ton bon frère, Le général commandant une colonne mobile marchant en Valteline. J. MURAT.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Au quartier de Passeriano, le 13 vendémiaire an 6 de la République Une et Indivisible (4 octobre 1797).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie, au général Murat.
J’ai reçu, citoyen général, votre rapport d’Edalo. Je suis satisfait de ce que vous avez fait dans la Valteline30.
L’État-major donne l’ordre pour que la 11ᵉ demi-brigade d’infanterie légère se rende à Padoue.
Bonaparte.
Au général Murat, à Brescia.
[Archives du prince Murat. D. 401. 6.]
Armée d’Italie ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
Au quartier général de Passeriano, le 13 vendémiaire an 6ᵉ de la République Française une et indivisible (4 octobre 1797).
Le Général de division chef de l’État-major général
Le général en chef ordonne au général de brigade Murat de partir de Brescia pour se rendre à Treviso, où il comandera la 3ᵉ brigade de la première division de cavallerie de l’armée, sous les ordres du Général Divᵐ Dugua ; cette brigade sera composée des 19ᵉ régiment de chasseurs et 5ᵉ de dragons.
Alex. Berthier.
[Archives du prince Murat. D. 6. 1.]
Au quartier général de Milan, le 26 brumaire an 6 de la République Une et Indivisible (16 novembre 1797).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie, au général Murat.
Je vous préviens, citoyen général, que je pars demain matin à 9 heures pour me rendre à Rastadt.
Instruisez-en les plénipotentiaires français et de l’Empereur qui, à ce que j’imagine, m’attendent avec impatience.
BONAPARTE.
Au général de brigade Murat, à Rastadt31.
[Archives du prince Murat. D. 401. 7.]
Paris, le 5 pluviôse an 6 (24 janvier 1798).
Bonaparte au général Berthier, commandant en chef l’Armée d’Italie.
Le général Murat se rend à l’armée d’Italie. La nécessité où il s’est trouvé de ramener cette héroïne de Brescia qui était venue jusqu’à Paris, le désir de revoir Rome, celui de servir sous vos ordres et le peu de généraux qui vous restent vous le feront accueillir avec plaisir. Je crois bon de vous répéter, que comme il n’est personne auquel je sois plus attaché qu’à vous et à votre réputation, vous me ferez plaisir d’accueillir mon ancien aide de camp, mais non pas de le gâter.
Je vous salue, BONAPARTE.
[Archives du prince Murat. D. 403. 1.]
ARMÉE D’ITALIE.
Au quartier général de Milan, le 21 ventôse 6e année de la République Française une et indivisible (11 mars 1798).
Le citoyen Alexandre Berthier, général en chef, au général Murat.
D’après les ordres du Directoire exécutif, vous voudrez bien, citoyen général, partir sur le champ en poste pour vous rendre à Milan, où dans le cas que je n’y serais pas, vous trouverez à l’état-major de nouveaux ordres.
Il s’agit d’un objet important, lequel exige que vous ne différiez pas votre départ.
Alex. BERTHIER.
[Archives du prince Murat. D. 6. 2.]
ARMÉE D’ITALIE
Alexandre Berthier, général de division, chef de l’état-major général de l’Armée d’Italie.
Au quartier général de Gênes, le 25 ventôse au 6e de la République (15 mars 1798).
Au général de brigade Murat.
En conséquence des dispositions du Directoire exécutif, il est ordonné au général Murat de partir de Milan en poste, aussitôt son arrivée, pour se rendre à Gênes où il sera aux ordres du général Baraguey d’Hilliers et fera partie de la division qui s’y embarque et qui se trouve aux ordres du général Bonaparte, comme faisant partie de la grande expédition. Il commandera le 14e et le 18e régiments de dragons.
Le général Murat gardera sous le secret le dernier article dudit ordre.
Alex. BERTHIER.
[Archives du prince Murat. D. 6. 3.]
Note: M. Lumbroso publie (Correspondance de Murat, XIV) une lettre de Murat aux membres du gouvernement provisoire de Brescia, datée de Milan, 30 ventôse au VI (20 mars 1798), pour les remercier d’un sabre qu’ils lui ont offert.
Au quartier général de Paris, le 1er floréal an 6 de la République une et indivisible (20 avril 1798).
Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Angleterre au général Murat, à Gênes.
J’ai reçu, citoyen général, votre lettre du 18 germinal, je vous renvoie votre aide de camp. L’armée dans laquelle vous êtes est sous mes ordres et je vous reverrai sous peu de jours.
Je vous salue, Bonaparte.
[Archives du prince Murat. D. 403. 2.]
Malte, 27 prairial an VI (15 juin 1798).
Joachim Murat, général de brigade, à son père.
Malte est à nous. Le pavillon tricolore flotte sur les remparts de cette ville.
Nous devons partir dans deux ou trois jours, je ne sais pour où, je présume cependant que c’est pour l’Égypte. Ma santé n’est pas des meilleures, c’est ce qui fait que je vais demander une permission pour me rendre auprès de vous, ce serait le seul moyen de la rétablir32. J’ai lieu de croire qu’on me l’accordera. Le pays est très chaud, je ne pourrai jamais le supporter.
Le courrier va partir, je n’ai que le temps de vous embrasser. Assurez ma chère mère de toute ma tendresse et du désir que j’ai de la voir, ainsi que toute la famille. Adieu, mille choses à tous. La mer ne m’a pas rendu malade. Il me tarde de savoir si mon petit neveu est parti pour Paris33.
Votre très attaché fils,
J. MURAT.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
ARMÉE D’ORIENT
Mil Camar, le 18 fructidor an VIᵉ (4 septembre 1798).
Le général de brigade Murat commandant la province de Kelioub34 au général de division Dugua, commandant la province de Mansoura.
Vous avez été induit en erreur, mon cher général, en croyant que les villages situés en deçà de Sélémié fussent compris dans la province que vous commandés ; après la répartition faite par le général en chef, la province de Kélioub s’étend jusqu’au village de Sélémié inclusivement, cependant des réquisitions ont été frappées en votre nom sur le territoire de ma jurisdiction. Vous sentirés facilement, mon cher général, les inconvéniens qui peuvent résulter de ces méprises ; en plusieurs endroits les habitans se sont refusés aux demandes que je leur fesois, sous prétexte qu’ils fesoient partie de la province de Mansoura et particulièrement à Amandara ; je crois qu’il seroit nécessaire que vous fissiez connoître, par une proclamation à vos gouvernés, les nouvelles limites de votre province ; cette mesure est indispensable pour détruire dans l’esprit des habitants les vieilles idées qu’ils conservent sur la division des provinces.
Je jouis ici d’une tranquillité parfaite, quoiqu’il existe une assez grande réunion d’Arabes près de moi ; mon gouvernement est en partie organisé, les réquisitions frappées se perçoivent ; j’espère que vous jouissiez aussi de la même paix, mon cher général, je vous désire en tout cas joie et contentement.
Je vous salue et embrasse.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, D. 6 bis. 135.]
Alexandrie, le 16 brumaire an VII (6 novembre 1798).
Murat, général commandant une colonne mobile, à son père.
J’existe encore, mon cher père. Ma santé est très bonne. Je suis désolé de ne pas recevoir de vos nouvelles ; c’est le seul tourment que j’endure. Je ne puis vous donner aucun détail, parce que je ne suis pas sûr qu’il plaise à Messieurs les Anglais de laisser passer ma lettre. Je ne puis vous parler de mon retour que je présume cependant être très prochain. Embrassez ma tendre mère ; dites-lui que je ne désire rien tant que de la voir, de l’embrasser et d’oublier dans ses bras tout ce que je souffre de fatigues.
Adieu, embrassez tous mes frères et sœurs, et croyez-moi pour la vie votre bon fils
J. MURAT.
P.-S. — On nous apprend dans l’instant que le Grand Turc nous a déclaré la guerre. Je n’en crois rien. Cependant nous sommes prêts à tout événement. Nous ne recevons aucune nouvelle de France. Envoyez mon petit neveu à Paris, s’il n’est pas encore parti. Adressez-le au citoyen Montmayou36, député, ou à Scribe, négociant, rue Honoré, passage Saint-Roch.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
ARMÉE D’ÉGYPTE
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Alexandre Berthier, général de division, chef de l’État-major général.
Au quartier général d’Aboukir, le 7 thermidor an VII (25 juin 1799).
Nomination sur le champ de bataille du général de brigade Murat au grade de général de division.
Le général en chef voulant donner au général de brigade Murat37 un témoignage de la satisfaction du gouvernement, tant pour ses anciens services que pour ceux qu’il vient de rendre en Égypte, ou commandant l’avant-garde de l’armée, il a contribué d’une manière éclatante à la gloire que l’armée s’est acquise par la victoire remportée à la bataille d’Aboukir, du 7 thermidor an 7ᵉ, où l’armée turque a été entièrement détruite, nomme le général de brigade Murat au grade de général de division.
En conséquence, le général Murat jouira à dater de ce jour des appointements et des rations attribués à son grade de général de division.
Le ministre de la guerre est prévenu de cette nomination. Le brevet ministériel lui est demandé.
Signé : Alexandre Berthier.
Pour copie conforme :
Le général de division J. Murat, Legros, Oudart, Lhuillier, Rousset, Saintomer.
[Archives du prince Murat. D. 6. 8 bis.]
Alexandrie, le 10 thermidor an VII (28 juillet 1799).
Vous apprendrez sans doute, mon cher père, par le rapport du général en chef Bonaparte au Directoire exécutif, nos brillants succès sur l’armée hotomane ; vous apprendrez en même temps que j’ai été cruellement blessé à la sanglante bataille d’Aboukir. Que cette seconde nouvelle n’empoisonne pas la joie qu’aura dû vous procurer la première, je suis absolument hors de danger. Si en Europe quelque belle pouvait, après un an d’absence, avoir conservé encore son cœur sensible pour moi, la nature de ma blessure doit porter une terrible atteinte à sa constance. N’allez pas vous alarmer, ne portez pas de faux jugements, je conserve encore tous mes membres : vous saurez qu’un Turg, et les Turgs ne sont pas ordinairement très galants, m’a fait la gentillesse de me traverser la mâchoire d’un coup de pistolet. C’est vraiment un coup unique et extrêmement heureux, car la balle qui est entrée par un côté, à côté de l’oreille, est sortie directement à côté de l’autre, n’a offensé ni mâchoire, ni langue, ni cassé aucune dent. On m’assure que je ne serai nullement défiguré. Ainsi dites donc à ces belles, s’il en existe, que Murat, pour ne plus être aussi beau, n’en sera pas moins brave en amour. On me fait espérer que dans quinze jours je serai parfaitement en état de reparaître en campagne.
Je vous fais passer un exemplaire de l’ordre du jour de l’armée du 9 ; vous verrez par là, que je ne suis que trop récompensé de tout ce que je souffre. Je ne vous donnerai aucun détail de cette affaire ; je ne vous parlerai pas même de notre position en Égypte ; je me contente de former des vœux pour mon prompt retour au milieu de vous: puisse cette époque ne pas être reculée! puissé-je bientôt vous embrasser et rendre à vos vieux ans une partie des bienfaits dont vous m’avez comblé!
Rappelez-moi au souvenir de tous mes frère et sœurs et de tous nos amis, ayez soin de l’éducation de mon petit neveu.
Si par hasard vous aviez besoin de quelque secours, malgré la meilleure envie que j’aurais de vous secourir, notre position en Égypte m’en ôterait tous les moyens. Je dois cependant vous faire connaître mon brave ami qui conserve chez lui à Paris la majeure partie de mes effets. C’est le citoyen Célestin Scribe, négociant, rue Honoré, passage de Saint-Roch, à Paris. C’est un très honnête homme. Si jamais il venait à m’arriver quelque chose, en lui montrant cette lettre, je ne doute nullement qu’il ne s’empresse à vous remettre le tout.
Je ne serai pas plus long, mon chirurgien me force de finir ma lettre ; donnez-moi mille baisers à ma tendre mère, dites-lui qu’elle sera, ainsi que vous, le sujet constant de mes sollicitudes.
Le chef de brigade Bessières, de Pressac, ici présent auprès de mon lit, me charge de vous inviter à donner de ses nouvelles à sa famille.
Je vous embrasse bien tendrement et serai pour la vie votre fils38.
Le général de cavalerie J. MURAT.
J’embrasse mon cher Loubières, ainsi que son épouse, c’est maintenant que j’aurais besoin de ses bons bouillons. Le fils à Guarigues de Br… est avec moi comme hussard d’ordonnance, il se porte bien.
[Archives du prince Murat. D. 406. 1.]
Alexandrie, 4 fructidor an 7 (21 août 1799).
Le général en chef arrive à l’instant, mon cher Dugua40, à l’instant je reçois l’ordre de m’embarquer. A peine me laisse-t-on le temps d’écrire deux mots et de faire porter à bord mes effets. En conséquence, je ne puis me rendre au Caire comme je l’espérais, pour pouvoir y régler mes affaires. Je viens donc exiger de ton attachement pour moi un service important. Ce n’est pas tout à fait pour moi, mais pour le citoyen Chabran Airout, mon agent pour les villages que j’ai affermés ; me trouvant sans argent, dépensant beaucoup, j’exigeai de lui les avances du restant du prix de la ferme, il emprunta sans doute, enfin il satisfait à ma demande. Je sais cependant qu’il n’est pas payé par les villages, voilà un homme ruiné par les avances qu’il m’a faites, si on ne lui donne une force armée pour exiger le miri. C’est donc de toi, mon cher Dugua, que j’attends tout pour ce brave et honnête homme. Fais lui donner pour huit jours vingt-cinq hommes de cavalerie, et le voilà sauvé.
Quant à mes arrangemens avec la République, j’écris au citoyen Poulssiegue et lui donne les notes de ce que je dois, j’aurai soin d’y faire honneur.
Adieu, je suis au désespoir de ne pouvoir me charger de tes commissions, mais je pense que tu ne tarderas pas à nous suivre. Adieu, je t’embrasse mille fois.
Ton ami. J. MURAT
Ma blessure va assez bien. Je te recommande les cachets Selière et Ali.
[Archives de la Guerre.]
17e DIVISION MILITAIRE Division de cavalerie.
Au quartier général de Paris le 18 frimaire de l’an 8 de la République française (9 décembre 1799).
Joachim Murat, général de division commandant la cavalerie, aux Administrateurs de la commune de Cahors41.
CITOYENS ADMINISTRATEURS,
J’ai reçu avec la plus vive reconnaissance les témoignages de votre estime, m’en rendre digne et mériter la bienveillance de mes concitoyens fut toujours mon égide. C’est à elle sans doute que je dois d’avoir été utile à ma Patrie, puisqu’elle m’animait au combat, en m’indiquant une récompense dans vos cœurs, récompense qui m’est bien précieuse.
Je n’oublierai pas la demande que vous me faites par le second paragraphe de votre lettre, je la communiquerai au Consul Bonaparte, ainsi que votre dévouement à la République.
Salut fraternel. MURAT.
[Archives du prince Murat. D. 407. 1.]
Paris, le 19 frimaire an VIIIᵉ de la République française, une et indivisible (10 décembre 1799).
Le ministre de la guerre au général de division Murat, commandant la garde des Consuls de la République, au Palais des Consuls.
Je vous préviens, citoyen général, que conformément aux dispositions de l’arrêté du 27 vendémiaire dernier, votre promotion au grade de général de division, faite par le général en chef de l’armée d’Orient, le 7 thermidor dernier, est confirmée.
Vous êtes en conséquence autorisé à porter les marques distinctives de ce grade et à jouir des appointements qui lui sont attribués ; je vous en ferai incessamment expédier le brevet dont la présente vous tiendra lieu, en attendant qu’il vous soit délivré.
Salut et fraternité. Alex. BERTHIER.
[Archives du prince Murat. D. 6. 9.]
Paris, le 26 frimaire 8e année de la République française (17 décembre 1799).
Le général de division Murat, commandant en chef et inspecteur du corps, aux Membres composant l’administration de la commune de Cahors.
L’aurore du bonheur lui enfin pour la France, la Constitution vient d’être achevée. Le Peuple français reconquit ses droits, si longtemps usurpés par des factions conspiratrices, puisse-t-il n’y jamais être en butte et jouir en paix du fruit de son énergie et de son courage.
Vous trouverez ci-joint un exemplaire de la Constitution ; je m’empresse de vous la faire parvenir, dans la certitude que vous l’accueillerez avec tout l’enthousiasme qu’elle doit inspirer à vos cœurs. J’ai communiqué au Consul Bonaparte les témoignages de votre dévouement au nouvel ordre de choses et l’ai assuré d’avance de la continuation de vos bonnes dispositions à cet égard.
Veuillez assurer tous nos amis communs de ma sincère amitié et agrérez l’assurance de mon estime.
Salut fraternel. J. MURAT.
P.-S. — Je saisirai avec empressement toutes les occasions de servir les intérêts du département, j’épierai surtout le moment de la nouvelle division départementale. Faites-moi parvenir de votre côté tous les renseignements que vous pourrés acquérir sur les manœuvres secrètes de la commune de Montauban42.
[Archives du prince Murat. D. 407. 2.]
Garde des consuls
Paris, le 20 nivôse, 8e année de la République française (10 janvier 1800).
Le Général de division Murat, commandant en chef et inspecteur du corps, à l’Administration municipale de la commune de Cahors.
J’ai reçu en son temps, citoyens, votre lettre du 3 de ce mois ; les témoignages de satisfaction y contenus sur la nouvelle Constitution m’étaient présagés d’avance par les développements heureux que vous avez manifestés aux journées des 18 et 19 brumaire, ils me sont un gage certain de votre entier dévouement au nouveau pacte social.
J’ai fait passer au Président du Conseil d’État, ainsi que vous le verrez par sa réponse ci-jointe que je m’empresse de vous transmettre, le mémoire de vos légitimes réclamations sur la centralisation des autorités dans votre commune. Je l’ai appuyé d’une manière extrêmement pressante, m’ayant paru basé sur des principes de justice et d’utilité. Vous verrez qu’elle est satisfaisante pour vous et que je n’ai qu’à me féliciter sous tous les rapports d’avoir employé et utilisé mes moyens à vous servir, m’estimant heureux dans tous les temps de pouvoir être à même de vous prouver mon sincère attachement et mon entier dévouement, et vous priant de croire que vous me ferez toujours un vrai plaisir de les mettre à de nouvelles épreuves.
Salut, estime et considération.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. D. 407. 3.]
Paris, 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800).
Mariage, entre Joachim Murat et M. A. Bonaparte soussignés
Pardevant les Notaires à Paris
Furent présens :
Joachim Murat ; Général de division, Commandant en Chef de la Garde des Consuls, demeurant à Paris ci-devant quai d’Orsay, 10e arrondissement, maintenant rue des Citoyennes, 11e arrondissement, né dans la commune de Labastide, canton de Montfaucon, département du Lot, fils majeur de défunt Pierre Murat et Jeanne de Loubières, son épouse, actuellement sa veuve, de laquelle il déclare avoir le consentement.
Led. Joachim Murat stipulant pour lui et en son nom.
D’une part.
Marie Letitie Ramolini, veuve de Charles Bonaparte, demeurant à Paris, rue d’Érancis, division du Roule, 1er arrondissement, stipulant pour Marie-Annonciate Bonaparte, née à Ajaccio, département de Liamone en mars mil sept cent quatre vingt deux, mineure, fille d’Elle et dud. feu Charles Bonaparte, demeurant avec elle et à ce présente et consentant,
D’autre part.
Napolione Bonaparte, Premier Consul de la République française, demeurant à Paris au Palais des Consuls.
Joseph Bonaparte, ancien ministre plénipotentiaire de la République française à Rome, demeurant à Paris rue d’Erancis, 1er arrondissement.
Lucien Bonaparte, Ministre de l’Intérieur, demeurant à Paris rue de Grenelle.
Et Louis Bonaparte, chef de brigade, demeurant à Paris au Palais des Consuls.
Tous les quatre, frères de la dite dame Annonciate Bonaparte.
Encore d’autre part.
Lesquelles parties ont réglé ainsi qu’il suit les conditions civiles du mariage projeté entre ledit Joachim Murat et lad. Marie-Annonciate Bonaparte.
Il n’y aura aucune communauté de biens entre les futurs époux qui, à cet effet, dérogent à toutes lois et usages établissant la Communauté.
Par suite du précédent article, chacun des futurs époux jouira séparément et à divis des biens de toute nature qui lui appartiennent et lui appartiendront à quelque titre que ce soit, la future épouse demeurant irrévocablement autorisée à faire tous les actes d’administration et généralement tout ce que les femmes séparées de biens ont le droit de faire.
En compensation de tout ce que la future épouse peut avoir à prétendre pour sa part dans les biens et droits paternels et collatéraux maintenant ouverts ou échus à son profit, ensemble dans la succession future de la citoyenne sa mère, les citoyens Napolione, Premier Consul, Joseph, Lucien et Louis Bonaparte, s’engagent à payer entre les mains du futur époux la somme de quarante mille francs.
En exécution duquel engagement lesd. citoyens Napolione, Joseph, Lucien et Louis Bonaparte ont présentement payé au futur époux qui le reconnaît et s’en charge envers la future épouse et les siens, ladite somme de quarante mille francs en espèces métalliques ayant cours, comptées, nombrées et réellement délivrées à la vue des notaires soussignés.
Dont quittance.
Au moyen de ce payement et de sa cause exprimée en l’article 3, la future épouse du consentement du futur époux, et à ce autorisée par la citoyenne sa mère, se reconnaît entièrement remplie et satisfaite, non seulement de tout ce qui lui appartient et peut lui appartenir pour ses biens et droits paternels et collatéraux maintenant ouverts ou échus, tant en fonds qu’en fruits ou revenus, mais encore de ce qui peut lui revenir de la succession future de la citoyenne sa mère, en quoi que le tout consiste et puisse consister. La future épouse du même consentement et avec la même autorisation renonçant en faveur des d. citoyens Napolione, Joseph, Lucien et Louis Bonaparte ses frères ce acceptant, à tous les biens, droits et prétentions dont elle vient de se reconnaître satisfaite par lad. somme de quarante mille francs, et ne se réservant que ses droits dans les successions à venir, autres que celle de sa mère.
Dans le cas où il serait porté par la future épouse ou par ses ayant cause la moindre atteinte à l’effet que doivent avoir en faveur de ses frères susnommés sa renonciation et les arrangemens portés aux articles trois et quatre ci-dessus, la dite future épouse ou ses ayant causes seront, dès le moment du premier acte judiciaire à ce relatif, tenus de restituer auxdits citoyens Napolione, Joseph, Lucien et Louis Bonaparte ou à leurs ayant causes.
Savoir :
La somme de trente mille francs et les intérêts de cette somme à compter de ce jour, si c’est par rapport aux biens et aux droits maintenant ouverts ou échus que la contestation s’est élevée ;
Et dix mille francs avec les intérêts aussi à compter de ce jour, si c’est par rapport aux droits de la future épouse dans la succession de la citoyenne sa mère.
La future épouse, à ce autorisée par la citoyenne sa mère, se constitue en dot la somme de quarante mille francs, payée comme dessus au futur époux.
Indépendamment de cette dot, la future a pardevers elle des diamans, bijoux, objets de trousseau et autres effets à son usage pour la valeur de douze mille francs, ainsi que le reconnaît le futur époux.
En considération du mariage, le futur époux constitue à la future épouse un augment d’une somme égale au tiers des quarante mille francs sus-énoncés, ledit augment à prendre sur tous les biens du futur époux.
Arrivant le décès du futur époux, la future épouse lui survivant aura et prendra indépendamment de sa dot et de l’augment :
1° Les habits, linge, hardes, dentelles, diamans et bijoux, jusqu’à concurrence au moins de la somme de douze mille francs à laquelle ils se montent maintenant.
2° Et à titre de gains nuptiaux, la toilette, l’argenterie qui s’en trouvera dépendre, les meubles complets de l’appartement qu’elle se trouvera occuper dans la maison où son mari et elle résideront, enfin une voiture attelée de deux chevaux.
Pour l’assurance des restitutions à faire par le futur époux ou par ses héritiers, soit à la future épouse, soit aux héritiers d’elle, le futur époux consent que toutes inscriptions hypothécaires soient prises.
Ce fait en présence des parens et amis ci-après nommés savoir : De la part du futur époux, Jean-Baptiste Bessière, chef de brigade, cousin. Et de la part de la future épouse : Félix Baciocchi et Marie-Anne Bonaparte, son épouse, sœur et beau-frère. Jérôme Bonaparte, mineur, frère. Marie-Joseph-Rose Tascher Lapagerie, épouse de Napolione Bonaparte, premier Consul, elle, belle-sœur de lad. future épouse. Joseph Fesch, oncle maternel de ladite future épouse. Hortense-Eugénie Beauharnais, amie. Alexandre-Urbain Yvan, chirurgien aux Invalides, ami. Fait et passé à Paris en la demeure du C. Bonaparte, premier Consul, l’an huit de la République française, le ving-huit nivôse après-midi.
Et ont signé ainsi signé Marie Letitie RAMOLINI BONAPARTE, Marie Annonciate BONAPARTE, J. MURAT, BONAPARTE, Marie-Anne BONAPARTE, BACIOCCHI, L. BONAPARTE, Joseph FESCH, LAPAGERIE-BONAPARTE, J. BONAPARTE, Félix BACIOCCHI, YVAN, H. BEAUHARNOIS, BESSIÈRE, Lucien BONAPARTE, J. BONAPARTE, PERIGNON et RAGUIDEAU, ces deux derniers notaires.
[Archives du prince Murat. D. 7 bis. 1. (Sur parchemin.).]
Paris, 29 nivôse an VIII (19 janvier 1800).
Le général de division Murat, commandant en chef et inspecteur du corps.
Je m’empresse de t’annoncer, mon cher frère, que je pars pour une terre du Consul Bonaparte43, où je dois épouser demain sa sœur. Le contrat a été passé et signé hier au soir. Fais-le-savoir à mes sœurs. Je ferai en sorte de venir dans quelque temps d’ici vous voir. Dis bien surtout à ma mère que je meurs d’envie de la voir et de l’embrasser bien tendrement. Dis-lui que ma femme se fait une fête de la connaître et de lui donner le doux nom de mère.
Ma chère petite Caroline doit lui écrire. Tâche de faire répondre d’une manière aimable et honnête. Adieu. Mon petit neveu se porte bien. Adieu. Demain, je serai le plus heureux des hommes, demain je posséderai la plus aimée des femmes. Ecris-moi. J’embrasse ma mère de tout mon cœur, ta femme et tes enfants, ainsi que mes sœurs. Bien des choses à tous nos amis, à tous mes chers concitoyens. Je me fais une bien grande fête de vous embrasser tous.
J. MURAT.
[Archives de la Mme la comtesse Murat.]
Paris, le 13 pluviôse, 8ᵉ année de la République française (2 février 1800).
CITOYENS ADMINISTRATEURS,
Honoré de toute votre confiance, je me ferai un devoir de la justifier en veillant, ainsi que vous, aux intérêts de vos administrés, en éclairant la religion des autorités suprêmes sur le choix de vos nouveaux magistrats, heureux si mes faibles moyens et mon dévouement peuvent concourir au bonheur de mes concitoyens. J’espère beaucoup en la sagesse et la justice du gouvernement, espérez aussi, citoyens administrateurs, et comptez toujours sur mon attachement à la cause sacrée du peuple.
Veuillez agréer l’assurance de ma sincère amitié.
Salut et considération.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. D. 407. 4.]
Dijon, le 1ᵉʳ floréal an VIII (21 avril 1800).
Joachim Murat, général de division commandant la cavalerie de l’armée de réserve45 et lieutenant du général en chef.
Je suis parti si vite de Paris que je n’ai pas eu le temps de t’en instruire. J’ai toujours cru venir à La Bastide avant de me rendre à l’armée. Mais des ordres précis et des mouvements prochains m’en ont empêché.
Achète la maison B…, et fais bien arranger la chambre neuve. Je t’assure que je ne reviendrai pas à Paris sans venir te voir et me jeter dans les bras de ma tendre mère. Console-la dans sa vieillesse. Tiens-lui lieu de moi et de ses autres enfants. Elle recevra mon portrait et celui de ma femme. Adieu, je t’embrasse ainsi que ta femme et mes sœurs. J’ai laissé ma femme à Paris.
J. MURAT.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, le 12 messidor an VIII (1er juillet 1800).
Je m’empresse de vous annoncer, ô mon adorable mère, mon retour à Paris. Il y a bien longtemps que je n’ai reçu de vos nouvelles ; mais ma bonne petite Caroline qui en avait eu, n’avait pas manqué de m’en donner. Vous vous portez bien, vous m’aimez toujours, vous aimez ma femme, je suis le plus heureux du monde ; mais je le serai bien plus quand j’aurai le bonheur de vous embrasser. Adieu, aimez-moi ; dans peu je serai près de vous. Ma femme vous embrasse aussi bien tendrement.
Le plus tendre des fils,
J. MURAT.
Mon petit neveu vous embrasse. Mille choses à tous mes frère et sœurs.
[Archives du prince Murat. D. 408. 1.]
15 thermidor an 8 (3 août 1800).
Le lieutenant général Murat, au général Bonaparte, 1er consul de la République47
J’ai reçu, mon général, du ministre de la guerre l’ordre d’aller prendre le commandement d’un camp qui doit se former entre Beauvais et Amiens, mais comme ses instructions ne sont pas assez claires, permettez-moi de vous demander : avec qui je dois correspondre, sous quels ordres je suis, quel titre je dois prendre et quels seront les frais extraordinaires?
Je vous demande aussi, mon général, pour un des deux généraux de brigade qui, d’après votre arrêté, doivent être attachés au Camp, le général de brigade Sarrazin, — pour mon chef d’état-major, l’adjudant-commandant Cézar Berthier, — pour commissaires des guerres les citoyens Michaux et Miot, tous deux venant d’Égypte ; pour commander une partie des grenadiers, le citoyen Bernard, fait chef de brigade sur le champ de bataille à Abouzhir (sic).
Comme ce camp doit être regardé pour ainsi dire comme ambulant, il me paraît qu’il doit avoir une administration particulière, car comment pourrait-je vivre, lorsque je serai hors de la 17ᵉ division, si je n’ai pas des agens chargés particulièrement de ce service.
Je vais me concerter aujourd’hui avec le général Morthier pour l’exécution des ordres préliminaires qu’il a reçus du ministre de la guerre.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Arch. nat. A F. IV, 1092, n. 28 et Archives du prince Murat. R. I, p. 1.]
Au quartier général de Paris, le 18 thermidor an VIII (6 août 1800).
Je ne saurais vous exprimer, ma bien bonne mère, la douleur et les regrets que j’éprouve de ne pas pouvoir venir vous embrasser. Je croyais toucher à ce moment heureux et fortuné, lorsqu’un ordre d’aller prendre le commandement d’un camp de grenadiers vient m’ôter tout espoir pour le moment. La paix seule, et la paix n’est pas loin, peut me faciliter ces moyens. Alors je jure qu’il n’y aura pas de puissance qui puisse m’empêcher de venir vous voir, vous embrasser et ne plus vous quitter. Je vous envoie pour vous 4,000 francs, 2,000 francs pour André, 2,000 francs pour ma sœur Jacquette, 2,000 francs pour Madelon. Dites à Jacquette de les employer à payer ses dettes. Si vous en avez besoin d’autre, écrivez-moi et de suite je vous enverrai ce que vous voudrez. Si ma sœur de Mongesty avait aussi besoin de quelque chose, faites-le moi savoir. Ayez soin de mes neveux, faites-les étudier et lorsque je viendrai, je les prendrai avec moi. Le petit48 se porte bien et vous embrasse. Ma bonne Caroline qui vous aime bien, vous embrasse, elle va bientôt me rendre le plus heureux des pères, comme je le suis des maris. Adieu, ma chère mère, consolez-vous, dans deux mois et peut-être avant, je serai près de vous.
Adieu, je vous embrasse comme je vous aime, de tout mon cœur. Votre très dévoué fils,
J. MURAT.
[Archives de Mme la comtesse Murat.]
Paris, le 18 thermidor an VIII (6 août 1800).
Conformément à vos ordres contenus dans votre lettre du 14 courant, je me suis transporté à Beauvais, citoyen Ministre, afin d’y reconnaître un emplacement propre à l’établissement du camp dont vous me confiez le commandement.
Après avoir soigneusement parcouru les environs de Beauvais, je me suis convaincu que la plaine de Laversine convenait parfaitement à son établissement, en appuyant sa gauche au village de Therdonne et sa droite à la deuxième route qui conduit de Beauvais à la rue Saint-Pierre, faisant face à la50 à l’ouest. Le terrain me donne de l’eau. Saint-Martin et Saint-Germain me donnent de l’ombrage, ainsi que les deux bouquets de bois qui se trouvent en avant de mon camp, et la plaine me fournit un local assez vaste pour toutes les manœuvres.
Je pourrai établir les magasins en tout genre dans les villages de Saint-Ouen et Therdonne ; dans tous les cas, Beauvais nous offre dans ce genre toutes les ressources que vous pourrez désirer.
Je vous prie de me faire connaître, citoyen Ministre, si cet établissement remplit vos vues.
Je vous observe que j’ai plutôt recherché les avantages des manœuvres qu’une position militaire ; j’ai cherché à isoler les troupes pour mieux les contenir.
Je crois donc que vous pourrez diriger sur Beauvais tout ce qui est nécessaire pour assurer le service du camp.
Salut.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 2.]
Paris, 18 thermidor an VIII (6 août 1800).
CITOYEN MINISTRE,
L’ordonnateur Dubreton m’informe que vous l’avez spécialement chargé du service du camp sous Beauvais, permettez-moi de vous soumettre quelques observations, qui, je crois, vous paraîtront fondées.
Ce camp doit être considéré comme un camp ambulant et doit avoir sous ce rapport son ordonnateur en chef, ses administrations, son ambulance, son directeur des postes, ses officiers de génie, son payeur et ses fournisseurs ; sans cela, le jour que je quitterai la 17e division, je me verrai exposé à manquer de tout, tandis que vous assurez d’une manière très positive le service de ce camp partout où il pourra se porter, en lui attachant les personnes que je vous désigne.
Le commandant de l’artillerie s’est présenté à moi et m’a fait observer qu’il avait besoin de fonds. J’en aurai également besoin pour toutes les autres parties de mon service, je vous prie, citoyen ministre, de mettre à ma disposition une somme quelconque et de déterminer les frais extraordinaires que l’on doit m’accorder par mois.
Je vous prie de peser dans votre sagesse toutes mes observations et de me faire connaître vos intentions le plus promptement possible.
Je vous prie d’ordonner que les tentes pour les officiers généraux soient transportées de suite à Beauvais.
J’attendrai vos ordres ultérieurs pour mon départ.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 3.]
Paris, 18 thermidor an VIII (6 août 1800).
Par ma dernière en date du 18, je vous ai fait la demande d’un ordonnateur en chef, ses administrateurs, une ambulance, son directeur des postes, des officiers du génie, son payeur et ses fournisseurs ; cette lettre se trouvant sans réponse, je dois vous remettre sous les yeux que mon service serait exposé à manquer, si vous ne donnez pleine exécution à ma demande.
Le C° Fremin, fournisseur général de la Garde, désire aussi fournir mon camp, il mérite préférence par sa probité, son intelligence et surtout par son exactitude dans ses fournitures dont l’éloge m’en est fait par le C° de la garde, je vous prie de la lui accorder.
[Archives du prince Murat. R. 1, p. 3.]
Paris, le 23 thermidor an VIII (11 août 1800).
Joachim Murat, lieutenant-général, au général Bonaparte, premier Consul.
Appelé par vous, mon général, pour commander un camp qui doit être composé d’un corps d’élite, je crois devoir vous soumettre quelques réflexions sur l’organisation des grenadiers et éclaireurs.
1° Il me semble que les compagnies de grenadiers et éclaireurs organisées en bataillons doivent avoir un drapeau par bataillon ; ce drapeau est indispensable au camp pour les manœuvres, il l’est encore plus dans l’action, il ranime le courage du soldat fatigué de combattre et quelques fois parvient à fixer la victoire incertaine, lorsqu’il est porté par quelques braves dans les rangs ennemis ; 2° la musique me paraît également indispensable, elle sert à charmer l’oisiveté du soldat dans le camp et à lui faire oublier ses fatigues dans les manœuvres et intime (sic) l’ennemi au moment d’une action ; 3° je dois vous parler de leur coiffure ; vous sçavez que le bonnet à poil est celle du grenadier, en effet quel est l’ennemi assez maître de son moral, pour ne pas être ébranlé à l’approche d’un corps nombreux de grenadiers que le bonnet grandit d’un pied et lui donne l’air le plus militaire possible.
D’après ces considérations, je vous demande, mon général, un drapeau par bataillon, une musique pour deux bataillons, des bonnets à poils pour tous les grenadiers et des sacoches pour tous les éclaireurs.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Arch. nat. A F. IV. 1092, n. 27.]
Paris, le 23 thermidor an VIII (11 août 1800).
Avis du départ de cinq bataillons de grenadiers, de deux escadrons du 5° de dragons pour Amiens, envoy de leur feuille de route pour être continuée jusqu’à Amiens. Je vous confère le commandement jusqu’à mon arrivée au camp. Invitation pour la discipline et le maintien des troupes. Prévenir de l’ordre donné aux chefs de brigade Bernard, Vallier, Bicquilly et à l’ordonnateur Michaux de partir de suite. Faire partir des officiers pour assurer les subsistances et prévenir Berteuil du jour du passage. L’intention du Consul est de faire camper tout le monde. Vous empêcherez toutes les femmes, autres que les vivandières, de paraître au camp ; vous vous refuserez, jusqu’à nouvel ordre, à toute espèce de réquisition de la part des administrateurs civils du département de la Somme. Je m’en rapporte à vous pour tout le reste.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 1.]
Paris, le 30 thermidor an VIII (18 août 1800).
J’ai reçu, mon cher Sarrazin, toutes tes lettres. La viande est accordée, on devait traiter hier avec un fournisseur qui partira de suite. Le payeur va se mettre en route avec des fonds.
J’ai demandé des couvertures. Les pièces d’artillerie arriveront vers le 4. Le chef d’état-major Berthier part ce soir.
Je ne partirai que lorsque tout ce qui est nécessaire au camp sera accordé. Je te prie de dire à mon aide de camp de faire préparer mon logement en ville et de renoncer à la campagne.
Adieu, mon cher Sarrazin51, il me tarde de te rejoindre.
[R. I, p. 4.]
Paris, le 30 thermidor an VIII (18 août 1800).
Vous m’avez annoncé officiellement, citoyen ministre, et vous m’avez promis il y a quelques jours que, d’après une décision du premier Consul, il serait payé à la troupe à mes ordres au moins six mois sur l’arriéré. Je suis informé qu’il n’a encore rien été payé. Le général Sarrazin éprouve des réclamations continues. Le citoyen Dufresne, directeur du Trésor national, n’attend que vos ordres pour payer. Je vous prie, citoyen ministre, de donner les ordres les plus prompts à cet égard, il serait aussi indispensable que vous fixiez en aperçu une somme. Le C°* Dufresne n’attend que cette décision pour mettre des fonds à la disposition du payeur qui est attaché au camp. Le prêt est dû.
On réclame aussi des couvertures.
Je ne sais quand j’aurai des chevaux de trait pour l’artillerie, les pièces sont cependant arrivées au camp.
Je vous prie, citoyen ministre, de répondre favorablement et promptement à mes différentes demandes. Je vous prie aussi de me faire connaître si vous avez traité avec un fournisseur pour la viande.
[R. I, p. 4.]
Paris, le 4 fructidor an VIII (22 août 1800).
J’ai reçu, citoyen ordonnateur, votre rapport au ministre de la guerre, je sors de chez lui ; 10,000 francs sont partis aujourd’hui pour Amiens, ils sont destinés à la solde. Dix-sept centimes par ration sont accordés en indemnité pour la viande et seront payés avec la solde. L’ambulance va être organisée, les officiers de santé sont partis de Paris ; en attendant, envoyez à l’hospice d’Amiens vos malades.
Celui qui est chargé du chauffage et lumière est parti pour se rendre près de vous.
On va vous faire payer les maillets et mettre 4,000 francs à votre disposition pour les frais extraordinaires et 10,000 francs pour les fourrages. Vous ferez distribuer le sel et les légumes. On vous enverra des tentes.
Ainsi j’espère, avant de partir, avoir assuré les services de l’armée.
[R. I, p. 5.]
Paris, le 4 fructidor an VIII (22 août 1800).
Au général Broussier, commandant le camp.
J’ai reçu, mon cher général, vos deux lettres, je suis très sensible à toutes les marques d’amitié que vous m’y donnez.
Les besoins du camp sont grands, je retarde mon départ afin de les faire disparaître. Vous recevrez pour la solde, demain, 100,000 francs. On passera pour chaque ration de viande dix-sept centimes qu’on payera avec la solde.
Vous ferez connaître aux chefs de corps que mon intention est que les dix-sept centimes soient employés absolument à l’achat de la viande et vous leur ordonnerez de veiller scrupuleusement à l’exécution de cet ordre et les en rendrez responsables. On distribuera le sel et légumes.
On va faire passer à l’ordonnateur Michaux 10,000 francs à compte pour les fourrages. Les officiers de santé sont partis, ainsi l’ambulance sera bientôt en état, en attendant il faut envoyer les militaires à l’hospice d’Amiens. Les services des bois et lumière sont organisés. Les maillets qu’il a fait faire lui seront payés.
Ainsi, mon cher général, j’espère que peu à peu le service s’organisera de manière à ce que nous ne soyons plus dans l’embarras.
115 chevaux de trait pour l’artillerie sont partis, 200 sont ici, je ne puis les envoyer faute d’hommes, ainsi voyez le Préfet du Département à cet égard et envoyez-moi de suite parmi les conscrits tous les charretiers qui s’y trouveront. Les ministres lui ont écrit à ce sujet. Ne perdez pas de vue cet objet ; faites-moi un rapport tous les jours et envoyez-moi un état de situation bien détaillé.
La 11ᵉ demi-brigade de ligne, forte de 3,000 hommes, est en route pour se rendre au camp, ainsi que quelques autres corps.
[R. I, p. 6.]
Au quartier général de Paris, le 7 fructidor an VIII.
Joachim Murat, lieutenant-général commandant en chef un camp de grenadiers, à André Murat.
Si tu trouves une jolie maison à Cahors à acheter pour moi et que l’on puisse payer avec des bons de la même valeur, achète-là bien vite. Je pars demain ou après pour l’armée. Embrasse ma mère bien tendrement et toute la famille.
J. MURAT.
Paris, le 8 fructidor an VIII (26 août 1800).
Je vous confirme ma dernière, mon cher général, vous annonçant le départ des fonds pour le camp, je vous ai marqué l’usage qu’on en devait faire.
L’ordonnateur Michaux part aujourd’hui pour vous rejoindre. Je l’ai prévenu que le 22 courant, les deux premiers bataillons de la 11ᵉ demi-brigade d’infanterie légère arriveront à Amiens. Ces deux bataillons sont composés d’environ 1,600 hommes. Je lui ai donné aussi l’avis du départ des compagnies de grenadiers de la 39ᵉ demi-brigade de bataille qui arriverait à Amiens le 14 courant. Le ministre de la guerre m’annonce que ces compagnies arriveront fortes de 80 hommes chacune et que la 32ᵉ demi-brigade venant d’Italie ne tardera pas à être mise sous mon commandement. Le ministre de la guerre m’informe aussi qu’il a donné l’ordre aux citoyens Laulanier, chef de bataillon du génie, Maintenay et Girod, capitaines, de partir sur le champ pour Amiens.
Les 40 hommes du 24ᵉ régiment de chasseurs à cheval partiront demain pour Amiens.
L’ordonnateur Michaux emporte mes instructions, je me plais à croire, citoyen général, que le service désormais ne souffrira plus, et qu’à mon arrivée au camp, je n’aurai qu’à me louer de la bonne tenue et discipline de la troupe.
Avis que le ministre de la guerre a mis à la disposition de la 26ᵉ demi-brigade 2,177 fr. 10 centimes pour son habillement, et qu’il est nécessaire d’envoyer un fondé de pouvoir du conseil d’administration pour toucher de suite cette somme au Trésor, pour éviter les retards.
[R. I, p. 7.]
Paris, le 9 fructidor an VIII (27 août 1800).
J’ai reçu, citoyen ministre, une lettre de l’ordonnateur Michaux dans laquelle il m’envoye l’état des objets absolument indispensables pour le camp. En voici la note : 300 tentes complètes ; 30,000 piquets, 50 manteaux d’armes, des cordeaux, dix marquises complètes pour les officiers supérieurs ; 6 caissons de plus et 6 charrettes. Je vous prie d’ordonner que tous ces objets soient fournis le plus promptement possible.
L’ordonnateur Michaux me demande si les officiers auront droit à l’indemnité de 17 centimes accordés en remplacement de la viande, autant de fois qu’ils ont de rations suivant leur grade. Je vous prie de me répondre à ce sujet.
Je vous demande aussi la réorganisation des étapes à Amiens, afin que les troupes reçoivent leurs vivres le jour de leur arrivée en cette ville.
[R. I, p. 8.]
Paris, le 13 fructidor an VIII (31 août 1800).
Au général Sarrazin, commandant le camp sous Amiens.
J’ai reçu, mon cher Sarrazin, toutes tes lettres, je suis on ne peut plus satisfait de l’ordre qui règne dans le camp. Tu pourras profiter de la permission que tu me demandes, au retour du général Broussier.
Tu peux donner de courtes permissions, seulement aux militaires du département de la Somme.
Le payeur va recevoir officiellement l’autorisation de payer 17 centimes par ration. Je presse l’envoi des effets de campement. Je demande au ministre de la guerre un inspecteur aux revues qui se rendra de suite au camp.
Je te conseille de faire traiter au camp tous les galeux et d’affecter pour cela des tentes par bataillon.
Tu peux aussi demander deux pièces de 12 sur celles de 8. Presse l’envoy des charretiers conscrits, afin que je puisse t’envoyer deux cents chevaux de trait qui sont ici.
J’approve très fort l’ordre que tu as établi pour l’instruction des troupes, mais cependant, je pense que, vu le mauvais temps, tu seras obligé d’y faire quelques changements, pour ne pas trop fatiguer le soldat.
Immédiatement après l’arrivée de la 11ᵉ demi-brigade au camp, le premier Consul se propose d’en venir passer la revue. Je suis persuadé d’avance qu’il n’aura qu’à se louer de la bonne tenue du soldat et de l’officier, de sa bonne conduite et de son instruction.
L’intention du premier Consul est que tous les grenadiers soient coiffés avec des bonnets à poils et les chasseurs avec des schakos ; en conséquence vous en ordonnerez la confection, et le payement en sera retenu sur l’arriéré des troupes, mais tu feras connaître par l’ordre du jour, que si le premier Consul est content des troupes lorsqu’il en passera la revue, il leur fera cadeau du bonnet et du schako et qu’alors la retenue pour le payement leur sera rendue.
Je désirerais que la position du camp fut rectifiée au moment de l’arrivée du Consul.
[R. I, p. 8.]
Paris, le 13 fructidor an VIII (31 août 1800).
Au citoyen Du Breton54, ordonnateur en chef de la 17ᵉ division.
D’après votre lettre de ce jour par laquelle vous me demandez de vous faire connaître quelles sont les troupes qui doivent arriver à Amiens, je vous préviens que les deux premiers bataillons de la 11ᵉ demi-brigade d’infanterie légère, composés d’environ 1,600 hommes, arriveront le 22 courant à Amiens.
Les compagnies de grenadiers de la 39ᵉ demi-brigade y arriveront le 14 courant, fortes d’environ 80 hommes chacune.
Je vous prie de faire les dispositions nécessaires, afin qu’à leur arrivée ces troupes obtiennent leurs besoins.
[R. I, p. 9.]
Paris, le 13 fructidor an VIII (31 août 1800).
CITOYEN MINISTRE,
L’intention du Gouvernement et la vôtre étaient sans doute que les hommes formant le corps d’élite mis à mes ordres fussent choisis parmi les plus robustes, les plus sains et les plus anciens de service, vous avez dû croire que vos intentions avaient été suivies, mais les chefs des corps, par des raisons que je ne puis prévoir, ont désigné indistinctement tous ceux qui ont été présentés par les capitaines, qui sont toujours intéressés à ne présenter que les plus mauvais sujets.
La moitié au moins des troupes parties de Paris étaient attaquées du mal vénérien ; plusieurs qui étaient compris sur la force des bataillons étaient aux hôpitaux, quelques-uns ont déserté en route et beaucoup, depuis leur arrivée au camp, ont été forcés d’aller à l’hôpital, et si on y envoyait tous ceux qui en ont réellement besoin, bientôt le corps d’élite serait réduit à moitié de sa force.
Je dois vous dire aussi qu’il n’y a pas assez d’officiers et que le bien du service exige qu’il y ait au moins un officier et un sergent de plus par compagnie d’éclaireurs. Je vous propose en conséquence, citoyen ministre, d’ordonner aux chefs des demi-brigades de faire partir de suite pour compléter les compagnies d’élite, un détachement composé ainsi qu’il suit : 3 officiers, 3 sergents, 1 fourrier, 3 caporaux, 60 fusiliers. Ce détachement remplacerait ceux qui sont restés à Paris, les désertés et ceux qui sont habituellement aux hôpitaux.
J’espère que vous approuverez mes propositions et que vous en ordonnerez la prompte exécution.
Je vous salue.
[R. I, p. 10.]
Paris, le 13 fructidor an VIII (31 août 1800).
Les généraux et officiers attachés au camp ne peuvent toucher leurs appointements que sur les revues des inspecteurs ; je vous prie en conséquence, citoyen ministre, d’en affecter un au camp que je commande et de lui ordonner de se rendre de suite à son poste.
Je vous remets ci-joint, citoyen ministre, le tableau de la force effective du camp, en hommes, chevaux, artillerie et munitions de guerre.
Le général Sarrazin m’annonce qu’il a fait partir pour Paris des charretiers conscrits, pour y venir prendre les chevaux d’artillerie ; j’aime à croire que le général Mortier ne mettra aucun obstacle aux dispositions du général Sarrazin.
Je désirerais aussi, citoyen ministre, que vous autorisiez le commandant du 5ᵉ régiment de dragons à compléter son corps avec les conscrits du département de la Somme ; étant sur les lieux, il aurait plus de facilité à faire un choix d’hommes propres au service de la cavalerie.
Je suis informé que les dragueaux que vous m’avez promis pour chaque bataillon ne sont point encore arrivés ; je vous prie de donner des ordres pour l’exécution de cette mesure.
[R. I, p. 11.]
Paris, le 20 fructidor an VIII (7 septembre 1800).
J’ai reçu, mon cher général, ta dernière en date du 16 courant, j’en ai donné connaissance au Premier Consul, il est ainsi que moy on ne peut plus satisfait de ton zèle à soigner l’instruction du soldat. Je t’invite à témoigner par l’ordre du jour à tous les officiers et soldats mon contentement particulier, dans peu j’aurai le plaisir de leur témoigner de vive voix.
Je te donne avis que le contre-ordre pour la 11ᵉ demi-brigade m’a été envoyé par le ministre de la guerre.
J’ai reçu du commandant de l’artillerie l’état de ce qui est nécessaire pour compléter le train d’artillerie, je le fais passer aujourd’hui au ministre de la guerre et le prie de donner les ordres de le faire compléter.
Le sous-inspecteur aux revues vient d’être nommé, je ne puis rien pour le Cᵉ Sevret.
En t’accusant réception de toutes tes lettres, j’approuve toutes les mesures que tu prends pour l’instruction du soldat.
[R. I, p. 12.]
Paris, le 20 fructidor an VIII (7 septembre 1800).
Je vous fais passer ci-joint, citoyen ministre, le double des états qui me sont envoyés par le commandant d’artillerie, vous y verrez que ce commandant réclame beaucoup d’objets absolument indispensables, je vous prie de donner vos ordres, afin qu’ils soient remplis le plus promptement possible.
[R. I, p. 12.]
Paris, le 22 fructidor an VIII (9 septembre 1800).
J’ai eu l’honneur de vous écrire, citoyen ministre, pour vous prier de me faire connaître la manière de faire solder la musique du camp que je commande ; n’ayant pas encore reçu de réponse de vous, je dois vous réitérer ma demande, attendu que les musiciens n’ont aucun moyen d’exister. Prononcez donc, je vous prie, le plus tôt possible.
Paris, le 23 fructidor an VIII (10 septembre 1800).
L’intention du Premier Consul est d’attacher au camp que je commande 24 pièces de canon. Je désire que le parc soit composé de 6 pièces de 12, de 12 pièces de 8, de 6 pièces de 6.
En conséquence, vous allez prendre toutes les mesures nécessaires pour la prompte exécution de ces dispositions ; vous tirerez de Douay et de La Fère ce qui vous manque, je vais demander ici les chevaux et charretiers. Il faut que vous me fassiez connaître de suite les résultats des démarches que vous aurez faites aux directeurs de Douay et de La Fère. Je doute que vous ayez assez de canonniers pour le service de toutes ces pièces, dans ce cas, j’en demanderai au ministre de la guerre.
Je compte sur votre zèle et vos talents pour la prompte organisation de votre parc.
[R. I, p. 13.]
Paris, le 26 fructidor an VIII (13 septembre 1800).
Au général Broussier, commandant le camp.
Vous allez recevoir, mon cher général, cent mille francs qui partiront demain d’ici, l’arriéré va être également soldé, par conséquent il serait inutile d’accorder la permission que sollicite à cet effet le chef de bataillon de la 35e.
Je suis très content du rapport que vous me faites de la tenue des armes et des troupes. Vous avez bien fait de faire distribuer les couvertures. J’ai rendu compte au Premier Consul de la nécessité de faire cantonner les troupes, il paraît ne pas adopter cette mesure. Il faut qu’ils s’accoutument de bonne heure au mauvais temps, le froid va sérieusement commencer55 que nos armées n’ont point de tentes.
Votre zèle et vos talents me tranquillisent sur la conduite du camp, il me tarde beaucoup de vous voir. Je vous embrasse.
[R. I, p. 13.]
Paris, le 17 vendémiaire an IX (9 octobre 1800).
Je vous ai fait annoncer, mon cher général, l’ordre que vous allez recevoir de vous rendre à Paris. Comme il vous est sans doute parvenu en ce moment, en conséquence, je vous prie de suspendre toute espèce de payement pour les bonnets et autres objets de fournitures, nous prendrons ici à cet égard des arrangements ultérieurs.
Je désirerais que les troupes partant d’Amiens sur deux colonnes, l’une par Clermont et l’autre par Beauvais, se réunissent à Saint-Denis, afin de faire ensemble leur entrée dans Paris.
L’ordonnateur Dubreton a reçu des ordres pour assurer aux troupes, pendant leur route, leurs subsistances, logements et moyens de transports. Je vous recommande d’exercer la même surveillance, pour que le camp arrive en bon ordre et que la discipline soit exercée pendant la route. Vous donnerez des ordres aux administrateurs du camp de suivre les mêmes mouvements que le camp, il me tarde de vous revoir.
J’aurai l’honneur de vous faire connaître à Saint-Denis les divers cantonnemens des troupes56.
[R. I, p. 14.]
Paris, le 18 vendémiaire an IX (10 octobre 1800).
Je vous ai annoncé hier, mon cher général, que vous alliez recevoir l’ordre de vous rendre à Paris. L’intention du Premier Consul est de nous envoyer à Versailles. Je pars à l’instant pour m’assurer si les établissements militaires de cette ville sont suffisants pour recevoir nos troupes ; dans le cas contraire, désirant voir réuni le camp que je commande, je vous prie de voyager, s’il y a possibilité, avec vos tentes pour pouvoir camper au besoin. Je vous prie de me donner une réponse à ce sujet.
Je vous embrasse.
[R. I, p. 14.]
Paris, le 22 vendémiaire an IX (14 octobre 1800).
Avis que les troupes du camp sous Amiens cantonneront, d’après les intentions du Premier Consul.
Je vous prie de me transmettre l’ordre pour faire cantonner les troupes dans Saint-Denis et environs.
[R. I, p. 15.]
Paris, 22 vendémiaire an IX (14 octobre 1800).
Je vous préviens que les troupes que vous commandez sont sous mes ordres, vous voudrez bien m’envoyer l’état de situation de tous vos besoins. Le général Sarrazin se rend à Versailles, vous prendrez ses ordres.
Paris, le 25 vendémiaire an IX (17 octobre 1800).
Je vous fais part, général, que l’intention du Premier Consul est d’aller à Versailles le 30 ct, passer en revue les troupes venant d’Amiens. Je vous invite à faire toutes les dispositions pour justifier la bonne opinion que le Premier Consul a déjà de ces troupes.
[R. I, p. 15.]
Paris, le 27 vendémiaire an IX (19 octobre 1800).
J’ignorais que vous fussiez sous mes ordres, lorsque je donnai l’ordre à l’ordonnateur Michaux de faire solder l’arriéré. Veuillez hâter ces dispositions et soldez tous les corps dont vous me parlez, à l’exception du 5ᵉ dragons, qui est sous les ordres du général Mortier.
[R. I, p. 16.]
Paris, le 30 vendémiaire an IX (22 octobre 1800).
Au citoyen Vallier, commandant l’artillerie.
Vous voudrez bien, citoyen commandant, faire délivrer les fusils armés de leur bayonnette que le ministre a mis à votre disposition, sur les bons visés par les conseils d’administration, des généraux commandant les brigades et du commissaire ordonnateur Michaux.
Je rendrai compte au ministre que nous n’avons point de commissaire aux revues.
Vous exécuterez cet ordre dans les 24 heures, vous conserverez tous les hommes et chevaux de prêt qui vous ont été envoyés de Paris.
Vous ferez passer demain la revue des chevaux du train d’artillerie des dépôts de Versailles et de celui des remontes et vous me ferez rendre compte de ceux qui sont en état de faire campagne. Vous vous adresserez à cet effet aux généraux Denoyé et Tilly. Vous me présenterez dans la journée de demain un état de ce qui vous manque en hommes, chevaux et approvisionnements pour 24 pièces de canon, attelées chacune de six chevaux, et pour double approvisionnement, les caissons attelés également de six chevaux. Vous me rendrez également compte avec combien de pièces de canon vous pourriez partir, si vous en receviez l’ordre dans les 48 heures, avec double et simple approvisionnement.
[R. I, p. 22.]
Paris, le 1er brumaire an IX (23 octobre 1800).
J’avais demandé, citoyen ministre, à votre prédécesseur58 un commissaire aux revues, il m’en avait annoncé un, mais n’ayant pas paru, il est indispensable que vous en nommiez un de suite, pour remplir toutes les fonctions de cette place et surtout pour l’ordre de la comptabilité.
Le Premier Consul, citoyen ministre, ayant mis sous mes ordres le 24ᵉ régiment de chasseurs à cheval, j’ai ordonné de le faire caserner à Versailles, je vous prie d’ordonner que tout ce qui se trouve ici de ce régiment parte de suite pour se rendre au corps à Versailles.
Le froid commence à se faire sentir, les nuits sont froides et humides, il serait conséquemment dangereux de laisser les troupes plus longtemps aussi peu vêtues, je vous demande, citoyen ministre, de faire délivrer au corps d’élite des capotes. Cette demande mérite votre sollicitude. Veuillez donc donner les ordres pour qu’elles soient fournies très promptement. Si vous trouvez quelqu’obstacle pour les livraisons, je vous indiquerai un homme qui se chargera de suite de les fournir et au meilleur prix.
[R. I, p. 17.]
Paris, le 2 brumaire an IX (24 octobre 1800).
Je vous instruis, mon général, que les troupes que je commande seront pourvues en armement, habillement et équipement, de tout ce qui leur manquait.
Demain je dois passer la revue de 400 chevaux fournis par les dépôts de Versailles, je dois vous observer que ce nombre est insuffisant et que les besoins pour le complément exige qu’il en soit fourni encore 560. Veuillez donner des ordres à cet effet et alors les troupes seront prêtes à marcher à vos ordres.
Salut et respect.
[R. I, p. 17.]
Paris, le 4 brumaire an IX (26 octobre 1800).
Au citoyen Camas59, chef d’état-major d’artillerie de la 17ᵉ division militaire.
Le ministre de la guerre me prévient, citoyen, que vous êtes chargé de l’organisation de quatre compagnies du train d’artillerie qui devront faire partie de celles qui sont sous mon commandement. Je vous invite à mettre la plus grande célérité dans votre travail et à me donner avis du résultat.
Je vous salue.
P.-S. — Je désire connaître où en est maintenant cette organisation.
[R. I, p. 18.]
Paris, le 4 brumaire an IX (26 octobre 1800).
Au général Bonaparte, Premier Consul de la République.
J’ai l’honneur de vous transmettre, mon général, l’état nominatif des officiers en pied du 24ᵉ régiment de chasseurs à cheval, à remplacer par les officiers à la suite existants au corps et celui des officiers à remplacer qui ne font plus partie du régiment.
Le prompt départ de ce corps sollicite instamment votre décision, le chef de brigade l’attend avec impatience.
Je vous prie, mon général, de vouloir bien prononcer sur ces promotions le plus tôt possible.
Salut et respect.
[R. I, p. 18.]
Paris, le 4 brumaire an IX (26 octobre 1800).
La levée du camp d’Amiens, citoyen ministre, la revue du Premier Consul et le dernier mouvement du bataillon d’élite de la 26ᵉ légère m’ont empêché, jusqu’à ce jour, d’exécuter vos ordres sur la réduction de cette demi-brigade de trois à deux bataillons. Je profiterai de la réunion de ce corps pour son organisation.
Le chef de brigade commandant la 35ᵉ de ligne est parti de Lille avec son conseil d’administration, pour se rendre à Amiens, afin de travailler à la réduction de cette demi-brigade. Ces officiers ont suivi le mouvement du camp sur Versailles, afin d’y remplir le but de leur mission, mais n’ayant reçu de vous aucun ordre ni instruction à ce sujet, je ne puis leur en transmettre. J’attendrai votre détermination à cet égard.
Salut et considération.
[R. I, p. 18.]
Paris, le 4 brumaire an IX (26 octobre 1800).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que sur 7 à 800 chevaux qui se trouvent dans le dépôt de Versailles, 150 seulement sont en état d’entrer en campagne ; tous les autres sont de vieux chevaux qui, ayant déjà fait la guerre, ne valent pas les rations qu’ils consomment.
Je vous ai rendu compte qu’il me fallait 960 chevaux pour compléter mon train d’artillerie, veuillez, je vous prie, donner des ordres pour que cette quantité me soit complétée par un autre dépôt. L’urgence de cette fourniture mérite votre sollicitude. Si vous éprouvez quelqu’embarras pour une prompte livraison, le citoyen Aumont, fournisseur de la Garde, qui en a fourni hier à Versailles 71, s’engage à me livrer dans la décade tous ceux qui me seront nécessaires.
[R. I, p. 19.]
Paris, le 4 brumaire an IX (26 octobre 1800).
Au général Bonaparte, Premier Consul de la République.
(Même lettre que la précédente jusqu’au 1er paragraphe, elle se continue ainsi):
J’en ai cependant besoin de 960 pour compléter ceux qui sont nécessaires à mon artillerie.
Je vous prie, mon général, de donner des ordres au ministre de la guerre, pour m’en faire fournir d’un autre dépôt. L’urgence de cet ordre doit être calculée sur vos intentions secrètes pour ma destination ultérieure.
[R. I, p. 19.]
Au quartier général de Paris, le 6 brumaire an IX (28 octobre 1800).
Comment pourrais-je m’excuser, mon cher Bastit, si je ne connaissais tout l’attachement que vous me portez. Je ne puis me pardonner à moi-même d’avoir resté si longtemps sans vous donner de mes nouvelles et de celles de ma chère Caroline. J’ai reçu votre lettre, elle m’a fait le plus grand plaisir.
Des événements se sont succédés avec tant de rapidité, l’audace des méchants a été portée si loin que vous m’en voyez encore tout étonné, mais les scélérats! leurs crimes vont être punis.
Le ministre de l’Empereur arrive ici aujourd’hui ; mes troupes doivent aller à Lyon pour y former une troisième armée de réserve, elle est destinée à agir vigoureusement, si nous avons encore la guerre, c’est ce que je ne puis croire. Si les Anglais ne paraissent pas au Congrès, et que nous ayons la paix avec l’Empereur, je pourrais bien me rapprocher de vous.
On m’a annoncé la mort de ma petite nièce, cette nouvelle m’a fait beaucoup de peine.
J’attends ma destination ultérieure pour vous dire ce que nous pourrions faire de François.
Adieu, mon cher Bastit, aimez-moi toujours, aimez ma famille, ayez quelque soin de ma bonne mère et croyez à mon sincère dévouement.
J. MURAT.
Ma Caroline me charge de la rappeler à votre souvenir.
[Archives de Mme la Comtesse Murat.]
Paris, le 8 brumaire an IX (30 octobre 1800).
D’après vos ordres, j’ai passé une revue extraordinaire des grenadiers de la marine, ils sont parfaitement habillés, équipés et armés et seront prêts à marcher le 10 courant, avec douze pièces d’artillerie et leur approvisionnement. Je dois vous observer qu’une partie de ces pièces sera servie par des grenadiers. Je désire savoir si votre intention est de leur donner des capotes.
Ci-joint l’état de situation de ces troupes et de l’artillerie.
Le ministre de la marine n’a pas encore nommé un chef de brigade, il n’y a dans ces trois bataillons que deux chefs de bataillon, j’en ai besoin d’un troisième et d’un chef de brigade.
[R. I, p. 21.]
Paris, le 10 brumaire an IX (1er novembre 1800).
Je reçus le 8 au matin l’ordre du Premier Consul de passer une revue extraordinaire de mon artillerie et des 3 bataillons de grenadiers de la marine, et de lui rendre compte quand cette troupe pourrait se mettre en marche, avec 12 pièces de canon et leur approvisionnement complet. Ce détachement pourra partir dès demain, si le Premier Consul l’ordonne ; cependant la compagnie d’artillerie légère a besoin de 32 chevaux de remonte ; 8 chevaux ont été jugés devoir être réformés par le général Fregeville, il en a désigné 16 pour entrer dans les charrois et il lui en manque 8 pour son complet. Ci-joint le signalement des chevaux et l’état des 12 bouches à feu destinées à partir avec leur approvisionnement.
Je vous prie de donner l’ordre pour me faire fournir 32 chevaux et d’autoriser le commandant Vallier à prendre trois trompettes pour les trois compagnies du train, à l’École de Versailles. Ces ordres auraient besoin d’être expédiés dans le jour.
[R. I, p. 23.]
Paris, le 15 brumaire an IX (6 novembre 1800).
Je vous préviens, citoyen ordonnateur, que le Premier Consul a pris hier deux arrêtés : le 1er portant qu’il serait par le ministre de la guerre délivré des bonnets et des shakos aux grenadiers et éclaireurs formant les cinq demi-brigades d’élite ; le 2e que le ministre de la marine en ferait délivrer à tous les grenadiers de marine qui se trouvent à Versailles.
R. I, p. 25.
Paris, le 15 brumaire an IX (6 novembre 1800).
Je vous préviens, citoyen ministre, que, conformément à votre ordre d’hier, je viens de donner les miens pour que les trois bataillons de grenadiers de la marine, le général Sarrazin, l’adjudant-général Paulet, l’ordonnateur Michaux et le commissaire des guerres Senneville se mettent en marche demain pour se rendre à Dijon.
Le général de brigade Sarrazin commandera cette colonne. Je vous prie de me faire savoir si ce général prendra le commandement de toutes les troupes qui sont à Dijon et de me faire parvenir les instructions qui doivent être données à l’ordonnateur.
R. I, p. 25.
Paris, le 16 brumaire an IX (7 novembre 1800).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que les chevaux qui viennent d’être fournis pour le train d’artillerie sont dès ce moment dans un état affreux, n’ayant pas un homme à ma disposition pour les faire soigner, les soldats du train désertant tous les jours.
Le général commandant la 17e division militaire m’a prévenu que l’ordre avait été donné au commandant du dépôt de l’Arsenal de me fournir 115 hommes nécessaires aux transports militaires, mais instruit qu’il n’existe point de conscrits dans cet arsenal et le moment étant on ne peut plus urgent, je vous prie, citoyen ministre, d’aviser à d’autres moyens plus prompts.
[R. I, p. 25.]
Du 24 brumaire an IX (15 novembre 1800).
A votre arrivée à Dijon, mon cher général, vous prendrez le commandement du 4° bataillon de la marine qui doit s’y trouver et celui de la 81° demi-brigade qui doit arriver incessamment. Cette dernière demi-brigade a le plus grand besoin d’habillement.
L’intention du Premier Consul est que vous fassiez prendre au commissaire ordonnateur Michaux toutes les mesures qui sont en son pouvoir pour lui procurer tous ses besoins. Le Premier Consul a été très satisfait du rapport que je lui ai fait sur la bonne conduite des troupes.
Vous ne correspondrez qu’avec moi.
[R. I, p. 27.]
Dijon, 26 brumaire an IX (17 novembre 1800).
JOACHIM MURAT, LIEUTENANT-GÉNÉRAL, COMMANDANT EN CHEF UN CAMP DE GRENADIERS
Au général Bonaparte, premier consul de la République.
Vous m’avez adressé, mon général, le chef de la 81e demi-brigade, afin de satisfaire à toutes les réclamations qu’il vous a fait pour les besoins de son corps. Je dois vous observer, mon général, qu’il est dû à cette demi-brigade 150,000 francs de l’arriéré de l’an 8e, et qu’elle manque totalement d’habits. Comme à Dijon, nous n’avons ni argent ni habits dans les magazines, je vous prie, mon général, de vouloir bien donner les ordres au ministre de la guerre pour faire payer ici l’arriéré à cette demi-brigade, et faire partir pour Dijon le plus tôt possible les habits dont elle a le plus grand besoin.
Salut et respect.
J. MURAT.
P.-S61. — Je désirerais que cette 1/2 brigade qui manque absolument de chapeaux, reçut en place des sachkots.
Le ministre de la guerre refuse de payer les bonets d’officiers.
Je vous prie de lui donner l’ordre d’en acquitter le montant.
[Archives de la Guerre et Archives du Prince Murat R. I, p. 28.]
27 brumaire an IX (18 novembre 1800).
Je vous confirme, mon cher général, l’ordre que j’ai fait passer au chef d’état-major pour vous prévenir de partir demain 28, pour vous rendre à Dijon, conformément à l’ordre de route que je lui ai envoyé.
Le corps d’élite, les 5e et 35e demi-brigades et le train d’artillerie avec son approvisionnement complet, commandé par le chef de brigade Vallier, sont sous vos ordres.
Je n’ai pas besoin de vous rappeler votre zèle ordinaire pour être convaincu que je n’aurai qu’à me louer du bon ordre et de la discipline des troupes pendant leur marche. Je vous recommande la plus grande sévérité contre tous ceux qui sortiront des bornes de leur devoir.
[R. I, p. 28.]
9 brumaire an IX (20 novembre 1800) — 24 pluviôse an IX (13 février 1801)
Du 29 brumaire an IX (20 novembre 1800).
Je t’annonce, mon cher général, le départ pour Dijon du corps d’élite, de la 5ᵉ et 35ᵉ demi-brigades et 12 pièces d’artillerie commandées par le chef de brigade Vallier. La 26ᵉ légère suivra ce mouvement le 2 nivôse, avec le reste de l’artillerie et les administrations. Le commissaire Miot partira avec la 26ᵉ.
La cavalerie va faire son mouvement, ainsi que les deux bataillons à Lunéville, la 81ᵉ arrivera à Dijon le 5 nivôse.
Fais préparer tout pour recevoir ces troupes, dispose mon logement.
[R. I, p. 29.]
Du 29 brumaire an IX (20 novembre 1800).
Je vous rends compte, citoyen ministre, que la 64ᵉ demi-brigade sera prête à faire son mouvement le 2 nivôse, avec un bataillon de la 26e légère. Je ne puis faire partir d’artillerie avec ces deux différents corps, à moins qu’il n’en soit mis à ma disposition, le commandant Vallier les ayant toutes emmenées avec lui.
[R. I, p. 29.]
Paris, le 30 brumaire an IX (21 novembre 1800).
J’ai reçu, citoyen ministre, l’ordre de partir dans 24 heures pour Dijon. J’ai également reçu celui de diriger sur Chambéry la première brigade de la première division.
Vous m’ordonnez de changer la route du bataillon d’élite de la 5e demi-brigade qui était pour Dijon et de le diriger sur Chambéry par Besançon et Vesoul, je vais à cet effet envoyer un officier à la rencontre de ce bataillon, je vous demande des fonds à cet égard.
Je dois en envoyer un autre à Lyon, pour y arrêter les 400 hommes de la 6e venant de Marseille ; le même se transportera à Valence, pour y passer en revue les trois compagnies de grenadiers de la 23e et leur donner les ordres de se rendre à Chambéry.
Il me faut également des fonds pour cet objet et mille autres imprévus, surtout dans une route aussi longue, pendant laquelle les obstacles semblent se multiplier.
Je vous prie, citoyen ministre, de me déterminer une somme quelconque pour dépenses imprévues et extraordinaires.
J’attends ce soir votre réponse, c’est-à-dire avant mon départ.
[R. I, p. 30.]
Paris, le 30 brumaire an IX (21 novembre 1800).
Je vous préviens que le ministre de la guerre vous a destiné pour servir avec moi. En conséquence, vous voudrez bien vous rendre à Chambéry. Je vous fais passer un ordre pour faire tenir au commandant des troupes à Lunéville, en marche pour Dijon, afin de faire changer leur destination et les faire porter sur Chambéry.
[R. I, p. 31.]
Au quartier général de Paris, le 2 frimaire an IX (23 novembre 1800).
Joachim Murat, lieutenant général commandant un corps de grenadiers.
Je pars pour l’armée, mon cher frère, et laisse à regret ma bonne Caroline. Console ma mère, prends soin d’elle. Si je vais en Italie, je passerai chez vous à mon retour. Adieu, je t’embrasse ainsi que ma mère et toute la famille.
J. MURAT.
Dijon, le 5 frimaire an IX (26 novembre 1800).
Je vous préviens, citoyen ordonnateur, que la brigade du général Sarrazin va se rendre à Chambéry, elle sera composée des 21 compagnies de grenadiers de la marine, des 3 bataillons de la 6ᵉ demi-brigade de ligne et d’un bataillon de grenadiers formé des carabiniers de la 16ᵉ et 47ᵉ demi-brigades de ligne.
Les douze pièces d’artillerie suivront le mouvement de cette colonne. En conséquence, vous ferez partir sur le champ un commissaire des guerres qui prendra cette colonne et lui fera préparer vivres et logement, il veillera surtout à ce que le fourrage soit assuré pour les chevaux d’artillerie.
Vous vous ferez remettre sur le champ l’état des besoins de ces troupes et ferez distribuer tout ce qu’il sera possible de tirer du magasin de Dijon.
Je suis informé qu’il y a 650 capotes destinées à l’armée des Grisons et qu’elles ne sont pas encore parties. Veuillez les arrêter et les faire distribuer sur le champ à la 7ᵉ demi-brigade de ligne.
Mon intention est de faire partir la brigade du général Sarrazin sur deux colonnes, marchant à un jour de distance. Ainsi les 21 compagnies de grenadiers de la marine partiront demain avec les 12 pièces d’artillerie.
La deuxième colonne se mettra en marche après-demain. Vous commencerez vos distributions par la première colonne, elles suivront toutes les deux la route de Dôle et Genève. Je vous envoie l’itinéraire de la route qu’elles tiendront, vous demanderez en conséquence au receveur du département les fonds nécessaires pour l’indemnité d’étape. Je désirerais que vous missiez 1,000 francs à la disposition du commandant d’artillerie ; cette somme est indispensable pour l’entretien des harnais et ferrage des chevaux.
Vous me ferez connaître ce soir l’état de tout ce que vous aurez fait fournir et celui de ce qui reste encore en magasin.
Prévenez sur le champ l’inspecteur aux revues du mouvement de ces troupes.
[R. I, p. 31.]
Dijon, le 5 frimaire an IX (26 novembre 1800).
Je vous préviens que je donne l’ordre au général Sarrazin de partir de Dijon pour se rendre à Chambéry avec les 21 compagnies de grenadiers de la marine, les deux compagnies d’artillerie et leurs douze pièces de canon. En conséquence, vous leur ferez délivrer une feuille de route pour aller :
Le 6, à Beaune ; le 7, à Chalon ; le 8, à Tournus, le 9, à Mâcon, le 10, à Villefranche ; le 11 à Lyon ; le 12, à Bourgoin ; le 13, au Pont-de-Beauvoisin ; le 14, à Chambéry. La 2e colonne partira le 7 de Dijon et arrivera le 15 à Chambéry.
En conséquence, d’après cette dernière détermination, vous enverrez le commissaire des guerres sur cette route. Ce moyen assurera le service partout.
[R. I, p. 32.]
Dijon, le 5 frimaire an IX (26 novembre 1800).
Un détachement de la 6e demi-brigade d’infanterie de ligne venant de Malte doit passer, citoyen général, par Lyon pour se rendre à Dijon, je vous prie de le retenir dans cette ville jusqu’à nouvel ordre. Comme je présume qu’il éprouve de grands besoins, vous voudrez bien le faire habiller, armer et équiper sur le champ. Le ministre de la Guerre doit déjà vous avoir donné des ordres à cet égard.
La 6e demi-brigade partira d’ici le 7 courant et arrivera à Lyon le 12, d’où elle partira le 13, pour se rendre à Chambéry. Il est conséquemment nécessaire que ce détachement soit parfaitement équipé, pour pouvoir se réunir à son corps et suivre son mouvement.
Cette demi-brigade éprouve des besoins auxquels je ne puis satisfaire, ne pouvant rien tirer des magasins de Dijon. J’espère que ceux de Lyon m’offriront plus de ressources. Elle manque surtout de chapeaux et capotes. Je vous invite à prendre des mesures pour que ces objets lui soient fournis à son passage à Lyon.
Je donne l’ordre au commandant du 7ᵉ régiment d’hussards de partir de Lyon avec le plus de monde qu’il pourra, pour suivre le mouvement de la 6ᵉ demi-brigade. Veuillez lui faire donner tout ce dont il peut avoir besoin pour partir au moins avec 150 hommes.
Faites-moi connaître quelles sont vos ressources, c’est-à-dire l’état de vos magasins?
Je vous préviens que 2,200 grenadiers de la marine arriveront à Lyon, le 11 courant, d’où ils en partiront le 12, pour se rendre à Chambéry.
4 compagnies de grenadiers, 2 compagnies d’artillerie et un train d’artillerie avec 12 pièces de canon y arriveront le 12, et en partiront le 13, avec la 6ᵉ demi-brigade de ligne. J’espère que ces deux colonnes trouveront leurs vivres tout prêts à Lyon.
[R. I. p. 34.]
Dijon, le 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
Vous voudrez bien, citoyen général, vous rendre à Chambéry avec votre brigade qui sera composée de 21 compagnies de grenadiers de la marine, de la 6ᵉ demi-brigade de ligne, d’un bataillon de grenadiers formé d’une compagnie de carabiniers de la 16ᵉ de ligne, trois de la 23ᵉ légère et trois compagnies de grenadiers de la 47ᵉ, douze pièces de canon.
Les 21 compagnies de grenadiers partiront demain et arriveront à Chambéry, le 14 courant, en passant par Lyon ; le reste de vos troupes ne partiront qu’après demain, elles suivront la même route.
Vous êtes prévenu que vous trouverez à Lyon un détachement de la 6ᵉ venant de Malte, vous la réunirez à son corps. Je donne l’ordre au commandant de cette place de pourvoir à ses besoins. Vous y trouverez aussi un escadron du 7ᵉ régiment d’hussards qui a ordre de suivre votre mouvement.
Quant aux trois compagnies des carabiniers de la 23ᵉ légère qui sont à Valence, je leur envoie l’ordre de se rendre à Chambéry pour y faire partie de votre brigade ; elles y arriveront le 15 courant.
J’ai également dirigé sur Chambéry le bataillon d’élite de la 6° de bataille venant de Lunéville. Je ne sais pas précisément le jour où il y arrivera, mais je pense que ce sera vers la même époque que vous. Je vous préviens que la deuxième demi-brigade se mettra en mouvement, et pour la même destination, les premiers jours de la 2° décade de frimaire.
Vous resterez à Chambéry jusqu’à nouvel ordre et vous n’en recevrez que de moi ou du ministre de la Guerre. J’ai prévenu le commandant de Chambéry de votre arrivée. Un commissaire des guerres et un préposé aux subsistances vous précèdent, ils sont chargés de vous assurer les vivres et surtout les fourrages.
Je vais faire remettre au commissaire les fonds nécessaires à l’indemnité d’étape ainsi qu’aux fourrages.
Je n’ai pas besoin de vous recommander combien il est nécessaire de faire observer le bon ordre et la discipline. Donnez l’ordre très sévère pour les bayonnettes, rendez-en les chefs responsables.
Vous êtes le maître de suivre de votre personne la 1er ou la 2° colonne de votre brigade. Arrivé à Chambéry, vous me ferez connaître votre situation.
[R. I. p. 37.]
Dijon, le 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
Joachim Murat, lieutenant-général commandant en chef un Corps d’élite, au ministre de la guerre.
Je m’empresse de vous annoncer, citoyen ministre, le mouvement sur Chambéry de la brigade du général Sarrazin. Plusieurs motifs m’ont déterminé à diriger cette colonne par la route de Lyon.
1° La difficulté reconnue de pouvoir à ses subsistances pendant sa marche par la route de Genève.
2° Parce que la route de Lyon est beaucoup meilleure et aussi courte et que l’étape lui sera assurée jusqu’à Chambéry.
3° Parce que j’espère que les magazines de Lyon m’offriront plus de ressources que ceux de Dijon que j’ai trouvés vuides.
La 6° demi-brigade est partie sans habits, capottes ni chapeaux. J’envoie un de mes aides de camp à Lyon, afin d’émouvoir la commisération du commandant de cette place en faveur de ce corps.
Les trois compagnies de grenadiers de la 47e demi-brigade ne sont pas en meilleur état. Vous trouverez ci-joint l’itinéraire de cette colonne.
La 81° demi-brigade arrive à l’instant, elle est absolument nue et ne pourra tirer des magasins de Dijon les effets que vous avez autorisé à y prendre. Vous verrez par l’état de situation de ce magasin qu’il n’y existe plus rien. J’espère cependant que la majeure partie de ces effets partis de Paris seront arrivés ici avant le départ de cette demi-brigade. Je vais m’occuper en attendant de son armement ; heureusement j’ai des fusils et des bayonnettes à lui donner.
Le payeur de la guerre ne veut point me délivrer de fonds ; il est dû cependant des sommes considérables à la 6° et 81° demi-brigades. Vous approuverez, j’espère, les mesures que les circonstances et les formalités exigées par la Trésorerie nationale m’ont forcé de prendre.
La Trésorerie n’a encore expédié aucun fonds pour les troupes que je commande, pas même pour la solde. Il est cependant dû 129,000 francs à la 6° demi-brigade et 180,000 à la 81° demi-brigade. Les officiers de ces corps ont des dettes à payer, une longue route à faire par la mauvaise saison et des vêtements à acheter.
Vous voyez, citoyen ministre, d’après cet exposé, combien il est urgent que vous nous fassiez arriver sur le champ des fonds, tant pour la solde courante que pour celle arriérée.
La 6° arrive le 12 courant à Lyon, je vous prie de donner des ordres au payeur de cette place pour lui solder à son passage une forte partie de son arriéré; sans cela, je puis vous assurer que ce corps aura beaucoup de déserteurs.
J’ai eu beaucoup de peine à procurer à la brigade du général Sarrazin son indemnité d’étape et pour obtenir qu’une somme de 20,000 francs fût mise à la disposition de l’ordonnateur. Je dois cependant vous prévenir que les procès verbaux que je vous envoie ont été rédigés par le payeur lui-même, afin de mettre sa responsabilité à couvert envers la Trésorerie Nationale.
Un commissaire des guerres et un préposé aux subsistances précèdent la colonne du 9° Sarrazin et sont chargés de pourvoir à ses vivres, par le moyen d’une somme prise sur celle mise à la disposition de l’ordonnateur, que j’ai pris soin de lui faire remettre.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 38.]
Dijon, 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
Je reçois à l’instant, citoyen ministre, avis de l’arrivée à Dijon du bataillon d’élite de la 64e demi-brigade le 16 frimaire. Vous m’informez également que le 1er bataillon de la 26e légère y arrivera le 12 courant. Vous m’annoncez aussi l’arrivée du bataillon d’élite de la 6e de ligne, vous m’aviez ordonné précédemment de lui donner une nouvelle direction sur Chambéry, par Vesoul et Besançon, j’ai exécuté cet ordre, et j’attends que le commandant de ce bataillon me fasse connaître l’époque de son arrivée à Chambéry, pour vous en prévenir.
En m’informant du départ de ce bataillon de Lunéville, vous ne me parlez nullement de celui d’un bataillon d’élite de la 26e légère qui fait partie des troupes que je commande ; je pense cependant que votre intention est de le réunir à son premier bataillon qui doit arriver ici le 12 c’, je vous prie de me faire connaître si je dois compter sur ce bataillon.
Salut et respect
J. MURAT.
[Archives de la Guerre.]
Dijon, 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
Vous m’avez prévenu, citoyen ministre, que la seconde colonne se mettait en mouvement les premiers jours de la seconde décade de frimaire, je vous prie de me dire si je puis partir de ma personne pour suivre son mouvement, ma présence devenant après son départ fort inutile ici et fort utile au milieu de mes troupes64.
Salut et respect
J. MURAT.
[Archives de la Guerre.]
Dijon, 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
Vous vous présenterez, citoyen ordonnateur, au citoyen Damotte, receveur général du département de la Côte d’or, pour recevoir une somme de 44,000 francs qu’il est chargé de vous remettre pour les besoins urgents de l’armée.
Vous préviendrez ce comptable qu’en cas de refus, je vous ordonne d’employer tous les moyens coercitifs, même la force armée, pour l’y contraindre. Vous me rendrez compte dans le jour de l’exécution du présent ordre.
[R. I. p. 41.]
Dijon, le 6 frimaire an IX (27 novembre 1800).
J’ai fait partir aujourd’hui, mon général, la brigade du général Sarrazin, je la dirige sur Chambéry par Lyon, cette route qui est moins mauvaise et aussi courte que celle de Genève, m’offre infiniment plus de ressources. Le service des étapes n’est aucunement assuré par le Jura. Le parti que je prends ne peut être coupable que sous un seul point de vue politique, c’est de démasquer de quelques jours plus tôt la destination de nos troupes. Cependant je me rassure, en pensant que les magasins de Lyon pourront fournir aux besoins urgents de la 6° demi-brigade que j’ai été forcé de faire partir, sans capotes, chapeaux et chemises, les magasins de Dijon étant actuellement vides. J’envoie au ministre de la guerre son état de situation.
J’éprouve ici les plus grandes difficultés pour la solde des troupes. La Trésorerie nationale n’a encore rien expédié pour le corps d’élite. Il est dû à la 6° demi-brigade 129,000 francs, à la 81° demi-brigade 180,000 francs. Les 100,000 francs promis pour cette dernière ne sont pas encore arrivés, la 6° demi-brigade est partie néanmoins, je lui ai fait compléter le mois de brumaire et fait espérer qu’elle toucherait des fonds à Lyon. Je prie le ministre de la guerre de lui en expédier sur cette ville à son passage.
Les officiers de la 81° demi-brigade viennent de faire une longue route et vont en entreprendre encore de plus pénibles, ils ont des dettes à acquitter et des vêtements à acheter. Il est urgent, mon général, que vous veniez promptement à leur secours. Cette demi-brigade est arrivée aujourd’hui, je l’ai vue défiler, elle est superbe ; elle a le plus grand désir de faire la guerre. Je la passerai demain en revue ; en attendant l’arrivée de son habillement, je vais m’occuper de son armement, nous avons ici de quoi bien l’armer en guerre.
La 6ᵉ demi-brigade a beaucoup de conscrits, j’espère cependant la rendre bonne avec le détachement qui arrivera de Malte.
Je désirerais bien, mon général, que vous changiez la destination de la compagnie des carabiniers de la 16ᵉ légère qui se rend à Toulouse, et que vous l’attachiez à mes troupes, les officiers m’ont prié de vous le demander, ils se sont séparés de celle qui est sous mes ordres avec la plus grande peine.
J’ai envoyé un de mes aides de camp à Lyon pour prévenir le général qui y commande du passage de mes troupes et pour l’inviter à m’ouvrir ses magasins ; il est chargé de veiller à ce que l’escadron du 7ᵉ régiment d’hussards qui doit suivre le mouvement de la première colonne, se mette en état d’entrer en campagne ; il est chargé aussi de connaître la force et les besoins des compagnies des carabiniers de la 23ᵉ légère et de lui faire passer l’ordre de se rendre à Chambéry.
Je vous fais passer l’état de situation des troupes que j’ai eu ordre du ministre de la Guerre de faire partir pour Chambéry. Je vous assure que cette colonne s’est mise en route parfaitement bien armée.
Salut et respect
J. MURAT.
(P.-S.65 — Le beau frère du consul Bonaparte a été parfaitement bien reçu ici ; les habitants de cette ville, toutes les autorités constituées proclament Bonaparte le sauveur de la France, le pacificateur de l’Europe. — Mon général, le général Murat vous demande en grâce de lui permettre de suivre le mouvement de la 2ᵉ colonne ; il a été reçu ici et fêté comme général en chef, on lui en donne le titre en lui parlant de vive voix et par lettre ; il souffre surtout à tout moment de s’entendre dire : « votre armée va rendre de grands services, votre armée est fort belle », et cependant on sçait qu’il n’est pas général en chef, mais depuis longtemps on l’avait annoncé comme tel, il n’est pas ici à son aise, daignés l’en retirer le plutôt possible.)
J. M.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 42.]
Dijon, le 7 frimaire an IXᵉ (28 novembre 1800).
Le chef de brigade de la marine me fait part, citoyen ministre, de la réponse que vous lui avez faite relativement aux frais qu’en traînerait le déplacement d’une musique de Brest, dont il vous fait la demande pour son corps.
Vos observations me paraissent on ne peut plus justes, je ne vois qu’un seul moyen de procurer à ce corps la musique qu’il désire : c’est de les autoriser à s’en recruter une à Lyon, il suffit que vous leur affectiez des fonds à cet effet.
Ce corps n’a pas de drapeaux, je vous prie de lui en envoyer ou d’autoriser le conseil d’administration à en faire faire à Lyon.
Je vous prie de donner des ordres pour faire rejoindre les citoyens Thevenin, Luxembourg et Crosnier.
[R. I, p. 43.]
Dijon, le 7 frimaire an IX (28 novembre 1800).
Conformément à votre premier ordre, et d’après les motifs que je vous ai fait connaître par ma lettre d’hier, j’avais ordonné, citoyen ministre, le mouvement de la brigade du général Sarrazin par Lyon ; en conséquence de votre ordre du 5 courant, les grenadiers de la marine partiront de Mâcon et iront coucher le 10 à Bourg en Bresse ; le 11, à Nantua ; le 12, à Chatillon ; le 13, à Collonge ; le 14, à Genève.
La seconde colonne partira de Beaune et ira coucher le 8ᵉʳ à Seurre ; le 9, à Dôle ; le 10, à Poligny ; le 11, à Champagnolle ; le 12, à Morey ; le 13, à Nion ; le 14, à Genève.
J’ordonne aux trois compagnies de carabiniers de la 23ᵉ légère de se rendre à Genève ; je ferai arrêter dans cette dernière ville le bataillon d’élite de la 6° de ligne. Un officier de mon état-major va partir sur le champ pour Berne et Zurich avec des instructions. Je dirigerai également sur Genève le détachement de la 6° qui se trouve à Lyon, ainsi que l’escadron du 7e hussards. Si je puis obtenir quelques effets d’habillement dans les magasins de Lyon, je les ferai filer sur Genève.
Permettez-moi de vous réitérer la demande que je vous ai déjà faite pour des fonds ; indiquez-moi, je vous prie, de quelle manière vivront les troupes à Genève et en Suisse, si je suis obligé de m’y porter.
Je vous prie, mon cher général, de ne pas m’oublier. Vous ne devez pas ignorer que mes besoins vont devenir urgents.
Salut et respect.
J. MURAT.
[R. I, p. 44.]
Dijon, 7 frimaire an IX (28 novembre 1800).
En vertu des ordres du ministre, mon général, j’avais dirigé la brigade du général Sarrazin sur Chambéry par la route de Lyon ; je vous ai rendu compte des motifs de cette détermination par ma lettre d’hier.
Je reçois à l’instant l’ordre de changer la destination de cette troupe et de la porter sur Genève, pour y être en mesure de se porter sur les frontières de la Suisse, si elles venaient à être menacées par l’ennemi, pendant le mouvement du général Macdonald.
J’envoie en conséquence un officier d’état-major à Berne et à Zurich avec des instructions.
Vous trouverez, ci-joint, l’itinéraire de la marche des colonnes ; j’attends avec impatience l’arrivée des fonds et des effets d’habillement ; j’ai surtout besoin de souliers, de chemises et de chapeaux. Je vous prie de ne pas perdre de vue ma position qui devient chaque jour plus embarrassante par les mouvements que je suis sur le point de faire.
Connaissant votre attachement pour le soldat, je ne crains pas de devenir importun.
[R. I, p. 45.]
Au quartier général de Dijon, le 8 frimaire an 9 de la République.
J’ai reçu, mon cher compatriote, votre lettre du 3 frimaire. Autant que vous, j’ai regretté que la précipitation de mon départ et les nombreuses occupations qui l’ont précédé ne m’ayent pas permis de vous exprimer de vive voix tous mes regrets de m’éloigner [de] vous.
J’accepte avec reconnaissance les souhaits flatteurs que vous voulez bien me faire, ils sont le présage d’une paix prochaine et d’un prompt retour parmi mes amis, c’est le vœu le plus cher à mon cœur.
J. MURAT.
Faites agréer, je vous prie, mes amitiés à nos compatriotes.
Au citoyen Agar, Rue des S° Pères, n° 1230, Paris.
[Archives de Mme la Comtesse Murat.]
Dijon, le 8 frimaire an IX (29 novembre 1800).
Il est ordonné au citoyen Nozat, chef d’escadron adjoint, de partir sur le champ de Dijon pour se rendre à Berne et Zurich où il se conformera aux instructions particulières qui lui seront remises.
INSTRUCTIONS.
Vous passerez, citoyen, pour vous rendre à Berne et Zurich, par Genève où vous laisserez au commandant de cette place un ordre pour le bataillon d’élite de la 6° demi-brigade de ligne, qui devra lui être remis à son passage. Vous le préviendrez officiellement de l’arrivée de la brigade du général Sarrazin à Genève, vous l’inviterez à lui faire préparer son logement, (vous prendrez à l’état-major avant votre départ l’état de situation de cette colonne), vous le préviendrez en même temps, que cette troupe a l’ordre de rester à Genève jusqu’à nouvel ordre. Vous prendrez l’itinéraire de sa marche et en préviendrez les municipalités des communes où elle doit coucher. Vous enverrez au commandant de Chambéry la lettre que je lui adresse. Vous vous rendrez ensuite à Berne et à Zurich. Comme il serait possible que l’ennemi voulût profiter du mouvement que fait le général Macdonald sur l’Adige, pour en faire un lui-même sur les frontières de la Suisse, entre la droite du général Moreau et sa gauche, vous prendrez tous les renseignements possibles sur tous les mouvements de l’ennemi et m’en tiendrez exactement instruit, afin de pouvoir me porter sur le champ sur la partie menacée ou envahie.
Vous resterez là jusqu’à nouvel ordre, mais dans le cas où vous auriez acquis la certitude que l’ennemi fait quelques mouvements, soit pour pénétrer en Suisse, ou pour tourner la gauche du général Macdonald, vous vous rendrez de suite en poste auprès de moi pour m’en instruire.
[R. I, p. 46.]
Dijon, le 9 frimaire an IX (30 novembre 1800.)
Je m’empresse de vous rendre compte, citoyen ministre, que le bataillon d’élite, le 1er bataillon de la 5e et les deux de la 35e demi-brigade sont arrivés hier ; l’artillerie n’arrivera qu’aujourd’hui. Par l’effet de la mauvaise organisation des étapes, le fourrage n’a été délivré nulle part, on a été forcé de faire des réquisitions qui ont été presque sans effet, il a donc fallu en acheter ou bien en prendre de vive force, les municipalités armées de l’inconcevable arrêté sur les étapes se sont impitoyablement refusées de venir à son secours.
Pour vous convaincre, citoyen ministre, de l’absurdité de cette mesure, je vous envoie une caricature que je reçois aujourd’hui par la poste, vous verrez clairement qu’il est de toute impossibilité que vous ne fassiez pas rapporter un arrêté aussi désastreux. Ces difficultés ont fait déserter quantité de charretiers, plusieurs chevaux sont morts ou restés en route, conséquemment plusieurs caissons de munitions.
Le détachement de la 6e demi-brigade venant de Malte rejoint sa demi-brigade, il manque de tout et n’a rien reçu à son passage à Lyon ; je lui envoie aujourd’hui à Dôle 200 capotes et 100 paires de souliers, je ne lui envoie point l’argent que l’on me demande, la caisse étant totalement épuisée. Les capotes sont prises parmi celles qui étaient au rebut, mais le soldat est nu et il fallait couvrir sa nudité.
Il n’arrive rien dans les magasins, la 6ᵉ demi-brigade, comme je vous l’ai déjà dit, manque de tout, il serait bien nécessaire que vous lui fassiez arriver promptement son habillement, je le dirigerai aussitôt sur Genève. Le reste des troupes est en bon état.
Je vous réitère, citoyen ministre, la demande du bataillon d’élite de la 26ᵉ légère qui est à Lunéville.
Salut et respect,
J. MURAT.
J’ai fait partir hier un officier pour Zurich, mais j’ai appris que la droite de Moreau se prolongeait jusque sous Feldkirt, ce qui couvre la Suisse67.
J. M.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 48, et Archives de la Guerre.]
Dijon, 9 frimaire an IX (30 novembre 1800).
Le chef de la 81ᵉ demi-brigade de ligne m’a fait part d’une lettre que vous lui écrivez en date du 5 frimaire, par laquelle vous le prévenez que la destination proposée par le général de division Labarollière68 pour les déserteurs de la demi-brigade qui sont dans le département de la Manche, a été approuvée et qu’ils resteront dans la 63ᵉ.
Il me semble, citoyen ministre, que par cette disposition on encourage le soldat à quitter son corps. Le chef m’observe que ce nombre s’élève à 300 hommes, tous anciens soldats, ce qui désorganise sa demi-brigade qui m’avait été annoncée à plus de 2,000 hommes et qui se trouve réduite à moins de 1,800 hommes.
Permettez-moi, citoyen ministre, que je vous engage à révoquer votre ordre et à donner ceux nécessaires pour faire diriger sur la 81° demi-brigade ces 300 hommes qui en font partie et qui me seront de la plus grande utilité.
[R. I, p. 49.]
Dijon, le 10 frimaire an IX (1er décembre 1800).
CITOVEN MINISTRE,
La 35° demi-brigade a subi sa réduction à deux bataillons. J’ai sous mon commandement le 1er et les compagnies de grenadiers et d’éclaireurs, ainsi que le Conseil d’administration.
Le 2° bataillon fort d’environ 350 hommes, sans chef et sans administration, se trouvant dans ce moment à Lille sous le commandement du général Pille, je vous demanderais, au nom du corps et pour le bien du service, de vouloir bien donner des ordres à ce bataillon de rejoindre le fond de sa demi-brigade ; il me serait d’autant plus utile que les compagnies de grenadiers et d’éclaireurs de ce corps étant très faibles, cela mettrait à même de les compléter. Dans le cas où vous ne pourriez pas m’envoyer ce bataillon, je vous prierais, citoyen ministre, de faire diriger sur le premier tous les anciens grenadiers et 40 fusiliers, afin de pouvoir alimenter les compagnies d’élite. Je vous prie également de ne pas nommer à la place de chef de brigade de ce corps avant la première bataille.
J’ai l’honneur de vous saluer.
J. MURAT.
[R. I, p. 50.]
Dijon, 11 frimaire an IX (2 décembre 1800).
Au chef de l’État-major général.
Les quartiers-maitres rendront compte dans les 24 heures des sommes provenant des indemnités d’étapes pour les hommes désertés, restés en arrière ou entrés aux hopitaux. Les états de situation qu’on envoie à l’état-major général ne sont pas exacts, et, de là, il parait évident que l’on reçoit des rations de plus et que l’on paye et habille des hommes absents.
En conséquence, tout quartier-maitre ou officier payeur qui sera convaincu d’avoir porté sur son état de situation plus de présents qu’il n’en a, cessera sur le champ ses fonctions. Il sera de suite rendu compte au ministre de la Guerre des renseignements qui résulteront de l’examen qui sera ordonné sur sa conduite antérieure.
Les chefs des corps doivent s’assurer par eux-mêmes de l’exactitude des états de situation avant de les viser, et à l’avenir, ceux qui en signeront des faux subiront le même sort des quartiers-maitres. Il est temps enfin que les dilapidations disparaissent et que le Gouvernement qui travaille sans relâche pour améliorer le sort du soldat, jouisse du fruit de ses sollicitudes.
A l’avenir, tous les ordres donnés par l’ordonnateur, pour faire partir des magasins des effets d’habillement, devront être visés par le chef d’état-major, qui devra préalablement m’en rendre compte. Toutes les fois qu’il sera délivré des effets d’habillement à un corps, le chef de l’état-major le préviendra de la quantité par un ordre du jour qui devra être lu à la tête des compagnies. Les généraux de brigade remettront dans la journée de demain au chef d’état-major l’état de situation de leur brigade. Le chef de brigade Vallier en fournira un de toute l’artillerie.
[R. I, p. 51.]
Dijon, 13 frimaire an IX (4 décembre 1800).
Au chef de l’État-major général.
Vous voudrez bien, citoyen général, donner les ordres nécessaires pour faire créer sur le champ une commission militaire, afin de faire juger les détenus faisant partie du corps que je commande.
Dijon, 13 frimaire an IX (4 décembre 1800).
Vous me faites passer l’effectif des troupes que vous avez à loger ; d’après les états que j’ai sous les yeux, ce nombre ne se monte qu’à 450. Beaucoup de ces troupes vont partir, veuillez patienter encore quelques jours.
Dijon, 13 frimaire an IX (4 décembre 1800).
Au chef de l’État-major général.
La désertion continue plus que jamais, en conséquence, vous ordonnerez, citoyen, au commandant de la gendarmerie de faire des patrouilles tous les jours. Elles devront sortir de la ville à 4 heures du matin et ne rentreront qu’à huit. Le commandant de la gendarmerie se fera faire le rapport qu’il transmettra de suite au chef de l’état-major général.
[R. I, p. 53.]
Dijon, 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Il sera payé à toutes les troupes du Corps d’observation la première décade de frimaire et aux officiers un mois d’appointements.
En arrivant à Genève, tout l’arriéré sera payé et la solde sera mise au courant. Le ministre de la Guerre m’a informé par un courrier extraordinaire qu’il a fait filer en toute diligence tous les effets d’habillement qui nous sont nécessaires.
Le payeur de la 18ᵉ division versera dans les vingt-quatre heures dans la caisse du payeur du Corps d’observation tous les fonds qu’il a reçus pour les différents corps.
[R. I, p. 53.]
Dijon, 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Vous partirez en poste, citoyen commandant, pour vous rendre à Genève où vous remettrez des ordres au général Sarrazin.
Vous vous rendrez de là à Aoste, en passant par le Petit Saint-Bernard, vous reconnaîtrez exactement la nature des routes et vous vous assurerez si elles sont praticables pour l’artillerie. Dans le cas contraire, vous verrez si elles peuvent le devenir en employant les hommes du pays, alors vous les emploierez et les payerez exactement. Il sera nécessaire que ces instructions parviennent de très bonne heure au général Sarrazin. Vous prendrez au bureau de l’état-major l’itinéraire de la route.
Vous annoncerez officiellement de ma part au général commandant la 7e division ce mouvement, vous verrez le commissaire Saint-Cricq, chargé d’assurer les subsistances de la colonne sur cette route ; il pourra partir avec vous, il recevra à cet égard des instructions de son ordonnateur.
Vous me ferez connaître aussi quelles sont les ressources qu’offre cette vallée.
[R. I, p. 54.]
Dijon, 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Je vous invite, citoyen ordonnateur, à prendre toutes les mesures pour assurer le mouvement du Corps d’observation en Italie, par la Tarentaise et la vallée d’Aoste. Le chef d’état-major est chargé de vous le communiquer.
Préparez de suite vos instructions pour le commissaire Saint-Cricq et remettez-les à l’adjudant Reille qui va partir à l’instant pour Genève.
Vous partirez ce soir vous-même pour vous rendre à Lyon, d’où vous ferez filer sur Genève tout ce que vous pourrez tirer des magasins.
Vous vous rendrez ensuite en toute diligence à Grenoble, où vous vous ferez remettre par l’ordonnateur de cette division les fonds nécessaires pour l’approvisionnement des fourrages, depuis Dijon jusqu’à Genève et de là à Aoste, en passant par la Tarentaise et le Petit Saint-Bernard. Ces fonds seront pris sur la somme de 180,000 francs, mis pour ce service à la disposition de cet ordonnateur par le ministre de la Guerre.
Vous me joindrez immédiatement après à Genève. Le commissaire des guerres, Miot, prendra la 1re colonne qui part demain. Le commissaire des guerres, Pierre, marchera avec les derrières, vous chargerez particulièrement ce dernier du service de l’artillerie, vous lui donnerez vos instructions particulières pour l’évacuation des magasins de Dijon sur Genève.
Je connais votre zèle, etc.
[R. I, p. 55.]
Dijon, 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Le Corps d’observation, citoyen général, va se porter en Italie, je charge le chef d’état major de vous envoyer l’itinéraire de la marche de votre colonne. L’adjudant-commandant Reille qui vous remettra ma lettre, a ordre de se rendre à Aoste par le Petit Saint-Bernard, le but de sa mission est de reconnaître la nature des routes de la Tarentaise, et surtout de s’assurer si celle du Petit Saint-Bernard est praticable pour l’artillerie ; il a ordre de requérir tous les habitants des villages voisins et de les faire travailler à sa réparation ; je lui ai remis quelques fonds pour le payement des hommes qui y seront employés.
La régie des vivres de l’intérieur a reçu du ministre de la Guerre l’ordre d’assurer la subsistance de la troupe dans tous les lieux de son passage. L’ordonnateur Michaux part à l’instant pour se rendre à Lyon et Grenoble. De Lyon, il enverra en toute diligence tous les effets d’habillement qu’il pourra tirer des magasins de cette ville, ainsi la 6e demi-brigade et le reste de votre colonne sera parfaitement habillée, équipée et soldée avant son départ. De Grenoble, il doit tirer des fonds pour assurer le service des fourrages dans toute la Tarentaise.
Arrivé à Aoste, vous y réunirez votre colonne, si cette ville vous offrait assez de ressources pour sa subsistance ; dans le cas contraire, vous la réunirez à Ivrée.
Je dois vous rappeler, citoyen général, que l’Armée de réserve a dû en quelque façon ses succès aux ressources de cette malheureuse vallée, qui ont été épuisées à son passage. Ses habitants nous ont reçus avec bonté, nous leur devons conséquemment beaucoup de reconnaissance, vous leur en payerez le premier tribut, citoyen général, en faisant respecter ce pays malheureux.
L’ordonnateur en chef de l’Armée d’Italie a reçu l’ordre du ministre pour assurer la subsistance de vos troupes, du moment qu’elles seront arrivées dans la vallée d’Aoste.
Le commissaire des guerres Saint-Cricq, muni d’instructions particulières de son ordonnateur, précédera votre colonne, il est particulièrement chargé de la faire vivre.
Je fais connaître au ministre de la Guerre et au Premier Consul le jour de l’arrivée de votre colonne à Ivrée et, en attendant que j’aie reçu d’eux des instructions ultérieures, vous ne ferez de mouvement que par ordre du général en chef de l’Armée d’Italie. Vous me tiendrez soigneusement instruit de votre marche.
Si les trois compagnies des carabiniers de la 23e légère n’étaient pas arrivées au reçu de ma lettre, vous ferez partir quelqu’un au devant d’elles sur la route de Chambéry et vous lui donnerez l’ordre de se rendre à Conflans. Vous ferez en sorte qu’elles arrivent en même temps que votre colonne. Le bataillon d’élite de la 26e demi-brigade arrivera à Genève le 22 courant et suivra immédiatement votre colonne.
Vous trouverez, citoyen général, des difficultés sans nombre, mais il appartient à un général tel que vous de les surmonter toutes. Votre zèle et vos talents m’en sont d’avance un sûr garant.
[R. I, p. 57.]
Dijon, 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Comme il n’existe dans le magasin de Dijon ni redingotes, ni chemises, ni souliers pour les besoins de l’armée qui est sous mes ordres, vous vous rendrez en poste à Lyon où je vous autorise à passer de suite un marché de quatre à cinq mille redingotes, quatre mille chemises et quatre mille paires de souliers. Vous prendrez toutes les mesures nécessaires pour que ces effets soient remis le 20 frimaire au plus tard, aux divers corps qui doivent passer le Saint-Bernard. En conséquence, vous les expédierez en toute diligence sur Saint-Maurice et La Tuile, pour qu’ils puissent être distribués au passage de la colonne.
Vous passerez en outre un marché pour 2,000 fers à cheval et dix quintaux de clous pour les besoins de l’artillerie et de la cavalerie ; vous les dirigerez partie sur Saint-Maurice, partie sur Genève.
Vous appliquerez au paiement de ces fournitures les fonds mis précédemment par le ministre de la Guerre à votre disposition, et j’autorise le payeur de l’armée à vous faire l’avance du surplus, jusqu’à ce que le ministre vous ait assuré les fonds nécessaires pour acquitter entièrement le montant des divers marchés.
Je me repose entièrement sur votre zèle pour l’entière exécution de ces ordres que les circonstances rendent de la dernière urgence.
[R. I, p. 58.]
Dijon, le 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Vos ordres, citoyen ministre, me sont parvenus ce matin, tous les miens ont été donnés de suite, et le mouvement, tel que vous l’avez ordonné, sera exécuté ponctuellement.
Je charge le chef de l’état-major général de vous envoyer l’itinéraire de la marche des colonnes ; celle du général Sarrazin commence son mouvement le 18 courant et doit arriver à Ivrée le 30 c’, la seconde colonne commence le sien le 15 courant, arrive le 24 à Genève, en repartira le 26 courant, et sera rendue le 9 nivôse à Ivrée.
Je viens d’envoyer en toute diligence l’adjudant commandant Reille reconnaître les routes de la Tarentaise et celles du Petit-Saint-Bernard ; cet officier, dont vous connaissez l’intelligence, doit épuiser tous les bras du pays pour faire effectuer le passage de l’artillerie.
Le commissaire ordonnateur se rend par Lyon à Grenoble, il tirera des magasins de la première ville tous les effets d’habillement qui nous sont nécessaires et les dirigera en toute diligence sur Genève. A Grenoble, il se concertera avec l’ordonnateur de cette division pour assurer le service des fourrages sur toute la route.
Le commissaire des guerres Saint-Cricq précédera la colonne du général Sarrazin et se rendra dans la vallée d’Aoste, pour y assurer la subsistance des troupes, il doit s’adresser à cet effet au commissaire ordonnateur en chef de l’Armée d’Italie.
J’ai attaché à chaque colonne des généraux ou chefs de brigade, en outre, un adjoint de l’état-major. Toutes les mesures sont prises et je puis vous assurer d’avance, citoyen ministre, que le mouvement s’exécutera tel que vous le désirez.
J’aime à croire que je recevrai de vous des instructions ultérieures et que vous me direz avec franchise que je suis sous les ordres du général en chef de l’Armée d’Italie. Dans ce cas, je pense que ce sera sous les ordres du Premier Consul. Vous savez, citoyen ministre, que ce n’est qu’à cette condition que j’ai accepté le commandement du Corps d’observation ; dans tous les cas, je suis persuadé que mon corps ne sera pas séparé et qu’il restera tel qu’il est, je désire même qu’il y soit ajouté quelques régiments de cavalerie à mon arrivée en Italie. Toutes mes troupes partiront de Genève parfaitement équipées, habillées, et la solde sera mise au courant.
Je vous demande en grâce, citoyen ministre, de faire rejoindre le bataillon d’élite de la 26ᵉ demi-brigade légère.
Salut et respect,
J. MURAT.
[R. I, p. 59.]
Dijon, le 14 frimaire an IX (5 décembre 1800).
Le mouvement ordonné par le ministre de la Guerre, mon général, va être fait ponctuellement, toutes les mesures seront prises pour en assurer l’exécution. L’adjudant général Reille part à l’instant pour aller reconnaître les routes de la Tarentaise et celles du Petit-Saint-Bernard. Je lui ai fait donner des fonds avec ordre de faire travailler aux réparations de ces routes tous les habitants des communes voisines. Je prévois de grandes difficultés, mais j’espère que tous les obstacles seront franchis. L’approvisionnement en vivres et en fourrages sera assuré jusqu’au Petit-Saint-Bernard ; un commissaire des guerres va se rendre dans la vallée d’Aoste pour le même objet. Toute la troupe sera rendue le 9 nivôse à Ivrée. La première colonne y arrivera le 30 frimaire. Les effets d’habillement sont dirigés en toute diligence sur Genève.
Grâce à vos soins, mon général, il nous est arrivé des fonds ; nous avons trouvé ici des armes, l’habillement nous arrive de toute part, aussi je puis vous assurer d’avance que les troupes que je commande partiront de Genève parfaitement habillées, équipées et soldées.
Je laisserai au général Canclaux des instructions pour la prompte organisation des 11ᵉ, 24ᵉ et 105ᵉ demi-brigades. L’escadron du 7ᵉ régiment de hussards partira le 20 cᶜ de Lyon pour rejoindre ma colonne. Je vous demande en grâce, mon général, de m’envoyer le bataillon d’élite de la 25ᵉ demi-brigade légère, qui se trouve encore à Lunéville.
Les deux escadrons du 5ᵉ régiment de dragons sont très mal à Pontarlier, il serait bien nécessaire de les faire rentrer à leur régiment, ou bien de les réunir, suivant leur désir, à mon commandement, ils brulent de faire la campagne d’Italie avec moi. Veuillez me faire connaître vos intentions à cet égard.
Vous trouverez ci-joint, mon général, la force et la marche des colonnes, avec le procès-verbal qui constate la friponnerie des fournisseurs ; pour vous en convaincre par vous-même, je vous envoie un échantillon des capotes.
Salut et respect,
J. MURAT.
[R. I, p. 60.]
Paris, 17 frimaire an IX (8 décembre 1800).
Je vous écris, mon cher Murat, de chez vous. Caroline se porte bien, hyer nous avons dîné avec elle à Villiers.
Leclerc veut vous suivre, il veut aller à l’Armée d’Italie, il aime la gloire, mais j’espère que vous forcerez la maison d’Autriche à faire la paix, que vous reviendrez et que Leclerc acceptera le commandement de la Corse. J’aurois allons un neveu sur les deux points du monde où je passerai mes jours. Je passerai l’hyver en Corse et l’été à Paris et je serai par là toujours avec mes nièces.
Vous comendez le 3ᵉ corps de réserve et Bernadote, dit-on, commende le 4ᵉ, puisqu’on m’assure qu’on va réunir 2,000 grenadiers qui se trouvent encore dans l’intérieur ; sous ses ordres, on place un grand parc d’artillerie qui marchera avec les 2,000 grenadiers et les troupes qui par la suite se réuniront.
Cependant on croit positivement à la paix et l’on augure que Bonaparte ne partira que dans le cas que Magdonal ne puisse point percer du côté du Tirol, vous l’accompagneriez alors, et le Consul vous rejoindroit avant votre arrivée chez les Grisons.
Ce sont les nouvelles que l’on donne, sont-elles vraies? C’est à vous qu’on doit le demander. Vous aurez probablement des données plus sûres. Votre femme m’assure que le Consul lui a dit qu’il ne vous envoie point en Italie que vous ne serez sous ses ordres immédiats. C’est encore une preuve qui confirme ce que je viens de vous dire.
Portez-vous bien, n’ayez aucun souci pour votre femme, elle porte si bien sa grossesse qu’elle nous fait espérer que ses souffrances seront de peu d’instans. Je vous embrasse de tout mon cœur.
FESCH.
P.-S. — Ma sœur se porte bien, elle vous fait ses complimens.
Au citoyen Murat, lieutenant général commandant en chef la 3ᵉ armée de réserve, à Genève.
[Archives du prince Murat. D. 48. 1.]
Du bord de l’Indivisible, vaisseau-amiral. Dans la rade de Brest, ce 18 frimaire [an IX] (9 décembre 1800).
Me voici embarqué72, ma bonne petite sœur, pour aller un peu loin. Notre départ paraît certain et fixé à aujourd’hui.
Je souffre de la mer, mais dans le long voyage que je vais entreprendre, il faudra bien m’y accoutumer.
Aurois-tu pu croire, mon aimable sœur, que ton frère ai pu t’oublier ; Oh! non, tu ne lui auras pas fait cette injure ; tu connois trop son amitié pour croire que l’absence la puisse détruire.
Un long espace, 150 lieues nous séparent ; 2,000 vont nous séparer ; oui, ma chère Caroline, Saint-Domingue va nous voir sur ses bords73. Demain, il ne sera plus tems de t’écrire ; mais je trouverai toujours le tems de penser à toi, ma pensée suplera à ma main, et toi, t’occuperas-tu quelquefois de ton frère? C’est ce que je dois croire.
C’est ce soir que je vais me voir sur le vaste Océan, abandonné à la fortune et conduit par l’espérance.
Les Anglais nous bloquent toujours, ils sont au nombre de dix, de vingt et de trente vaisseaux ; c’est ce qui retarde un peu notre sortie ; dans ce moment même, on discute ici s’il faudra sortir oui ou non. Si les vents et ces maudits Anglais nous contrarient, j’aurai le plaisir de t’écrire encore.
Adieu, ma bien aimée sœur. Aime bien ton frère.
J. BONAPARTE.
Bien des choses à maman, mes sœurs, ma belle et aimable sœur et Hortense. Mille choses à Bonaparte.
A madame Murat, Hôtel Brionne, aux Tuilleries, à Paris.
[Archives du prince Murat. D. 528. 1.]
Dijon, 18 frimaire an IX (9 décembre 1800).
Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien conserver près de moi le citoyen Baciocchi74, qui a ses lettres de service pour l’Armée d’Italie ; je vous prie d’approuver cette démarche, n’ayant aucun adjoint de rendu.
[R. I, p. 64.]
Dijon, 19 frimaire an IX (10 décembre 1800).
Je pars pour Genève, mon cher camarade, où je dois rester jusqu’à nouvel ordre ; je vous prie, en conséquence, de faire filer sur cette ville tous les hommes restés en arrière qui font partie du Corps d’observation.
[R. I, p. 64.]
Dijon, 19 frimaire an IX (10 décembre 1800).
Je m’empresse de vous rendre compte, citoyen ministre, que par suite de la désertion, j’ai laissé ici environ 100 chevaux, le général Canclaux76 s’en est chargé et doit employer pour les soigner les premiers conscrits à sa disposition.
La désertion continue, il faut y remédier.
[R. I, p. 65.]
Genève, le 24 frimaire an IX (15 décembre 1800).
J’ai reçu, citoyen ministre, votre dépêche du 17 courant, et, d’après vos ordres, le mouvement du corps que je commande a été arrêté.
La division du général Tharreau sera cantonnée depuis Carouge jusqu’à Annecy, département du Mont-Blanc. Le 19ᵉ de dragons prendra ses cantonnements sur l’Arve, celle du général Mathieu occupera Genève, le canton de Ferney-Voltaire et Nyon ; le parc d’artillerie sera placé à Carouge.
Toutes les différentes colonnes d’infanterie sont arrivées ici dans le meilleur ordre et je dois des éloges pour leur conduite pendant la route.
J’aurais désiré qu’il m’eût été possible de pouvoir rapprocher davantage mes deux divisions, mais la ville de Genève, munie de son traité avec la République française, n’a voulu y recevoir que 3,000 hommes, y compris la division du général Sauret77.
Le commissaire ordonnateur que j’avais envoyé à Lyon et à Grenoble est de retour ici, il a reçu 100,000 francs pour les fourrages, je lui ordonne d’assurer ce service totalement désorganisé dans cette division. Différents effets d’habillement qui nous étaient absolument nécessaires viennent de nous être envoyés de Lyon ; je charge le commissaire ordonnateur de vous rendre compte des mesures qu’il a prises pour se les procurer.
Les approvisionnements ont été faits jusqu’au Petit Saint-Bernard, et par les soins et les mesures prises par l’ordonnateur, j’ai lieu de penser que la vallée d’Aoste sera également pourvue de tout. Je vous fais passer ci-joint, citoyen ministre, le bordereau des sommes dues à la 6ᵉ demi-brigade et aux 3 compagnies de carabiniers de la 23ᵉ légère, ces corps qui ont contracté des dettes me demandent de l’argent, je vous prie de vouloir bien ordonner que l’arriéré de ces deux corps soit soldé le plus tôt possible et me faire passer les fonds nécessaires à cet effet.
Salut et respect,
J. MURAT.
[R. I, p. 65.]
Genève, 24 frimaire an IX (15 décembre 1800).
Joachim Murat, lieutenant-général commandant en chef un Corps d’observation au ministre de la Guerre.
Je ne puis garder plus longtemps le silence, citoyen ministre, sur la triste situation de mon artillerie, les routes de Paris à Dijon et Dijon à Genève sont affreuses, le passage du Jura surtout lui a porté le dernier coup ; les chemins depuis Morey jusqu’à Nyon sont couverts de 6 pieds de neiges, dont la surface formant un verglas en rend la marche extrêmement difficile, j’ai été forcé de mettre en réquisition tous les bœufs depuis Poligny jusqu’à Nyon. Six pièces d’artillerie sur dix-huit sont seulement arrivées hier à Nyon, les douze autres sont encore dans les montagnes et éprouvent des difficultés incroyables pour passer ; les douze pièces attachées à la première colonne étaient fort heureusement rendues à Genève avant la chute des neiges, je vais les envoyer à Annecy.
Je ne dois pas vous dissimuler non plus, citoyen ministre, que l’organisation du train est détestable. Les soldats qui en formaient les bataillons ont déserté en grande partie, plusieurs d’entre eux ont vendu les chevaux, leurs maréchaux des logis sont des fripons et leurs officiers ne valent guère mieux. Jugez d’après cet exposé, citoyen ministre, dans quel état doivent être nos chevaux d’artillerie, je puis vous assurer que je serais fort embarrassé si vous m’ordonniez de faire un mouvement. Tous les maires, préfets et sous-préfets favorisent ouvertement la désertion, il est temps que le Gouvernement prenne des mesures les plus rigoureuses, autrement il ne doit plus compter sur les conscrits, qui n’arrivent dans les dépôts que pour y voler un habit et s’en retourner chez eux.
Je vais profiter du séjour que je ferai ici pour travailler à faire rétablir les chevaux et donner une nouvelle organisation au train d’artillerie. Je crois que vous serez obligé d’en revenir aux entreprises. Il est bien cruel pour moi, citoyen ministre, de n’avoir que des tableaux effrayants à vous mettre sous les yeux, mais soyez assuré que je vais travailler sans relâche à remonter bien vite cette partie si essentielle du service.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat. R. I, p. 66.]
Genève, le 24 frimaire an IX (15 décembre 1800).
Je reçois à l’instant, mon cher général, l’ordre de faire partir votre division pour Milan, celle du général Mathieu doit se tenir prête à marcher au premier ordre. Le chef d’état-major va vous faire passer l’itinéraire de la marche de votre division. L’ordonnateur Michaux a l’ordre de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer les subsistances de votre division jusqu’à Milan.
Le Petit Saint-Bernard offrant des difficultés insurmontables pour le passage de votre artillerie et certain que le Simplon n’en présente aucune, je prends sur moi de diriger par cette route six pièces d’artillerie légère, qui vous rejoindront à Milan. J’attendrai des ordres ultérieurs pour la direction du reste de mon artillerie. Les deux escadrons du 19erégiment ont ordre de suivre le mouvement de l’armée et de vous rejoindre.
Dans cette saison, le passage du Petit Saint-Bernard n’est pas constamment ouvert, on est quelquefois obligé d’attendre quelques jours le moment favorable pour le passer, dans ce cas, vous auriez soin de ne pas accumuler toutes vos troupes au pied de ce mont, vous les feriez passer par bataillon, ayant soin de les réunir à la vallée d’Aoste.
Vous ferez distribuer des cartouches à raison de 50 par homme, vous sentez combien cette mesure est nécessaire, les caissons d’infanterie ne pouvant pas suivre votre mouvement.
Des capotes vont être distribuées à la 6e, ainsi que tous les chapeaux qu’on pourra se procurer ici. 1,200 paires de souliers vont être envoyées pour les besoins de votre division jusqu’à Milan. Les bonnets des grenadiers de la marine vous parviendront demain, faites les distribuer avant votre départ.
Vous allez avoir bien de la peine, mon cher général, mais les choses difficiles n’appartiennent qu’aux généraux comme vous, qui savent tout vaincre par leurs talents et leur zèle.
J’espère, mon cher général, que vous recevrez des instructions ultérieures avant votre arrivée à Milan, comptez sur le désir que j’ai de pouvoir bientôt me réunir à vous. Je vous prie de me faire connaître le résultat de votre passage, lorsque vous serez rendu à la Tuile et de m’instruire de la nature des difficultés que vous aura présentée ce passage.
[R. I, p. 70.]
Genève, 24 frimaire an IX (15 décembre 1800).
Tenez vous prêt à partir, mon cher général, avec votre division, au premier ordre qui vous sera donné; parcourez vos cantonnements, passez la revue de vos troupes et faites connaître au chef d’état-major la nature de leurs besoins. Portez surtout votre attention sur l’armement et donnez vos ordres pour faire remplacer tous les fusils et bayonnettes en mauvais état ; c’est sans doute le seul instant favorable qui nous reste pour pouvoir porter quelque soulagement aux troupes, avant qu’elles paraissent devant l’ennemi.
La division Tharreau va nous frayer le passage du Petit Saint-Bernard et se porter sur Milan, j’espère que nous suivrons incessamment son mouvement et que nous serons bientôt réunis. Puissions nous arriver assez tôt pour pouvoir contribuer à quelque succès éclatant, il serait bien glorieux de coopérer à celui qui doit nous donner la paix.
Genève, 25 frimaire an IX (16 décembre 1800).
Je reçois à l’instant, mon cher général, des renseignements sur le passage du Petit-Saint-Bernard qui me donnent des inquiétudes et des doutes sur la possibilité du passage sur ce point, faites le reconnaître, et si vous acquérez la certitude de ne pouvoir diriger votre marche par la Tarentaise, faites la passer par la Maurienne et le Mont-Cenis. De Faverge, rendez-vous à Aiguebelle par le col de Lamier, en passant par le pont de Gresy, transportez vos vivres de Saint-Maurice et Moutiers à Gresy et donnez des ordres à l’employé des vivres pour faire approvisionner la Maurienne, écrivez à Lans-le-bourg, envoyez à Turin pour faire préparer vos vivres.
J’approve au surplus la détermination que vous prendrez, persuadé que vous ne vous déciderez à prendre la route du Mont Cenis qu’autant que vous aurez reconnu le passage du Saint-Bernard de toute impossibilité.
[R. I, p. 72.]
Genève, le 25 frimaire au IX (16 décembre 1800).
Ordre au citoyen Didier de se rendre en toute diligence à Briggs et d’y reconnaître le passage du Simplon, il prendra auprès du général Léry toutes les informations possibles sur la nature de ce passage, et m’informera par la voie la plus courte si le Simplon est praticable pour toute l’artillerie ; il me fera connaître si le Valais est approvisionné, ou s’il offre assez de ressources pour le passage de quelques troupes.
[R. I, p. 72.]
Genève, 25 frimaire au IX (16 décembre 1800).
Les deux Saint-Bernard, mon cher général, offrent des obstacles insurmontables pour le passage de mon artillerie. Par votre lettre du 15 qui m’a été communiquée par le général Sorret, vous assurez que le passage du Simplon n’en offre aucune, je me détermine donc à faire prendre à mon artillerie cette route.
Je vous prie de faire connaître à mon aide-de-camp quelles sont les ressources du Valais et de lui donner tous les renseignements sur la nature et les moyens d’effectuer ce passage.
[R. I, p. 72.]
A Paris, ce 25 frimaire an IX (16 décembre 1800).
J’ai reçu de vos nouvelles avec grand plaisir, mon cher petit frère, et j’espère en recevoir souvent ; nous parlons tous les jours de vous avec votre chère Caroline, qui quoique très courageuse ne peut cependant pas cacher ses larmes, lorsqu’on prononce votre nom ; elle a toujours son gros ventre qu’elle porte très bien, vous pouvez compter, mon cher petit frère, que je ne la quitterai pas d’un instant, du moment qu’elle sentira l’instant d’accoucher, je suis portée d’inclination à lui donner des preuves du tendre attachement que j’ai pour une petite sœur aussi aimable, d’ailleurs, elle est la fille que mon cœur a adoptée.
J’ai vu Mrs de Verniers, ils m’ont remis un mémoire pour Bonaparte et un pour le ministre des finances, j’espère qu’on leur rendra la justice qu’ils réclament.
Adieu, mon bon petit frère, tranquillisez vous bien sur mes soins pour votre femme, je sais que c’est vous donner une preuve d’attachement et je m’aquitte bien d’en chercher les occasions. Soyez sûre que si l’on se bat, Bonaparte ira vous rejoindre. Adieu encore, mon cher petit frère, Hortense et moi vous embrassons.
Joséphine BONAPARTE.
Au général Murat.
[Archives du prince Murat. D. 402. 2.]
Genève, le 29 frimaire an IX (20 décembre 1800).
Donnez de suite, mon cher général, les ordres suivants au 19° de dragons de partir de Lausanne pour Genève, au général Seroux de faire partir demain six pièces de canon avec approvisionnements. Vous le préviendrez que mon intention est qu’il fasse partir son artillerie par six pièces, à deux jours de distance, en suivant la même route que les six premières, en se conformant aux instructions déjà données à la 5° et 35° de partir demain pour se rendre à Milan, en suivant la direction de la division Tharreau ; cette troupe sera remplacée par la 81° demi-brigade.
La 64e et le 7e régiment de chasseurs ont ordre de partir après demain, avec le quartier général et toutes les administrations.
La 81e suivra immédiatement après ce mouvement. Vous mettrez la 26e à la disposition du général Seroux. Le commissaire des guerres Miot partira demain et sera chargé d’assurer les fourrages et les vivres par la route du Mont-Genèvre, il prendra à cet égard les ordres du général Seroux. Donnez vos instructions nécessaires au commissaire ordonnateur pour l’exécution de ces différents mouvements.
Vous ordonnerez que tous les équipages passeront par la Maurienne et le Mont-Cenis. Vous ferez payer aux troupes la première décade de nivôse et aux officiers le mois de frimaire. Faites délivrer aux soldats du train d’artillerie tout ce qui leur est nécessaire pour l’habillement. Je désire que vous fassiez faire de suite l’itinéraire des différentes marches et que vous me l’envoyez aussitôt.
Le 19ede dragons partira de Genève le 3 nivôse.
[R. I, p. 74.]
Genève, le 29 frimaire [an IX] (20 décembre 1800).
D’après vos ordres du 21 courant, citoyen ministre, j’ai donné les miens pour le mouvement sur Milan de la division du général Tharreau, qui y sera rendue le 13 nivôse. Par ma dépêche du 24 courant, je vous ai rendu compte de l’impossibilité démontrée de pouvoir faire passer mon artillerie par le Petit Saint-Bernard, j’ai joint à mon rapport celui de l’adjudant commandant Reille qui avait été chargé de reconnaître ce passage. Je vous ai aussi annoncé que d’après le rapport du général Lery, commandant le Simplon, ce passage était praticable, même pour l’artillerie ; cependant n’ayant pas voulu m’en rapporter entièrement à ce général, j’ai pris le parti d’envoyer un de mes aides de camp sur les lieux, afin de m’assurer que le Simplon fût vraiment praticable pour l’artillerie. Je joins ici un rapport du général Lery qui se trouve contradictoire avec le premier. J’avais en même temps envoyé quelqu’un près du général Herbin80 à Chambéry pour avoir des renseignements sur le passage du Mont-Genèvre, je vous envoie ci-joint la réponse de ce général.
Convaincu, citoyen ministre, d’après les différentes instructions qui me sont parvenues et les reconnaissances particulières que j’ai fait faire, que le Petit Saint-Bernard et le Simplon étaient impraticables pour l’artillerie, je me suis déterminé à la diriger par Grenoble, Briançon et Turin. J’ai pensé que c’était le seul moyen de la faire arriver en Italie.
Je dois cependant vous observer, citoyen ministre, que le général Marmont qui a sans doute prévu toutes ces difficultés, m’a prévenu qu’il me faisait préparer à Turin un superbe train d’artillerie81 et qu’il fallait lui amener des canonniers et des chevaux avec leurs harnais ; j’ai, en conséquence, donné l’ordre que, dans le cas où le Mont-Genèvre offrirait de grandes difficultés pour le passage des pièces d’artillerie, le général Seroux les laisserait à Briançon et se rendrait avec les canonniers et les chevaux à Turin, pour y prendre l’artillerie préparée par le général Marmont ; mais le général Seroux ne doit prendre cette détermination que d’après l’impossibilité bien reconnue de ne pouvoir passer par le Mont-Genèvre.
Je suis on ne peut plus désolé, citoyen ministre, de n’avoir pu passer par le Petit Saint-Bernard, mais soyez bien persuadé que je n’ai pris le parti de diriger l’artillerie par le Mont-Genèvre que d’après l’impossibilité bien reconnue de la faire arriver par la vallée d’Aoste.
Je vous prie de me faire connaître le plus promptement possible si vous approuvez ce dernier parti. Dans le cas contraire, j’ordonnerai au général Seroux de passer avec son artillerie, fût-il même obligé de la démonter.
En conséquence de vos ordres du 25 ct, la division du général Mathieu commencera son mouvement demain 30 courant, elle sera rendue, en suivant la direction de celle du général Tharreau, le 13 nivôse à Ivrée et vers le 18 à Milan. Je charge le chef de l’état major de vous adresser l’itinéraire de la marche des colonnes, ainsi que celle du quartier général.
Le 19ᵉ régiment de dragons arrivera ici après demain et suivra mon mouvement.
J’envoie un officier d’état-major au général Brune pour le prévenir de ces dispositions et du jour de l’arrivée à Milan du corps que je commande.
Comptez, citoyen ministre, sur tout mon zèle, mes soins et mon activité.
Salut et respect,
J. MURAT.
P. S. — Le général Tharreau m’informe que la tourmente a cessé le 24 ct, et qu’il poursuit sa marche par le Petit Saint-Bernard.
Tous les équipages du Corps d’observation passeront par le Mont-Genèvre.
J. M.
[R. I, p. 75.]
Du 1er nivôse an IX (22 décembre 1800).
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Je m’empresse de vous prévenir, citoyen général, qu’en conséquence des ordres du Gouvernement, le Corps d’observation que je commande est en mouvement pour se rendre à Milan, il y sera arrivé en entier vers le 18 courant. Le passage du Petit Saint-Bernard ainsi que celui du Simplon ayant été jugé impraticable pour le passage du train de mon artillerie, j’ai cru devoir la diriger par Briançon, le Mont-Genèvre et Turin où elle sera rendue le 15 courant, à moins que le Mont-Genèvre n’offre des difficultés insurmontables (ce que je ne crois pas), car, dans ce cas, j’ai autorisé le général Seroux qui la commande, de la laisser à Briançon et de conduire ses canonniers et ses chevaux harnachés à Turin, pour y prendre le train d’artillerie que le général Marmont, par sa lettre du 11 frimaire, m’annonce m’y avoir destiné. Je charge le général Berthier, chef de l’état-major, d’adresser au général Oudinot l’état de situation, ainsi que l’itinéraire de la marche des différentes colonnes.
Je vous adresse l’adjudant-commandant Reille, je vous prie de remettre à cet officier vos ordres.
Présumant que le gant jeté encore une fois par le Gouvernement français sera ramassé par l’ennemi en Italie, comme il l’a été au Rhin, je désire bien sincèrement, général, comptant d’avance sur les succès de l’armée que vous commandez, arriver assez tôt pour partager ses dangers et sa gloire.
[R. I, p. 77.]
Du 3 nivôse an 9 (24 décembre 1800).
Le commissaire ordonnateur Michaux, citoyen général, ayant prévenu la Chambre administrative du Valais du contr’ordre donné à la colonne qui devait y passer, et d’après les difficultés que présente le passage du Simplon, j’ai cru qu’il n’était pas nécessaire de vous annoncer officiellement la nouvelle direction de mes troupes, je ne vous remercie pas moins de vos soins et surtout de la démarche que vous faites aujourd’hui auprès de moi.
Ma première colonne a déjà passé le Petit Saint-Bernard, les autres suivront successivement, mon artillerie prend la route du Mont-Genèvre.
[R. I, p. 79.]
Du 4 nivôse an IX (25 décembre 1800).
Au préfet du Rhône83.
J’ai reçu, mon cher Verninac, votre lettre qui m’annonce que vous avez annulé l’arrêté relatif à une réquisition de 150,000 francs qui vous a été présentée en mon nom par mon aide-de-camp Didier. J’ai lieu d’espérer que le Gouvernement n’aura pas été instruit de ces dispositions, avec d’autant de raison qu’elles ne remplissent nullement mes vues, le citoyen Didier ayant outrepassé les pouvoirs que je lui avais donnés.
Je vous prie donc, mon cher Verninac, de me renvoyer l’original de cette réquisition de fonds et de m’instruire de toutes les mesures ultérieures que vous aurez pu prendre à cet égard. Je vous remercie de tous vos soins et de votre bonne intention.
[R. I, p. 80.]
Milan, 11 nivôse an IX (1er janvier 1801).
Joachim Murat, lieutenant-général, au général Bonaparte.
Des fettes étoient ordonnées pour les succès des armées de la République, tous les citoyens, ivres de joye et d’espoir de la paix, étoient réunis pour célébrer leurs victoires, on proclamoit le nom des vainqueurs et celui de Bonaparte voloit de bouche en bouche, lorsque tout à coup à cette allégresse commune succède le calme le plus profond, et à ce calme profond, un cri général d’indignation, on apprend que Bonaparte a couru les plus grands dangers et que les jours de la République ont été menacés. Ces cris se font entendre de toutes parts : Les scélérats ne pouvant le vaincre au champs d’honneur, ils veullent l’assassiner. » Chacun demandait : — Connait-on les auteurs de cet infâme attentat, sont-ils arrêtés ? Bonaparte sera-t-il encore asés bon pour pardonner ? De grâce dites nous s’il se trouve encore parmi ces brigands scélérats quelque Italien ? notre pays est-il encore réservé à un nouvel affront ?
Ah ! mon cher général, vous avez couru des dangers et je n’ai pu les partager, ce coup m’a glacé d’effroi, il devait frapper votre famille entière. Ah ! loin de moy ce tableau déchirant, ma jeune Caroline sur le point d’être mère, trainée dans la poussière et baignée dans son sang84, ma mère, votre famille massacrée sur votre corps expiré. Ah ! de grâce, ne me laissés pas plus longtemps dans l’état où je suis, il est affreux, insupportable, vos armées sont partout victorieuses, elles n’ont plus besoin de moi, ni des braves que je commande ; rappellés-moi près de vous, comptés sur eux, ils me sont entièrement dévoués, ce sera une grande joie, et les scélérats qui voudront à l’avenir vous approcher devront marcher sur nos cadavres pour arriver jusqu’à vous. Pardonnés-moi ce langage, il part d’un cœur qui vous est entièrement dévoué, vous ne pouvez, vous ne deves compter que sur celui de votre famille militaire ; les compagnons seuls de votre gloire et de vos dangers, eux qui vous doivent leur existence politique ne peuvent pas vous tromper, votre vie est la leur, ils la sacrifieront pour vous défendre.
Brune a entièrement perdu la tête, il croit devoir être empoisonné à chaque instant, il dit qu’il a de grands enemis à Paris et que le coup doit partir de là. Ah! je crains bien aussi que le coup qui vous était destiné ne parte à son tour des armées, et que les scélérats qui ont tant d’audace à Paris, n’ayent des complices parmi ceux qui les commandent, je ne veux désigner personne ; si je les connaissais, je vous jure qu’ils n’yroient pas loin, car quel serait le but de ces brigands, après vous avoir ôté la vie, s’ils ne se sentaient appuyés par ceux qui dirigent la force.
L’Addige doit être passée aujourd’hui, l’enemi qui n’a plus en ligne que 25 mille hommes, fuit à grandes journées, notre armée n’est en avant. Ainsi me voilà réduit à la nullité ainsi que Magdonal, à moins que vous ne réunissiez les deux corps et que vous ne fassiez porter une armée sur Naples. Brune et Magdonal ne sont pas d’accord. Brune ne commande pas l’armée, chaque général fait à peu près ce qu’il veut, car si on avait passé le Mincio en même temps que le gal Dupont et que, parce que la division Delmas n’était pas prête, il n’eût pas donné contre ordre et exposé la division Dupont à être noyée, le général Bellegarde, qui avait pris le change sur l’endroit du passage, eût été forcé de se retirer dans Mantoue avec son armée. Depuis cinq jours que le Mincio est passé, on se demande pourquoi nous ne sommes pas à Vérone ; tous les généraux qui arrivent du quartier général disent qu’on ne va pas rondement et qu’on ne doit les succès du Mincio qu’à la bravoure et la supériorité des forces de notre armée. La division Dupont a été sur le point d’être noyée.
Brune ne me donne aucun ordre, je suis ici en attendant les vôtres ; il dit n’avoir aucune destination à me donner, c’est ce que me mande Reille qui est auprès de lui. On nous attendait ici comme le Messie, et je puis vous assurer que la nouvelle de notre marche n’a pas peu contribué à accélérer le mouvement des opérations, on eut été fâché de nous attendre pour ce mouvement.
Je suis très content de l’accueil que m’a fait ici le Gouvernement ; j’ai été voir de votre part l’archevêque, il est enchanté de ce que vous avez fait pour lui, il a fait chanter hier un Te Deum pour nos victoires, j’y (ai) assisté. Je suis très content de tous les généraux qui sont avec moi, Berthier vous est particulièrement dévoué, il sert à merveille.
Adieu, mon général, mon cher frère, permettés-moy cette expression, c’est la première fois que je l’employe, c’est une bien grande jouissance pour moi. Comptés sur moy dans toutes les circonstances et croyés que personne ne vous servira mieux que votre très attaché
J. MURAT.
Je vous fais passer une lettre de Lanusse et une autre du chef du 4ᵉ régt de dragons.
Au moment où j’allais fermer ma lettre, sont entrés chez moy les membres du Gouvernement, ils m’ont exprimé leur indignation et leurs craintes sur les dangers que vous avez courus, ils me demandent la permission de profiter de mon courrier pour vous écrire.
N’en doutés pas, mon général, ces scélérats ont ici des complices, ainsi qu’à Turin ; Petiet vous écrira à sujet. De grâce, rappelés-moi bien vite, je crois être ici inutile, à moins que vous n’ayés sur moy des vues que je ne puis prévoir.
Salut et attachement inviolable.
J. MURAT.
Pardonnés mon griffonage, je ne sçais pas trop ce que je fais.
Le ministre Petiet, qui est chez moy, me dit avoir adressé ce matin au ministre de la police des pièces qui constatent qu’il y a ici des complices de cet exécrable attentat.
Toutes les autorités civiles et militaires sont venues me témoigner combien ce projet infâme les avoir pénétrés d’horreur. Le plaisir de vous scavoir échappé à ce danger et l’effet qu’a produit sur moy l’idée de vous y avoir su exposé, les sentiments de tout Milan et celui de l’armée produisent sur mon âme tant d’effets différents que je ne sçais pas si vous pourrés me lire85.
[Archives de la Guerre.]
Milan, le 14 nivôse an IX (4 janvier 1801).
Prenez toutes les mesures qui sont en votre pouvoir, citoyen ordonnateur, pour que d’ici au 20 courant, toute votre administration soit parfaitement organisée, pouvant à cette époque recevoir l’ordre de faire un mouvement.
Vous procurerez à la troupe les bidons et marmites nécessaires, il doit en exister dans les magasins de Milan. Tirez-en aussi les habits, capotes et chapeaux qui sont nécessaires aux carabiniers de la 23e légère, aux grenadiers de la 47e et 6e de ligne. Je suis fort étonné que les chapeaux que je vous ai autorisé à acheter à Genève, n’aient pas été distribués à la troupe, vous connaissez l’importance que je mettais à ce que cette distribution lui fût faite.
J’espère que vous allez prendre toutes les mesures pour quelles objets d’habillement restés en arrière arrivent promptement, vous me ferez connaître celles que vous avez déjà employées à cet effet.
[R. I, p. 80.]
Du 15 nivôse an IX (5 janvier 1801).
Je pars à l’instant, mon cher général, pour Vérone où se trouve le quartier général de l’Armée d’Italie, d’où, après quelques instants de conférence avec le général Brune, je partirai pour Milan.
Veuillez donc, mon cher général, m’adresser par la route de Brescia à Vérone les courriers qui m’arriveraient. L’ordonnateur a des instructions pour faire délivrer à votre division tous les effets d’habillement dont elle a besoin, passez-en une revue de rigueur et faites remplacer toutes les armes en mauvais état, enfin mettez-la à même de partir au premier ordre.
[R. I, p. 80.]
Milan, le 17 nivôse an IX (7 janvier 1801).
Je reçois à l’instant, mon cher général, l’ordre du ministre de la Guerre de me porter sur Ancône et de m’emparer de cette place. Il me mande qu’il vous fait connaître par ce courrier la nature de l’opération dont je suis chargé et m’assure que vous la faciliterez de tous vos moyens. Je vous envoie mon chef d’état-major et le charge de vous faire la demande officielle de tout ce qui m’est nécessaire pour cette expédition.
Ma seconde division ne sera rendue que le 24, je compte mettre la première en marche le 20 courant et la porter sur Bologne, envoyez-moi sur ce point ce que je vous demande en artillerie et cartouches. Je suis sans aucun moyen pécuniaire, veuillez en mettre à ma disposition. Je donne l’ordre au chef de bataillon Morio86 de se rendre près de moi, il a déjà reçu celui du ministre de la guerre.
Je dois déclarer à Rome et à Naples que je n’ai d’ordre de mon Gouvernement que pour m’emparer d’Ancône et que je n’exercerai aucun acte d’hostilité contre leurs États.
[R. I, p. 81.]
Milan, le 17 nivôse an IX (7 janvier 1801).
Je reçois l’ordre, mon cher Marmont87, de marcher sur Ancône et de m’emparer de cette place. J’ai prévenu le général en chef Brune que j’avais laissé, par ordre du ministre de la Guerre, mon artillerie à Grenoble, et, par ce courrier, je lui demande celle qui m’est nécessaire pour pouvoir remplir avec succès la mission dont je suis chargé.
Invitation de faire un bon choix. Demande d’une compagnie d’artillerie légère et surtout d’un bon officier pour le siège.
Je vous prie de ne pas perdre une minute et de faire en sorte que mon artillerie arrive à Parme vers le 24 courant. J’ai surtout besoin de cartouches d’infanterie pour un corps de 9,000 hommes.
[R. I, p. 81.]
Milan, le 17 nivôse an IX (7 janvier 1801).
Le ministre de la Guerre, mon cher Brune, en me prescrivant de marcher sur Ancône et de m’emparer de cette place, ne me donne aucune instruction, ni sur la portion du territoire que doit comprendre mon commandement, ni sur la manière d’y faire exister mes troupes.
Comme mon opération se trouve en quelque façon liée à celle du général Miollis et que je dois conserver mes communications avec Bologne, je désirerais qu’au besoin ce général fût sous mes ordres et que la délégation de Bologne fit partie de mon commandement.
Soyez assez bon, mon cher général, pour me donner des instructions sur ce que vous désirez que je fasse, particulièrement pour vous, comptez surtout le plaisir que j’aurai à exécuter dans toutes les occasions, les ordres que vous serez dans le cas de me donner.
Tout le Corps d’observation sera réuni, le 25, à Parme, je désirerais bien que l’artillerie et la cavalerie que vous me destinez y fussent rendues à cette époque ; sans cela, vous sentez que n’ayant ni cartouches ni artillerie, je ne pourrais me porter plus avant.
Je vous demande une somme à ma disposition, une somme quelconque pour dépenses imprévues.
[R. I, p. 82.]
Milan, le 17 nivôse an IX (7 janvier 1801).
J’ai reçu ce matin, citoyen ministre, votre dépêche du 11 courant, je vais mettre en mouvement la division Tharreau sur Bologne et diriger sur Plaisance la division Mathieu, qui se trouve aujourd’hui à Turin, par Trino, Valenza et Voghera ; tout le Corps d’observation sera enfin réuni le 30 c’ à Bologne, je le porterai immédiatement après sur Ancône. Vous serez soigneusement informé de tous ses mouvements et de ses opérations. Je viens d’envoyer au général Brune l’adjudant commandant Reille, pour lui demander l’artillerie qui m’est nécessaire, de la cavalerie, quelques officiers du génie et des sapeurs.
Je vous demande des instructions sur la manière dont je dois traiter la Délégation d’Ancône, car vous me dites d’écrire au Pape que je n’exercerai aucune hostilité sur ses États, cependant il faudra faire exister mes troupes et pourvoir à leurs besoins. Je désire aussi savoir quel sera le territoire soumis à mon commandement ; la Toscane et Bologne se trouvant occupées par les troupes de l’Armée d’Italie. Vous sentez, citoyen ministre, que j’ai besoin de ces instructions préliminaires pour ma conduite et pour savoir quels sont les pays qui doivent me nourrir et sur lesquels le Gouvernement cisalpin n’aura rien à me demander, tant que je l’occuperai. Il est temps, citoyen ministre, que vous déterminiez mes dépenses extraordinaires et celles de l’ordonnateur ; à tout moment j’ai des courriers à expédier et des frais [de] transports à faire payer, je dois prendre tout cela sur la solde, je vais le plus doucement qu’il m’est possible, mais craignant de ne pas agir d’après vos vues, je vous déclare que je ne suis pas tranquille.
(Il faut en outre accorder aux généraux du Corps d’observation le même traitement qu’aux généraux de l’Armée d’Italie, je ne sais où prendre ces fonds, je suis véritablement embarrassé.
Macdonald qui n’a que 6,000 hommes, a le traitement de général en chef et une somme considérable pour ses dépenses secrètes et imprévues.
Mon chef d’état-major vous adresse l’itinéraire de la marche du Corps d’observation jusqu’à Bologne, je vais écrire au Pape et au Roi de Naples pour leur faire connaître les intentions du Gouvernement, relativement à ma marche sur Ancône. Partout les propriétés et les ministres de la religion sont respectés et protégés. Le général Brune sera sans doute sur la Piave après-demain, je pense qu’il y conclura une armistice (sic) qui nous donnera la possession de toutes les places d’Italie et que celle d’Ancône en sera du nombre, dans ce cas je vous demande des instructions pour ma conduite ultérieure.
Comptez, citoyen ministre, sur mon zèle, et croyez que je ferai tous mes efforts pour remplir selon les vues du Gouvernement l’opération qui m’est confiée et dont je sens toute l’importance.
Salut et respect.)
J. MURAT.
[Archives de la guerre et Archives du prince Murat. R, I, p. 83.]
Paris, 17 nivôse an IX (7 janvier 1801).
Votre très chère Caroline se porte bien ; dans quelques jours vous serez père et elle sera délivrée, nous l’espérons, sans grandes souffrances. On croit ici que dans peu, les victoires de l’armée d’Italie forcerat l’ennemi à accorder les conditions que nous lui demandront par la suspension d’armes, il est disgratieux que vous ne soyez pas arrivé à temps pour ajouter à vos exploits militaires de nouveaux fleurons de gloire. Vous êtes jeune et il ne vous manquerat pas des occasions. Votre femme n’en est point fâchée, elle aime mieux vous scavoir de retour et elle fait des vœux pour la paix.
Ma sœur vous fait bien de complimens, elle est dans ce moment-ci chez Caroline. Hyer, nous dinames chez elle et nous fîmes une bouillotte qui dura jusque à minuit, elle est gaie et contante.
Soyez convaincu de mon attachement, je vous embrasse.
FESCH.
[Archives du prince Murat. D. 48. 3.]
Paris, 19 nivôse an IX (9 janvier 1801).
Nous sortons de dîner avec Caroline, elle est un peu incommodée, c’est l’avancoureur de l’accouchement qui arrivera dans quelques jours.
Elle me dit de vous écrire que le Consul hyer disoit que vous marchiez avec votre armée sur Ancône, mais que vous seriez arrêté dans votre marche, si on faisoit la suspension d’armes en Italie. Si cela arrive, elle espère de vous embracer bientôt. Caroline [supporte] très bien son état. N’ayez aucun souci, sa mère sera toujours avec elle et nous vous remplacerons par nos soins. Souvenez-vous toujours des personnes qui vous aiment et vous embracent.
FESCH.
[Archives du prince Murat. D. 48. 4.]
Milan, le 19 nivôse an IX (9 janvier 1801).
Je vous préviens, citoyen général, que vous ne faites plus partie du Corps d’observation que je commande89, vous voudrez vous adresser au ministre de la Guerre pour obtenir une nouvelle destination. Je l’informe des motifs qui m’ont déterminé à prendre cette mesure. Quand on paraît aux spectacles et autres lieux publics, on doit être en état de faire son service.
Le général Tharreau m’écrit qu’il ne peut servir désormais avec vous. Je ne puis vous placer dans la division Mathieu qui a un nombre suffisant de généraux de brigade. Je suis fâché que cette circonstance me prive de servir plus longtemps avec vous.
[R. I, p. 83.]
Milan, 19 nivôse an 9 (9 janvier 1801).
Joachim Murat, lieutenant général, commandant un corps d’observation, au général Bonaparte, premier consul de la République française90.
J’ai reçu hier, citoyen Consul, le Moniteur du 12 et 13 avec les articles de l’armistice concluz entre Moreau et le prince Charles. Cette nouvelle nous était déjà connue, et le Gal Brune, qui les avait certainement reçus au moment du passage de l’Addige, les a tenus secrets, voulant sans doute avant d’en conclure une pour l’armée d’Italie, jetter l’enemi derrière la Piave, afin de faire vivre son armée dans le Padouan, Trevisan etc ; j’espère qu’au moment où j’écris, il la conclut à Trevise et que l’enemi lui cédera toutes les places d’Italie et qu’Anconnes y sera comprise ; alors ma mission se trouvant terminée, je vous prie, si vous ne voulez pas me confier l’expédition de Naples, ou du Portugal, de me permettre de revenir à Paris, où je serai plus à même de vous être utile.
Les Cisalpins ont vu avec peine le passage de votre adresse où, en reconnaissant les Républiques Gallo-Batave et Helvétique, vous dites que l’intéressé de l’Europe ne veut pas que l’Empereur passe l’Addige, et dans lequel vous ne parlés pas de la République Cisalpine ; cependant tous les bons citoyens espèrent en vous, désirent votre présence, en disant que vous seul pouvions dans un instant leur donner une organisation.
Les généraux qui servent sous mes ordres auroient été bien flattés que le Premier Consul, en rendant aux armées en ligne le juste tribut de la reconnoissance nationale, il se fut rappelé que dans ce même moment, le corps d’observation étoit sur le St Bernard. Nous ne remplirons pas les journaux du récit de nos fatigues, ni des obstacles trouvés et franchis ; par votre première marche sur le Grand et Petit St Bernard, vous nous avés fermé la bouche, ainsi qu’à ceux qui, marchant en échelons derrière des armées victorieuses, auroient dû se contenter de vous envoier, comme l’a fait mon chef d’état-major, l’itinéraire de la marche des colonnes.
Je partirai dans quatre jours pour Bologne où mes troupes seront rendues le 30, je marcherai de là sur Anconne. J’eusse cependant bien désiré avoir des instructions sur la nature et l’étendue de mon commandement et sur la manière d’y exister. Mon commissaire-ordonnateur n’a pas le sol à sa disposition.
Si le pape ou le roy de Naples demandent la paix ou vouloient envoyer un ambassadeur à Lunéville, que dois-je faire91?
J’apprends à l’instant que Brune a dû être hier seulement à Vicence, l’enemi qui veut évacuer Padoue et Trévise et peut être Venise, ne cède le terrain que forcément. Le Ga’ Magdonal qui a pris, lui, possession de Trente et opéré sa jonction avec le Ga’ Moncey, doit en marchant, soit sur Feltre, ou Bassano, forcer l’enemi qui voudroit résister à Brune, à Vicence ou sur la Piave, de se retirer bien vite derrière le Tagliamento, si véritablement Brune a l’intention de le jeter derrière cette rivière.
Je vous prie de me donner des ordres sur ma conduite ultérieure si par un armistice Anconne nous est cédé sans coup férir. Je les attendrai avec la plus vive impatience, persuadé qu’ils me rappelleront près de vous.
Salut, respect et attachement sans bornes,
J. MURAT.
[Archives du Prince Murat R. I, p. 84 et Archives de la guerre.]
Milan, le 21 nivôse an IX (11 janvier 1801).
Je vous fais passer, citoyen général, l’ordre du chef de l’état-major général de l’Armée d’Italie de mettre à ma disposition et de diriger sur Bologne le 2ᵉ régiment de chasseurs à cheval.
Le Corps d’observation que je commande doit être réuni le 30 courant à Bologne, pour continuer son mouvement dans la marche d’Ancône ; j’ai le plus grand besoin que ce régiment m’ait rejoint à cette époque, vous m’obligerez infiniment, mon cher général, en me faisant connaître la force et la position de l’ennemi vers Ancône.
[R. I, p. 84.]
Milan, le 21 nivôse an IX (11 janvier 1801).
Je vous préviens, mon cher Belleville, que j’ai reçu ordre du Gouvernement de marcher sur Ancône et de m’emparer de cette place et de déclarer au Pape et à la Cour de Naples que je n’exercerai aucun acte d’hostilité contre leurs États.
Voudriez-vous être assez aimable, mon cher Belleville, pour me faire parvenir tous les renseignements que vous pouvez avoir sur la force et la position de l’ennemi dans la Marche d’Ancône et sur celle des Napolitains dans les États de l’Église.
Je vous fais passer quelques Moniteurs qui, j’espère, vous feront le plus grand plaisir. Soyez assez bon, mon cher Belleville, pour m’acheter la plus belle garniture de corail que vous pourrez trouver à Livourne. Donnez-moi souvent de vos nouvelles, elles me feront le plus grand plaisir. Je serai le 30 courant à Bologne, avec mon corps réuni. Je vous prie de tenir le secret sur mon expédition.
[R. I, p. 85.]
Paris, le 23 nivôse an IX de la République française (13 janvier 1801).
Au lieutenant général Murat.
Vous devez avoir reçu, citoyen général, des ordres pour vous porter à Ancône. Avant que vous soyez arrivé dans cette place, vous aurez des instructions positives sur la conduite que vous devez tenir envers la Cour de Naples et de Rome.
Veillez surtout à ce que les peuples du duché d’Urbia et de la Marche d’Ancône ne soient pas foulés par les vexations des subordonnés.
Le Corps d’observation fait partie de l’Armée d’Italie. Vous devez donc correspondre avec le général en chef et lui rendre compte de toutes vos opérations.
Je vous salue en ami94
BONAPARTE.
Faites vous aimer et n’ayez aucune prétention.
Caroline accouchera dans deux jours.
Milan, 23 nivôse an 9 (13 janvier 1801).
Au général Bonaparte, 1er consul de la République.
Mon Général,
Par son ordre du 11 nivôse, le ministre de la Guerre me prévient que, d’après vos intentions, le Corps d’observation forme une
réserve indépendante, qu’elle est destinée à s’emparer d’Anconne et que le Gal Brune doit faciliter de tous ses moyens mon opération, qui est sans doute bien importante relativement à l’Armée d’Égypte. Par ses ordres ou ses avis des 14 et 17, il me parle des ordres que j’ai dû recevoir du Gal Brune ; vous scavés, mon général, que je ne me suis décidé à conserver le commandement du Corps d’observation que parce que vous deviés venir commander en personne l’Armée d’Italie: comme par ses étonnans succès l’Armée du Rhin vous dispense de partir, je me crois à mon tour autorisé à vous demander de me désigner un successeur ; je n’aurais pas cru être destiné, la dernière campagne, à jouer le rôle d’inutile, et à être rengé dans la classe de ceux qui n’ont obtenu leurs grades qu’au milieu de nos défaites et qui ne les doivent qu’à l’intrigue et à la faveur. C’est avec regret que je me séparerai d’un corps qui m’a montré de l’attachement, qui mérite le mien par sa discipline et celui qu’il porte à votre personne. Ma démarche, d’ailleurs, n’est dictée que par le désir que j’ai de me rapprocher de vous, d’y veiller à votre sûreté, que parce que je vois la paix et qu’une armistice va être signée ici aujourd’hui ou demain.
Brune m’accable d’égards, il ne fait que me payer de retour, et n’allés pas croire, sur ce que je vais écrire, que j’aye été capable de commettre la moindre indiscrétion sur ses opérations, sur ses principes ; je ne cesse de le louer. Cependant je dois vous parler de ses mouvements, je ne puis rester plus longtemps le témoin de la marche lente et inhabile de l’armée, qui ne va à la victoire que parce qu’elle est encore guidée par votre génie, elle signale tous ses mouvements par des fautes nouvelles, elle se livre aux plus affreux pillages, tout le pays depuis l’Adda jusqu’à la Brenta est perdu.
La plus détestable division règne parmi les généraux, ils veulent tous commander, personne n’en est capable. Bellegarde fait tranquillement sa retraite, évacue tout le pays sans inquiétude, déjà plus de 4,000 voitures chargées ont passé la Brenta ; le Gal Brune se contente (de) dire, et tout le repette: Nous marchons lentement (Rapport de l’adj. Reille qui arrive de Vicence). Vous le jugerés d’ailleurs mieux que personne, il combat sur vos champs de victoire, il devrait y faire des prodiges.
Abrégé des opérations de l’armée depuis son passage du Mincio. Le 4, les ordres étoient donnés à toute l’armée pour le passage du Mincio ; leur exécution est renvoyée au 5, parce que la division Delmas n’était pas prête à exécuter le sien. Cependant la division Dupont exécute l’ordre du 4 et passe le Mincio, en informe Brune et lui demande à être soutenue ; Brune répond qu’il ne le peut pas, et au lieu de passer de suite avec toute son armée, il ordonne à Dupont de tâcher de se maintenir, sans cependant se compromettre. Bellegarde qui s’apperçoit de cette faute, se porte avec toute sa réserve sur Dupont et l’aurait sans doute noyé, sans le renfort d’un corps du centre et sans le courage incroyable de ses troupes. Brune veut destituer Suchet, qui a soutenu Dupont sans en avoir reçu l’ordre, lui ordonne de repasser le Mincio et passe le 5 le Mincio, laissant Dupont de l’autre côté. Si le 4, toute l’armée eût effectué son passage et marché de suite sur Villafranca, Bellegarde qui s’était trompé sur (le) véritable point du passage eût été obligé de s’enfermer dans Mantoue.
Son quartier général est le 7 à Villafranca, l’enemi s’était retiré avec perte et dans la plus grande confusion dans Véronne. Qu’aurait dû faire le Gal Brune? et sur quel point devait-il passer l’Adige? Ne devait-il pas profiter de son avantage, et du désordre de l’enemi? N’eut-il pas atteint ce but en se portant sur Ronco, en essayant son passage sur ce point ou sur Albaredo? par ce mouvement hardi, mais incontestablement militaire, il gagnait l’enemi de vitesse, l’empêchait de se reformer, en se portant par Villanova sur Vicence, il forçait l’enemi à abandonner dans Véronne ses nombreux magasins et l’empêchait d’évacuer ceux de Padoue, Vicence, etc., et il aurait fermé l’enemi dans le Tirol, si Laudon avait fait la sotise d’y vouloir tenir, il aurait en un mot fait votre mouvement de la Brenta en sens inverse. Les mouvements de Magdonal, celui de la division de Rochambeau étoient plus que suffisants pour forcer l’évacuation de tout le Tirol italien ; il n’eut pas dû opérer son principal passage à Bussolingo, ni s’amuser à tourner les hauteurs de Véronne ; il a perdu 4 jours et donné par ce moyen le temps à l’enemi de se rallier et de combiner sa retraite ; il n’aurait pas dû faire marcher Moncey sur Roveredo, parce que son mouvement sur Vicence et Bassano devait tout faire, il aurait eu par ce moyen le corps de Moncey de plus ; maître de Véronne le 13, il entre le 17 à Vicence où il était encore le 20.
Arrivé à Roveredo, Moncey fait un armistice, tandis que le Gal Magdonal attaque Trente et le prend le 17, Brune destitue Moncey, envoyé Davoust pour le remplacer, Moncey informé que Magdonal est à Trente, rompt l’armistice et se porte sur Lirico, Magdonal marche sur Feltre. Vous voyez donc, mon général, que l’enemi a le temps de faire sa retraite et je vous assure que Bellegarde se retire dans le meilleur ordre, qu’il ne perd pas un cheval, un caisson, un homme ; vingt ou 25 mille hommes se retirent sans être inquiétés devant cinquante mille hommes. Pourquoi Brune le 17, n’a-t-il pas marché droit sur Trevise, sans s’inquiéter ni de Padoue, ni de Bassano et sans rester 4 jours à Vicence dire : « Nous allons lentement95 ». Qu’il ne vienne pas dire, ensuite, parce que l’enemi se sera retiré derrière la Piave, qu’il a voulu épargner le sang et donner le temps à Magdonal d’arriver à Feltre ou Bassano. Le fait est que Magdonal seul par son mouvement sur Feltre et celui de Moncey sur Bassano ont seuls déterminé ou détermineront l’enemi à passer la Piave, tandis que c’est Brune qui devait enfermer dans le Tirol tout ce qui occupait Roveredo, Pietra Murata, Trente et la vallée de la Brenta. Il viendra ensuite vanter au sot vulgaire ses victoires, je vous assure qu’il n’y entend rien, et que vous devés vos victoires à la lâcheté des Autrichiens qui ne se battent plus, et au courage des troupes, que dis-je, à votre génie qui est présent à l’Armée d’Italie, c’est lui seul qui la fait vaincre. Vous voyez, d’après cet exposé dont je garantis sur ma tête la vérité, que je ne puis pas servir sous ses ordres, l’orgueil d’avoir été votre lieutenant et votre élève me le défend96.
Par son ordre du 20, il m’ordonne de m’emparer d’Anconne et d’occuper la Toscane, il destine le Gal Miollis au siège de Mantoue, j’obéis sans réplique. Mon corps sera réuni le 30 à Bologne ; de là, suivant les circonstances, je marcherai en même temps sur la Toscane et sur Anconne, ou bien sur Anconne seulement, car je prendrai les Napolitains sur les derrières, et s’il est vrai comme toutes les nouvelles nous l’assurent, que le Gal Damas soit à Radicofani sur le lac de Trazimène et sur Anconne. On dit que les Anglais vont occuper Anconne et Civita Vecchia.
Le Gal Brune à qui j’ai demandé de l’artillerie, a ordonné à Marmont de me donner six pièces de campagne, ce dernier qui a 200 p. en réserve, a répondu par sa lettre du 20 qu’il ne le pouvait pas, attendu qu’il pouvait encore y avoir une bataille. Cette réponse ne m’empêchera pas de marcher ; mon artillerie légère m’aura rejoint ; d’ailleurs je marcherai sans artillerie, des grenadiers n’en ont pas besoin.
Je ne scais pas si votre intention est de disséminer le Corps d’observation, et de le rendre par ce moyen de toute nullité; je vous prie de me donner une réponse par mon courrier, je suis le seul Gal sur le compte duquel on garde le silence, et sur qui vous comptiés le moins, vous me l’avés prouvé en me refusant le grade de Gal en chef. Cette idée fera longtemps mon tourment ; mes camarades qui voient moins bien sans doute, me jugent différemment ; tous, jusqu’à Marmont, ont dit à Vicence, en présence de Reille « Que n’avons-nous Murat, il mènerait Bellegarde plus rondement que cela. »
Adieu, mon général, je me repose sur votre attachement pour moi et attendis avec sécurité votre détermination.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la Guerre.]
Milan [23 nivôse] an IX (13 janvier 1801).
MON GÉNÉRAL,
Je vous fais passer un rapport que je reçois à l’instant sur la marche des Napolitains. Malgré l’ordre que me donne le général Berthier, de déclarer aux cours de Naples et Rome que je n’exercerai aucune hostilité contre leurs États, cependant je ne pourrai m’empêcher de les attaquer, s’il est vrai (comme on l’annonce) qu’ils sont déjà à Ancône, et aux prises avec le général Miollis. On assure que les Anglais vont débarquer à Ancône. Tant mieux, ils seront les bien reçus. Je vous prie de me faire connaître de suite ce que je dois faire, si je commence ma campagne contre les Napolitains. En attendant votre réponse, je les pousserai jusqu’à chez eux.
J’ai dîné avant hier chez l’archevêque98. Il vous est fort attaché : il va écrire à tous les évêques de la Toscane et de la Marche d’Ancône, de rester tranquilles et de ne pas s’effrayer de ma marche, qu’ils seront protégés. Le pauvre diable est obligé de payer une contribution de vingt mille livres, comme ayant émigré à l’époque de votre dernière campagne. Je me suis chargé de vous faire savoir qu’il a été obligé, pour payer cette somme, de mettre sa croix de diamants en gage : cela est affreux. Il compte sur une réponse de votre part ; mais je ne pense pas que vos grandes occupations vous le permettent, puisque depuis mon départ, c’est-à-dire depuis deux mois, je n’ai pu obtenir aucun signe de vie de vous. Cela me confirme dans l’idée que j’ai, que vous avez quelque raison de mécontentement que je ne puis deviner, et me force de vous prier de me rappeler auprès de ma chère Caroline, qui dans l’état où elle est, a sans doute besoin de mon secours99. J’avois tout abandonné dans l’espoir de trouver de nouvelles occasions de me rendre digne de vous, de justifier l’idée que vous avez taillé sur mon compte par mon alliance à votre chère et auguste famille, mais ma carrière se trouve remplie par la paix.
Comptés toujours sur mon dévouement sans bornes, qui aurait été plus démonstratif dans des circonstances critiques, mais le sera moins dans la carrière brillante de gloire et de bonheur qui s’ouvre pour vous.
Tout à vous,
J. MURAT.
[Archives de la Guerre.]
Milan, le 24 nivôse an 9 (14 janvier 1801).
J’ai l’honneur de vous prévenir, citoyen ministre, que je viens de donner l’ordre au général de brigade Sarrazin de se rendre près de vous, pour y recevoir une autre destination ; vous verrez par les pièces que je joins ici quelles sont les raisons qui ont donné lieu à cette mesure. Cet officier général ayant été conduit par tout autre motif que celui de l’honneur et de la gloire à demander à servir sous mes ordres, j’ai dû m’opposer à de telles dispositions et à ses projets d’intérêt, dont il avait déjà entretenu le général de division Tharreau, et comme ces projets n’entraient nullement dans les intentions de ce général, ni dans les miennes, le général Sarrazin a refusé d’obéir à ses ordres et m’a demandé de l’autoriser à se rendre près de vous.
Persuadé, citoyen ministre, que c’est agir conformément à vos désirs que d’éloigner de l’armée les personnes qui ne cherchent qu’à y faire des affaires, je n’ai pas hésité à accueillir la demande du général Sarrazin.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat. R. IV, p. 14.]
Bologne, le 27 nivôse an IX (17 janvier 1801).
J’ai reçu, mon cher général, du général en chef Brune l’ordre de venir vous remplacer en Toscane100, en conséquence il est inutile de renvoyer à Bologne la cavalerie et l’artillerie que ce général vous ordonnait de mettre à ma disposition.
Ma première division sera rendue le 30 à Florence, une seconde y arrivera immédiatement après ; je vous prie donc, mon cher général, de me faire connaître à Florence, où je serai de ma personne dans la nuit du 29 au 30, votre position, afin que je puisse faire mes dispositions en conséquence.
Vous avez battu l’ennemi à Sienne, je ne présume pas qu’il conserve encore l’envie de vous attaquer, dans ce cas, je me porterai avec la plus grande rapidité sur ses derrières par Arezzo, Cortone, etc. Si, au contraire, l’ennemi se retire, comme je le présume, je me contenterai de faire occuper vos positions et d’envoyer un détachement sur Ancône pour en contenir la garnison. Je désire que vous donniez des ordres pour que je trouve du canon et des cartouches d’infanterie à Florence, afin de ne pas être retardé dans le mouvement que je suis dans l’intention de faire sur Arezzo.
Recevez, mon cher général, mes compliments sur vos succès et mes regrets de ne pouvoir les continuer avec vous.
[R. I, p. 86.]
Bologne, le 27 nivôse an IX (17 janvier 1801).
Au citoyen Belleville, consul de la République Française en Toscane, à Livourne.
Je vous préviens, mon cher Belleville, que j’ai l’ordre d’aller remplacer en Toscane le général Miollis, qui a dû recevoir une autre destination. Ma première division sera rendue à Florence du 30 nivôse au 1er pluviôse. Si les Napolitains, qu’on m’annonce avoir été battus à Sienne, veulent s’aviser de faire sur ce point de nouvelles tentatives, j’ai l’intention de faire un mouvement sur leurs derrières par Arezzo et Cortone. Par ce mouvement j’atteindrai un double but, celui de forcer les Napolitains qui sont sur Sienne et sur Livourne à faire un mouvement rétrograde, ou leur couper la retraite sur Orbitello et Rome, et celui de couper la retraite aux Autrichiens qui sont à Forli, en me portant rapidement de Peruggia sur Ancône.
Je vous prie de m’adresser à Florence tous les renseignements que vous pourrez avoir sur les intentions ultérieures des Napolitains. Je suis enchanté de voir que les circonstances vont établir entre nous des relations d’amitié.
Je vous prie d’accélérer l’envoi de l’artillerie et des cartouches d’infanterie que le général en chef a fait mettre à ma disposition à Livourne, j’ai le plus grand besoin d’en apprendre l’arrivée à Florence.
[R. I, p. 87.]
Florence101, le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).
A monsieur de Damas, commandant les troupes napolitaines102.
Le mouvement du corps que vous commandez, monsieur le général, sur la Toscane, a déterminé le mien. Je suis d’autant plus surpris de cette démarche de la part de la Cour de Naples que j’avais ordre de mon Gouvernement de lui déclarer qu’en marchant sur Ancône, le but de mon opération se terminait à la prise de cette place. J’apprends aujourd’hui que vos troupes ont été battues à Sienne et forcées à se retirer, je vous prie donc, Monsieur, de me faire connaître si, malgré ma déclaration, vous conservez encore des vues hostiles contre la France ; votre réponse va être la base de ma conduite ultérieure.
J. M.
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat. R. I, p. 87.]
Florence, le 1er pluviôse au IX (21 janvier 1801).
Le général Berthier, citoyen général, se rend près de vous pour concerter le mouvement des troupes, vous pouvez, dès à présent, commencer le vôtre, je me rends responsable de la tranquillité de la Toscane. Livourne seul ne sera évacué que lorsque vos troupes auront été relevées par les miennes. Je m’empresse de vous prévenir que le Corps d’observation a ordre de se porter en Toscane par le débouché de Bologne à Florence et qu’il commencera son mouvement le 3 courant. Vous ne pouvez donc opérer celui de votre division que par Pistoia sur Modène.
Je dois cependant vous prier, citoyen général, de me laisser avant votre départ un rapport sur la situation politique du pays, sur ses ressources, sur la manière dont doivent vivre les troupes françaises et sur les conditions déjà établies entre vous et le gouvernement toscan. Vous seul, citoyen général, pouvez me donner tous ces renseignements, ils doivent être la règle de ma conduite, me diriger vers le bien et rendre moins sensibles les regrets que doivent éprouver les Toscans en vous perdant.
[R. I, p. 88.]
Florence, le 1er pluviôse au IX (21 janvier 1801).
Je désire, mon cher général, que l’escadron de hussards soit particulièrement attaché au service de mon quartier général. Il y aura tous les jours un piquet de service, deux hommes à cheval seront placés aux portes de mon logement ; le commandant de l’escadron prendra tous les jours vos ordres.
On leur fera délivrer les carabines et pistolets qui se trouvent à Florence.
[R. IV, p. 17.]
Florence, le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).
J’ai reçu, mon cher Brune, un duplicata de l’armistice que tu viens de conclure et je viens de donner les ordres nécessaires pour l’exécution des articles qui concernent Ancône ; j’ai en conséquence nommé des officiers de toutes les armes pour aller recevoir cette place et assister, avec le commissaire Miot, à l’inventaire des magasins et de l’arsenal ; je renvoie à leurs postes respectifs les différents officiers chargés par le général Franceschi de cette opération, persuadé qu’elle leur avait été confiée sans ton consentement.
J’ai ordre du Gouvernement de former une réserve indépendante, de marcher sur Ancône, de m’emparer de cette place. Je suis enchanté que l’armistice conclu m’en donne la possession sans coup férir et m’évite les longueurs d’un siège. Mon cher Brune, crois que je me ferai un plaisir d’exécuter tes ordres, toutes les fois qu’ils ne blesseront pas ma délicatesse et celle du Corps que je commande.
Le général Miollis à qui je voulais laisser le commandement de Florence, me prévient qu’il va partir pour ton quartier général. Je désire que le général Clément soit plus aimable et qu’il veuille rester à Livourne, l’intérêt que tu prends à ce militaire, mon ami, détermine absolument le mien.
J’espère recevoir bientôt des ordres du Gouvernement et avoir le plaisir de t’embrasser.
[R. I, p. 89.]
Florence, le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).
Vous regarderez comme non avenue les ordres donnés aux différents officiers de l’état-major de l’Armée d’Italie pour la réception de la place d’Ancône, vous leur donnerez de ma part l’ordre de rejoindre leur poste, vous leur direz que j’ai rendu compte des motifs qui m’ont déterminé à cette mesure au général Brune.
Je compte sur votre zèle, votre probité, mon cher Reille, et suis persuadé que vous apporterez dans la mission qui vous est confiée toute la délicatesse que je vous connais.
[R. I, p. 89.]
Paris, le 1er pluviôse an 9 (21 janvier 1801).
Ma chère maman,
Je viens vous faire part de mon heureuse délivrance, j’ai mis au monde un beau garçon. Je ne doute pas du plaisir que cette nouvelle vous fera, soit pour moi et pour le cher Murat auquel il ressemble. Je vous prie, ma chère et bonne maman, de croire au sentiment de l’amitié la plus tendre que vous a vouée votre affectionnée et tendre fille.
MURAT née BONAPARTE.
J’ai personnellement des bonnes nouvelles de mon mari qui me parle toujours de vous dans ses lettres.
Au quartier général de Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
Vous occuperez Ancône, mon cher général, avec deux bataillons de la 81e demi-brigade et vous établirez avec le 3e bataillon vos communications avec Bologne.
L’adjudant-commandant Reille accompagne un officier de l’état-major de l’armée autrichienne M. Esebeck, chargé de vous faire remettre la place d’Ancône. J’ai nommé le commissaire des guerres Miot et un officier d’artillerie pour se rendre dans cette place et y recevoir, conformément à l’armistice, les magasins et l’arsenal, et en faire l’inventaire.
Le commissaire des guerres Miot est chargé jusqu’à nouvel ordre du service de place et aura la police de la 81e demi-brigade, il sera aussi responsable des dilapidations qui pourraient être commises dans les magasins. Vous ordonnerez à ce commissaire de compléter en tout genre l’approvisionnement de cette place pour 2,000 hommes.
Vous ferez mettre l’embargo sur tous les bâtiments anglais et napolitains, l’évacuation de l’infanterie autrichienne ainsi que l’artillerie doit être faite par mer, la cavalerie joindra l’armée autrichienne par le chemin le plus court, vous lui donnerez un sauf-conduit.
Vous rétablirez le gouvernement qui existait à l’époque de la reddition de cette place, ils exerceront provisoirement les mêmes fonctions que précédemment. Si quelques-uns de ses membres n’existaient plus, vous les feriez remplacer par des hommes riches et probes, les contributions continueront à se percevoir comme par le passé.
Je désire que vous protégiez les prêtres et la religion.
Vous commanderez l’arrondissement d’Ancône, vous correspondrez directement avec moi et n’exécuterez que les ordres émanés de moi ou de mon chef d’état-major, vous ne permettrez point que des ci-devant commandants de place dans la ci-devant Marche d’Ancône viennent s’y établir, les commandants des détachements qui occuperont les différents postes de communications en rempliront les fonctions. Vous nommerez un commandant de place à Ancône, il sera pris parmi les officiers de la 81° demi-brigade.
Vous ne permettrez aucune espèce d’exportation sans mon ordre. Vous traiterez la ville d’Ancône comme faisant partie de la République française, l’attachement que les habitants ont constamment montré à notre nation mérite les plus grands égards.
Je connais votre probité, citoyen général, et j’aime à croire que vous ne souffrirez pas que l’on commette dans l’arrondissement de votre commandement aucun de ces désordres qui ont fait si souvent gémir le Gouvernement.
La ci-devant Marche d’Ancône devra fournir toutes les denrées et objets nécessaires à l’approvisionnement pour un an du fort d’Ancône.
[R. I, p. 90.]
Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
Lorsque vous avez reçu, citoyen général, l’ordre de mon chef d’état-major de faire occuper par votre division l’ex-arrondissement de Lucques, Pistoia et Pise, je n’avais pas encore reçu l’avis du général en chef qui me prévient que vous êtes de votre personne sous ses ordres ; j’allais hier soir vous faire donner une nouvelle destination, j’aurais tâché de vous désigner celle qui vous aurait le mieux convenu, lorsque j’ai reçu votre lettre par laquelle vous m’annonciez que vous vous rendez au quartier général de l’Armée d’Italie.
Je vous prie en conséquence de regarder comme non avenu l’ordre qui vous a été transmis hier matin par mon chef d’état-major.
[R. I, p. 91.]
Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
Au général de brigade Clément, commandant à Livourne.
J’ai reçu à l’instant votre lettre, mon cher Clément, je vois avec plaisir que le général Brune vous a destiné à servir sous mes ordres, vous conserverez jusqu’à nouvel ordre le commandement de la place de Livourne, sous les ordres du général de division Tharreau qui vient l’occuper avec sa division. J’espère avoir bientôt le plaisir de vous embrasser.
[R. I, p. 91.]
Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
Je vous ai adressé, citoyen général, le citoyen Achard, capitaine de vaisseau, que je nomme provisoirement commandant de la marine dans les ports de l’Adriatique. Je désire faire partir pour l’Égypte, immédiatement après l’occupation d’Ancône, quelques bâtiments de transport, soit pour annoncer à l’Armée d’Orient l’armistice conclu en Italie et au Rhin, soit pour lui faire parvenir des armes et des boulets.
Vous voudrez bien faire reconnaître le cit. Achard en sa qualité de commandant de la marine et le faciliter dans l’exécution des ordres que je serai dans le cas de lui donner.
[R. I, p. 92.]
Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
Appelé en Toscane pour en prendre le commandement, désirant remplir avec succès la tâche pénible qui m’est imposée, voulant cicatriser, s’il est possible, toutes les plaies que les suites de la guerre ont rendues inévitables, je dois chercher par tous les moyens à parvenir à cet heureux résultat. Je m’adresse donc à vous avec confiance, à vous qui connaissez plus particulièrement les maux de la Toscane, leur source et leur remède, pour en obtenir les lumières qui pourront me faire atteindre le but que je me propose. Je vous prie en conséquence de me faire connaître dans le plus bref délai105 :
1° Le montant des contributions personnelles de la Toscane, ses dépenses, ses ressources ;
2° L’état des contributions extraordinaires déjà imposées, celui de celles qui sont déjà perçues ;
3° Quel a été le nombre des troupes que vous avez soldé jusqu’à ce moment ;
4° L’état de toutes les personnes attachées aux armées françaises, soldées jusqu’à ce moment par le gouvernement toscan ;
5° Un état général des dépenses faites jusqu’à ce jour, depuis l’entrée de l’armée française en Toscane ;
6° Quels sont les points à occuper par les troupes françaises pour accélérer la rentrée des contributions ;
7e Le ministre des finances ou le gouvernement mettra sous mes yeux, tous les quinze jours, l’état de situation de sa caisse, afin que je puisse régler les dépenses du Corps d’observation et en faire une légale répartition pour tous les services ;
8° A l’avenir, il ne sera fait aucun payement sans mon ordre et d’après une ordonnance de mon ordonnateur en chef ;
9° Il me sera fait un rapport, afin de démontrer les avantages qui peuvent résulter des différents services abandonnés à une administration toscane ;
10° Vous me ferez connaître quelle a été la dépense journalière pour la division Tharreau, pour tous ses services ;
11° Il me sera fait par le ministre de la Police générale un rapport sur la situation politique de la Toscane.
Voilà, citoyens gouvernants, les différentes demandes que je vous soumets, je désire avoir une prompte réponse à chacun de ces articles, elle déterminera les moyens que je croirai les plus convenables pour maintenir dans votre pays l’ordre, la tranquillité, et y ramener les beaux jours que la paix nous prépare.
[R. I, p. 92.]
Florence, le 2 pluviôse an IX (22 janvier 1801).
PEUPLES DE LA TOSCANE,
Je suis appelé en Toscane pour en prendre le commandement. Je m’empresse d’annoncer aux Toscans que mes premiers soins seront dirigés vers le rétablissement du bon ordre et de la tranquillité, qui ont été momentanément troublés dans ce pays, le plus beau du monde!
Plusieurs d’entre vous séduits, égarés et trompés par quelques malveillants sur les vrais principes des Français, ont arboré l’étendard de la révolte, pris les armes, et se sont réunis à ces hommes qui ne peuvent vivre que de désordre et d’anarchie. Plusieurs rassemblements existent encore sur quelques points de votre territoire, principalement du côté d’Arezzo, c’est avec douleur que je me verrai forcé de marcher contre eux, s’ils ne déposent pas les armes.
Toscans! Vous avez été de tous les temps distingués des autres peuples de l’Italie par la douceur et la bonté de votre caractère, les malveillants en ont profité pour vous égarer, eh bien! revenez de votre erreur, vous avez été la victime de votre bonne foi, abandonnez des chefs perfides qui vous conduisent à votre perte, il en est temps encore, rentrez au plus tôt dans vos chaumières, reprenez-y le cours de vos occupations, que les jours de paix renaissent partout!
Profitez de la clémence de la nation française ; voyez sa modération, elle s’arrête au milieu de ses plus brillants succès pour donner la paix au monde, voudriez-vous être les seuls privés du bonheur qu’elle présage? Non, vous n’attendiez qu’un appel pour rentrer dans l’ordre, eh bien! cet appel est celui d’un pardon général que je vous accorde au nom du Gouvernement français, au nom de Bonaparte ; qu’il soit le cri du ralliement des citoyens de toutes les classes, que la Toscane ne forme plus à l’avenir qu’une même famille! Je m’adresse surtout à vous qui appartenez à la classe la plus aisée de la Toscane et qui, à l’approche des Français, avez abandonné Florence, abandonnez pour un moment vos campagnes, revenez parmi nous, venez prouver aux Français que vous êtes leurs amis, venez-y jouir de la tranquillité que j’ose vous promettre!
[R. I, p. 93.]
Florence, le 3 pluviôse an IX (23 janvier 1801).
Je m’empresse d’annoncer à Sa Sainteté qu’un armistice a été conclu le 26 nivôse, à Trévise, entre les généraux en chef des armées françaises et impériales en Italie, il porte en substance la cession à l’armée française de toutes les places de l’Italie. L’armée impériale doit se retirer derrière le Tagliamento et l’armée française doit occuper les bords de la Livenza, (toutes les places de l’Italie doivent être mises au pouvoir des Français).
J’ai eu l’honneur de faire connaître à Sa Sainteté par une proclamation au peuple romain, que j’avais ordre de mon Gouvernement de marcher sur Ancône et de m’emparer de cette place, et que je n’avais aucune vue hostile sur ses États.
Aujourd’hui un corps de mes troupes est en marche pour aller occuper Ancône qui, aux termes de l’armistice, doit lui être cédé.
En réitérant à Sa Sainteté les sentiments pacifiques de mon Gouvernement envers ses États, je ne puis m’empêcher de lui déclarer que la marche de l’armée napolitaine en Toscane et son séjour dans les États de Rome peut d’un moment à l’autre me forcer à traverser ses États, si le roi de Naples ne s’empresse pas à venir à un accommodement avec la République française et provisoirement avec moi. Qu’au reste, Votre Sainteté soit donc sans inquiétude sur la marche de mes troupes, soit en Toscane, soit dans la Romagne, les ordres les plus sévères sont donnés pour que les propriétés soient respectées et le libre exercice de la religion.
Je prie Sa Sainteté d’être bien persuadée du plaisir que j’éprouve à être auprès d’elle l’interprète de mon Gouvernement et toute ma satisfaction, si je pouvais particulièrement contribuer à rétablir entre les deux puissances leurs anciennes liaisons.
(P.-S. — Comme mes troupes vont occuper la Marche d’Ancône, je prie Sa Sainteté d’envoyer à Ancône, près du gouverneur de cette place, un de ses agents pour y pourvoir à leur subsistance.)
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat. R I, p. 94.]
Florence, le 3 pluviôse an IX (23 janvier 1801).
A M. de Levachof, ambassadeur de Russie
En vous exprimant, Mr de Levachoff, tout le plaisir que j’ai éprouvé à recevoir à Bologne l’ambassadeur d’une puissance que la nation française met déjà au rang de ses alliées, en apprenant votre mission auprès de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles, oserais-je vous prier de réclamer en mon nom, je dirai même en celui de mon Gouvernement, la mise en liberté du citoyen Dolomieu108 et des autres Français qui gémissent depuis dix-huit mois dans les prisons de Messine et de Tarente. Les savants vous redevraient un de leurs plus célèbres compagnons, les militaires des braves camarades. Il serait bien flatteur pour eux et pour moi de vous redevoir leur liberté qu’ils n’auraient jamais dû perdre.
P.-S. — Comme vous allez traverser, Mr l’ambassadeur, les pays insurgés et que vous êtes accoutumé à voyager dans des pays tranquilles, j’ose vous prier d’agréer une paire de pistolets de la manufacture de Versailles, je désire que vous ne soyez jamais dans le cas d’en avoir besoin et que vous les trouviez agréables.
[R. IV. p. 26.]
Au quartier général de Florence, le 4 pluviôse an IX (24 janvier 1801).
J’ai eu l’honneur de vous prévenir, mon général, par ma dépêche de Milan, qu’en vertu des ordres du ministre de la Guerre, je me portais sur Ancône et qu’en même temps, le général Brune m’ordonnait d’occuper la Toscane. Arrivé à Bologne, j’ai reçu l’avis de la marche d’un corps de Napolitains sur Sienne et la prise de cette place. J’ai été invité par le général Miollis à me porter en toute diligence sur Florence, pour y agir d’après les circonstances. Rendu à Florence, j’appris la défaite des Napolitains et leur retraite. J’ai reçu aussi un duplicata de l’armistice conclu en Italie, en vertu duquel j’ai ordonné à la 81ᵉ demi-brigade d’aller occuper Ancône. Cette place sera en notre pouvoir du 6 au 7 courant. J’occupe la Toscane avec le reste du Corps d’observation. Le chef de l’état major est chargé d’adresser au ministre de la Guerre le Journal historique des mouvements du corps d’observation et des motifs qui les ont déterminés.
À Bologne, j’ai reçu Mr l’ambassadeur de Russie avec tous les égards dus à son caractère et sans doute suivant vos intentions. Bal masqué, grande illumination, spectacles, grand dîner, garde d’honneur, visites de toutes les autorités, voilà de quelle manière j’ai tâché de recevoir Mr Levachoff. Cet ambassadeur est entré avec moi dans les plus grands détails, il a été intarissable sur les éloges que l’Empereur son maître ne cessait de faire de vous ; il m’a surtout donné à entendre qu’il était d’autant plus surpris du mouvement des Napolitains contre nos troupes, qu’il savait que son maître vous avait demandé officiellement d’épargner cette Puissance. J’ai, en conséquence, dû présumer que c’était d’après sa prière que vous m’aviez fait donner l’ordre de déclarer au roi de Naples et au Pape, qu’en marchant sur Ancône, je n’avais aucune vue hostile contre leurs États. En conséquence, croyant agir d’après vos désirs, voulant faire quelque chose d’agréable à Paul Ier, j’ai cru devoir écrire la lettre ci-jointe à Mr Damas. J’avais donné des instructions secrètes à l’officier chargé de mes dépêches, je voulais amener ce général à me faire des propositions d’armistice, vous verrez par sa réponse que j’y ai parfaitement réussi.
Voici à peu près à quelles conditions je me propose de lui accorder cet armistice.
L’armée napolitaine devra se retirer sur le territoire du royaume de Naples ; tous les ports appartenant au roi des Deux Siciles seront ouverts aux vaisseaux de la République française et à ceux de ses alliés, ils seront fermés aux Anglais qui devront en sortir sur le champ.
Tous les Français détenus dans les prisons du royaume de Naples et de la Sicile devront être sur le champ mis en liberté et principalement le cit. Dolomieu et tous ceux qui ont été pris en revenant d’Égypte, contre toutes les lois de la guerre. Ils seront renvoyés sous bonne escorte jusqu’au premier poste du Corps d’observation en Toscane, ou bien par mer à Livourne ou Ancône.
Tous les sujets de Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles, détenus pour motifs d’opinion politique, seront aussi mis en liberté; tous ceux qui en ont sortis pour le même motif auront la faculté d’y rentrer sans qu’ils puissent y être inquiétés ; les uns et les autres auront la liberté de vendre leurs biens, d’habiter ou d’abandonner les États du roi de Naples.
Voilà à peu près quels seront les articles que je me propose de présenter à Mr Damas, lorsqu’il m’enverra son chargé de pouvoirs.
Cependant comme je présume que vous êtes déjà informé de l’invasion des Napolitains en Toscane et des différents combats qui en sont résultats, et que vous pouvez avoir pris une détermination ultérieure à leur égard et contraire à mes instructions, les Napolitains étant devenus les agresseurs, je tâcherai d’éluder toute espèce d’accommodement, jusqu’à ce que j’aie reçu une réponse à la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire de Milan et que j’attends demain ou après. Dans tous les cas, croyez, mon général, que je ferai tout mon possible pour prévenir vos désirs.
Je me trouve en Toscane au milieu des ruines, les larmes coulent de tous les yeux, les plaintes se font entendre de toutes parts, tour à tour Français, Autrichiens, Napolitains et Anglais, le peuple toscan a été en butte à toutes les horreurs de la guerre et des factions intestines.
Des contributions exorbitantes ont été frappées et perçues en grande partie, l’immoralité des officiers et généraux y a été à son comble, vous avez dû recevoir les différentes plaintes et le nom de ceux qui y ont donné lieu, aussi me contenterai-je de vous dire que la Toscane, ce pays que vous avez vu si beau et si fertile est aujourd’hui sans ressources, que Florence est devenue déserte, J’espère que la proclamation, dont je vous envoie copie, ramènera la confiance et les citoyens égarés. Je ne changerai point les membres du gouvernement, qui, quoiqu’un peu exaltés, se conduisent assez bien, mais à vous parler franchement, ils n’inspirent pas beaucoup de confiance dans un pays incertain et inquiet sur son sort politique110.
Je ne puis encore vous dire quelle est la forme du gouvernement que la masse des Toscans désire le plus, mais j’espère être bientôt à même de pouvoir vous donner à cet égard les renseignements les plus vrais.
Mon général, je vous prie de me donner vos instructions sur la conduite politique que je dois tenir en Toscane, j’en ai absolument besoin, je vous prie surtout de rendre le Corps d’observation indépendant, et comme la Toscane déjà épuisée pourra à peine le nourrir, je vous prie de donner des ordres aux directeurs du Trésor public pour qu’ils tiennent sa solde au courant.
Le citoyen Belleville m’a communiqué, mon général, les instructions qu’il venait de recevoir du ministre des Relations extérieures concernant les Anglais nationaux domiciliés à Livourne, je l’aiderai de tous mes moyens pour les remplir.
J’ai nommé provisoirement, d’après la recommandation du citoyen Joseph Bonaparte, le citoyen Achard, lieutenant de vaisseau, commandant de la marine dans les ports Adriatiques ; je lui ai ordonné de faire préparer sur le champ deux ou trois bâtiments de transport que je me propose d’envoyer en Égypte. Le citoyen Belleville m’a donné la note des objets que vous désirez y envoyer, j’espère que je serai plus heureux que lui qui, ayant fait sortir avant-hier de Livourne un bâtiment chargé pour l’Égypte, vient de recevoir la nouvelle qu’il avait été pris, en sortant de ce port, par les
Anglais. Je n’en suis pas du tout surpris, car la frégate anglaise stationnée devant ce port communique trois ou quatre fois par jour avec le commandant de la ville et les Anglais qui y sont. Je dois vous déclarer en outre que, d’après tous les renseignements pris, les Anglais résidant à Livourne y conservent encore la plus grande influence, j’espère qu’ils n’en jouiront pas longtemps.
J’ai lieu de croire que je pourrai faire partir, vers le 15, un bâtiment pour l’Égypte, je le ferai charger de boulets, d’obus, de vins, et j’adresserai au général Menou tous les Moniteurs du mois de nivôse, avec les détails des derniers événements arrivés en Europe et principalement en Italie. En attendant, je vous prie de me faire connaître d’une manière plus particulière vos intentions à cet égard. Si je parviens aussi à conclure un armistice avec Naples, je tâcherai d’expédier de ces ports quelques avisos, enfin j’emploierai tous les moyens en mon pouvoir pour communiquer avec l’Armée d’Orient.
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat. R. I, p. 96.]
Florence, le 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).
Vos troupes, citoyen général, ne devront occuper que la Marche et la ville d’Ancône, vous mettrez votre premier poste à Fano, du côté de Bologne, et votre dernier à Macerata du côté de Rome. Ce pays doit vous nourrir, je me réserve de taxer les contributions qui devront être frappées pour la solde de la moitié du Corps d’observation. Je viens de faire part de ces dispositions à Sa Sainteté le Pape, et l’inviter à vous envoyer un de ses agents, qui sera spécialement chargé d’exiger toutes les contributions en nature et de vous faire vivre. Vous laisserez le gouvernement tel qu’il est.
J’envoie près de vous un de mes aides de camp, le citoyen Didier, que je charge d’une mission secrète qui est de la plus haute importance, vous l’aiderez de tous vos moyens, afin qu’il puisse la remplir avec succès, il faut surtout beaucoup de célérité dans son exécution et qu’elle soit enveloppée du plus grand mystère.
Je vous adresse aussi le lieutenant de vaisseau, le citoyen Achard, que je nomme provisoirement commandant de la marine dans les ports de l’Adriatique, il est également chargé d’une opération secrète, il faut que vous l’aidiez également de tous vos moyens et que vous prêtiez à l’un et à l’autre main forte au besoin. Du reste vous vous conformerez aux instructions que je vous ai déjà données.
[R. I, p. 100.]
Florence, le 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).
Ordre secret.
Vous ferez partir sur le champ un aviso pour l’Égypte, il prendra à bord le citoyen Didier, mon aide-de-camp, que je charge de dépêches pour le général en chef de l’Armée d’Orient. S’il s’en trouve dans le port, appartenant aux puissances alliées, vous le feriez partir de suite et le chargeriez des objets dont je donne la note à mon aide de camp.
Indépendamment de cet aviso, vous ferez préparer le plus de vaisseaux, de bâtiments de transports, que vous pourrez et les mettrez à même de mettre à la voile le plus tôt possible. Vous vous adresserez au commissaire des guerres Miot, que je charge de vous faire procurer les vivres nécessaires et de faire les réquisitions en vins, liqueurs, eau-de-vie et autres objets que je désire y faire parvenir.
Vous donnerez des instructions particulières au commandant de cet aviso, que vous lui donnerez cachetées et qu’il ne devra ouvrir qu’à certaine hauteur ; vous lui ferez tenir la route la plus sûre, soit pour arriver à Alexandrie, Aboukir ou Damiette. Vous ferez un état des frais de l’armement et du prix que vous serez convenu de donner au capitaine de l’aviso, je vous ferai compter le tout.
Si vous étiez embarrassé de fonds, le commissaire des guerres Miot est chargé d’en faire la réquisition, soit auprès du gouvernement d’Ancône, soit auprès des négociants. Le succès dépendant entièrement du mystère, je compte sur votre discrétion et surtout sur votre activité.
Si vous éprouviez quelques difficultés que vous ne puissiez pas lever, vous m’en préviendriez sur le champ par un courrier extraordinaire.
[R. I, p. 101.]
Florence, le 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).
Vous vous rendrez sur le champ à Ancône en poste, vous vous adresserez au citoyen Achard, commandant de la marine. Je lui ordonne de vous faire partir sur le champ sur un aviso qu’il fera armer le plus tôt possible. Vous vous rendrez auprès du général en chef de l’Armée d’Orient et lui remettrez les dépêches du Gouvernement. Vous êtes chargé d’une mission aussi belle qu’importante, et je ne doute pas qu’en sentant tout le prix, vous ne justifiez de la confiance que je vous donne, vous apporterez tous vos soins à la remplir suivant mes vues et celles du Gouvernement.
Je désire que vous fassiez charger votre aviso du meilleur vin que vous trouverez à Ancône, de marasquin et autres liqueurs, eau-de-vie, et de la plus grande quantité de boulets de tout calibre ainsi que des obus. Le commissaire Miot est chargé de vous procurer tous ces objets.
Si vous veniez à être pris, vous auriez soin, avant de tomber entre les mains de l’ennemi, de noyer vos dépêches, mais vous ne prendrez ce parti qu’à la dernière extrémité. Je prie le général Menou de vous renvoyer sur le champ. Vous viendrez à votre retour chercher le port d’Ancône d’où vous vous rendrez à mon quartier général en poste ; ou bien, en cas de quarantaine, vous m’expédierez les dépêches dont vous serez porteur.
Je compte beaucoup sur votre intelligence et conséquemment sur le succès de votre mission.
[R. I, p. 102.]
Florence, le 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).
Je serai au comble de mes vœux, mon cher général, si mon aide-de-camp peut arriver auprès de vous et vous remettre les dépêches que je suis chargé par mon Gouvernement de vous faire parvenir.
Vous verrez par l’armistice conclu entre les deux armées en Italie qu’Ancône nous est cédé; l’occupation de cette place est d’autant plus importante qu’elle nous met à même de communiquer avec vous, j’ose dire d’une manière presque assurée.
Depuis quelque temps, les plus brillants événements se succèdent en Europe avec rapidité, la prospérité nationale, la gloire s’accroît chaque jour et au milieu de ses plus grandes victoires, la France s’arrête pour donner la paix au monde. Je n’essayerai pas de vous faire le tableau de l’heureuse position de votre patrie, je me contente de vous envoyer tous les journaux qu’il m’a été possible de me procurer ; vous verrez que la justice marche d’accord avec la victoire et que la modération remplace la vengeance.
Le Gouvernement me charge de faire connaître à la brave Armée d’Orient et au brave chef qui la commande, l’admiration qu’elle a su conquérir par ses succès étonnants et surtout par sa patience à supporter toute espèce de privations. La plus grande sans doute est celle de vivre loin de sa patrie, il est bien glorieux pour moi d’être auprès de mes anciens camarades, auprès d’une armée dont je me glorifie d’avoir fait partie, l’organe du Gouvernement français.
Le Gouvernement a proposé et le Corps législatif a décrété que la brave Armée d’Orient ne cessait de bien mériter de la Patrie.
Le Premier Consul a ordonné qu’on vous fit passer des armes, des boulets de tout calibre, des obus, des vins, des eaux-de-vie et des graines de toute espèce. J’ordonne, en conséquence, de faire préparer à Ancône le plus de vaisseaux de transport qu’il sera possible et j’espère pouvoir vous les expédier dans le courant du mois. Je vous annonce avec regret que le bâtiment chargé de ces différents objets, parti de Livourne avant-hier, a été pris par la croisière stationnée devant ce port.
Peut-être serais-je bientôt à même de communiquer avec vous de plusieurs autres points de l’Italie, soit en conséquence d’un armistice que je négocie avec Naples ou de l’invasion que je suis à même de faire dans ses États.
Recevez, mon cher général, avec l’assurance de mon plus sincère attachement, les vœux que je ne cesserai de faire pour votre gloire, votre bonheur, et la prospérité de la brave armée que vous commandez.
[R. I, p. 103.]
Florence, le 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).
Je vous préviens, Messieurs, que d’après votre lettre du 24 janvier, par laquelle vous me faites la demande d’un emprunt de fonds nécessaires pour le moment à des approvisionnements extraordinaires pour l’armée française, votre caisse se trouvant épuisée dans cet instant, j’ai autorisé le payeur du Corps d’observation à s’entendre avec vous pour vous prêter une somme de 100,000 francs et régler la manière dont vous devez réintégrer cette somme dans sa caisse.
[R. I, p. 106.]
Lunéville, le 6 pluviôse an IX (26 janvier 1801).
Je te fais bien mon compliment, ma chère Caroline, j’ai écrit aujourd’hui à Murat par un courrier extraordinaire, je lui dis que j’avais eu de tes nouvelles du 4 et que tu te portais aussi bien que ton petit.
Je désire et j’espère que nous serons tous réunis au printemps ; j’espère que tu pourras courir comme à treize ans ; on dit qu’une jeune demoiselle qui est devenue mère, redevient d’abord enfant, pour la première fois, jusqu’à ce qu’elle lègue enfin son enfance à ses petits, tu es encore loin de cette gravité-là. Il faut avouer que lorsque tu rameras à Morfontaine et que tu auras déposé sur le gazon le petit paquet que tu portais depuis neuf mois devant toi, tu croiras être rentrée chez madame Campan, et tu ne pourras pas croire d’avoir fait un rêve extraordinaire à ton âge. Ce qui n’en est pas un, ma chère Caroline, c’est la vive tendresse que j’ai pour toi et pour ton petit, dis-lui d’embrasser sa maman, je t’embrasse aussi.
JOSEPH.
A Madame Murat, au Carousel (Hôtel ci-devant Brionne) Paris.
[Archives du prince Murat. D. 413, 1.]
Florence, le 6 pluviôse an IX (26 janvier 1801).
En conséquence des ordres du ministre de la Guerre, je viens de déclarer au général commandant l’armée napolitaine que s’il n’évacue sur le champ le territoire romain, spécialement le fort de S’ Ange, je marcherai sur le champ contre lui. Comme sur son refus, je puis me mettre en mouvement dans deux ou trois jours, j’ai cru devoir arrêter la division Miollis, ne voulant pas laisser la Toscane sans troupes après mon départ.
Vous m’avez invité, citoyen général, comme vous le verrez par copie de votre lettre, en date du 20 nivôse, du quartier général de Vicence, à occuper la Toscane, le général de division Miollis devant aller former le blocus de Mantoue. J’ai lieu d’être surpris de voir par votre lettre du 2 pluviôse, de Vérone, que vous me croyez à Ancône, tandis que vous m’avez fait sentir l’importance d’occuper les deux points et de concourir avec vous à faire exécuter en Toscane les vues du Gouvernement.
J’ai eu l’honneur de vous prévenir que j’avais ordre du Gouvernement de correspondre directement avec le ministre de la Guerre et de me concerter avec vous sur tous les moyens qui pourraient concourir au bien du service et à l’exécution de son intention ; je vous ai fait connaître que, non seulement, j’agirais de concert avec vous, mais qu’encore je me ferais un plaisir d’exécuter vos ordres, toutes les fois qu’ils ne blesseraient pas ma délicatesse et qu’ils seraient dans le sens de mes instructions. Les circonstances, votre invitation, celle du général Miollis, tout m’a fait un devoir de venir occuper la Toscane. J’ai rendu compte au Gouvernement des motifs particuliers qui avaient nécessité ce mouvement, j’attendrai sa réponse ou de nouveaux ordres de lui, avant de prendre une nouvelle détermination.
Le citoyen Belleville m’a communiqué un projet pour l’exécution des ordres qu’il reçoit du ministre des Relations Extérieures, je partirai demain dans la nuit pour Livourne, pour seconder le citoyen Belleville de tous mes moyens dans l’exécution de ses instructions.
L’escadron du 19ᵉ régiment de dragons qui, d’après vos ordres, devait venir se réunir au Corps d’observation, n’a pas encore exécuté ce mouvement, je vous prie de réitérer vos ordres en conséquence, vous sentez combien la réunion de ces deux escadrons est nécessaire pour le bien du service, la discipline, la comptabilité et surtout pour établir mes communications.
Le ministre de la Guerre m’a prévenu que vous me seconderiez de tous vos moyens pour l’exécution de ses ordres, oserais-je, en conséquence, vous prier de me donner un régiment de dragons ou de hussards. Si vous approuvez ma demande, je désire qu’il soit dirigé sur Ancône et que vous fassiez occuper cette place par vos troupes. Si le refus du général napolitain me force à me porter en avant, vous sentez que j’ai besoin de toutes mes troupes, non pas pour battre l’ennemi, mais pour établir mes communications.
Le paquet du ministre de la Guerre que vous m’avez fait parvenir hier matin, est confié à un de mes aides de camp qui part dans l’instant pour Ancône et de là pour l’Égypte. J’avais ordonné d’avance tous les préparatifs nécessaires pour faire parvenir à cette armée des boulets, des armes, des obus, du vin, des eaux-de-vie et des nouvelles d’Europe.
Je suis arrivé en Toscane dans un bien mauvais moment, je m’y trouve au milieu des ruines et des réclamations de toute part. Ce pays se trouve épuisé, tant par les dilapidations sans nombre qui y ont eu lieu que par une double consommation de comestibles. Je crains bien de ne pas parvenir à remédier au mal déjà commis, du moins je ferai tous mes efforts.
[R. I, p. 104.]
Florence, le 6 pluviôse an IX (26 janvier 1801).
Je vous prie, citoyen général, de faire délivrer des feuilles de route à tous les officiers à la suite des 5ᵉ et 35ᵉ de ligne et 26ᵉ légère, pour se rendre en France dans les dépôts respectifs de ces corps. Mon intention est que ces officiers y organisent un premier bataillon avec des conscrits qui leur seront donnés par les généraux commandant dans les divisions militaires où se trouvent leurs dépôts ; ils jouiront de la solde accordée aux officiers titulaires et conserveront dans leurs corps leur rang et leur grade ; les appointements de frimaire, nivôse et pluviôse leur seront payés. Prévenez le payeur de ces dispositions.
[R. I, p. 107.]
Florence, le 6 pluviôse an IX (26 janvier 1801).
Au citoyen Belleville, à Livourne.
Je vous préviens, mon cher Belleville, que j’arriverai à Livourne dans la journée du 8 courant. J’ai lu avec attention les différentes notes que vous m’avez remises ; j’ai senti toute la justice des mesures que vous m’y proposez, ainsi que les heureux effets qui doivent en résulter. En conséquence, vous devez tout préparer pour leur donner leur exécution immédiatement après mon arrivée.
J’approuve la proclamation que vous m’avez proposée, je vous écrirai à ce sujet, ainsi qu’aux membres composant la Banque et la commune de Livourne.
[R. I, p. 107.]
Paris, 6 pluviôse an IX (26 janvier 1801).
Hyère je vous disois que Caroline étoit dans l’état pénible de la fièvre du lait ; aujourd’hui la fièvre est dans son déclin. Elle reçoit du monde et lui est permi de baucoup parler et de bien rire.
Le petit Achille est à merveille.
Je vous embrace, à demain.
FESCH.
[Archives du prince Murat. D. 48, 5.]
Paris, 8 nivôse an IX (sic, pour pluviôse).
Votre femme est aujourd’hui bien portante. Elle commence à recevoir aujourd’hui ses visites, elle me charge de vous dire que Mlle Hortance a été la commaire, mais seulement par procuration de Madé votre mère, que le baptême ne se fera qu’à votre retour.
Je vous prie de remettre à Meuron, agent à Ancône, les lettres de marque que vous aurez reçu de Belleville, de Livourne. Meuron faire armer et vous pourrez avoir des actions. Dites-lui que ma sœur, moi et le propriétaire des lettres de marque seront actionnaires. Haslawer ne peut pas se rendre en Italie pour le moment présent.
Je vous embrasse.
FESCH.
Votre fils se porte bien, très bien.
Au citoyen Murat, lieutenant général commandant en chef l’Armée d’observation, à son quartier général en Italie.
[Archives du prince Murat. D. 48, 2.]
Florence, le 7 pluviôse an IX (27 janvier 1801).
Je vous envoie, citoyen général, la lettre en date du 3 pluviôse que votre chef d’état-major écrit au général Miollis ; persuadé qu’elle contenait des ordres de service, je me suis empressé d’en prendre connaissance.
Je suis d’autant plus étonné du contenu de son dernier paragraphe portant : que d’après les nouvelles mesures adoptées par le Gouvernement, la Toscane sera gardée par une partie des troupes du Corps d’observation et que votre intention est d’en laisser le commandement au général Miollis, que par les derniers ordres datés du 27 de Paris, le Corps d’observation doit occuper Fano112 et toute la Marche d’Ancône.
Certes je ne crois pas que dans aucun cas, vous ayez eu l’intention de mettre une de mes divisions sous les ordres du général Miollis, ce que je ne souffrirai pas. Par ma lettre d’hier, je vous ai fait connaître les dernières instructions de mon Gouvernement, je n’attends que la réponse du général napolitain pour les exécuter, alors vous pourrez envoyer pour commander la Toscane le général que vous désirerez, étant dans l’intention, dans tous les cas, de me conformer aux ordres du ministre de la Guerre et d’aller occuper avec tout le Corps d’observation la Marche d’Ancône.
A mon départ, j’inviterai le général qui commande la division Miollis, en son absence, à faire remplacer mes troupes. Je vous ferai connaître ces mouvements, au moment où ils commenceront, afin que vous puissiez vous même donner les instructions que vous jugerez convenables.
[R. I, p. 108.]
Florence, le 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801).
Au Commandant de l’armée napolitaine.
Le citoyen Beaumont, mon aide de camp, a été chargé de vous porter la réponse à votre première lettre, elle contenait d’une manière très positive les intentions de mon Gouvernement aux-
quelles il ne m’est pas permis de rien changer. Quant à l’entrevue que vous paraissez désirer avoir avec moi pour régler d’une manière plus prompte les articles d’un armistice, je suis fâché que mon devoir et les circonstances m’empêchent de me rendre à votre vœu.
Si je n’étais guidé, monsieur le général, que par le désir d’acquérir une nouvelle gloire en marchant contre vous, je me contenterais de vous dire « Songez à vous défendre », mais imbu des principes de modération dont mon Gouvernement est pénétré, je dois vous parler des malheurs que la guerre va ramener dans tous les États de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles. Voyez se renouveler sur toutes les parties du territoire napolitain les horreurs de la guerre civile, voyez déjà le plus beau pays du monde dévasté, brûlé, inhabité, et dites ensuite à votre roi qu’en continuant la guerre, il s’expose à régner sur des cadavres et au milieu des déserts.
Dites-lui que j’ai assez de forces pour conquérir le royaume de Naples et que, bien loin d’être effrayé du nombre de ses troupes, adroitement exagéré par l’adjudant-général que vous m’avez envoyé, j’ai déjà donné tous mes ordres, et que mon armée est en plein mouvement vers ses frontières.
Dites-lui enfin que je suis sûr de la victoire et que je rends Sa Majesté, ainsi que ceux qui l’entourent de leurs conseils, responsables envers Dieu, l’humanité et son royaume, des suites d’une invasion qui achèveront de le ruiner et attireront pour jamais la ruine de son peuple.
Ajoutez-lui en même temps qu’en acceptant les propositions que je vous ai déjà faites, en écartant de lui ces personnes vendues à l’Angleterre, ces artisans du malheur du monde, ces mêmes individus qui ont amené la première fois les Français à Naples, en me demandant les secours dont il pourrait avoir besoin pour chasser de tous ses ports les Anglais et maintenir la tranquillité de son royaume, je déclare à Sa Majesté que j’ai ordre de mon Gouvernement de lui faire connaître que son intention n’est point de l’inquiéter dans ses États.
Faites sentir à la Cour de Naples qu’elle n’a aucun secours à attendre pour sa défense et qu’il ne reste plus au Roi que l’alternative entre la perte de son royaume, les malheurs, et la conservation de l’un et sa félicité, de l’autre.
J’ai fait connaître très particulièrement à l’adjudant général que vous m’avez envoyé et qui m’a paru très attaché à son Roi, mes intentions et celle du Gouvernement, envoyez-le à la Cour de Naples, qu’il en soit lui-même l’interprète auprès de Sa Majesté.
Je vais continuer mon mouvement vers vos frontières et je vous déclare que je serai prêt à le suspendre quand vous serez décidé à conclure l’armistice que vous m’avez demandé et à souscrire aux conditions que je vous ai soumises.
[R. I, p. 109.]
Florence, le 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801).
Je vous prie, mon cher Reille, de rejoindre le quartier général, aussitôt que vous aurez terminé la mission dont je vous ai chargé. Je vais établir mon quartier général à Perugia113.
[R. I, p. 110.]
Florence, le 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801).
Vous avez dû voir, mon général, par ma dépêche du 4, que j’avais prévenu vos intentions et que je me suis trouvé avoir exécuté d’avance les ordres du ministre de la Guerre relativement à ma conduite envers la Cour de Naples [et l’Armée d’Orient].
Toutes les propositions que le ministre de la Guerre m’a chargée de faire n’éprouveront aucune difficulté, [celles que j’ai cru devoir ajouter concernant les Anglais en offrent de bien grandes]. J’espère cependant que ma marche sur Rome les aplanira toutes et que le Roi de Naples, s’il n’est pas encore influencé par M. Acton, s’empressera de m’accorder tout ce que je lui ai demandé.
L’adjudant-général qui m’a été envoyé pour me porter la lettre dont je joins ici copie ainsi que ma réponse, m’a fait entrevoir que le Roi était dans la crainte de perdre le royaume de Naples et d’être remplacé par un autre, qu’il désire bien ardemment non pas de conclure un armistice, mais bien une paix définitive avec le Gouvernement français. [Il a ajouté que Naples était à la veille d’une guerre civile, il m’a fait entrevoir les obligations particulières que le Roi vous aurait de lui éviter, par une paix, tous les malheurs dont ses États sont menacés]. Il m’a prié de vous engager au nom du Roi, de nommer un chargé de pouvoirs pour en traiter définitivement avec lui, que de son côté, il allait en nommer un et que, suivant vos désirs, il se rendrait à mon quartier général ou bien à Lunéville. Il m’a déclaré franchement que le Roi de Naples verrait avec plaisir que je serais la personne que vous désigneriez à cet effet, et que ce serait par là lui donner une preuve bien certaine de l’intention où vous êtes de le maintenir dans le royaume de Naples. Je vous prie donc, mon général, de me faire connaître par le retour du courrier le parti que vous aurez pris à cet égard.
Cependant tous mes ordres sont donnés et mes mesures prises, toutes mes troupes seront réunies le 16 sur Foligno. Le général Paulet a dû occuper hier Ancône, je lui donne l’ordre de laisser dans cette place un bataillon de la 81e, qui sera remplacé par un de la 6e le plus tôt qu’il me sera possible, et de se porter avec les deux autres sur Foligno. J’ai confié le commandement de cette place au chef de brigade Bernard, dont vous connaissez tout le mérite.
Comme je n’ai qu’un adjudant commandant, qui est même obligé de remplir les fonctions de général de brigade par le départ du général Sarrazin, je désirerais bien, mon général, que vous vous lussiez nommer le chef de brigade Bernard adjudant-commandant.
Je charge le chef de l’état-major de faire connaître au ministre de la Guerre les différents mouvements [du Corps d’observation. Mr l’ambassadeur russe est parti hier matin pour Rome. Je l’ai fait accompagner par le chef de brigade Lagrange]. J’ai prié Mr l’ambassadeur russe de faire connaître au Saint-Père vos intentions et de l’engager à ne pas quitter Rome.
La division du général Miollis me remplacera en Toscane ; je lui ferai occuper Sienne et Cortone, afin qu’elle soit à portée de se réunir à moi au besoin.
J’ai sans doute assez de troupes, mon général, pour battre et disperser le corps des Napolitains que j’ai devant moi, mais je vous déclare que, si les circonstances me forçaient à pénétrer dans le royaume de Naples, mes forces seraient insuffisantes pour y établir et conserver mes communications, alors je vous prierais de faire mettre à ma disposition par l’Armée d’Italie celles que vous me jugerez nécessaires.
[Je vous envoie une copie de ma réponse à la lettre du général napolitain].
J’ai fait connaître au général Brune vos intentions sur la Cour de Naples, ainsi que ma détermination. Comptez que j’apporterai dans l’opération que je vais entreprendre toute la prudence et le zèle que mon dévouement à votre personne et à mon pays me commandent impérieusement.
[Le calme et la confiance renaissent dans toute la Toscane.]
[Archives de la guerre et Archives du Prince Murat R. I, p. 110.]
Florence, le 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801).
J’avais exécuté d’avance, citoyen ministre, vos ordres relativement à la Cour de Naples et à l’armement d’un bâtiment que vous désirez que je fasse partir pour l’Égypte.
Ancône a dû être occupé hier, et sur le refus des Napolitains, le Corps d’observation sera réuni le 16 sous Foligno ; mon chef d’état-major est chargé de vous faire connaître tous ces différents mouvements.
La division Miollis me remplace en Toscane, je lui ferai occuper Sienne et Cortone, afin que je puisse en disposer au besoin.
Je crois pouvoir vous assurer qu’instruit de ma marche vers ses frontières, le Roi de Naples s’empressera de souscrire à toutes les demandes que je lui ai faites au nom du Gouvernement. J’occuperai en attendant les États ecclésiastiques, c’est-à-dire que j’irai m’établir sur le Mont-Marius en arrière du Tibre, me contentant de faire occuper le Fort Saint-Ange et de faire observer les débouchés sur Naples du côté de Terni. La ville de Rome ne sera pas occupée.
Je vous répète que si les circonstances me forcent à pénétrer dans le royaume de Naples, je n’ai pas assez de forces pour m’y conserver et y établir mes communications. Je rends compte au Premier Consul que le Roi de Naples désire non pas de conclure un armistice, mais une paix définitive, engagez-le à m’envoyer bien vite un chargé de pouvoirs ou à me les confier à moi-même, avec les instructions nécessaires.
J’attends cette nuit ou demain une réponse à mon courrier que je vous ai expédié le 24 de Milan. Soyez persuadé, citoyen ministre, que je mettrai tout en usage pour remplir vos vues et celles du Gouvernement.
Mon aide de camp Beaumont est parti avant-hier pour Rome ; l’armée napolitaine se trouve dans cette ville.
Salut et dévouement,
J. MURAT.
[Archives de la guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 112.]
Florence, 8 pluviôse an IX (28 janvier 1801).
Le Corps d’armée est prévenu que les troupes qui le composent vont entrer dans les États du Pape. L’intention formelle du Gouvernement français est de ne rien changer à celui du Saint-Père. Le général commandant en chef ordonne que l’on respecte les personnes, les propriétés et le culte ; il défend expressément à tous généraux et officiers d’enlever aucune caisse publique, ni de frapper aucune réquisition, l’ordonnateur en chef en étant spécialement chargé.
Le Corps d’armée doit regarder le Gouvernement romain comme une puissance amie et doit le traiter comme tel. Le lieutenant-général Murat espère que le Corps d’observation, composé de l’élite des armées, qui s’est toujours distingué par sa bravoure et sa belle tenue, se distinguera également par sa discipline et par sa conduite envers les habitants. Les troupes savent combien le général s’empresse de ne rien négliger afin d’améliorer leur sort. Il espère de l’attachement que les soldats ont pour lui qu’ils se comporteront bien et qu’il n’aura que des hommages à donner aux braves qu’il commande : ce sera une bien douce preuve que son cœur désire.
[Archives de la Guerre.]
Livourne, le 9 pluviôse an IX (29 janvier 1801).
Ce n’est, Messieurs, qu’avec un sentiment très pénible que j’apprends en arrivant en Toscane, dont le commandement m’est confié, que vous portez dans vos comptes publics des dépenses secrètes qui compromettent l’honneur français. Je saurai dans son temps réclamer la satisfaction que mérite cette calomnie ; dans ce moment je me borne à faire rétablir un dépôt sacré qui n’aurait pas dû être violé.
Plus d’un million remis en vos mains se trouve avoir été dissipé sans justification. Cette somme était destinée à payer le prix des blés appartenant à l’armée qui vous protège. Les tribunaux vous condamneraient à la restitution, mais les détails seraient scandaleux ; je dois les arrêter et me rendre l’interprète de la justice.
J’autorise le citoyen Belleville117 à prendre les mesures nécessaires pour que dans le délai d’une décade au plus, le million délivré sans en justifier l’emploi, soit restitué par vous individuellement et en raison de vos facultés. Les fonds seront versés entre les mains de M. Backri qui en comptera à ses copropriétaires des blés. Cet ordre ne peut souffrir ni délai ni modification dans son exécution.
[R. I, p. 114.]
Livourne, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801).
Je reçois, mon cher général, l’avis du ministre de la Guerre que le commandement de l’artillerie du corps que je commande vous est confié. Je reçois en même temps votre lettre de Gênes du 7 pluviôse. Je m’empresse de vous prévenir que tous les ordres sont donnés pour le mouvement de l’artillerie, que je fais prendre à Turin, sur Ancône. Six pièces d’artillerie légère doivent être arrivées aujourd’hui à Modène et en partir demain pour Ancône. Le reste de mon artillerie et munitions de guerre file sur trois colonnes à quelques journées de distance. Mon intention est de laisser filer sur Foligno les six pièces d’artillerie légère. Je désire que vous réunissiez les autres à Ancône et que vous leur procuriez les chevaux de trait dont elles peuvent avoir besoin. Vous êtes autorisé à employer à cet égard la voie de la réquisition.
Il est essentiel que vous me fassiez connaître dans le plus bref délai l’état de situation tant du personnel que du matériel de votre artillerie, et que vous adressiez à mon chef d’état-major l’itinéraire de sa marche. Au reste, je ne puis qu’approuver la précaution que vous avez prise d’envoyer d’avance vos ordres à Turin ; nous nous procurerons ici assez d’artillerie sans avoir besoin de celle de Gênes.
Je remercie le ministre de la Guerre de ce que, en vous attachant au Corps d’observation, j’espère trouver l’occasion de vous y prouver tout le plaisir que j’aurai de servir avec vous.
[R. I, p. 115.]
Livourne, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801).
Le lieutenant général Murat me charge, mon cher général, de vous faire part de l’invitation qu’il reçoit du général en chef Brune, afin que vous mettiez à exécution son contenu de ne point permettre aux Autrichiens d’enlever des forts de la ville d’Ancône la portion de l’artillerie et des magasins de vivres qui leur reviennent, d’après l’armistice du 26 nivôse, jusqu’à nouvel ordre de sa part, on se bornera à faire des inventaires sans permettre aucun déplacement.
Cette précaution est déterminée par le refus qu’ont fait les Autrichiens de nous céder la ville et port de Chiezza, quoiqu’aux termes de l’armistice, nous ayons droit de les occuper. Le général vous fera passer la réponse qu’il recevra du quartier général de l’Armée d’Italie.
Regardez, mon cher général, l’ordre que vous avez reçu de partir d’Ancône, avec 2 bataillons de la 81e, comme non avenu. L’intention du général, d’après les nouvelles dispositions, est que vous restiez jusqu’à nouvel ordre, et que le citoyen Bernard commande la place sous vos ordres.
L’intention du général Murat est que vous fassiez confectionner 200,000 rations de biscuit que vous ferez filer au fur et à mesure sur Foligno ; ne perdez pas un instant à mettre cet ordre en exécution.
L’intention du général Murat est également que vous donniez les ordres les plus sévères et les plus précis, pour que l’on empêche de tous les moyens possibles les Autrichiens de venir prendre des vivres et de l’eau sur aucun des points du côté de l’Adriatique occupé par nos troupes ; donnez à cet égard les ordres aux différents commandants des places.
Vous sentirez, mon cher général, que cette raison est dictée par l’occupation de Venise par l’ennemi.
[R. I, p. 115.]
Livourne, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai reçu vos ordres du 23 nivôse, par lesquels vous m’annoncez que je suis sous les ordres du général Brune. Je suis d’autant plus fâché de ce retard qu’il m’aurait mis à même de contrarier le général en chef de l’Armée d’Italie, si je n’avais su concilier le commandement indépendant que vous m’aviez confié avec les égards que j’ai eus pour ce général.
Par mon courrier d’hier je vous ai fait connaître les mouvements du Corps d’observation, je vous annonçais que j’allais prendre position en arrière du Tibre, sous Rome. D’après votre lettre du 30 nivôse, je garderai la position de Foligno jusqu’à ce que le renfort que doit me fournir le général Brune, me soit arrivé; je préviens le général en chef de ma détermination.
J’ai donné ordre pour faire fabriquer à Senigallia, Ancône et Florence 400,000 rations de biscuit, il sera dirigé sur Foligno. Le 16, tout le Corps d’observation occupera Perugia et Foligno. La division Tharreau a dû partir ce matin de Sienne pour occuper Foligno et ses environs, celle de Mathieu se mettra demain matin en mouvement de Florence et ira occuper Perugia. Deux bataillons de la 81° avec le général Paulet doivent descendre par la Marche d’Ancône et se réunir à la division Mathieu ; un bataillon de cette demi-brigade est destiné à faire la garnison d’Ancône, la division Pino doit occuper Sienne et partie de celle de Miollis Arezzo et Cortone ; toute mon artillerie sera rendue du 18 au 20 au Corps d’observation, tous les chevaux du train, les charretiers et les canonniers étaient arrivés le 2 à Turin et doivent en être partis le 4.
Par la position de Foligno, je couvre la marche d’Ancône et la Toscane et je force Naples à souscrire à toutes les propositions que je leur ai faites en votre nom ; au reste je serai par là plus à même d’agir suivant les circonstances, et je crois pouvoir vous assurer d’avance du succès complet sur les Napolitains, s’ils se décident à recevoir le combat.
J’ai été appelé à Livourne par le consul Belleville pour le seconder dans l’opération dont il est chargé par le ministre des Relations Extérieures contre les Anglais, je le charge de vous en faire connaître le résultat.
Il se trouve devant ce port une frégate anglaise qui en bloque l’entrée, ainsi qu’une frégate suédoise que les Anglais ont empêchée d’entrer dans ce port. Comme j’ai reçu officiellement le Moniteur du 1er pluviôse qui nous annonce l’embargo mis par l’Angleterre sur les vaisseaux des puissances neutres du Nord, j’ai cru devoir en donner avis au commandant de la frégate suédoise, afin de l’engager à prendre le premier l’offensive et à profiter de sa supériorité contre la frégate anglaise. Je vous joins copie de la lettre que je lui ai écrite à ce sujet. Je pense que dans la nuit, la frégate anglaise sera attaquée. Je serais d’autant plus enchanté d’avoir engagé le combat entre ces deux frégates, qu’il s’ensuivrait nécessairement une plus prompte rupture entre les deux puissances.
Les 700,000 francs que vous m’annoncez ne me sont pas encore parvenus. Je ne connais pas l’administration intérieure de l’ordonnateur Michaux, mais je sais qu’étant en route depuis trois mois, nous avons été obligés de faire beaucoup plus de dépenses que nous ne l’aurions fait, si nous fussions restés à poste fixe. J’ai été obligé très souvent de lui ordonner de faire arriver différents effets d’habillement par la poste, et malgré ces précautions, la majeure partie des effets sont encore en arrière. Vous nous faites aller plus vite que la poste. Je ne cesse de lui recommander l’économie, je le prêche surtout d’exemple. Je vous prie de compter sur mon zèle et mes efforts pour remplir vos ordres et les intentions du Gouvernement.
[R. I, p. 116.]
Livourne, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801).
Au citoyen Belleville, commissaire des Relations commerciales en Toscane.
Je suis surpris, citoyen commissaire, d’apprendre que les membres de la Commune et de la Banque de commerce de Livourne se soient permis non seulement de disposer d’un dépôt de plus d’un million dont l’emploi n’est pas justifié, mais encore qu’ils osent déclarer que cette somme a servi à racheter par des dépenses secrètes la libération des marchandises ennemies.
Je vous invite, au nom de l’honneur national, au nom de la justice, de remédier à ce double abus et de faire restituer la somme dissipée par les individus qui composent la Commune et la Banque. Le général commandant à Livourne a reçu l’ordre de moi de tenir à votre disposition la force armée que vous croirez nécessaire pour assurer l’exécution des mesures que vous aurez adoptées.
Ces fonds doivent être versés dans la caisse de M. Backri, ils serviront à acquitter une partie des blés. Sur les premières rentrées M. Backri se remplira de ce qui est dû à sa maison et à celle de M. Busnach que le ministre des Relations Extérieures vous a particulièrement recommandé, comme étant chargé des affaires du Dey d’Alger. Le surplus sera réparti dans la proportion la plus juste entre les autres propriétaires de grains.
J’écris aux membres de la Commune et de la Banque pour les prévenir de cette détermination qui doit être achevée dans le cours d’une décade.
[R. I, p. 119.]
Livourne, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801).
Ce n’est que ce matin, mon cher général, que j’ai reçu les ordres du ministre de la Guerre et ceux du Premier Consul, en date du 23 nivôse, qui me préviennent que je suis sous votre commandement et que néanmoins je dois correspondre avec lui. Je suis d’autant fâché du retard qu’a éprouvé cette dépêche qu’il est la cause de deux lettres que vous avez dû recevoir de moi à ce sujet.
Je vous avais fait connaître, lorsque je n’étais pas sous vos ordres, le plaisir que j’aurais à exécuter ceux que vous me donneriez ; aujourd’hui, à ce plaisir se trouve réuni le devoir, et soyez assuré qu’à l’avenir vos ordres seront ponctuellement exécutés.
Par ses lettres du 27 et 29 nivôse, le ministre de la Guerre m’a ordonné de réunir mon Corps dans la Marche d’Ancône, de déclarer au Roi de Naples que si ses troupes n’évacuent le territoire romain, s’il ne rend la liberté au citoyen Dolomieu et autres prisonniers français venant de l’Armée d’Orient, j’avais ordre de marcher contre lui.
Je suis également prévenu que vous ne devez pas comprendre le Roi de Naples dans l’armistice, vous verrez par les copies de mes lettres au général napolitain que je vous renverrai de Florence, que j’ai parfaitement prévenu les intentions du Gouvernement à ce sujet.
Comme par sa lettre du 27, le ministre de la Guerre m’ordonnait, en cas de refus de la part des Napolitains d’évacuer le territoire romain, de marcher contre eux, et, en même temps, qu’il m’ordonnait de réunir le Corps d’observation dans la Marche d’Ancône, j’avais ordonné au général Tharreau de se porter de Sienne par Cortone, Perugia, sur Foligno ; et à la division Mathieu de quitter Florence et d’aller occuper Perugia. Le général Paulet devait laisser un bataillon de la 81e pour garnison à Ancône et se porter avec les deux autres sur Foligno. Tout ce qui appartient au Corps d’observation, tant en artillerie qu’en bagages, devait filer par la Marche d’Ancône et suivre mon mouvement. La division Pino devait occuper Sienne, et une partie de celle de Miollis les débouchés de Cortone ; j’avais fixé mon quartier général à Perugia. Par ma position de Foligno, je couvrais à la fois la Toscane et la Marche d’Ancône, j’y réunissais toutes mes troupes et je forçais le Roi de Naples à souscrire aux conditions que je lui avais imposées.
Ces différents mouvements s’exécutent, mes troupes seront réunies le 16 sur Foligno, où j’attendrai pour agir offensivement que les troupes que le ministre de la Guerre me prévient que vous devez m’envoyer, m’y aient rejoint. J’espère que vous ne désapprouverez pas le parti que j’ai pris. Je vous prie de donner les ordres les plus prompts aux différents détachements que vous me destinerez, de se porter sur Foligno en toute diligence, et bien positivement la force prescrite par le ministre de la Guerre pour chacun d’eux.
Trois mois de route ont considérablement affaibli la force de mes troupes et vous sentirez que, pour exécuter vos ordres et les intentions du Gouvernement, il me faut au moins 15,000 hommes, tandis que je n’en ai pas 7,000. Les ordres seront donnés pour qu’on n’enlève rien des magasins d’Ancône jusqu’à de nouveaux. Je ne permettrai pas non plus aux Autrichiens de communiquer avec la terre dans la partie de la mer Adriatique qui est sous mon commandement.
Le ministre de la Guerre m’ordonne de faire fabriquer beaucoup de biscuit ; je pense que c’est pour la traversée des États romains, ou en fabriquera à Ancône, Senigallia et Florence ; je le ferai diriger sur Foligno.
Sur l’invitation du citoyen Belleville, je me suis rendu à Livourne, pour l’aider dans l’exécution d’un ordre particulier qu’il avait reçu du ministre des Relations Extérieures relativement aux Anglais. Je lui laisse le soin de vous en faire connaître les détails. Je partirai cette nuit pour Florence, et dans la nuit de demain pour Perugia, où je resterai jusqu’à nouvel ordre.
Je serais bien flatté d’apprendre le plus tôt possible votre approbation sur mes mouvements et vos ordres ultérieurs. J’ai annoncé au ministre de la Guerre par ma lettre du 8, qu’en conséquence de la faculté qu’il me donnait d’agir contre les Napolitains, j’allais prendre une position en arrière du Tibre sur le mont Marius, ayant soin de faire observer les débouchés de Terni sur les États de Naples. Actuellement je n’exécuterai ce mouvement que lorsque votre renfort m’aura rejoint ainsi que mon artillerie. Je serais également bien aise si vous approuviez ce dernier parti, j’attendrai vos ordres avec bien de l’impatience.
Je vous demande avec instance trois généraux de brigade et deux adjudants-généraux, j’en ai absolument besoin, n’en ayant que deux pour deux divisions. Je vous prie de m’envoyer les troupes que vous me destinez, sans généraux de division.
[R. I, p. 119.]
Florence, 13 pluviôse an IX (2 février 1801).
La lettre de S. E. en réponse à celle que j’avais eu l’honneur d’écrire à Sa Sainteté, m’a été remise par Mgr Caleppi. Ce choix de Sa Sainteté est un signe authentique du désir qu’elle a de rétablir la bonne intelligence et l’ancienne liaison entre la République française et le Saint Siège ; elle ne pouvait confier ses intentions à une personne qui fût plus digne de sa confiance.
Je n’ajouterai rien à la déclaration que j’ai déjà faite, au nom de mon Gouvernement, à Sa Sainteté. Je me suis expliqué à cœur ouvert avec Mgr Caleppi ; il en sera auprès de V. E. et de Sa Sainteté le véritable interprète de mes sentiments particuliers ; il me l’a promis.
Mes troupes marchent sur Foligno ; c’est de ce point qu’après avoir réuni mon armée, je me propose de marcher sur les frontières de Naples.
Je le réitère, que Sa Sainteté soit sans inquiétude ; je promets que les gouvernements occupés par mes troupes ne seront pas changés. Que le Saint-Père ne voie dans ma marche que le désir que j’ai de le délivrer des Napolitains. L’intention du Gouvernement français est que Sa Sainteté jouisse de l’autorité souveraine dans ses États.
Je désire que Sa Sainteté fasse connaître, par une proclamation à ses sujets, la déclaration que je lui fais ; qu’elle ordonne à tous ses délégués de rester à leur poste, et d’y rappeler ceux qui l’auraient abandonné; de ne laisser aucun Français, Toscan ou Cisalpin dans Rome, sans un passe-port signé de moi ou de mon chef d’état-major.
M. le Comte de Gatti120 m’a été présenté par Mgr Caleppi. Je lui donne une lettre pour le général qui commande Ancône. Toutes les demandes pour les besoins de mon armée lui seront soumises. Je connais déjà l’état de détresse où se trouve l’État romain. Je désire sincèrement que la Cour de Naples, éclairée sur ses vrais intérêts, s’empresse de souscrire aux conditions que je lui ai présentées : elles sont justes et par conséquent irrévocables.
Je vous prie d’assurer Sa Sainteté du plaisir que j’éprouve d’être, par la position où je me trouve, l’interprète réciproque entre elle et mon Gouvernement, présentez à Sa Sainteté l’assurance de ma vénération particulière, et que S. E. reçoive celle de ma haute considération.
[Affaires Étrangères. Rome, suppl., vol. 22.]
Ancône, le 18 pluviôse an IX (7 février 1801).
Je vous ai fait connaître de Livourne, citoyen général, mon mouvement sur Perugia et Foligno, je vous ai mis sous les yeux les motifs qui l’avaient déterminé, mon intention à tenir cette position jusqu’à ce que le renfort que m’annonce le ministre de la Guerre m’ait été envoyé par vous et jusqu’à la réponse définitive de la Cour de Naples. Comme je ne reçois aucune réponse à mes lettres et que le Premier Consul m’ordonne de lui faire connaître le moment où j’aurai réuni dans la Marche d’Ancône 12,000 hommes d’élite, époque qu’il a fixée au 10, je prends le parti de vous envoyer le général Berthier, afin de savoir définitivement si je dois compter sur les 6,000 hommes qui me sont annoncés par le ministre de la Guerre.
Je vous annonce qu’un de mes aides de camp est parti le 14 au matin, avec un vent très favorable, sur un aviso chargé de vin, de boulets et de fusils. En ce moment, on en charge un second des mêmes objets, et j’espère qu’il mettra à la voile demain.
Je vous préviens que j’avais autorisé le commissaire Miot à frapper sur les plus riches propriétaires d’Ancône une contribution, pour les frais d’armement et achat des objets à envoyer en Égypte ; en conséquence 80,000 francs ont été perçus par le citoyen Miot ; tout ce qui n’a pas été employé a été versé dans la caisse du payeur. Je vous prie de me faire connaître, si je dois considérer cette somme comme contribution ou prêt.
Je vous prie de me faire connaître si je dois permettre aux acquéreurs français des biens nationaux dans la Marche d’Ancône de rentrer en jouissance de leurs propriétés.
On a signalé hier quatre voiles anglaises.
Je me suis rendu ici pour connaître par moi-même l’état de la place et y organiser mon artillerie, qui y sera rendue du 20 au 25, ainsi que le mouvement des 6,000 hommes que je croyais y trouver. J’aiderai de tous mes moyens le capitaine de vaisseau Trullet dans l’exécution de vos instructions, j’aurais besoin à cet effet que vous missiez quelques fonds à ma disposition.
Le général napolitain me prévient en ce moment qu’il est prêt à évacuer tout le territoire romain, si je veux consentir à un armistice et ne pas l’occuper moi-même, vous voyez déjà l’effet de ma marche sur Foligno. Je vais lui répondre que je ne suspendrai ma marche vers ses frontières, que lorsque sa Cour m’aura fait connaître qu’elle est prête à souscrire à toutes les demandes que je lui ai fait par ma dernière lettre.
[R. I, p. 122.]
Ancône, le 18 pluviôse an IX (7 février 1801).
Votre lettre de Rome, Mr l’ambassadeur, m’a fait le plus grand plaisir. Vous connaissez les sentiments pacifiques de mon Gouvernement, mon désir particulier de vous être agréable, je suis véritablement désolé de ne pouvoir suspendre le mouvement de mes troupes que lorsque la Cour de Naples aura entièrement souscrit aux propositions que j’ai faites au général en chef de son armée. J’espère que par votre sage médiation, toute l’influence anglaise, qui assiège depuis longtemps Sa Majesté le Roi de Naples, disparaîtra, et qu’éclaire sur les vrais intérêts et le bonheur de son peuple, ce monarque s’empressera d’envoyer vers moi un chargé de ses pouvoirs pour conclure un armistice.
Je vous envoie avec plaisir un arrêté des Consuls du 30 nivôse, concernant la marine de Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, ainsi qu’un ordre du Roi d’Angleterre relativement à un embargo qui a été mis sur tous les bâtiments russes, suédois et danois. Je vous prie de le faire connaître aux consuls de ces différentes puissances qui se trouvent à Naples et en Sicile, afin qu’ils aient le temps de prévenir l’effet de cet ordre.
Je vous prie de recevoir…
[R. I, p. 123.]
Ancône, le 18 pluviôse an IX (7 février 1801).
Au général commandant l’armée napolitaine.
Je désaprouve, monsieur le général, la lettre que vous a écrite mon aide de camp Beaumont, il était uniquement chargé de vous remettre ma réponse à la vôtre, et je suis fâché qu’il vous ait promis ce que moi-même je ne puis exécuter, sans désobéir aux instructions formelles de mon Gouvernement.
J’ai l’honneur de vous réitérer, monsieur le général, que je ne puis rien changer aux demandes que je vous ai faites, et j’ai celui de vous répéter que je serai prêt à suspendre le mouvement de mon armée, lorsque votre Cour vous aura autorisé, ou envoyé un chargé de pouvoirs, pour conclure un armistice aux conditions que je vous ai fait connaître.
[R. I, p. 124.]
Ancône, le 18 pluviôse an IX (7 février 1801).
A son Excellence le secrétaire d’État à Rome.
J’ai reçu avec satisfaction la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire, celle que vous m’adressez pour M. l’archevêque de Corinthe partira cette nuit pour Paris.
J’ai l’honneur de réitérer à Sa Sainteté d’être sans inquiétude sur le mouvement de mes troupes, que je ne puis suspendre que lorsque la Cour de Naples sera décidée à souscrire à toutes les conditions que j’ai été chargé de lui faire au nom de mon Gouvernement.
Je vous adresse un paquet pour Mr l’ambassadeur de Russie, que je vous prie de lui faire parvenir à Naples ou Palerme. Je désire que la médiation de cet ambassadeur parvienne à éclairer le Roi de Naples sur les dangers qui le menacent et ses vrais intérêts.
[R. I, p. 124.]
Ancône, le 18 pluviôse an IX (7 février 1801).
Par ma dernière, j’ai eu l’honneur de vous prévenir, citoyen ministre, du mouvement du Corps d’observation sur Perugia et Foligno ; je vous ai mis sous les yeux les motifs qui l’avaient déterminé et mon intention de garder cette position, jusqu’à ce que le renfort que vous m’avez annoncé m’y eût rejoint, et jusqu’à la réponse définitive de la Cour de Naples aux différentes demandes que vous m’aviez chargé de lui faire.
Je vous rends compte que depuis le 10, je n’ai aucune nouvelle du général Brune, ni du renfort qu’il a ordre de me faire passer, malgré mon exactitude à le tenir informé de tous mes mouvements.
Le général Marmont a envoyé trois ou quatre officiers de son état-major sur la route de Turin à Bologne, afin de me retirer les pièces d’artillerie que, par votre ordre, le général Seroux a prises à Turin, en remplacement de celles que j’ai laissées en France. J’ignore les motifs de la conduite du général Marmont, mais voulant me mettre à même d’exécuter vos instructions relativement à Naples, j’ai ordonné au général Seroux de regarder comme non avenue tous les ordres qui lui seraient adressés par le général Marmont et qu’il ne devait exécuter que les miens. Je vous annonce donc que mes trente pièces d’artillerie seront rendues ici le 24 courant. Les chevaux sont en mauvais état, mais je compte les faire remplacer par quelques chevaux que je prendrai dans le pays.
Je suis fâché de me voir obligé de vous entretenir de tous ces détails que vous n’auriez jamais connus, si, par un ordre contradictoire à celui qui m’ordonnait de former une réserve indépendante, vous n’eussiez pas déclaré que je faisais partie de l’Armée d’Italie, car depuis, je suis assailli d’ordres plus dégoûtants les uns que les autres et je vous déclare que, si cela continue encore, je me verrai forcé de donner ma démission, et je vous dis confidentiellement que je ne veux ni ne dois être le lieutenant du général Brune. J’ai mille et un motifs plus puissants les uns que les autres qui me forcent à cet aveu, que je ne peux pas écrire, mais que je me réserve bien de vous faire connaître à ma première entrevue.
J’aurais pensé que le Premier Consul aurait épargné ma délicatesse et m’aurait dispensé de correspondre avec un général qui n’en a que le nom auprès de tous ses subordonnés et qui ne jouit parmi eux d’aucune considération. Le seul attachement que je porte à Bonaparte me retient encore à mon poste, parce que j’espère que les premiers ordres que vous m’enverrez, en m’ordonnant de prendre l’offensive contre les Napolitains, m’affranchiront de l’Armée d’Italie ou me rappelleront parmi vous.
Tout le monde jusqu’au dernier soldat a approuvé l’armistice conclu par le général Marmont et n’y a vu qu’un désavantage réel pour la gloire et la position de l’armée.
[R. I, p. 125.]
Ancône, le 18 pluviôse au IX (7 février 1891).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que le citoyen Didier, mon aide-de-camp, est parti le 14 au matin, sur un aviso, que, d’après vos ordres, j’ai fait charger de boulets de différents calibres, de fusils, de vin, liqueurs et rhum ; vous trouverez ci-joint l’état de sa cargaison, il est parti sous les meilleurs auspices et j’espère qu’il arrivera à bon port. J’en expédie un second qui sera prêt à mettre à la voile dans la journée de demain. Je vais tâcher de traiter avec deux capitaines suédois pour la même destination et j’espère qu’alors toutes les intentions du Gouvernement seront remplies.
Mon mouvement sur Foligno est exécuté; la division Mathieu occupe Perugia, celle de Tharreau Foligno, son avant-garde arrive près de Spoleto. Comme je l’avais prévu, le général napolitain me fait proposer de conclure un armistice et d’évacuer tout le territoire romain ; je vous envoie copie de ma réponse à sa lettre, avec celle que j’envoie à l’ambassadeur russe.
Faites-moi parvenir le plus tôt possible des pouvoirs et des instructions, j’ai lieu de croire que par la médiation de l’envoyé de Russie, le roi de Naples consentira à souscrire à toutes mes demandes et à conclure un armistice et même la paix.
Je n’ai pas encore de nouvelles du renfort que vous m’annoncez, mon artillerie sera réunie ici du 20 au 24. J’ai cru devoir me rendre ici pour réorganiser et activer le départ des bâtiments pour l’Égypte et y décider le mouvement du renfort que j’attends de l’Armée d’Italie.
[R. I, p. 126.]
Ancône, le 20 pluviôse an IX (9 février 1801).
Je vous fais passer, citoyen général, les copies d’un armistice que me propose le général Damas ; je le crois très avantageux pour la République quant à ses bases, mais comme je le trouve très mal rédigé et qu’il ne renferme pas tout ce que je lui ai demandé, je viens de lui en envoyer un que j’ai rédigé moi-même, je suis persuadé qu’il s’empressera de le signer, je vous en envoie copie.
Le ministre de la Guerre s’était contenté d’exiger l’évacuation du territoire romain et la mise en liberté du citoyen Dolomieu et des généraux Dumas et Manscourt123, moi, je leur ai demandé de plus de chasser les Anglais de tous leurs ports, ce qu’ils accordent. Je n’hésite donc pas à conclure un armistice, puisqu’ils me demandent que le Gouvernement désigne une ville et des plénipotentiaires pour y traiter sur le champ la paix. Je crois que c’est la seule manière de faire la guerre aux Anglais et de les forcer eux-mêmes à demander la paix.
Comme vous pouvez avoir reçu du Gouvernement une réponse à la décision que vous avez sollicitée, pour mon mouvement, il est nécessaire qu’elle me parvienne avant que j’aie moi-même signé l’armistice qui va m’être renvoyé de Rome.
Vous verrez également par la lettre de Mr Levachoff, grand veneur de la cour de Russie et ministre extraordinaire auprès de la Cour de Naples, que Naples est ouvertement protégé par Paul Ier. J’envoie copie de toutes ces lettres au ministre de la Guerre.
Je vous réitère la demande de l’autorisation de terminer l’affaire de Lucques, j’ai absolument besoin de fonds.
[R. I, p. 127.]
Ancône, le 20 pluviôse an IX (9 février 1801).
J’ai l’honneur de vous transmettre, citoyen ministre, la copie de l’armistice que me propose M. Damas, général en chef de l’armée napolitaine, chargé de pouvoirs de sa Cour. Je ne puis qu’en approuver les bases, sans pouvoir en adopter la rédaction. Le consentement de la Cour de Naples à fermer ses ports aux Anglais me paraît si avantageux à la République, que je croirais agir contre ses intérêts et contre les intentions de mon Gouvernement, si je ne m’empressais de souscrire à ces propositions. A ce premier motif, j’en joins un autre, pour le moins aussi puissant : c’est la médiation de la Cour de Russie. Je suis persuadé que le Premier Consul verra avec plaisir que j’ai su interpréter ses sentiments, en faisant quelque chose qui pût être agréable à Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies.
Je joins ici copie de la lettre de son ambassadeur auprès du Roi de Naples, vous y verrez tout l’intérêt que prend cet ambassadeur à la conclusion de l’armistice. Je vous transmets également copie d’une rédaction que j’envoie à la signature du général napolitain, qui, j’en suis sûr, s’empressera de souscrire à tout ce que je lui demande. Comme j’attends d’ici à demain au soir une réponse à ma dépêche du 4 et des instructions positives sur ce que vous désirez, je ne l’enverrai que dans la nuit de demain.
Vous verrez par un des articles que le Gouvernement doit sur le champ nommer un plénipotentiaire et désigner le lieu des conférences.
Le désir d’amener la paix d’une manière aussi glorieuse qu’avantageuse à la République détermine seul ma conduite. Je serais au désespoir si j’agissais contre les vues de mon Gouvernement ; au reste, l’armistice ne sera que de trente jours, vous pourrez le rompre, si je m’étais trompé dans ma détermination.
[R. I, p. 128.]
Ancône, le 21 pluviôse an IX (10 février 1801).
A M. le général de l’armée napolitaine.
J’ai déjà eu l’honneur, monsieur le général, de vous écrire qu’il n’était pas en mon pouvoir de rien changer aux propositions que je vous ai faites, je n’ai donc pas signé le projet d’armistice que vous m’avez adressé. Je vous envoie une rédaction de celui basé sur le vôtre et les intentions de mon Gouvernement, je me flatte que vous n’hésiterez pas à le signer, si comme je n’en doute nullement, votre Cour désire sincèrement la paix. Je donne donc le temps à M. le major que vous m’avez adressé, de se rendre près de vous et celui qui lui est nécessaire pour revenir. Après ce délai de deux fois 48 heures, je ne puis pas vous répondre qu’il soit en mon pouvoir de continuer mes relations avec vous sur cet objet.
Je désire sincèrement de pouvoir contribuer en mon particulier à voir se rétablir entre nos deux puissances leur ancienne liaison et à faire quelque chose qui puisse être agréable à Sa Majesté. S’il eût été en mon pouvoir de souscrire l’armistice que vous m’avez envoyé, j’eusse certainement cédé aux instances et à la persuasion de M. votre major, qui m’a paru joindre à ses connaissances militaires et à une saine politique, l’intérêt le plus vrai pour tout ce qui regarde votre Roi et votre personne en particulier.
J’espère que votre réponse me sera rendue, monsieur le général, dans deux fois quarante huit-heures.
[R. I, p. 129.]
Ancône, le 21 pluviôse an IX (10 février 1801).
Tous vos moments sont marqués, Mr l’ambassadeur, par de nouveaux témoignages de votre intérêt pour moi. Je vous en remercie bien sincèrement.
J’ai eu l’honneur de vous faire parvenir l’arrêté des Consuls du 30 nivôse, relativement à la marine de Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, je vous ai aussi témoigné mes regrets de ne pouvoir rien changer aux propositions que j’avais déjà faites, je vous les témoigne de nouveau.
Je n’ai véritablement pas pu signer la rédaction de l’armistice qui m’a été adressée par le général Damas, dont j’approve les bases. Je viens de lui adresser un projet tout rédigé qui ne peut éprouver de difficultés que quant à son article additionnel et secret, mais je pense que si Son Altesse Royale le Prince héréditaire est véritablement pénétré du désir de faire la paix, comme je n’en fais aucun doute, elle s’empressera de lever cette difficulté. Votre médiation y contribuera sans doute beaucoup. Son Altesse vous devra la conservation de son royaume et moi, le plaisir d’avoir fait quelque chose d’agréable à votre Souverain et d’avoir contribué en mon particulier à la paix définitive entre mon pays et la cour de Naples.
Recevez, monsieur l’Ambassadeur, avec le désir que j’ai de vous revoir bientôt, l’assurance de mon dévouement et de ma haute considération.
[R. I, p. 130.]
Ancône, le 22 pluviôse an IX (11 février 1801).
Je vous adresse, citoyen général, copie de l’armistice conclu à Lunéville, je vous prie de le communiquer aux commissaires autrichiens et de m’en accuser la réception. Vous verrez qu’en vertu de cet armistice, les Autrichiens ne doivent enlever de la place d’Ancône que les subsistances nécessaires pour leur route et l’artillerie de campagne.
Créez une commission pour procéder aux recherches ennemies dans la Marche, composée des citoyens Miot, Beleze et un négociant d’Ancône. Ordre de faire saisir, vendre ou faire rembourser le montant des factures.
[R. I, p. 131.]
Ancône, le 22 pluviôse an IX (11 février 1801).
Voulant donner à Sa Sainteté une preuve bien authentique des sentiments de bienveillance de la part de mon Gouvernement, désirant calmer toutes ses inquiétudes sur le séjour de mon armée dans ses États et sur ses différents mouvements et ôter tout espoir révolutionnaire à ses sujets, j’ai consenti, sur la demande que m’en a fait Monseigneur Caleppi, à une convention relative à l’évacuation du territoire ecclésiastique.
Je désire que le général Damas s’empresse d’accueillir l’armistice que j’ai consenti, ce serait le moyen de me mettre à même de ratifier la rédaction de celui dont est porteur Monseigneur Caleppi.
Ce digne prélat a conquis toute mon estime, son éloquence douce et persuasive a captivé mon cœur, il a plaidé la cause du Saint-Père avec tant de chaleur que j’ai été obligé de me rendre à tout l’intérêt qu’il porte à Sa Sainteté et à la Religion. Je serais cependant flatté que Sa Sainteté pût être persuadée que mon désir à obliger s’est trouvé réuni à celui de Monseigneur Caleppi.
Je prie Son Eminence de croire que rien ne peut ajouter aux sentiments distingués que je conserve pour Sa Sainteté et à la parfaite considération pour votre personne.
[Archives du prince Murat R. I, p. 131 et Aff. Étr. Rome, suppl., vol. 22.]
Ancône, le 22 pluviôse an IX (11 février 1801).
Je reçois votre lettre de Macerata, mon cher général, vous n’avez pas perdu ma confiance, l’intrigue ni la calomnie ne peuvent rien sur moi, des motifs de service ont seuls déterminé votre changement qui devient indispensable quant à présent, les généraux que j’ai demandés au général Brune n’étant pas encore annoncés. Je vous réitère donc l’ordre de vous rendre à votre nouveau poste.
Croyez à mon estime et à mon attachement.
[R. I, p. 132.]
24 pluviôse an IX (13 février 1801). — 25 germinal an X (13 avril 1802).
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DÉPARTEMENT DE LA GUERRE
Extrait des Registres des Délibérations des Consuls de la République.
Paris, le 24 pluviôse de l’an 9 de la République française une et indivisible (13 février 1801).
Les Consuls de la République arrêtent
Le Corps d’observation qui est actuellement dans les États du Pape, portera le nom d’Armée d’observation du Midi.
Le général Murat commandera en chef cette armée.
Le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Le Premier Consul, Signé : BONAPARTE. Par le Premier Consul, le Secrétaire d’État Signé : Hugues B. MARET.
[Archives de la Guerre.]
Ancône, le 24 pluviôse an IX (13 février 1801).
Le ministre de la Guerre m’a donné avis, citoyen payeur, qu’il a fait mettre à ma disposition pour la solde des troupes du Corps d’observation une somme de 700,000 francs en or et 15,000 francs pour mes dépenses secrètes. Je vous préviens que ma troupe est sans solde depuis un mois, que mon artillerie n’a pas été payée depuis deux mois125. Je vous prie donc de prendre sur le champ les mesures nécessaires pour que les fonds, qui me sont annoncés, m’arrivent dans le plus bref délai.
[R. I, p. 132.]
Ancône, le 25 pluviôse an IX (14 février 1801).
Je reçois à l’instant, mon cher général, deux lettres par deux courriers extraordinaires, l’une du ministre de la Guerre, en date du 16, et la seconde, du ministre des Relations extérieures, en date du 14. Vous verrez par leur extrait que je vous envoie, combien il est urgent que je reçoive le renfort qui m’est annoncé par le Gouvernement. Vous y verrez aussi que j’ai rempli jusqu’à ce moment ses intentions, soit par ma position sur Foligno, soit par ma correspondance avec les Cours de Naples et de Rome. Je serai flatté d’apprendre que j’ai aussi rempli les vôtres.
Je vous demande surtout un train d’artillerie, en soldats et chevaux, pour atteler six pièces, j’en ai absolument besoin, mes chevaux se trouvant hors d’état de service par la longue route qu’ils viennent de faire et tous les soldats du train ayant déserté. Je me repose entièrement sur votre amitié pour le choix des troupes qui me sont annoncées. J’espère recevoir par le retour de mon courrier l’itinéraire de leur marche.
J’ai lieu d’être étonné de la conduite du général Marmont à l’égard de mon artillerie, il a envoyé trois officiers sur la route de Bologne pour l’arrêter, il avait même ordonné à ses officiers de requérir la force des commandants de place pour en arrêter la marche ; heureusement que le général qui la commande a refusé d’exécuter ses ordres et qu’elle m’est enfin parvenue, mais, comme je vous l’ai annoncé, totalement délabrée.
Le second bâtiment, retenu jusqu’à ce jour par le vent contraire, mettra ce soir à la voile, il porte 12,000 boulets de différents calibres, mille fusils, vingt quintaux de plomb, 1,500 livres de soufre et 30 tonneaux de vin. Je fais partir un aide-de-camp avec des instructions.
Le citoyen Meuron, nommé par le Gouvernement agent des Relations commerciales dans l’Adriatique, est arrivé ici, je lui ai transmis les instructions nécessaires pour nos expéditions secrètes ; j’envoie un autre agent à Civita-Vecchia. Je me trouve sans fonds pour ces différentes expéditions.
Je vous préviens que j’envoie à Livourne pour y recevoir l’argent de la contribution de Lucques, que le général Clément m’annonce tenir à ma disposition. Je répartirai cette somme entre les différents agents des Relations commerciales. Je ferai aussi verser dans la caisse de mon payeur les 150,000 livres provenant du rachat des marchandises anglaises, que le citoyen Belleville tient aussi à ma disposition.
Je vous prie aussi de me faire envoyer sur le champ les 700,000 livres en or que le ministre de la Guerre a fait passer au payeur de votre armée pour la solde du Corps d’observation, ainsi que les fonds envoyés pour mes dépenses secrètes et pour mon artillerie. Empêchez que ces fonds ne reçoivent une autre destination, j’en ai le plus grand besoin, ma troupe se trouvant très arriérée.
Je partirai ce soir pour me rendre à Foligno, afin de savoir définitivement si le projet d’armistice que j’ai envoyé est accepté; dans le cas contraire, je me porterai de suite sur les frontières du royaume de Naples. Je vous ferai connaître avec plaisir tous mes différents mouvements.
Ne m’oubliez pas surtout pour le train d’artillerie. Je m’attends aux objections ordinaires du général Marmont, mais je sens que vous êtes général en chef et qu’à ce titre, elles ne seront pas écoutées. Je vous réitère l’assurance de mon attachement.
[R. I, p. 133.]
Ancône, le 25 pluviôse an IX (14 février 1801).
J’ai reçu ce matin, citoyen ministre, votre dépêche du 14 pluviôse, vos instructions et les intentions du Premier Consul sont presque remplies. J’occupe depuis le 16 Foligno. Par cette position, je communique avec Rome et Ancône, je couvre la Toscane, j’observe les débouchés de Terni et j’ai forcé les Napolitains à souscrire à toutes les conditions que je leur ai imposées. Une dépêche que je reçois du ministre de la Guerre en même temps que la vôtre, contient les mêmes instructions.
Le citoyen Meuron, chargé par vous des Relations commerciales dans l’Adriatique, est arrivé ce matin. Je lui ai transmis les instructions nécessaires pour les expéditions secrètes dont vous me chargez, mais je dois vous déclarer que je me trouve sans moyens pécuniaires ; j’aurais vu avec plaisir que vous m’auriez indiqué les moyens de m’en procurer.
Un aviso, chargé de boulets, fusils, vins, liqueurs, vins étrangers et rhum, est parti le 14 au matin avec un vent très favorable, j’aime à penser qu’il est déjà arrivé en bon port. Un second portant 12,000 boulets et mêmes objets que le premier mettra ce soir à la voile, il serait déjà en mer sans un vent contraire qui règne depuis quelques jours.
J’envoie à Civita Vecchia, avec des instructions nécessaires, le citoyen Haslawer et le charge d’y préparer le plus de bâtiments qu’il lui sera possible.
Vous m’annoncez des notes des objets que vous désirez expédier pour l’Égypte que je n’ai pas reçues.
Je me suis empressé de faire connaître, il y a huit jours, à M. Levachoff, grand veneur et envoyé extraordinaire de la Russie, l’arrêté des Consuls du 30 nivôse, relativement à la marine de cette puissance, ainsi que l’embargo mis par l’Angleterre sur les bâtiments de la neutralité armée ; d’après cela, je crois pouvoir vous annoncer que j’obtiendrai par l’intermédiaire de cet ambassadeur, que le Roi de Naples mette aussi l’embargo sur les bâtiments anglais. Déjà il a consenti à lui fermer tous ses ports et à ne lui fournir ni vivres ni munitions. Je suis persuadé que le Premier Consul vous a déjà fait connaître ma conduite politique et militaire envers la Cour de Rome et de Naples ; je déclarerai à cette dernière que M. de Gallo126 ne sera entendu à Lunéville que lorsque l’ambassadeur de Russie aura déclaré que le Roi de Naples a fait mettre embargo sur tous les bâtiments anglais.
Je suis flatté, citoyen ministre, que cette circonstance me mette à même de correspondre avec vous, je ne puis pas vous promettre d’être bon politique, mais je puis vous assurer que vous pouvez compter sur mon zèle et le désir que j’ai de remplir vos vues et celles du Gouvernement.
Je vous prie de recevoir l’assurance de mon entier dévouement.
[R. I, p. 135.]
Ancône, le 25 pluviôse an IX (14 février 1801).
Je reçois à l’instant votre courrier du 16 courant, ainsi que la lettre que vous désirez que j’écrive à Mr l’ambassadeur russe, je vous envoie copie de ma correspondance avec cet ambassadeur. Si je n’ai pas pu deviner l’intention du Gouvernement sur l’embargo qu’il désire faire mettre par le roi de Naples sur les bâtiments anglais, ce n’est pas ma faute, n’ayant jusqu’à ce jour reçu aucune instruction sur ma conduite politique envers Naples. Vous verrez cependant qu’à cet article près, toutes vos instructions se trouvent remplies. J’ai un moyen bien sûr de rompre de suite toute espèce de négociation d’armistice avec le général en chef de l’armée napolitaine, lui ayant déclaré par ma lettre qui accompagnait mes propositions d’armistice, que je donnais à son courrier pour la signature que le temps d’aller à son quartier général et de revenir au mien, c’est-à-dire deux fois 48 heures, qu’après ce délai passé, je ne lui répondais plus de pouvoir écouter toute proposition ultérieure à ce sujet. Le temps fixé est expiré, je puis lui annoncer dès demain que toute négociation est rompue, que je vais marcher sur ses frontières et que je ne suspendrai mon mouvement, que lorsqu’il sera décidé à souscrire à la nouvelle proposition que je lui ferai.
Je crois pouvoir vous annoncer d’avance que je ne doute nullement que Mr Levachoff ne parvienne à décider Sa Majesté Sicilienne à mettre l’embargo sur les bâtiments anglais.
Par l’arrêté des Consuls du 30 nivôse et par la lettre que vous me chargez d’écrire à l’ambassadeur russe, la cour de Naples se trouve forcée de s’expliquer positivement entre l’Angleterre et la Russie. 3,000 Russes occupent Naples, mon armée menace ce royaume d’une invasion, la guerre civile est prête à éclater, le roi de Naples a des torts réels envers la France, son premier magistrat lui présente un pardon et ce pardon est la paix, la conservation de sa couronne et, pour plus grand résultat, l’appui des deux plus grandes nations de l’Europe ; il ne lui reste donc que le parti de souscrire et d’accepter les conditions que je lui proposerai de nouveau.
J’annoncerai à la Cour de Naples que M. de Gallo a déjà reçu ses passeports pour se rendre à Paris, mais qu’il ne sera entendu que lorsque Mr l’ambassadeur russe m’aura certifié que l’embargo a été mis sur tous les bâtiments anglais.
Voulez-vous, citoyen ministre, être assez bon et indulgent pour me permettre quelques observations. Ne serait-il pas politique de traiter ici de la paix en même temps qu’à Lunéville? M. de Gallo se rend à Paris avec des instructions dictées par le cabinet de Vienne et remplies de l’esprit de Thugut128 et de la reine de Naples. Le chargé de pouvoirs, qui me serait envoyé ici directement de la cour de Naples, me porterait des prétentions bien moins exagérées, parce qu’elles seraient dictées par les circonstances, plus vraies et plus conformes à vos vues, parce qu’elles seraient influencées par la médiation de la Russie, et le résultat des négociations serait moins lent, parce que je suis avec mon armée à la porte de la capitale.
Ne pourriez-vous pas en même temps négocier à Lunéville et à Rome? Ne seriez-vous pas toujours le maître d’opter entre les deux traités qui seraient conclus. L’armistice conclu à Lunéville pour l’Armée d’Italie est une preuve frappante de l’avantage qui pourrait résulter de la mesure que je vous propose. Pardonnez à un jeune militaire, qui a le plus grand désir de remplir ses devoirs, d’oser entrer dans des détails diplomatiques. Il ne trouve son excuse que dans l’attachement dont vous n’avez cessé de lui donner des preuves et il vous prie de l’aider de vos lumières dans la nouvelle carrière où les circonstances et votre confiance viennent de le jeter.
Je suis extrêmement sensible, citoyen ministre, à tout ce que votre lettre contient d’obligeant pour moi, je vous en remercie et vous prie de croire à mon bien sincère attachement.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 136 et Aff. Etr. Naples, vol. 127.]
Ancône, le 25 pluviôse an IX (14 février 1801).
Je reçois, citoyen ministre, en même temps que votre dépêche du 16, une du même jour du ministre des Relations Extérieures, elle contient à peu près les mêmes instructions que les vôtres ; toutes vos vues se trouvent remplies, à l’article près de l’embargo, mais, je vous l’avoue, je n’ai pas été de force à deviner celui-là, cependant je suis encore à temps de présenter cet article additionnel à la Cour de Naples. Les circonstances la forcent à prendre un parti entre la Russie et l’Angleterre, je suis certain qu’elle ne balancera pas à se prononcer en faveur de la première.
Mon artillerie est arrivée ici, six pièces d’artillerie légère en partiront après demain pour Foligno, six autres partiront en même temps de Sienne pour la même destination. J’ai demandé au général Brune des chevaux et des charretiers pour en atteler encore six, de manière que j’espère avoir réuni, d’ici à douze jours, un train d’artillerie de 30 pièces de canon. Je n’ai encore aucune nouvelle du renfort que vous m’annoncez de l’Armée d’Italie, je l’ai cependant demandé deux fois au général Brune en lui envoyant extrait de vos lettres, j’espère avoir réponse à mon dernier courrier demain.
Je suis très mécontent de la manière dont Marmont se conduit envers moi, votre frère vous a déjà fait connaître sa conduite indécente, j’en ai rendu compte moi-même au général Brune.
Une lettre du citoyen Dufresne, directeur du Trésor public, a jeté l’alarme parmi les officiers généraux et administrateurs du Corps d’observation, elle prescrit au payeur du Corps de verser dans la caisse du payeur général de l’Armée d’Italie les fonds qui se trouvent dans la sienne, et que le Corps d’observation faisant à l’avenir partie de l’Armée d’Italie, c’était au payeur de cette armée à le solder. De là vient que les 700,000 francs que vous m’annoncez par votre lettre du 23 nivôse, ne me sont pas encore parvenus, ainsi que les 15,000 francs de frais extraordinaires et les fonds pour mon artillerie. Je viens d’expédier un courrier à ce payeur et lui demande la restitution de ces fonds, s’il les a reçus. Je ne puis penser qu’il soit entré dans vos projets, ni dans ceux du Premier Consul, en me prescrivant de correspondre avec le gal Brune, de me forcer de confondre les détails du Corps d’observation avec ceux de l’Armée d’Italie. Je ne puis m’empêcher de vous déclarer que si telle était votre intention, je n’hésiterais pas un seul instant à vous donner ma démission. J’ai écrit au général Brune, et je le prie de ne pas permettre que les fonds que vous m’avez annoncés reçoivent une autre destination. Si ma troupe se comporte bien et mérite vos éloges, je ne les dois qu’à mes efforts constants pour tenir sa solde alignée et pour pourvoir à ses autres besoins.
Je n’ai certainement qu’à me louer du général Brune, mais il ne fallait pas m’annoncer que je formerais un corps indépendant et ensuite déclarer que je faisais partie de l’Armée d’Italie. De cette déclaration résulte déjà une infinité de désordres, déjà les émissaires ou plutôt les sangsues de l’Armée d’Italie, c’est-à-dire les personnes, qui par leur immoralité et leurs principes font abhorrer partout le nom français, fourmillent ici et m’assiègent, mais je les renvoie impitoyablement, étant dans la ferme résolution d’emporter cette fois-ci des États du Pape et de Naples l’estime générale des habitants.
Vous m’avez ordonné, citoyen ministre, le départ de plusieurs bâtiments pour l’Égypte, sans affecter aucuns fonds pour cet effet, je vous déclare que je n’ai point le talent de battre monnaie. Cependant je vous ai annoncé le départ d’un bâtiment, un second portant 15,000 boulets de 3 et de 8, et 30 tonnes de vin, partira cette nuit avec l’aide-de-camp Lagé. Le citoyen Haslawer, d’après les instructions du ministre des Relations Extérieures, se rend d’après mes ordres à Civita Vecchia, avec ordre d’y préparer des embarcations pour l’Égypte. Je vais tâcher de me procurer des fonds et j’en mettrai à sa disposition. Le citoyen Belleville se concertera avec lui à cet effet.
Si l’armistice se conclut avec Naples, j’ai le projet d’en profiter pour faire un coup de main sur Porto Ferrajo. Les Anglais, en évacuant Livourne, ont fait de ce port l’entrepôt de toutes leurs marchandises et de toutes leurs captures sur mer, mais je ne le ferai qu’à coup sûr ; déjà Civita-Vecchia, le château Saint-Ange, j’ose même dire tous les États du Pape sont évacués.
Je pars demain pour Foligno, je laisse ici des ordres pour la marche ultérieure du renfort qui m’arrivera d’Italie. Je ferai quelques mouvements sur les frontières de Naples, j’éviterai le voisinage de Rome et pour convaincre les habitants des États ecclésiastiques de la sincérité de la conversion des Français, je ne laisserai échapper aucune des occasions de leur donner des preuves de notre retour à la religion et de notre attachement au Saint-Père.
[Tous les jours, surtout par le silence du Premier Consul et sur l’interprétation qu’il a fait donner à ma dernière lettre, s’il n’avait défendu par ce moyen de lui soumettre de nouvelles observations, je lui eusse dit que j’avais vu avec indignation l’armistice honteux conclu en Italie, la désunion qui règne parmi les généraux. Mais voilà la paix! Sans cela, je persisterais à lui dire que Brune ne peut plus commander cette armée130.]
Ce que vous me dites d’aimable, citoyen ministre, dans votre lettre, sur la bonne conduite des troupes, me dédommage un peu des dégoûts dont je suis abreuvé tous les jours, surtout par le silence du Premier Consul. Comptez, mon général, sur mon zèle, croyez que tous les moyens seront employés pour parvenir à remplir vos intentions et celles du Gouvernement, surtout actuellement qu’elles me sont connues.
P. S. — J’ai dû donner, citoyen ministre, le titre d’Armée au Corps d’observation pour en imposer davantage à l’armée napolitaine, j’ai pris celui de général en chef ; depuis mon départ de Paris, on m’en a rendu malgré moi tous les honneurs. Je ne suis connu que sous ce titre. Vous m’y avez autorisé vous-même, en me prescrivant de déclarer au général napolitain que je marcherais sur lui avec mon armée, s’il n’évacuait le territoire romain.
Dans pareille circonstance, Championnet, détaché de l’Armée d’Italie, prit le nom de général en chef de l’Armée de Naples, lorsqu’il entra sur son territoire, cet acte fut confirmé par le Gouvernement. Je réclame la même justice ; le corps d’armée que je commande le réclame aussi. Que le Corps d’observation soit donc désormais connu sous celui d’Armée de Naples. Le Gouvernement est le maître de donner le commandement de cette armée à la personne qu’il jugera plus digne de sa confiance. Je vous prie de me faire connaître par le retour de mon courrier la décision qu’aura prise le Gouvernement à cet égard131.
Je vous prie de m’envoyer par le courrier la carte de Naples par Zenoni ou de tout autre.
[Archives du prince Murat R. I, p. 138, et Archives de la Guerre.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Au général commandant l’Armée napolitaine
Mes observations sur votre projet d’armistice ont dû vous parvenir dans la nuit du 22 au 23 pluviôse, ma lettre du même jour vous a fait connaître d’une manière positive le délai que je vous donnais pour conclure définitivement l’armistice que vous sollicitez ; ce délai est plus qu’expiré, vous ne m’avez point répondu ; je vous déclare donc, Mr le général, que je vais mettre mon armée en mouvement vers les frontières de Sa Majesté Sicilienne.
Le Gouvernement français vous a fait connaître par mon organe que l’intérêt que prenait Sa Majesté l’Empereur de Russie au Roi de Naples portait le Premier Consul à oublier les injures nombreuses et de toute espèce dont votre Gouvernement s’est rendu coupable envers le peuple français. D’après cette ouverture, nous avions lieu d’espérer que vous resteriez paisible spectateur d’une lutte dans laquelle vous ne pouviez être que de peu de conséquence.
Cependant le Roi de Naples, oubliant pour la deuxième fois ce que la véritable politique et la conduite généreuse du Gouvernement français exigeaient de lui, persiste à rejeter mes observations à l’armistice que vous m’avez demandé. Je vous déclare donc, Mr le général, que je ne suspendrai ma marche133 et n’entrerai en négociations avec vous que lorsque vous aurez signé le projet d’armistice que je vous ai envoyé par Mr le major de votre armée, et que lorsque, par un article additionnel, vous m’aurez fait certifier par Mr l’ambassadeur de Russie près votre Cour, que votre Roi a fait mettre un embargo sur tous les bâtiments anglais et turcs.
Ne comptez plus, Mr le général, sur l’influence de la Cour de Vienne, cette puissance ne peut plus vous protéger. Le seul Prince qui peut aujourd’hui être favorable à votre Roi, par la considération personnelle et particulière qu’à pour lui le Premier Consul, est l’Empereur de toutes les Russies. Que votre Roi mérite donc, Mr le général, la continuation des bontés de ce Prince! Il ne peut le faire qu’en mettant l’embargo qui servira d’équivalent à celui que le Roi d’Angleterre vient de faire mettre si injustement sur tous les bâtiments de la Neutralité armée.
Souscrivez, Mr le général, à ces préliminaires et sur le champ j’arrête ma marche et conclus avec vous un armistice précurseur d’une paix juste et équitable.
Je suis chargé par mon Gouvernement de faire connaître à la Cour de Naples que Mr le marquis de Gallo a reçu les passeports nécessaires pour se rendre à Lunéville, je dois lui déclarer en même temps que ce ministre ne sera écouté sur aucune négociation, si, au préalable, l’embargo que je vous demande n’a été mis.
Quant à l’échange des prisonniers, je vous réitère, monsieur le général, qu’il n’aura lieu que lorsque vous m’aurez envoyé le citoyen Dolomieu, les généraux Dumas, Manscourt, et généralement tous les Français faits prisonniers, contre toutes les lois de la guerre, en revenant d’Égypte.
Monsieur le général, lorsque je viens de vous parler avec franchise et cette simplicité, vous reconnaîtrez facilement le langage d’un soldat, étranger aux détours et aux délais diplomatiques.
Croyez, Monsieur le général, à l’estime que j’ai pour vous.
[R. I, p. 142.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Le délai accordé pour la signature du projet de l’armistice étant expiré, je viens en conséquence de déclarer à M. le général Damas que j’allais mettre mon armée en mouvement et que je ne suspendrais ma marche, que lorsque le Roi de Naples aura fait mettre un embargo sur tous les bâtiments anglais, et évacué tout le territoire romain.
Que Sa Sainteté signifie à M. Damas d’évacuer sur le champ le fort Saint-Ange et ses États, et je prends l’engagement, au nom du Premier Consul, de ne me porter sur Rome, à moins d’y être forcé par l’opiniâtreté des Napolitains à ne pas évacuer cette ville.
Le Premier Consul veut absolument que Sa Sainteté soit libre et maîtresse dans ses États. Je n’ajouterai rien à cette déclaration, les sentiments de mon Gouvernement envers Sa Sainteté sont déjà connus.
Croyez que ma conduite sera toujours basée sur les principes que je vous ai annoncés et sur l’estime particulière que j’ai pour vous.
[R. I, p. 144.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
A Monsieur de Levachoff, ambassadeur russe.
J’ai l’honneur de vous envoyer, Mr l’ambassadeur, la copie de la lettre que j’écris par ordre de mon Gouvernement à Mr l’ambassadeur de Russie près la Cour de Naples. Vous y verrez les motifs qui m’ont engagé à rompre avec M. Damas toute négociation qu’au préalable le Roi de Naples n’ait consenti à faire mettre un embargo sur tous les bâtiments anglais. Vous y verrez qu’on projette à Paris et à Saint-Pétersbourg l’enlèvement de Malte aux Anglais, pour la rendre à l’ordre de Saint-Jean dont l’Empereur de Russie est le grand-maître. Je ne doute nullement, Mr l’ambassadeur, que vous ne secondiez de tous vos moyens la réussite de cette négociation, je verrais avec plaisir que j’en devrais le succès à votre médiation. Il est d’autant plus facile que le Roi de Naples, forcé par les circonstances, la présence de mon armée qui menace ses États d’une invasion, l’occupation de ses forts par les troupes de Sa Majesté, votre maître, à se prononcer entre la Russie et l’Angleterre, ne balancera pas à se déclarer en faveur de la première. Par son refus, il court à une perte inévitable et, d’un autre côté, il devient l’allié des deux plus grandes puissances du monde.
Votre attachement à Votre Empereur est un sûr garant de vos efforts et de votre zèle dans cette circonstance ; il serait bien flatteur pour moi d’avoir pu y coopérer. Je vous assure de nouveau de toute mon estime et mon attachement.
Je vous prie de faire parvenir par un courrier, si par hasard il se trouvait à Palerme et négociez-en de votre côté auprès de Son Altesse Royale le Prince héréditaire.
[R. I, p. 145.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
A Mr l’ambassadeur de S. M. l’Empereur et Roi.
J’ai reçu ce matin la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser de Rome le 15 février. Je l’ai lue avec attention. Il ne m’appartient pas de prononcer sur la légitimité des prétentions et droits du souverain légitime de la Toscane ; c’est à Lunéville que doit s’agiter cette grande question. J’ai trouvé en Toscane un gouvernement provisoire et, voulant éviter toute innovation, j’ai maintenu.
En acceptant le commandement de la Toscane, je m’étais promis d’y ramener le calme, la tranquillité et la justice. Mes premiers efforts ont été dirigés vers ce but, j’ai fait connaître à ce sujet mes sentiments et les intentions de mon Gouvernement et, dès les premiers jours de mon séjour à Florence, j’ai vu la consolation et la confiance renaître parmi les habitants.
Quant à la contribution dont vous me parlez, Monsieur, elle ne doit pas être considérée comme une punition contre ceux qui à l’approche des Français ont abandonné la Toscane, mais bien comme un secours nécessaire aux circonstances exigé sur les plus riches propriétaires de la Toscane. Les besoins de mon armée m’ont forcé à sanctionner cet acte du gouvernement.
Je passe au second paragraphe de votre lettre. Par respect et par estime pour ceux des généraux français qui ont élu le membres du gouvernement toscan, je ne me permettrai aucune injure sur leur moralité et leurs principes ; mais voulant et devant empêcher tout acte arbitraire et injuste, j’ordonne la suppression de la Commission établie pour reviser les actes du Sénat Toscan et renvoie cet examen à d’autres circonstances.
Je ne puis pas approuver, sans être en contradiction avec moi-même, l’absence des Toscans, qui, à l’approche de l’armée française, ont abandonné leurs foyers ; je leur réitère au contraire mon invitation d’y rentrer, c’est le seul moyen de rendre à leur pays le calme et la tranquillité.
J’ai dans plus d’une occasion reçu de Son Altesse Royale le Grand-Duc de Toscane des marques d’estime et de distinction, je ne saurais mieux lui prouver ma reconnaissance qu’en nourrissant dans ses États les sentiments d’affection de ceux qui lui sont restés fidèles et en ramenant ceux qui ont été égarés. Si le Grand-Duc est destiné à régner encore en Toscane, il me saura peut-être gré de ma conduite, et dans tous les cas, il me sera doux d’avoir fait mon devoir.
Vous trouverez ci-joint le passeport que vous me demandez.
Je suis flatté, Mr l’ambassadeur, que cette circonstance me procure l’avantage de correspondre avec vous et de vous assurer de toute ma considération.
[R. I, p. 146.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Au citoyen Rigaud135, commandant d’armes à Livourne.
Je vous remercie, mon cher Rigaud, de tous les renseignements que vous me donnez, mais je vous trouve un peu réservé avec moi. Démasquez franchement les personnes dont vous me parlez, signalez-les moi par leurs noms et par des faits. Des personnes semblables ne méritent aucun ménagement et ne parviendront pas à me rendre le complice de leurs dilapidations.
Continuez à faire exécuter avec le même zèle les instructions qui vous ont été données.
[R. I, p. 147.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Au citoyen Belleville, commissaire des Relations commerciales en Toscane.
Je suis fâché, citoyen commissaire, des entraves que vous me dites éprouver sur la rentrée du million que j’ai réclamé à la Banque de Livourne, d’après vos invitations, ainsi que sur le rachat des marchandises anglaises.
Je vous prie de faire verser dans la caisse du receveur des contributions en Toscane les 316,000 francs de Toscane, qui déjà sont en billets au porteur entre les mains de M. Backri, et que je regarde comme un à-compte du million qui doit être réintégré dans la caisse de la Banque, conformément à la lettre que je lui ai écrite, également à votre demande. Vous ferez également verser dans la caisse du Trésorier des contributions le restant du million de la somme qui doit rentrer du rachat des marchandises.
Vous n’avez qu’à me faire connaître d’une manière positive les fonds dont vous avez besoin pour les expéditions d’Égypte, je les ordonnerai et vous en tiendrez compte au ministre des Relations Extérieures.
Je n’ai pas cru pouvoir laisser à Livourne une personne qui méritât la confiance du Gouvernement plus que vous. Je ne vois pas sur quoi seraient fondées les inquiétudes des négociants pour l’avenir, puisque votre opération a été basée sur les ordres que vous m’avez dit avoir reçus du Gouvernement, et que, d’après votre demande, j’ai favorisée de tous les moyens. Pourquoi réclamer l’appui de mon autorité, quand j’ai mis à votre disposition la force armée?
Le Gouvernement verra sans doute avec peine votre éloignement de Livourne et de ses intérêts en Toscane, je vous témoigne la mienne particulièrement. Je ne puis ratifier l’exécution de la Convention que vous avez contractée envers le commerce de Livourne, que lorsque vous me l’aurez fait connaître et que j’aurai pu l’examiner136.
La Banque et la Commune devaient me remettre toutes les pièces relatives à l’emploi des fonds dont elles ont disposé, mais ne l’ayant pas fait, je ne puis leur écrire la lettre de satisfaction que vous me demandez pour elles.
Je vous fais passer une dépêche du ministre des Relations Extérieures qu’il m’adresse par un courrier extraordinaire. J’envoie, d’après les ordres du ministre des Relations Extérieures, à Civita Vecchia le citoyen Haslawer, en qualité d’agent pour les expéditions d’Égypte. Je lui donne l’ordre de correspondre avec vous et de recevoir vos instructions à ce sujet.
Je serai peut-être bientôt à même de faire l’expédition de Porto Ferrajo, il serait bien nécessaire, si vos occupations vous le permettent, de vous rendre à mon quartier général, afin d’y concerter les premiers moyens et en assurer l’exécution. J’aurais en outre à conférer avec vous sur des instructions que je reçois du Gouvernement par le ministre des Relations Extérieures.
Recevez l’assurance de mon sincère attachement.
[R. I, p. 148.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Au général Vouillemont, commandant à Florence.
J’envoie à Florence, mon cher général, l’adjudant-commandant Reille pour y remplacer le chef de brigade Lacroix dans le commandement de cette place, je vous prie de le faire reconnaître en cette qualité.
L’ordonnateur Michaux vient d’ordonner au commissaire de Florence une fabrication de biscuit, veuillez lui donner les vôtres particulièrement, et en faire filer sur Perugia deux cent mille rations, à mesure qu’il sera fait. Je vous prie de favoriser aussi l’arrivée des munitions qui doivent vous être envoyées de Livourne.
Je reçois à chaque instant des réclamations, à la suite des effets d’une proclamation du Gouvernement toscan sur la formation d’une commission pour reviser les actes émanés du Sénat toscan. Comme je ne crois pas que cette mesure soit politique et conforme aux circonstances, vous voudrez bien faire connaître au Gouvernement que je désire que cette commission cesse ses fonctions jusqu’à nouvel ordre.
Vous déclarerez au Gouvernement qu’à l’avenir, il ne doit prendre aucune mesure extraordinaire, sans que préalablement il me les ait soumises et que je lui aie donné mon approbation.
Le Gouvernement doit s’occuper sans relâche des moyens d’assurer ses engagements envers l’armée française pour ses besoins, de faire rentrer ses contributions pour la payer ; il doit prendre des mesures sages et modérées et ramener le calme et la confiance par sa justice ; c’est le seul moyen de faire supporter et chérir son autorité.
On disait en France, il y a dix ans : « Le moment des Révolutions est arrivé » parce que la Révolution était nécessaire au bonheur et à la restauration des mœurs françaises. Aujourd’hui nous disons : « Le moment des Révolutions est passé » parce qu’elle est faite et que nous voulons la paix qui est impossible en Révolution.
En Toscane, nous commandons militairement, parce que ce pays est devenu notre conquête par le sort des armes, et nous devons n’apporter aucune atteinte à la Constitution dans le moment où le sort politique de cet État doit entrer dans la balance des intérêts de l’Europe, qui s’agitent aujourd’hui au Congrès de Lunéville.
Écrivez aux membres du Gouvernement dans ce sens, votre sagesse qui m’est connue, me répond de l’exécution des intentions du Gouvernement français à cet égard et du maintien de la tranquillité en Toscane. Je vous prie de m’envoyer copie de la lettre que vous écrirez à cet égard.
Je vais faire verser dans la caisse du payeur de la Toscane 100,000 francs destinés à payer la solde de la division de Toscane. Faites partir sur le champ pour Perugia et Foligno les six pièces d’artillerie cisalpine qui sont à Sienne, et la 97e pour Cortone.
La Toscane qui ne doit plus à l’avenir éprouver de vexations de la part de personne et qui se trouve au milieu des armées françaises, restera certainement tranquille. Vous avez assez de troupes qui s’y trouvent pour contenir les malveillants et les perturbateurs.
Je vous prie de me faire parvenir tous les jours le rapport du commandant de la place.
[R. I, p. 149.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Les rapports qu’on m’avait fait sur votre compte vous avaient acquis mon admiration, vos relations avec moi vous donnent mon estime. Vous m’avez demandé un rendez-vous ; vous croyant émigré138, ma délicatesse et ce que je dois à la dignité de la grande nation m’avaient empêché de m’y rendre, mais ayant appris que vous étiez avant la Révolution au service de Sa Majesté l’Empereur de Russie, je m’empresse de vous annoncer que je suis prêt à me rendre à Narni, indiquez-moi le jour et l’heure et ce jour-là sera un jour d’armistice.
Si vous êtes Français, sans cesser de servir le Roi de Naples de la manière la plus utile, je ne doute nullement qu’éclairé d’une manière franche et militaire sur les prétentions et le but de mon Gouvernement, vous n’obteniez de Sa Majesté Sicilienne l’embargo, qui ne peut être que le seul empêchement de l’armistice et de la paix. Je serai flatté de connaître personnellement le général que je dois combattre et qui doit donner un nouvel éclat à ma faible réputation militaire.
[R. I, p. 151.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Au citoyen Delmer, receveur des contributions en Toscane139.
Je vous préviens, citoyen, que je donne l’ordre au général Clément de faire verser dans votre caisse les 400,000 francs provenant de la contribution de Lucques, également l’ordre au citoyen Belleville de verser aussi les 301,600 livres de Toscane provenant de Livourne, du rachat des marchandises anglaises. Vous verserez dans celle du payeur divisionnaire pour les besoins de la division du général Vouillemont 100,000 francs. Vous remettrez le reste au payeur de mon armée que j’envoie à Florence pour la recevoir, le commandant de la place lui fera fournir l’escorte nécessaire.
[R. I, p. 152.]
Foligno, le 27 pluviôse an IX (16 février 1801).
Je vous préviens, Messieurs, que j’envoie l’adjudant commandant Reille prendre le commandement de la place de Florence ; c’est un officier distingué dont le Premier Consul fait le plus grand cas. Des motifs politiques m’obligent de suspendre la commission que vous avez établie pour réviser les actes du Sénat toscan.
Je vous prie de rembourser à mon payeur que j’envoie près de vous les sommes qu’il vous a prêtées et de me faire passer promptement les 200 paires de culottes et shakos et bonnets de grenadiers que vous vous êtes engagés de me fournir. Sagesse, modération, attachement.
[R. I, p. 152.]
Foligno, le 29 pluviôse an IX (18 février 1801).
C’est avec le plus grand plaisir, Mr le général, que j’ai conclu un armistice avec M. le chevalier de Micheroux140, parce que je le regarde comme le précurseur d’une paix définitive et que je suis pleinement convaincu que Sa Majesté Sicilienne s’empressera de souscrire à l’article secret additionnel à l’embargo.
M. le chevalier de Micheroux se charge de vous envoyer le double de l’armistice qui a été conclu.
Je vous prie, en conséquence de l’article, de désigner un officier de votre état-major pour se rendre à mon quartier général, afin de vous assurer de l’exécution de l’armistice. Je ne dois pas vous dissimuler l’intérêt que je prends au citoyen Dolomieu et aux généraux français prisonniers dans les États de Naples141. Je verrais avec plaisir que le ministre de Sa Majesté Royale chargerait Mr le major Valenti du soin d’aller prendre le citoyen Dolomieu et de le ramener à mon quartier général.
Je compte, Monsieur le général, profiter de l’armistice, pour faire un voyage à Rome. Je serais bien flatté que les circonstances me procurassent le plaisir de vous y rencontrer et d’y faire la connaissance d’un général dont les talents et la bravoure avaient mérité mon admiration. J’ai l’honneur d’être, etc.
[R. I, p. 153.]
Foligno, le 29. pluviôse an IX (18 février 1801).
Citoyen ministre, par ma dernière lettre, je vous ai informé que je pouvais rompre toute négociation avec le général en chef de l’armée napolitaine, c’est ce que j’ai fait par ma lettre du 27, dont vous trouverez ici copie, vous verrez qu’elle est conçue dans le sens de celle que vous m’avez fait écrire au général Damas et qui a été insérée dans le Moniteur du 16. Je vous avais annoncé en même temps que la Cour de Naples allait envoyer à mon quartier général un chargé de pouvoirs pour y traiter de la paix. Ce plénipotentiaire y est arrivé hier au soir à minuit, il ignorait la rupture des négociations que j’avais fait connaître à Mᵉ de Damas, il m’a déclaré dans la première entrevue que j’ai eue avec lui ce matin, que n’ayant pas pu prévoir l’article de l’embargo, il ne pouvait pas prendre sur lui de prononcer sur une condition qui déclarait la guerre à l’Angleterre. Enfin, après une longue discussion, nous sommes convenus qu’il expédierait sur le champ à sa Cour un courrier à cet effet, et qu’en attendant la réponse, je serais le maître de faire un mouvement vers ses frontières. Nous nous sommes séparés.
Mais cependant, malgré toutes les protestations de bienveillance faites au nom du Gouvernement français à Sa Sainteté, les alarmes et les inquiétudes se manifestèrent à Rome, les cardinaux se préparèrent à quitter cette ville, en conseillant au Saint-Père d’abandonner le Saint-Siège. Un incident m’a fourni l’occasion de renouer mes conférences avec Mr le chevalier de Micheroux, je l’ai saisie avec empressement et la conclusion d’un armistice en a été le résultat.
Je crois pouvoir vous annoncer que l’article secret additionnel sur l’embargo aura tout le succès que vous pourrez désirer. Je me permets de vous citer le coup qui frappera le plus Mr Acton, j’ai dit à M. le chevalier de Micheroux, et il l’écrira sans doute à ce ministre, que l’opinion générale en Europe était que les ministres Acton et de Thugut étaient les agents de l’Angleterre, et que j’étais bien enchanté de fournir à Mr Acton l’occasion de prouver qu’il n’était que l’ami de la paix et de son pays, en le mettant à même de porter son maître, en déclarant la guerre aux Anglais, de prouver à Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies sa reconnaissance pour tout l’intérêt qu’elle prenait à lui.
M. le chevalier de Micheroux m’assure officiellement que M. le marquis de Gallo n’est point muni de pleins pouvoirs ; il a lui-même le plus grand désir de traiter ici de la paix, nommé donc sur le champ et envoyé à mon quartier général un chargé de pouvoirs à cet effet, et je vous assure d’avance que, si le choix du Gouvernement tombe sur moi, j’obtiendrai ici tout ce que vous pouvez désirer.
Mr Caleppi, envoyé par le Saint-Père, arrive à cet instant ; il me porte de sa part l’expression de toute la reconnaissance du Saint-Père pour l’intérêt particulier que le Premier Consul prend au Saint-Siège et au rétablissement de la religion. Il est absolument rassuré, parce qu’il voit l’armistice conclu avec Naples et que je lui promets de me rendre au désir du Saint-Père, qui me fait prier de l’aller voir. Je compte partir après-demain pour Rome, y passer deux fois 24 heures et revenir de là à Florence, où j’établirai mon quartier général.
La Toscane offre toute espèce de ressources pour les besoins et la subsistance de mes troupes, les États du Pape étant absolument épuisés, je pourrais plus facilement y organiser mon armée et je serai toujours à portée de faire tous les mouvements ultérieurs que la politique ou le Gouvernement pourraient décider vers les ports de l’Adriatique ou de la Méditerranée.
En abandonnant Livourne, les Anglais firent de Porto Ferrajo le dépôt de toutes leurs marchandises et y conduisirent depuis cette époque toutes leurs prises. Je me propose de faire une expédition dans cette île et de profiter pour cela du temps de l’armistice ; je m’en suis menagé tous les moyens par l’article 5 de l’armistice. J’espère qu’Orbitello et Livourne me fourniront les barques qui me seront nécessaires, le port de Longone me sera ouvert et alors Porto Ferrajo ne pourra plus tenir.
Voyez, citoyen ministre, avec indulgence l’armistice que je viens de conclure, c’est mon premier essai, je serai bien heureux si j’ai rempli vos instructions et les intentions du Gouvernement. Je suis surtout jaloux d’acquérir de nouveaux droits à l’estime du Gouvernement et à l’attachement dont vous ne cessez de me donner des preuves, croyez à la sincérité de mon amitié.
P.-S. — Je vois, citoyen ministre, un grand inconvénient dans l’armistice que je viens de conclure, j’y ai pris celui de général en chef, n’étant que lieutenant-général. Le général Damas ne pourrait-il pas, s’il lui en prenait fantaisie, déclarer notre convention nulle? Ne pourriez-vous pas, mon cher ministre, par précaution et pour parer à toutes les suites qui pourraient résulter de ma témérité, me faire confirmer dans le grade de général en chef que je me suis donné par anticipation.
Recevez-en d’avance toute ma reconnaissance.
[R. I, p. 153.]
Foligno, le 29 pluviôse au IX (18 février 1801).
Au général Brune, commandant en chef de l’Armée d’Italie.
Je vous fais passer, mon cher général, une copie de l’armistice que, conformément aux instructions du Gouvernement, je viens de conclure avec M. le chevalier de Micheroux, envoyé par la Cour de Naples.
J’attends avec impatience une réponse à toutes mes lettres.
L’État ecclésiastique est absolument épuisé, le voisinage de mes troupes effraye le Saint-Père, malgré les protestations de bienveillance que je ne cesse de lui donner au nom du Premier Consul ; je ne me porterai donc pas en avant.
Vous verrez par l’article 5 que je me suis menagé les moyens de faire l’expédition de Porto Ferrajo, afin d’y enlever aux Anglais toutes leurs marchandises et les prises qu’ils font journellement dans la Méditerranée. Je vais profiter pour cela du temps de l’armistice. Ayant l’entrée dans Longone, je suis maître de Porto Ferrajo. Je vais concerter avec le citoyen Belleville tous les moyens d’embarquement.
Je vous prie de diriger sur Florence le renfort que vous devez m’envoyer. Je trouverai en Toscane tous les moyens possibles pour donner au Corps d’observation l’ensemble d’esprit qui lui devient si nécessaire, surtout si le Gouvernement a, comme j’en suis presque sûr, des projets ultérieurs sur lui.
Vous seriez bien aimable, mon cher général, si le renfort que je recevrai de l’armée était composé de bataillons d’élite, c’est-à-dire de grenadiers et d’éclaireurs. Ce serait alors un corps parfait et qui, certainement, dans l’occasion soutiendrait la réputation que vous venez de lui donner dans la campagne dernière. Le Gouvernement verrait sans doute cette mesure avec plaisir et moi avec reconsance.
Je sais que vous m’êtes trop attaché pour me laisser longtemps sans me donner de vos nouvelles.
Le Saint-Père me fait prier d’aller le voir, je partirai donc après-demain pour Rome où je passerai 24 heures. Je compte revenir immédiatement après à Florence. Veuillez, je vous prie, m’adresser vos dépêches par cette dernière ville.
Je vous embrasse.
J. MURAT.
[Archives du Prince Murat. R. I, p. 156, et Archives de la Guerre.]
Foligno, le 29 pluviôse an IX (18 février 1801).
Je ne puis vous dissimuler, mon cher général, toutes mes peines. Le général Dulauloi arrive à l’instant, avec ordre du ministre de la Guerre de commander l’artillerie du Corps d’observation. Je ne puis imaginer qui a pu porter ce ministre à vous ôter ce commandement. Vous ne me ferez certainement pas l’injustice de croire que cet ordre ait été provoqué par moi, j’ai été trop satisfait de votre conduite, trop pénétré des sacrifices qu’à votre âge on ne fait qu’à l’amitié, pour ne pas en témoigner aussi au Gouvernement toute ma surprise. Je sais certainement tout ce que l’on doit aux talents du général Dulauloi et, connaissant ses principes d’honnêteté, je suis persuadé d’avance qu’il saura vous rendre ce coup moins sensible.
Je viens de conclure un armistice avec Naples, nous en profiterons pour monter notre artillerie, le général Dulauloi se rend à Ancône à cet effet. Vous conserverez toujours le commandement de la Marche d’Ancône et vos principes qui me sont connus me sont le sûr garant que ceux du Gouvernement y seront parfaitement suivis.
Recevez, mon cher général, l’assurance de mon bien sincère attachement.
P. S. — Je vous envoie ci-joint une autorisation pour toucher la somme de dix mille francs pour vos frais extraordinaires, de la route de Paris à Ancône.
[R. I, p. 157.]
Foligno, le 29 pluviôse an IX (18 février 1801).
Je m’empresse de vous envoyer, citoyen ministre, une copie de l’armistice que je viens de conclure avec M. le chevalier de Micheroux, envoyé de la Cour de Naples, avec pleins pouvoirs de traiter avec moi de la paix. Vous verrez par l’article 5 que je me suis assuré les moyens de faire l’expédition de Porto Ferrajo où se trouve le dépôt des prises et marchandises anglaises, depuis l’entrée des Français à Livourne.
L’état ecclésiastique est absolument épuisé144, les inquiétudes du Saint-Père et des cardinaux augmentent chaque jour par le voisinage de mes troupes, en même temps que l’espoir des révolutionnaires qui emploient toute espèce de moyens pour débaucher nos soldats.
Je compte donc profiter de la durée de l’armistice pour tenter un coup de main sur Porto Ferrajo et trouver par là un prétexte plausible de ramener en Toscane la majeure partie de mes troupes. Je trouverai dans ce pays toutes les ressources nécessaires à l’organisation et à l’amagalme du renfort que j’attends de l’Armée d’Italie.
Cependant à Ancône on y remontera toute mon artillerie, on y établira un atelier pour la réparation des armes, on y préparera des munitions de guerre, on y fabriquera du biscuit et on y continuera avec activité des expéditions pour l’Égypte. J’établirai à Livourne et à Civita Vecchia la même activité. Florence et le reste de la Toscane me fourniront des vivres et l’habillement nécessaires.
J’écris au général Brune de diriger sur Florence le renfort que vous m’avez annoncé depuis longtemps. Je vous envoie copie de la lettre que je lui ai écrite à ce sujet.
Je continuerai toujours de faire occuper Foligno, et les communications de ce point sur Ancône et Florence seront maintenues. Je vais mettre tout en œuvre pour que le Corps d’observation soit prêt à exécuter au gré de vos désirs tous les mouvements ultérieurs que le Gouvernement pourrait m’ordonner. Je suis très content de sa discipline.
Ayant déjà prévenu vos ordres, j’avais éloigné depuis mon entrée en Toscane tous les réfugiés romains et napolitains. Je m’attends d’avance à tout ce que vont dire de moi ces prétendus patriotes exclusifs de toute l’Italie, mais j’ai suivi vos ordres, j’ai maintenu la tranquillité dans tout le pays occupé par mes troupes, je brave leurs propos.
La solde commence à s’arrêter ; je vous réitère la demande de fonds. Je suis sans inspecteur aux revues et l’Armée d’Italie ne peut pas m’en fournir, je vous en demande un.
Vous m’ordonnez des expéditions pour l’Égypte et vous ne m’indiquez aucun moyen pécuniaire.
Recevez, citoyen ministre, l’assurance de mon entier dévouement.
J. MURAT.
P. S. — J’avais envoyé à Naples et près de l’ambassadeur de Russie à Palerme, des officiers d’état-major, afin de surveiller l’exécution de l’armistice. Il part dans ce moment-ci pour Palerme et Brindisi un major napolitain, avec ordre de me ramener à mon quartier général les citoyens Dolomieu, Dumas145, Manscourt146, etc. Je vais passer deux jours à Rome, d’après l’invitation que m’en a fait faire le Saint-Père par monseigneur Caleppi.
[R. I, p. 158.]
Foligno, 30 [pluviôse] an IX (19 février 1801).
J. Murat, lieutenant général, au général Bonaparte, 1er consul de la République.
Je vous envoie, mon général, sous cachet volant, mes dépêches adressées aux ministres de la Guerre et des Relations extérieures. Je ne vous parlerai donc pas des motifs qui m’ont déterminé à conclure l’armistice.
Je dois vous parler de la paix avec Naples et vous dire que si je suis chargé de la traiter ici avec le chevalier Micheroux, j’obtiendrai de lui dans 24 heures tout ce que vous voudrés.
Si vous n’aviez pas déjà approuvé mes observations sur le général Brune et sa campagne, je me serais permis de blâmer son armistice. Je vous ajouterai qu’il est ouvertement le soutien de toute la canaille en Italie ; je vous dirai que, dans les Cours étrangères surtout, on est étonné de la confiance que vous donnés à un homme dont on connaît les principes plus que révolutionnaires, je vous dirais que d’accord avec Belleville et Lachèze, qu’il a placé à Lucques, il a conclu un marché en Toscane tendant à faire arriver en Italie par mer les bleds requis et trouvés à Livourne. Eh! bien j’ai la certitude que tout ce bled va aux Anglais, et le négociant qui a ce marché, charge tous les jours pour Gênes, part la nuit par le canal de Pise, va à la frégate anglaise, décharge et revient, et s’il arrive que le jour les surprenne, ils disent : « Nous avons été pris. » Voilà ce qui s’est passé sous mes yeux ; si cela n’était pas ainsi, pourquoi ne pas envoyer par le débouché de Pistoja sur Modène, ce débouché est plus sûr et plus court que celui de Gênes à Alexandrie ; quand il n’y aurait pas le danger de la mer de plus à craindre. Ensuite il a permis en récompense à ce négociant l’exportation de cinquante-mille quintaux de ris, de manière que le bled et le ris vont aux Anglais. Belleville disait dernièrement et je le prouverai : « J’espère que nous n’aurons bientôt plus de roy à Paris », et d’autres propos plus infâmes147. Brune est ici sans considérations, et nul quand aux connaissances militaires, je vous le dis franchement, sans pouvoir être soupçonné de vouloir le remplacer, car je vous déclare que je ne voudrais pas commander cette armée pour rien au monde. L’immoralité est à son comble à cette armée.
Voilà l’armistice fait, j’ai un fils, c’est le vôtre, vous devez sentir combien il doit me tarder de le voir, de le presser sur mon sein, jamais la vie ne me fut plus chère, ce n’est que du jour de mon mariage que date mon bonheur, je vous le dois ; je n’en puis plus, je travaille comme un diable, je suis seul.
J. M.
Permettés moy de vous embrasser et de vous réitérer tout mon attachement, attachement inviolable.
J. M.
[Archives de la Guerre.]
Rome, 5 ventôse an IX (24 février 1801).
Ayant conclu avec Naples un armistice et les vivres étant très rares, je prends le parti de laisser les troupes que vous m’annoncez dans le Modenais. Je fais venir en Toscane la cavalerie et les Polonais.
Je n’ai pas frappé le million de contributions sur Ancône, aucune de vos lettres ne m’en a parlé jusqu’à ce jour.
Je reçois du Gouvernement l’ordre d’avoir pour le Pape les plus grands égards, vous me permettrez donc de ne frapper cette contribution qu’à la dernière extrémité.
J’aurais désiré que vous m’eussiez envoyé des troupes d’élite, comme le Premier Consul me l’avait marqué, mais je ne reçois que des débris de corps.
[R. I, p. 160.]
Rome, le 7 ventôse an IX (26 février 1801).
A Mr Damas, général napolitain.
J’ai l’honneur de vous adresser, monsieur le général, mon aide de camp Beaumont que je charge de l’exécution de l’armistice, je vous le recommande particulièrement.
Je suis fâché que les circonstances m’aient privé du plaisir de vous voir et de vous réitérer l’assurance de toute mon estime. Je vous remets ci-joint un exemplaire du traité de paix conclu entre Sa Majesté l’Empereur, Roi de Bohême et de Hongrie, et la République française149.
[R. I, p. 161.]
Rome, le 7 ventôse an IX (26 février 1801).
A Son Éminence le cardinal Consalvi, secrétaire d’État à Rome*
Je vous préviens, monsieur le Cardinal, qu’il existe dans les magasins de Ripa Grande des caisses contenant des objets d’art et de science. D’après le traité conclu à Rome entre les généraux français et napolitains, la République française devait rester propriétaire de tous ces objets. Au mépris du traité, les Napolitains en ont enlevé une grande quantité, je laisse ceux qui restent sous la loyauté et la sauvegarde du Saint-Père. Je vous demande au nom de mon Gouvernement de faire mettre le sequestre sur tous ceux que les agents de l’Angleterre nous ont repris et qui se trouvent dans vos murs.
Je laisse ici le citoyen Aymé que je charge des intérêts de la République à cet égard. Je rends compte à mon Gouvernement de ces dispositions.
[R. I, p. 161.]
Rome, le 7 ventôse an IX (26 février 1801).
Au général Damas, commandant l’armée napolitaine.
Je suis instruit que lorsque le Directeur de la Galerie de Florence est parti pour se rendre à Palerme, il a emporté avec lui la Vénus de Médicis et autres objets d’art. Je vous demande au nom de mon Gouvernement que ces objets ne soient point embarqués jusqu’à nouvel ordre.
Je vous prie de donner cette note comme officielle à M. Acton.
[R. I, p. 161.]
Foligno, le 8 ventôse an IX (27 février 1801).
Au citoyen Bernard, commandant à Ancône.
Je ne puis vous permettre, mon cher Bernard, l’exportation de grains que vous me demandez, vous l’empêcherez au contraire par toute espèce de moyens ; l’Armée d’observation devant faire sans doute un long séjour dans la Marche d’Ancône, vous sentez combien cette mesure est indispensable pour lui assurer ses subsistances.
Vous ferez donner au citoyen Meuron un logement digne d’un agent de la République française. Quant à la part que vous réclamez sur la prise du corsaire l’Achille, le citoyen Aymé, ni personne, n’ont de droits sur ce bâtiment.
Adieu, mon cher Bernard, je vous embrasse.
Je pars ce soir pour Florence, j’espère que les nouvelles de paix vous auront tous comblés de joie.
[R. I, p. 162.]
Foligno, le 8 ventôse an IX (27 février 1801).
Au général Seroux, à Ancône.
J’ai chargé le général Berthier, mon cher général, de vous annoncer la nouvelle de la paix et celle de l’armistice que j’ai conclu avec Naples.
Je viens de donner l’ordre au général Dulauloi d’organiser le plus promptement possible un train de vingt-quatre pièces de canon et de le mettre à même de se mettre en route au premier ordre. Je vous prie, en conséquence, d’activer le plus que vous pourrez la levée des 400 chevaux que doit fournir la Marche d’Ancône.
Je donne l’ordre au commandant de la marine de faire partir sur le champ un aviso pour porter à sa destination un paquet que je lui envoie. Surveillez aussi l’exécution de cet ordre, il est de la dernière importance. Écrivez-moi souvent.
Le commissaire des Relations ayant ordre de faire passer en Égypte des boulets et des armes, vous lui donnerez tout ce qu’il vous demandera à cet effet. Je vous embrasse de tout mon cœur.
[R. I, p. 162.]
Foligno, le 8 ventôse an IX (27 février 1801).
Au citoyen Meuron, commissaire des Relations commerciales à Ancône.
Je vous préviens, citoyen commissaire, que le citoyen Mesnard se rend en Italie et qu’il y est chargé de réunir dans l’Adriatique le plus de bâtiments possible. Je vous prie de faciliter son opération de tous vos moyens, ainsi que celle du citoyen Trullet. Je fais mettre à la disposition de la marine d’Ancône une somme de 30,000 francs.
J’espère que dans quelque temps, je pourrai vous dire davantage sur mes opérations ultérieures.
On m’annonce plusieurs prises, faites-les vendre le plus tôt possible.
J’écris au commandant de la place de vous donner un logement convenable.
Quoique nous ayons fort peu d’argent, faites-moi connaître celui dont vous aurez besoin.
J’adresse au commandant de la marine un paquet pour l’Égypte, je vous prie d’en hâter le départ par toute espèce de moyens. Si on était embarrassé de trouver des bâtiments, expédiez mon courrier. C’est la paix qu’il s’agit d’annoncer à la brave Armée d’Orient. J’écris au général Seroux de mettre à votre disposition tout ce que vous lui demanderez pour vos expéditions secrètes.
[R. I, p. 163.]
Foligno, le 8 ventôse an IX (27 février 1801).
Au capitaine de vaisseau Trullet, à Ancône.
Je reçois, à mon retour de Rome, votre lettre du 4 par laquelle vous m’annoncez le premier exploit du corsaire l’Achille. Je désire que mon courrier soit aussi heureux. Le ministre de la Marine m’annonce six lettres de marque que je vous prie de me faire passer le plus tôt possible.
Je donne l’ordre au commissaire ordonnateur de faire mettre à la disposition du citoyen Auban une somme de 30,000 francs, provenant du rachat des marchandises anglaises.
Armez le plus que vous pourrez de bâtiments, mettez un embargo sur tous ceux que vous pourrez saisir sur la côte, c’est-à-dire faites en sorte qu’ils soient à votre disposition. Concertez-vous pour cela avec le citoyen Meuron.
Faites passer le plus tôt possible le paquet ci-joint à son adresse. Vous sentirez d’avance combien il est important que cette lettre qui porte la nouvelle de la paix arrive promptement à sa destination. Je compte sur tout votre zèle et votre activité.
[R. I, p. 164.]
Foligno, le 8 ventôse an IX (27 février 1801).
Mon cher général, je vous ai déjà expédié d’Ancône, depuis le 14 pluviôse, deux avisos chargés d’environ 14,000 boulets de tout calibre, de vins, de liqueurs, d’eau-de-vie et de rhum. Je m’empresse maintenant de vous faire parvenir une nouvelle qui vient de combler de joie l’Europe entière, c’est celle de la paix avec l’Autriche.
Je vous annonce aussi que je viens de conclure avec la Cour de Naples un armistice que je regarde comme le précurseur de la paix avec cette puissance. Cet armistice donne l’entrée à tous les vaisseaux de la République française et de ses alliées dans tous les ports du royaume de Naples et de Sicile. Je vais porter mon avant-garde dans le golfe de Tarente et en ferai occuper les principaux ports. Par cette occupation, je regarde comme assurée ma communication avec vous.
Un corps d’armée se rassemble du côté de Bayonne et est destiné à agir contre le Portugal, mais je pense que cette Cour imitera celle de Naples et qu’elle chassera de ses ports tous les Anglais, qui voyant tous les ports du continent fermés pour eux, seront à la fin forcés de nous demander la paix et de reconnaître la liberté de la navigation.
Je n’entrerai pas, mon cher général, dans de plus longs détails sur la situation de la France. Jamais elle ne fut plus brillante. La seule sollicitude du Gouvernement français est toute entière vers l’armée que vous commandez, et j’espère que le moment n’est pas éloigné où vous forcerez aussi la Porte à vous demander la paix.
Nous savons ici que les Anglais doivent faire avec le Grand Vizir une expédition combinée contre vous. Permettez-moi de vous communiquer ce que je connais de leurs projets à cet égard.
Deux points de vue les occupent. Le premier est de débarquer en Syrie, d’y opérer leur jonction avec l’armée ottomane et de se porter en Égypte par le désert ; dans ce cas ils craignent la peste et les dangers qui résulteraient nécessairement du passage du désert pour des Anglais, qui sont depuis dix mois en mer et qui, habitants de climats froids, ne sont pas encore accoutumés à ceux d’Asie et d’Afrique.
Le deuxième est de débarquer à Damiette, de remonter le Nil et d’opérer leur jonction avec le Grand Vizir ; dans ce cas, ils voient beaucoup de difficultés dans cette jonction, parce qu’ils doivent présumer que vous saurez choisir une position centrale qui vous donnera moyen de les battre en détail.
Tout ce que je tiens pour certain, d’après une conversation que j’ai eue hier à Rome avec un général anglais, c’est que le général Abercromby est très indécis sur le parti qu’il doit prendre, et qu’au reste ce qui le tranquillise, c’est qu’en Angleterre, on compte beaucoup sur la prudence de ce général, c’est-à-dire qu’il ne débarquera qu’avec la certitude du succès, et dans ce cas nous regardons cette expédition comme manquée.
L’amiral Ganteaume, dont on ignore la destination, a échappé à la surveillance des Anglais et est sorti de Brest, il escorte un convoi de 10 à 12,000 hommes que je pense être destinés à renforcer votre armée.
Adieu, mon cher général, je me rappelle toujours avec plaisir que j’ai fait partie des braves que vous commandez, dites leur au nom du Gouvernement que ce sera à leur succès et à leur dévouement que la France devra la paix maritime.
[R. I, p. 164.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Au citoyen Belleville, à Livourne.
Je vous préviens, citoyen commissaire, que, destiné par le Gouvernement à commander l’Armée d’observation du Midi, j’établis mon quartier général à Florence, et que toute la Toscane fait partie de mon commandement. Je donne l’ordre à toutes les troupes que le Gouvernement français fait passer de l’Armée d’Italie dans celle que je commande, de se rendre en Toscane, pour y recevoir une organisation définitive et y rester jusqu’à l’expiration de l’armistice que j’ai conclu avec Naples, ou jusqu’à ce que le Gouvernement en ait autrement ordonné. Comme ce pays-ci est absolument épuisé, je vous préviens que je destine tous les blés qui étaient en Toscane à y nourrir mon armée, que mon intention n’est pas qu’ils soient vendus, et que s’ils l’étaient déjà, j’en annule toute vente et que j’ordonne que les scellés soient mis sur tous les magasins, afin de faire constater les quantités qui s’y trouvent.
Je réitère l’ordre de ne permettre aucune exportation de grains par mer ni par terre. Vous sentez, mon cher commissaire, combien cette mesure est nécessaire pour assurer la subsistance à ces troupes. Je ne dois nullement compter sur les ressources des États ecclésiastiques qui se trouvent absolument épuisées.
Je vous remercie de la bonté que vous avez eue de payer ce que je devais à M. Michali, je vous prie de m’envoyer mon compte et de me dire à qui vous voulez que je rembourse vos avances.
Je vous ai déjà demandé toutes les pièces relatives à l’emploi du million dont les Messieurs de la Banque et de la Commune de Livourne ne peuvent justifier ; ces pièces me sont nécessaires, afin que je puisse rendre compte au Gouvernement des mesures que vous m’avez proposées et que j’ai adoptées à cet égard.
Je désire, mon cher commissaire, que si vos affaires vous le permettent, vous vous rendiez sur le champ à mon quartier général à Florence. J’ai besoin de me concerter avec vous sur des lettres ministérielles que j’ai reçues.
[R. I, p. 167.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Au citoyen Delmer, receveur des contributions en Toscane.
Je vous préviens, citoyen, qu’à compter de ce jour vous devez cesser toute espèce de versement pour l’Armée d’Italie. Vous voudrez bien, en conséquence, suspendre et arrêter même l’effet de l’ordonnance de 300,000 francs que vous avez émise au profit du général Marmont, pour le service de l’artillerie.
[R. I, p. 168.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Je reçois à l’instant, mon cher général, votre dépêche du 3 ventôse, ainsi que l’itinéraire des troupes que vous m’envoyez. Je donne des ordres pour leur destination ultérieure. Je suis désolé, mon cher général, de ne pouvoir donner le commandement de la Toscane au lieutenant-général Michaud, en ayant déjà disposé. Je vous ai déjà fait connaître ce qui a déterminé mon retour en Toscane : c’est l’état d’épuisement absolu où se trouve le pays romain et les ressources que je dois trouver en Toscane qui m’ont fait prendre cette détermination. Je ne puis maintenant compter sur de nouvelles contributions en Toscane, celles qui y ont déjà été frappées ont épuisé tout le numéraire. Je ne puis donc compter que sur les blés, que je ne ferai pas vendre, mais que je destine à nourrir mon armée et à la fabrication du biscuit, qui doit m’être de la plus grande utilité pour les opérations ultérieures que j’entrevois. Aussi, mon cher général, je vous préviens que j’arrête la vente de tous ces blés et que j’ordonne au général Clément de verser dans la caisse du receveur des contributions de la Toscane les fonds provenant de la contribution de Lucques.
Je vous préviens aussi que la Toscane fera partie de mon commandement, jusqu’à ce que le Gouvernement en ait autrement ordonné, et que j’établis mon quartier général à Florence.
Je donne l’ordre à l’adjudant-commandant Cambis de se porter sur Modène, avec tous les dépôts de cavalerie qui font partie de l’Armée d’Italie. Je conserverai en Toscane ceux des régiments que vous m’envoyez. J’ai fait donner l’ordre au général Lecchi150 de s’établir jusqu’à nouvel ordre dans le Modénois, ayant prévu d’avance que le Gouvernement cisalpin, occupé de la réorganisation de son armée, allait me demander la rentrée de cette division. Celle de Pino va se rendre à Lucques.
[R. I, p. 168.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Je reçois, mon cher général, vos deux lettres du 9 courant, je vois avec plaisir que le général Brune vous ait désigné pour servir dans l’armée que je commande. Vous connaissez depuis longtemps ma manière de penser sur les lieutenants. Je vous déclare que mon intention est de n’en point avoir, à moins qu’il ne m’en soit envoyé par le ministre de la Guerre. Je n’ai pas d’ailleurs assez de troupes pour en employer.
Je ne puis qu’approuver la résolution que vous avez montrée en exécutant les ordres de mon chef d’état-major. Ceux que vous avez dû recevoir dans la journée prouvent que vous avez eu raison.
[R. I, p. 169.]
Quartier général de Florence, 10 ventôse au IX (1er mars 1801).
Vous venez, mon général, de me donner une nouvelle marque de votre attachement et de votre confiance. Je sens tout le poids de la tâche que vous m’imposez en me confiant le commandement d’une armée à organiser et dans un pays absolument épuisé, et je vous jure de faire tous mes efforts pour répondre à tant de bonté de votre part.
L’armistice que j’ai conclu le 30 pluviôse avec le chevalier Micheroux était absolument conforme aux instructions de vos ministres, et j’ai obtenu de plus l’embargo. J’étais alors loin de prévoir que chaque dépêche du ministre de la guerre m’apporterait de nouvelles demandes à former. Aujourd’hui, je ne puis le faire qu’à l’expiration de l’armistice, c’est-à-dire le 20, où il m’est permis de déclarer la reprise des hostilités. Il n’y a pas une minute de perdue ; je ne pourrais absolument faire le mouvement dans le golfe de Tarente avant le 25, pour la raison que les troupes ne seront pas rendues ici avant le 20. Dites-moi franchement si vous voulez faire la guerre à Naples, et il ne me faudra que le temps de marcher, pour conquérir. Mais j’avais pensé que vous n’aviez qu’à exiger, en faisant la paix, pour obtenir, et qu’alors il serait bien plus avantageux d’occuper ce pays comme ami. Je vous le répète, vous n’avez qu’à demander, pour faire la paix, ce que vous voudrez. M. de Gallo n’a pas de pouvoirs ; et ici, en vingt-quatre heures, tout sera fini. Envoyez quelqu’un à cet effet, autrement je vous déclare qu’à l’expiration de l’armistice, je marche, et que je n’en conclurai pas de nouveau. Il est désagréable pour moi tous les jours de former de nouvelles demandes, tandis que j’avais pour ainsi dire cru faire un traité de paix.
J’ai été à Rome, aux vives demandes du Saint Père. Il en avait besoin : ma visite lui a donné de la considération et de l’aplomb. Elle a éclairé tous les partis sur l’objet de mon expédition que beaucoup regardaient comme dirigée contre tout le midi de l’Italie. Il m’a montré beaucoup d’estime pour vous ; je dirai de l’admiration et de l’attachement. Il est convenu que vous aviez besoin de lui pour consolider votre gouvernement et la paix, et que de bonne foi, il ferait tout ce que vous voudriez. C’est un bon homme ; et s’il nous faut un Pape, je vous assure que c’est celui qui convient aux circonstances. Il m’a surtout prié de vous représenter que, sans les trois Légations, il était perdu. Je lui ai promis de vous présenter sa position. L’État ecclésiastique présente véritablement un aspect effrayant ; il est sans ressources ; on va manquer de pain au premier jour. Le Saint Père m’a accablé d’amitiés, de cadeaux, il m’a donné son portrait que je vous envoie. Veuillez l’accepter, avec une autre boîte de rouge antique qu’il m’a donnée, et un camée antique que vous pourrez mettre à une plaque de sabre. Lui ayant dit que, dans le temps, vous aviez fait espérer à l’archevêque de Milan de le faire faire cardinal, il m’a sur le champ assuré qu’il le serait au premier consistoire ; il est déjà annoncé comme tel. Mgr Caleppi, qui a traité avec vous à Foligno, a été nommé archevêque ; il va nonce en Portugal. Dans le dîner de la paix il a porté votre santé; j’ai porté celle du Saint-Père, en ajoutant : « Puisse-t-il par ses vertus et son zèle apostolique consolider la paix que le Premier Consul vient de nous donner! »
Il est de mon devoir de vous dire que ce n’est qu’avec une peine incroyable que j’ai empêché la révolution, et, si je n’avais pris le parti de renvoyer tous les réfugiés, je n’y aurais jamais réussi. Si je marche contre Naples, que de malheurs! La guerre civile est prête à éclater. Vous pouvez tout prévenir en faisant la paix. Que de sang épargné! Que de nouveaux heureux vous allez faire!
J’ai déjà fait partir un bâtiment, avec la nouvelle de la paix, pour l’Égypte. Nous sommes très bien vus dans le pays, par le système que j’ai adopté de nous faire tout fournir par les habitants, mais si vous ne venez pas à mon secours, gare les contributions et adieu la bienveillance! J’attends avec impatience le retour du courrier qui vous a apporté la nouvelle de mon armistice. Je suis persuadé qu’il m’annoncera un plénipotentiaire, et alors tout ira le mieux du monde. Je vais en attendant disposer M. de Micheroux à mes nouvelles prétentions.
Mon général, vous auriez bien mauvaise opinion de moi, si je ne parlais pas du désir que j’ai de me rapprocher de ma bonne Caroline et de mon petit Achille. Il faut être père pour sentir combien ce rapprochement est nécessaire à mon bonheur. Je tremble pour la mère. Elle fait déjà des imprudences, elle sort.
Il est trois heures après minuit. Excusez tout mon griffonnage, j’écris à la hâte ; je travaille du matin au soir. Recevez l’assurance de mon inviolable attachement. Embrassez, je vous en prie, votre Achille pour moi.
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Au général Clément, à Livourne.
Je charge, mon cher général, le général Berthier de vous faire connaître officiellement le traité de paix qui a été conclu à Lunéville. Cette nouvelle a comblé de joie toute la République et tous ses fidèles alliés. Vous voudrez bien l’annoncer dans tout l’arrondissement de votre commandement et que plusieurs salves tirées des forts de Livourne annoncent aux Anglais qu’ils sont les seuls que nous aurons désormais à combattre et à forcer de nous demander la paix.
Je vous réitère la défense de ne permettre aucune exportation de grains par mer, dont je viens d’annuler la vente. J’en ai absolument besoin pour nourrir mon armée. Je vous préviens que toute la Toscane fait partie de mon commandement. Je donne l’ordre au citoyen Delmer de se rendre à Lucques, pour y recevoir la contribution qui a été frappée sur cette ville.
[R. I, p. 169.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Je reçois votre lettre de Parme du 6 ventôse, mon cher général. Mon chef d’état-major a déjà fait passer aux généraux de division Watrin et Monnier des ordres pour la destination ultérieure de leurs divisions. L’état d’épuisement où se trouvent généralement tous les États ecclésiastiques, m’a déterminé à faire revenir en Toscane la majeure partie de mon armée.
Je serais, mon cher général, on ne peut plus flatté de vous avoir pour mon lieutenant, si le ministre de la Guerre m’en donnait l’ordre, et si le nombre de mes troupes était suffisant pour pouvoir vous employer dans ce grade. Je dois vous déclarer que je serais fort embarrassé de donner aux généraux de division des divisions fortes de 3,000 hommes. D’ailleurs le ministre de la Guerre m’envoie l’ordre de donner le commandement des troupes qui me sont envoyées de l’Armée d’Italie au lieutenant général Soult ; il ne doit avoir sous ses ordres que des généraux de brigade.
Vous voyez donc, mon cher général, que sous aucun rapport je ne puis vous employer d’une manière digne de vous et de votre réputation. Je vous prie d’être bien persuadé de tous les regrets que j’éprouve de ne pas avoir dans mon armée un général qui a commandé l’estime et l’admiration par sa conduite militaire, et mon attachement par les preuves qu’il me donne de son amitié. Je préviens le général en chef Brune de cet obstacle. Je saisirai avec empressement l’occasion de me rapprocher de vous.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
[R. I, p. 170.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Mon cher général, par sa lettre du 1er ventôse, le ministre de la Guerre me prévient que vous devez m’envoyer un chef de brigade du génie avec six officiers, un chef de brigade d’artillerie à pied ; je vous prie de vouloir bien les diriger sur Florence. Vous m’annoncez les généraux de division Watrin et Monnier, les lieutenants généraux Michaud et Debelle. Je dois vous faire connaître mon embarras sur la manière de les employer dignement selon leur grade.
Le Premier Consul m’ordonne de confier au lieutenant général Soult les troupes que j’ai ordre d’envoyer dans le Golfe de Tarente, elles doivent être commandées seulement par des généraux de brigade sous ses ordres. Quelles troupes voulez-vous donc que je donne aux généraux de division Watrin et Monnier? Comment voulez-vous que je puisse employer les lieutenants-généraux Michaud et Debelle? Il m’est de toute impossibilité de les conserver, et, si vous n’avez pas l’ordre positif du ministre de la Guerre de m’envoyer les généraux Watrin et Monnier, vous me ferez plaisir de leur donner contre-ordre.
Le ministre m’annonce aussi 400 sapeurs que je vous prie de faire diriger sur Florence. Lorsque le lieutenant général Soult partira pour sa destination, je rappellerai auprès de moi la division du général Lechi.
[R. I, p. 171.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
J’ai reçu, citoyen ministre, votre dépêche du 24, à Rome, et je m’empresse de répondre à celle du 1er ventôse que je reçois à l’instant.
Vous avez dû recevoir vers le 8, l’armistice que j’ai conclu avec le chevalier de Micheroux. Celui que je vous ai envoyé du 20 n’était qu’un projet. Le dernier était absolument conforme et à vos instructions et à celles du ministre des Relations Extérieures. J’ai obtenu de plus que l’embargo fût mis sur les bâtiments anglais. Vous trouverez ci-joint la ratification de cet armistice signé du Prince héréditaire. Je ne puis annoncer la reprise des hostilités que le 20. Je ne pouvais pas prévoir, lorsque je l’ai conclu, que chacune de vos dépêches m’apporterait de nouvelles demandes à faire à la Cour de Naples. Pourquoi craindre de me faire connaître d’une manière précisée vos intentions à son égard? Si vous voulez lui faire la guerre, parlez, et la conquête de Naples sera bientôt faite.
Je vous ai déjà annoncé que le chevalier de Micheroux était à mon quartier général avec de pleins pouvoirs pour y traiter la paix, et j’ai lieu de penser que le Premier Consul a déjà nommé quelqu’un pour se rendre auprès de moi avec de pleins pouvoirs. Je puis vous assurer que dans 24 heures, on obtiendra tout ce que vous pouvez désirer.
Je vous envoie ci-joint l’état des troupes que le général Brune fait passer à l’Armée d’observation, ainsi que les noms des généraux qui doivent les commander. En me prescrivant de n’employer dans mon avant-garde que des généraux de brigade, je ne sais de quelle manière je pourrai conserver tous les généraux de division que le général Brune m’envoie. Je vous ferai passer la formation de l’armée, aussitôt que toutes les troupes qui me sont annoncées de l’Armée d’Italie et de celle des Grisons me seront arrivées.
Je vous ai déjà fait connaître que les États du Pape étaient épuisés et que je revenais en Toscane, pour y organiser l’armée dont vous venez de me confier le commandement. Vous verrez par l’itinéraire des troupes qui me viennent de l’Italie, qu’elles ne pourront être rendues ici que vers le 20, époque à laquelle je pourrai annoncer la reprise des hostilités, ou bien conclure un nouvel armistice d’après vos nouvelles conditions. Ainsi il n’y a pas un quart d’heure de perdu. J’espère d’ailleurs recevoir avant ce temps l’avis de votre plénipotentiaire.
Je n’ai encore aucune nouvelle des 700,000 francs que vous m’annoncez par votre lettre du 23 nivôse. Je me trouve sans argent, même pour la solde. Vous demandez néanmoins tous les jours des expéditions pour l’Égypte et me recommandez en même temps de ménager les États du Pape. Je me trouve à la veille d’être forcé de frapper des contributions, si vous ne venez promptement à mon secours.
Je vous prie, citoyen ministre, de me faire connaître l’étendue du commandement de mon armée et de me désigner mon traitement. J’ai besoin aussi que vous me fassiez connaître si vous désignez pour commissaire ordonnateur en chef le citoyen Michaux, dont je n’ai qu’à me louer, ainsi que le payeur qui était affecté au Corps d’observation.
Je vous préviens que je ne recevrai à l’avenir dans l’armée que je commande que les généraux porteurs d’ordres de service de votre part.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 171, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 10 ventôse an IX (1er mars 1801).
Citoyen ministre, j’ai reçu à Rome la nouvelle de la paix, je l’ai sur le champ communiquée à Sa Sainteté et aux différents ambassadeurs qui sont dans cette ville. Elle a été généralement reçue avec enthousiasme et le Saint Père a ordonné une illumination dans toute la ville.
J’ai mis sous la sauvegarde de l’honneur et de la loyauté du Saint Père tous les objets d’art qui se trouvent encore à Rome appartenant à la République française. Je lui demande officiellement de nous faire restituer tous ceux que les Anglais nous avaient repris et qui se trouvent dans cette ville. Faites-moi connaître si je dois exiger qu’il fasse mettre le sequestre sur toutes les propriétés anglaises. J’aurais déjà pris cette dernière mesure, sans la recommandation si particulière que vous m’avez faite en faveur du Saint Père.
J’ai aussi réclamé tous les objets d’art qui ont été enlevés de la Galerie de Florence et qui se trouvent à Messine ; ainsi je ne désespère pas d’envoyer à Paris l’épouse de l’Apollon du Belvédère.
J’ai déjà réclamé les biens de Mme Visconti, je vais réitérer ma demande au nom du Premier Consul. Déjà, j’ai fait rendre tous les biens du duc Bonelli.
Je vous prie de me faire connaître si vous voulez que j’expédie sur Paris les caisses d’objets d’art qui se trouvent encore à Rome, et que je confie ce soin à la Commission qui en était déjà chargée et aux mêmes conditions.
Le Saint Père paraît être l’ami du Gouvernement français, mais il le serait tout de bon, si vous lui rendiez les trois Légations.154
Je vais demander à M. de Micheroux la restitution de tout ce qui nous a été enlevé à Rome.
[Archives du prince Murat, D, 411. 1 et R. I, p. 173.]
Paris, 12 ventôse an IX (3 mars 1801).
Votre chère Caroline se porte bien. Elle nous a donné hyer une soirée, où il n’y avait que nous, Mme Bonaparte, et d’autres étrangers que M. Clary et Bernadotte, qu’on a cru devoir prier.
Louis est arrivé depuis 3 jours, il se porte assez bien. Le Consul n’est pas comptant, mon cher Murat, de vos plaintes éternelles. Berthier lui a fait voir la lettre que vous lui écriviez155. Il est très bien intentionné, mais il demande des sacrifices. Au moment de la paix, pourriez-vous vous résigner à abbandonner une armée qui peut être est de la plus grande conséquence. Vous ne doutez pas du plaisir de Caroline à vous voir, mais elle tremble à la voix de son frère qui s’impatiente, qui gronde, qui jure, lorsqu’on semble vouloir résister à ses ordres ou les prévenir. On dit qu’à l’arrivée de l’ambassadeur russe, qui est dans la décade courante, on fermera les négociations qui reguardent l’Italie, alors sans doute on vous donnera la consolation de revoir votre femme et d’embracer votre enfant qui se porte à merveille.
On vous demande, dit-on, beaucoup de choses, de colliers, des statues, etc. Souvenez-vous que ces personnes là sont plus riches que vous156 … ma sœur vous embrace. Donnez-moi de vos nouvelles et soyez convaincu de mon sincère attachement.
FESCH.
[Archives du prince Murat, D. 48, 7.]
Florence, le 13 ventôse an IX (4 mars 1801).
Je ne reçois que dans ce moment votre lettre du 18 février de Golitna ainsi que celle du général Brune. Je suis désolé de ne pouvoir me conformer à l’invitation du général en chef Brune relativement à la place d’Ancóne. Je ne puis laisser sortir que votre artillerie, les vivres qui s’y trouvent m’étant absolument nécessaires pour y faire vivre un renfort de 12,000 hommes qui m’est envoyé par l’Armée d’Italie. C’est une dette que je contracte avec vous au nom du Gouvernement français, elle sera sacrée. J’ordonne en conséquence au général qui commande à Ancône de donner à votre commissaire un reçu de tous les vivres qui nous seront laissés.
Je suis persuadé, M. le général, que mon Gouvernement s’empressera d’acquitter cette dette au moment d’une stipulation d’intérêts réciproques. Je suis enchanté, Monsieur le général, que cette circonstance me procure l’occasion de vous assurer de toute mon estime.
[R. I, p. 174.]
Florence, le 13 ventôse an IX (4 mars 1801).
Je vous préviens, mon cher général, qu’il n’existe plus dans l’arsenal d’Ancône ni boulets, ni fusils, qui me sont demandés en Égypte par le Premier Consul. J’écris au commandant de la Marine d’Ancône d’adresser au commandant de l’artillerie de Mantoue l’état de ses besoins dans ce genre. Je vous prie, en conséquence, de donner vos ordres à ce commandant, cet envoi est de la plus grande facilité, en faisant descendre le Mincio, le Pô et la mer Adriatique.
Il serait bien nécessaire aussi, mon cher général, de faire presser le départ de l’artillerie et des munitions qui me sont annoncées. Je me trouve sans un seul fusil de réserve, je ne puis m’en procurer que des places qui sont sous votre commandement. Vous seriez bien aimable, mon cher général, si vous vouliez donner au général Marmont l’ordre pour en diriger une partie sur Ancône.
Je vous annonce avec plaisir qu’une corvette anglaise est venue se faire prendre dans le port d’Ancône, elle a à bord 75 hommes d’équipage et est armée de 18 pièces de canon, elle était partie depuis 22 jours de Malte et avait mouillé en passant à Gallipoli. Quelques coups de canon ont suffi pour lui faire amener son pavillon.
[R. I, p. 177.]
Florence, le 13 ventôse an IX (4 mars 1801).
Au général Seroux, à Ancône.
Vous voudrez bien, mon cher général, permettre l’exportation de ce qui revient aux Autrichiens, en vertu de l’armistice de Trévise, et vous donnerez un reçu au commissaire impérial de tout ce qu’il nous laisse en vivres et munitions. Je préviens le général Bellegarde de cette mesure. Pressez le départ de tous les Autrichiens d’Ancône.
Vous avez dû être effrayé, mon cher général, de l’arrivée des deux divisions de l’Armée d’Italie à Ancône, vous devez en être rassuré en ce moment : l’une de ces divisions passe en Toscane, l’autre doit rester dans la Romagne.
La corvette anglaise est venue fort à propos se faire prendre, j’en avais grandement besoin. Je donne l’ordre au capitaine Trullet de l’expédier de suite.
Pressez le plus que vous pourrez la rentrée des chevaux de réquisition, organisez votre artillerie, mettez-la en état de partir le plus tôt qu’il sera possible, activez également de tous vos moyens la rentrée de la contribution frappée sur les acquéreurs des domaines nationaux et celle de l’argent provenant du rachat des marchandises anglaises. Je destine la majeure partie de ces fonds au service de la marine. Je désire, mon cher général, que tout ce qui a rapport à la marine soit exclusivement sous la surveillance du commandant de cette arme, sous vos ordres.
Le Premier Consul attache le plus grand intérêt aux armements qu’il a ordonnés dans l’Adriatique, je vous prie de seconder le commandant Trullet de tous vos moyens. Je me repose entièrement sur votre zèle et votre activité. Je vais demander au général Brune qu’il vous envoie des fusils, ainsi que des boulets de tout calibre.
Je vous recommande le commissaire des Relations, Meuron, qui ne peut faire le bien à Ancône qu’en raison de la considération que vous lui donnerez.
[R. I, p. 174.]
Florence, le 13 ventôse an IX (4 mars 1801).
Vous avez du recevoir, citoyen commandant, une ordonnance de 30,000 francs pour le service de la marine, je vous en envoie une seconde de même valeur. Je vous ai envoyé un paquet pour faire parvenir en Égypte, je désire que vous le fassiez partir par la corvette anglaise que vous avez prise, et que vous la chargiez en même temps des mêmes objets que les précédents. J’écris au général Brune pour vous faire parvenir à Ancône des fusils et boulets de tout calibre.
Si la prise qui portait du quina n’est pas encore vendue, je désire que vous l’achetiez pour le compte de la République et que vous fassiez passer la cargaison en Égypte.
Je donne l’ordre au commissaire des guerres Miot de requérir le vin nécessaire pour la cargaison du bâtiment que vous expédierez. Mon intention n’est pas qu’il en soit acheté. J’espère qu’au moyen de l’argent que je mets à votre disposition, les expéditions n’éprouveront plus aucun retard.
[R. I, p. 175.]
Florence, le 14 ventôse an IX (5 mars 1801).
Je vous préviens, Messieurs, que j’envoie près de vous le citoyen Delmer, et que je le charge d’y activer la rentrée totale de la contribution qui a été frappée sur Lucques par le général Masséna158.
Le citoyen Delmer est autorisé à mettre à cet effet en usage tous les moyens que la loi lui accorde.
L’armée que je commande grossit tous les jours ainsi que ses besoins, je vous prie donc, Messieurs, de ne pas forcer le citoyen Delmer d’employer des moyens de rigueur.
[R. I, p. 178.]
Florence, le 14 ventôse an IX (5 mars 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que le Gouvernement ne m’ayant pas dit que 2,000 Piémontais dussent passer de votre armée dans celle que je commande, je fais donner l’ordre au corps qui m’est annoncé de suspendre sa marche de partout où il sera trouvé et de se diriger sur Ancône.
Je ne pense pas qu’il entre dans l’intention du Gouvernement français de faire partir de la République Cisalpine toutes les troupes italiennes, dans un moment où leur gouvernement s’occupe de la réorganisation de son armée. Je crois qu’il serait d’ailleurs très impolitique de faire séjourner dans les États romains tous les réfugiés Napolitains ou Romains qui servent dans ces corps, lorsque le Gouvernement français me manifeste l’intention de maintenir le Pape dans toute sa souveraineté et d’empêcher toute espèce de révolution. Vous devez sentir après cela, mon cher général, que mes refus sont fondés et j’espère que vous serez le premier à approuver ma conduite.
[R. I, p. 178.]
Florence, le 14 ventôse an IX (5 mars 1801).
Je reçois à l’instant votre lettre du 27 février. Toutes les troupes qui étaient annoncées devoir arriver à Ancône, ont reçu de moi l’ordre de se diriger sur Florence. Les États romains ne seront occupés qu’à la dernière extrémité. L’ordre du jour, dont vous trouverez ci-joint copie, doit vous tranquilliser également sur les craintes que vous pouvez avoir sur de nouvelles vexations. Vous pouvez en avoir éprouvé de la part d’Italiens qui, revêtus d’un uniforme français, ont parcouru les campagnes de vos États et ont frappé des contributions.
Je suis chargé de demander officiellement à Sa Sainteté la restitution de tous les biens du citoyen Visconti159, soit patrimoniaux, soit nationaux. Je prie donc Son Éminence de mettre sous les yeux de Sa Sainteté cette réclamation et de faciliter à Madame Visconti les moyens de rentrer en France avec ses deux enfants et d’y faire transporter leurs effets.
Je vous prie de croire à toute la sincérité de mon estime.
[R. I, p. 179.]
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Je vous prie, mon cher général, d’envoyer un officier de votre état-major auprès du commandant du corps des Piémontais qui est dirigé sur l’Armée d’observation. Vous le rendrez porteur pour ce commandant d’un ordre de former deux bataillons d’élite, forts de 1,500 hommes en totalité; ils seront commandés par un chef de brigade et deux chefs de bataillon. Le reste de ce détachement restera en Italie à la disposition du général en chef Brune. Ces 1,500 hommes seront sur le champ dirigés sur Lucques.
Le général Lechi formera également deux bataillons d’élite et vous les ferez sur le champ diriger sur Pistoja. Le reste de ce détachement restera à Modène pour y être réorganisé. Ce dernier ordre ne sera donné au général Lechi qu’après son départ. Ces deux mêmes bataillons seront également commandés par un chef de brigade et deux chefs de bataillon. Je ne veux point de cavalerie de ces deux divisions. Chacun de ces bataillons sera formé de trois compagnies de grenadiers et de trois d’éclaireurs au complet.
Il est nécessaire que cet officier parte dans le plus court délai.
[R. I, p. 180.]
ORDONNANT LA LEVÉE D’UNE CONTRIBUTION EXTRAORDINAIRE DE DEUX MILLIONS SUR LA TOSCANE, POUR L’ENTRETIEN DE L’ARMÉE
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Le général en chef considérant que l’Armée d’observation du Midi se trouve journellement renforcée par le nombre des troupes qui viennent successivement se joindre à celles déjà réunies en Toscane.
Considérant que les diverses villes de la Toscane qui ont déjà été imposées soit par les généraux qui y ont commandé, soit par le ministre Petiet, n’ont pas encore soldé la totalité de leurs contributions respectives.
Considérant que l’emprunt forcé de 100,000 écus, que le gouvernement toscan avait fait sur les riches absents, s’acquitte avec tant de lenteur que sa rentrée jusqu’à ce jour n’a encore offert aucune ressource.
Considérant que les circonstances présentes exigent impérieusement un nouveau secours en numéraire effectif, qui puisse assurer la solde de l’armée et pourvoir aux besoins en tout genre qu’elle éprouve
ART. 1er. — Il sera frappé sur la Toscane une contribution extraordinaire de guerre de deux millions.
ART. 2e. — Cette contribution sera acquittée en numéraire effectif et par quart, de cinq jours en cinq jours.
ART. 3e. — L’emprunt forcé de cent mille écus de Toscane fait par le gouvernement toscan est annulé.
ART. 4e. — Les sommes qui auraient déjà été payées sur cet emprunt seront reçues pour comptant dans le paiement de la contribution de deux millions fixée par le présent.
ART. 5e. — Les diverses villes de la Toscane qui redoivent sur les contributions frappées antérieurement soit par les généraux, soit par le ministre Petiet, pourront acquitter le complément des sommes auxquelles elles avaient été imposées, avec des pièces constatant les payements faits pour la solde, pour fournitures de vivres ou de toute autre dépense légale faite pour le service de l’armée.
ART. 6e. — Il est accordé le délai d’un mois à dater de la publication du présent pour y justifier des pièces constatant les dépenses dont est parlé à l’article ci-dessus, passé lequel temps, il ne sera plus reçu aucune pièce, et la rentrée de ce qui resterait encore dû sur les contributions anciennes sera poursuivie en numéraire effectif.
ART. 7e. — Le gouvernement toscan continuera à être chargé de la solde, subsistance et entretien des troupes de la République française qui resteront en Toscane et dont la force sera incessamment déterminée.
ART. 8e. — Sur les deux millions, numéraire effectif, frappés par le présent, un quart en sera abandonné au gouvernement toscan, pour pourvoir aux fournitures en nature qu’il est tenu de faire à l’Armée d’observation. Cette somme sera retenue par le gouvernement, toujours en proportion des versements qu’il fera à la Caisse des contributions.
ART. 9e. — Au moyen de cet abandon, il ne sera reçu en paiement de la présente contribution aucune pièce de dépense, la totalité devant en être acquittée en numéraire effectif.
ART. 10e. — Les fonds provenant de la présente contribution extraordinaire de guerre seront versés dans la caisse du trésorier des contributions de la Toscane, qui est chargé de l’exécution du présent arrêté et d’en rendre compte au général en chef160.
[R. I, p. 180.]
ORDONNANT LA LEVÉE D’UNE CONTRIBUTION EXTRAORDINAIRE DE DEUX MILLIONS SUR L’ÉTAT ROMAIN POUR L’ENTRETIEN DE L’ARMÉE
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Le général en chef,
Considérant que les circonstances exigent qu’il soit levé une contribution extraordinaire dans les pays de l’État romain occupés aujourd’hui par l’Armée d’observation, pour subvenir aux pressants besoins qu’elle éprouve, mais désirant allier les égards dus à Sa Sainteté, en raison des sacrifices qu’elle a déjà faits, avec la circonstance impérieuse qui réclame cette mesure extraordinaire.
ART. 1er. — Il sera perçu une contribution extraordinaire de guerre de deux millions de francs sur le Duché d’Urbain, la Marche d’Ancône, le territoire de Perugia, et généralement sur tous les pays de l’État romain occupés aujourd’hui par l’Armée d’observation du Midi.
ART. 2e. — La répartition entre tous les pays qui devront contribuer à l’acquit de cette somme sera faite par le gouvernement romain.
ART. 3e. — Cette contribution devra être payée dans le délai de dix jours, à dater de celui où connaissance officielle de ce que chaque province aura à payer pour son contingent lui aura été donné.
ART. 4e. — Les gouverneurs des divers pays qui devront contribuer seront tenus, en conséquence, de prendre tous les moyens nécessaires pour assurer la rentrée des sommes auxquelles ils auront été imposés, dans le délai prescrit par l’article 3 ; ils s’entendront à cet égard avec le trésorier principal des contributions de l’Armée d’observation du Midi.
ART. 5e. — Le montant de cette contribution sera acquitté en numéraire effectif et versé dans la caisse du trésorier des contributions de l’armée qui est chargé de l’exécution du présent arrêté.
ART. 6e. — L’expédition du présent sera adressée à Sa Sainteté, pour qu’il ait à donner les ordres pour en faciliter et hâter l’exécution.
[R. I, p. 182]
Florence, le 15 ventôse au IX (6 mars 1801).
Je reçois à l’instant, citoyen ministre, vos dépêches du 5. Conformément à vos intentions et à celles du Consul, je vais écrire à Ali, pacha de Janina ; le citoyen Belleville se charge de lui faire passer ma lettre.
Je vous ai fait connaître par mes précédentes les expéditions que j’avais déjà faites pour l’Égypte. Le dernier bâtiment qui est parti a absolument épuisé les ressources de l’arsenal d’Ancône, il portait 14,000 boulets de 3, 4 et 8. Je vous déclare que si le Premier Consul ne met à ma disposition les arsenaux de Turin, Mantoue et autres villes de l’Italie, je suis obligé de suspendre les expéditions que vous désirez. Je n’ai pas un seul fusil de rechange pour mon armée, je suis sans ressources pécuniaires et toutes les troupes qui viennent me rejoindre de l’Armée d’Italie, ont trois mois de solde arriérée et l’habillement est dans le plus mauvais état.
J’ai déjà emprunté 120,000 francs pour le chargement de deux bâtiments qui sont partis. Tous les états de dépense sont parfaitement en règle, et je viens d’emprunter 72,000 francs à la caisse de l’armée pour les mettre à la disposition de la Marine, qui se trouvait sans moyens pour l’équipement et l’armement de la flotille que le ministre de la Marine désire organiser dans l’Adriatique.
La Marche d’Ancône n’offre absolument aucune ressource, j’espère que les ports du golfe de Tarente m’en offriront davantage.
J’attends avec bien de l’impatience votre réponse et votre jugement sur l’armistice que j’ai conclu avec Naples. Si le Premier Consul m’avait fait connaître ses dernières prétentions, je les eusse obtenues dans le premier armistice, et dès aujourd’hui, j’aurais pu commencer mon mouvement vers Tarente, tandis que je suis forcé d’attendre la fin du mois, époque à laquelle doivent recommencer les hostilités.
J’ai déjà vu ce matin M. de Micheroux, je lui ai déjà parlé de mes nouvelles prétentions, il en a été déconcerté, nous devons entamer demain matin la négociation. Je crois que je pourrais amener mes négociations à un résultat heureux s’il s’agissait de conclure une paix, tandis qu’un armistice ne donne aucune garantie, car, après un mois, je pourrais lui demander à occuper Naples et la Sicile.
Je vous avoue que c’est un rôle peu délicat à jouer. Ne m’accordez pas votre confiance à demi ; faites-moi connaître vos prétentions absolues sur Naples, je sais garder un secret. Vous sentez que cette confiance est nécessaire dans la circonstance où je me trouve.
[R. I, p. 183.]
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Citoyen ministre, il est entré dans le port d’Ancône, le 8 courant, une corvette anglaise, appelée le Bouledogue, de 18 canons et de 75 hommes d’équipage ; elle venait de Malte en 22 jours. J’ai ordonné qu’on interrogeât tous les hommes de l’équipage séparément et qu’on m’envoyât leurs rapports.
Cette corvette doit déjà être partie pour l’Égypte, avec la nouvelle de la paix et tous les Moniteurs jusqu’au 10 ventôse. J’ai fait connaître au général Menou la position brillante où se trouve la France. Je désire que ce bâtiment arrive heureusement.
Je vous envoie une note de Joseph Bonaparte qui m’est envoyée de Vienne par un courrier extraordinaire, elle nuira sans doute au succès de mes nouvelles prétentions, parce que, d’après son contenu, le Gouvernement français assure qu’il n’exercera aucune hostilité contre la Cour de Naples, pourvu que ses forces de terre et de mer soient rappelées dans ses États. Cela ne m’empêchera pas de marcher sur Naples à l’expiration de l’armistice, puisque cette note ne m’a pas été annoncée officiellement par vous.
Je vous fais passer ci-joint une lettre de Naples de mon aide-de-camp. Vous y verrez que l’escadre française a été rencontrée à la hauteur de la Sicile, et que les Anglais ont débarqué entre Rosette et Damiette. C’est ce qui vient de me déterminer à entrer sur le champ en négociation avec M. de Micheroux pour l’occupation du golfe de Tarente, afin de pouvoir favoriser l’entrée des bâtiments qui se présenteront devant ces ports.
Les renforts m’arrivent tous les jours. Dans aucun cas, il n’y en a pas un de perdu, car mon armée ne peut être réunie et organisée avant le 30.
Le commandant des Russes à Naples ayant désiré avoir une entrevue avec moi, je vais lui écrire pour l’engager à se rendre à mon quartier général, je pourrai en tirer des renseignements les plus avantageux. Je vous répète que M. le marquis de Gallo n’a pas de pleins pouvoirs, et je pense que vous devez envoyer quelqu’un ici pour y traiter de la paix. J’espère que votre premier courrier m’en apportera la nouvelle, ainsi que les fonds qui me sont indispensables.
Recevez, mon cher Ministre, etc.
[R. I, p. 134.]
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Je reçois à l’instant, citoyen ministre, votre courrier du 7, avec les dépêches du ministre des Relations extérieures, je m’empresse de lui répondre. Je vous ai fait connaître par mes précédentes l’état de détresse où je me trouvais, mes besoins augmentent avec les renforts qui m’arrivent de toutes parts. Les 700,000 francs que vous m’avez annoncés par votre lettre du 23 nivôse ne me sont point encore parvenus, ma caisse est vide, et toutes les troupes qui m’arrivent de l’Armée d’Italie ont leur solde arriérée de trois mois, et leur habillement dans le plus mauvais état. Ce pays-ci est totalement épuisé; je suis dans le plus grand embarras, j’espère que vous viendrez promptement à mon secours. Vous trouverez ci-joint copie de trois différents arrêtés que je viens d’être obligé de prendre. Je compte peu sur leur résultat.
L’organisation de mon armée et les expéditions que vous m’ordonnez pour l’Égypte me forcent à vous faire les demandes suivantes : 1° de déterminer l’étendue de mon commandement ; 2° de mettre à ma disposition les arsenaux de Turin, de Mantoue et autres places d’Italie, ne pouvant plus tirer ni un seul fusil ni un seul boulet d’Ancône ; 3° de me donner un payeur général, de me donner un commissaire ordonnateur en chef ou la confirmation de celui que j’ai, des inspecteurs aux revues, quelques généraux de brigade, un directeur général des postes ; de déterminer le nombre des adjoints et de me les envoyer, quelques commissaires des guerres, un médecin et un chirurgien en chef. Voilà à peu près ce qui manque à l’organisation de mon armée.
Le général Brune a retenu à Milan 400 grenadiers polonais appartenant aux deux bataillons qu’il vient de m’envoyer, je vous prie de lui donner l’ordre de me les envoyer.
J’ordonne aux commandants des détachements piémontais et cisalpins de former au complet quatre bataillons d’élite, de les faire commander par deux chefs de brigade, quatre chefs de bataillon et de les faire diriger en Toscane, les restants iront se recompléter dans leurs dépôts respectifs.
J’entame demain la négociation avec Mr de Micheroux pour l’occupation du golfe de Tarente, je m’empresserai de vous en faire connaître les résultats. Mon aide-de-camp qui est à Naples, m’écrit qu’un bâtiment suédois qui vient de mouiller dans ce port, a rencontré notre escadre à la hauteur de la Sicile et annonce que les Anglais ont débarqué entre Rosette et Damiette. Une corvette anglaise armée de 18 canons et ayant à bord 75 hommes, est venue mouiller le 8, devant le port d’Ancône. Quelques coups de canon du môle et un pavillon anglais (sic) qui a été hissé sur l’un de nos corsaires, ont suffi pour faire amener le sien. Je vais la faire partir pour l’Égypte avec la nouvelle de la paix.
Je charge mon chef d’état-major de vous adresser l’organisation provisoire de l’armée. Le général Brune m’a envoyé deux lieutenants généraux, Michaud et Debelle, je n’ai point cru devoir les employer, n’étant pas porteurs d’ordre de service de votre part. Vous me ferez le plus grand plaisir, citoyen ministre, de ne pas me donner de lieutenants généraux.
L’avant-garde va occuper la Marche d’Ancône et Foligno ; la division Watrin, la Romagne ; celle de Monnier, Arezzo et Cortone ; Tharreau, Sienne, les Maremmes et Livourne ; Mathieu, Florence ; les Piémontais et Cisalpins, Lucques et Pistoja ; la cavalerie, Pise. Voilà les cantonnements que je garderai jusqu’à la fin de l’armistice.
P.-S. — Le général Brune qui ne pensait pas que je dusse revenir en Toscane, y avait fait vendre le blé qui s’y trouvait. Cette mesure me met dans le plus grand embarras ; faites-moi savoir si je dois acheter ou requérir ceux qui viennent d’entrer dans le port de Livourne.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 185, et Archives de la guerre.]
Florence, le 15 ventôse an IX (6 mars 1801).
Le général en chef demande au ministre de la guerre la promotion du citoyen Beaumont, chef d’escadron, son aide-de-camp, au grade de chef de brigade. Il lui demande en outre que le citoyen Auguste Lagrange161, sous-lieutenant au 5ᵉ régiment de dragons, passe son aide de camp et il le prie de confirmer la nomination qu’il a faite au citoyen Piéton à une sous-lieutenance dans le 12ᵉ régiment d’hussards, il le lui demande aussi pour aide de camp.
[R. I, p. 187.]
Florence, le 16 ventôse an IX (7 mars 1801).
A l’illustre et très magnanime Ali, Pacha de Janina.
A mon retour d’Égypte, on a voulu me persuader que vous étiez entré dans la ligue injuste que les ennemis de la France ont réussi à former contre ma patrie et dans laquelle le Divan s’est laissé entrainer, je n’ai pas voulu le croire.
Vous êtes toujours ce guerrier qui s’est fait un nom et un empire par sa fermeté, par son courage et par l’indépendance de son caractère, qui a contenu ses voisins et humilié ses rivaux, vous êtes enfin Ali-Pacha162 et vous ne pouvez être ennemi des Français.
Le général Bonaparte, quand il faisait la conquête de l’Italie, vous donna des témoignages de sa considération. Vous lui donnâtes des marques d’estime, il a toujours les mêmes sentiments pour les braves soldats qui vous obéissent et pour le brave chef qui les commande.
Plus que jamais aujourd’hui, vous devez être disposé à vous attacher à la France, elle est toujours la meilleure et, que dis-je, la seule véritable amie des Musulmans.
Vous avez dans le pays qui est soumis à votre gouvernement des prisonniers français, je sais qu’il se louent de l’accueil que vous leur avez fait, je vous remercie des égards que vous leur avez montrés, mais il n’est pas digne de votre caractère d’être juste et loyal à demi. Rassemblez auprès de vous tous les prisonniers français que vous pourrez réunir et renvoyez-les au général Bonaparte.
Quant à moi, je vous renouvelle l’assurance de mon estime et je vous offre mon amitié avec celle de la France.
[R. I, p. 187.]
Florence, le 16 ventôse an IX (7 mars 1801).
Au citoyen Belleville, commissaire des Relations commerciales à Livourne
Mon cher Belleville, vous trouverez ci-joint une lettre que je vous prie de faire passer à Ali-Pacha de Janina en Albanie.
Mon chef d’état-major vous a fait connaître mon intention sur la vente des canons jugés hors d’état de servir, à Livourne ; cette mesure ayant été ordonnée par le général en chef Brune, je désire que cette vente ait lieu. Vous trouverez ci-joint copie de l’arrêté que j’ai pris à ce sujet, je vous prie, mon cher Belleville, d’en surveiller l’exécution. Je vous préviens que j’envoie à Piombino la 60ᵉ demi-brigade, et que je suis dans l’intention de m’emparer de Porto-Ferrajo. Je vous prie en conséquence de charger un officier de marine de se rendre à Piombino et d’y réunir assez de barques pour 1,200 hommes. Je désirerais que cet officier me fit connaître le moment où il aura réuni tous ces moyens, afin que je puisse donner mes ordres en conséquence.
Le général Brune est parti avant hier de Milan pour Paris, il a reçu l’ordre de laisser le commandement au plus ancien général. Je vous préviens qu’avant son départ, il a dit, et je le prouverai, que la vente des blés s’était faite sans son consentement. Recevez cet avis comme venant d’un ami, et comme le gouvernement pourrait désapprouver cette mesure, dont les suites peuvent compromettre la subsistance de l’armée, voyez à trouver une mesure afin que les blés qui sont à Livourne restent à notre disposition.
Le général Ganteaume a été rencontré à la hauteur de la Sicile. On assure que les Anglais sont débarqués entre Rosette et Damiette. Cette note doit être secrète.
Le général Clément a été destitué par le Gouvernement.
J’attends votre rapport sur Porto Ferrajo.
Le ministre des Relations extérieures presse toujours vos expéditions secrètes. Ne pourriez-vous pas vous procurer des graines pour les faire passer en Égypte, je les enverrais sur le champ à Ancône.
[R. I, p. 188.]
Au quartier général de Florence, le 16, à 3 heures du matin163, au IX de la République Française.
Joachim Murat, général en chef, au général Bonaparte, 1er consul de la République.
Je vous envoie, mon général, sous cachet volant mes dépêches aux ministres de la Guerre et des Relations extérieures.
Vous venez de m’imposer une grande tâche, j’en sens tous le poids, mais je les remplirai, vous m’aideriez de vos lumières, surtout de vos moyens ; je suis sans le sol, toutes les troupes qui m’arrivent ont un arriéré de 3 mois de solde, point d’habillement, point de souilliers, et je suis sur le point d’entrer en campagne. Je vais encore vous parler de Brune, il m’écrit qu’il est sur le point de mourir de faim et il vient de faire vendre tout le bled qui se trouve en Toscane, c’est-à-dire 19,000 sacs ; j’en avais laissé, il y a un mois, 40,000 ; on ne peut justifier de l’emploi de ce déficit. J’ai arrêté cette vente pour ne pas mourir de faim. Les États ecclésiastiques sont sans ressources et Bologne manque de pain.
Le gal Soult qui arrive, vient de me dire que Brune vient de faire donner une gratification de vingt cinq mille livres à chaque général divisionnaire et une autre aux autres généraux et chef de corps. Voilà l’argent de la troupe qui arrive sans être payé, voilà les armes qu’il emploie pour se faire aimer ; il n’y réussit pas avec cela. Il serait nécessaire de changer ce gouvernement et de rétablir l’ancien jusqu’à l’arrivée du Grand Duc.
On a chanté le Te Deum en l’honneur de la paix, j’y ai assisté avec tout l’état major. Cette fête a été célébrée avec la plus grande pompe, le canon a tiré toute la journée, le soir grande illumination, grand dîner chez moi. Je vous observe que c’est le gouvernement qui a ordonné ce Te Deum.
Il est absolument nécessaire que vous déterminiés mon commandement, j’ai besoin des ressources de Turin et de Mantoue, je n’ai plus rien à Ancône et Livourne, je ne sais où établir mes dépôts et mes magasins, je les laisse provisoirement en Toscane. On craint un embarquement, les généraux tremblent d’être envoyés en Égypte, voilà ce qu’on a fourré dans la tette des troupes qui arrivent d’Italie.
Je vous prie, mon général, de ne pas me donner votre confiance à demi, dites-moy ce que vous voules de Naples. Grondés Caroline, elle court les bals, elle tombera malade, je perdrai ma bien bonne Caroline et votre Achille sa petite mère ; permettés moy de vous embrasser, Amitié et attachement inviolable et reconnoisance.
Debelle vous demande le commandement du Piémont, je lui ai promis d’appuyer sa demande, je joins ici la lettre qu’il vient de m’écrire en réponse à celle que [je] lui ai écrite, en lui annonçant que je ne pouvais pas l’employer.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 16 ventôse an IX (8 mars 1801).
Mon général, je connais toute l’influence que vous avez conservée sur l’esprit des habitants de Porto-Ferrajo, mon intention est de m’en emparer. Je veux cependant employer tous les moyens de conciliation. Je cherche à éviter l’effusion du sang et à ramener les esprits égarés, je vous ai choisi pour porter encore une fois à ces habitants rebelles des paroles de paix et un pardon.
Vous connaissez les sentiments de modération et d’humanité qui animent aujourd’hui la nation française et personne mieux que vous ne peut être auprès d’eux son interprète. J’attendrai le résultat de vos démarches avant d’agir. Ce serait un service signalé que vous rendriez à cette île et à moi. Vous acquéririez de nouveaux droits à la reconnaissance de ma patrie.
[R. I, p. 189.]
Florence, le 17 ventôse an IX (8 mars 1801).
Au général en chef de l’Armée d’Italie165.
Le Premier Consul, citoyen général, qui veut saisir toutes les occasions de donner aux Français qui sont en Égypte des preuves de souvenir et d’intérêt, me charge d’expédier sur ce point le plus de bâtiments qu’il me sera possible. Sur chacun de ces bâtiments, il doit être embarqué 500 fusils avec leurs bayonnettes, 250 sabres, 250 paires de pistolets, 3,000 boulets de 4, 3,000 de 8, 3,000 de 12 et 500 obus de six pouces. Pour compléter le chargement, on pourrait y embarquer des boulets de tous les calibres et les fusils de calibre autrichien pourraient également servir.
Pour exécuter ces ordres, j’ai besoin du secours des arsenaux des places d’Italie, ayant épuisé toutes les ressources que m’offraient pour cet objet ceux d’Ancône et de Livourne.
Je vous prie donc, mon général, de donner des ordres à votre général d’artillerie d’envoyer sur le champ à Ancône tous les objets dont je vous ai parlé ci-dessus. Ce transport peut se faire très promptement par le Pô et l’Adriatique. Je vous ai déjà fait cette demande il y a quelques jours. Je vous déclare que je suis obligé de suspendre toute espèce d’envoi, faute de boulets et de fusils. L’intérêt qu’inspire l’Armée d’Égypte déterminera sans doute le vôtre et j’espère que par votre secours vous me mettrez bientôt à même de remplir les intentions du Gouvernement.
Je vous salue.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 189, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 18 ventôse an IX (9 mars 1801).
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Citoyen général, le Gouvernement a constamment fait à Paris les fonds pour la solde de votre armée et deux millions par mois ont été régulièrement envoyés à Milan ; toutes les troupes de votre armée doivent donc être au courant. Cependant toutes celles qui passent dans mon armée sont arriérées de deux ou trois mois. Les fonds nécessaires pour les acquitter doivent se trouver dans la caisse de mon payeur, afin que je puisse satisfaire aux réclamations que me font journellement les chefs des corps venant de l’Armée d’Italie. Je ne puis y répondre d’une manière favorable n’ayant pas un sol en caisse.
Je ferai tous mes efforts pour tenir dorénavant leur solde alignée, mais ils ne seront payés dans mon armée qu’à dater du jour de leur arrivée. Ces troupes sont également toutes nues et manquent surtout de souliers. La plupart de ces corps ont été compris dans la répartition des distributions qui doivent avoir eu lieu dans leurs divisions respectives. Vous seriez bien aimable et un bien bon voisin si vous vouliez donner des ordres à votre ordonnateur de faire diriger sur Florence une quinzaine de mille paires de souliers et autant d’habits.
Vous savez que j’occupe un pays totalement ruiné, où il me serait impossible de vivre sans le secours des blés dont j’ai empêché la vente. Je sais que Bologne en manque, et comme je veux être bon voisin, je vais permettre sur ce point l’exportation de quelques mille sacs. Je compte absolument sur vos secours et vous avez le droit de compter sur les miens.
[R. I, p. 190.]
Florence, le 17 ventôse an IX (8 mars 1801).
Au citoyen Meuron, commissaire des Relations commerciales à Ancône.
Citoyen commissaire, le Premier Consul qui veut saisir toutes les occasions de donner aux Français qui sont en Égypte des preuves de souvenir et d’intérêt, m’a chargé de faire expédier pour ce pays plusieurs bâtiments des ports de l’Adriatique.
Voici de quelle manière les expéditions doivent être faites. Il faudrait qu’il partit, à 6 jours de distance l’un de l’autre, trois bâtiments montés par des équipages français et anconitains. S’il ne se trouvait pas d’avis oppartenant à des Français ou de bâtiments confisqués, l’on pourrait en acheter, en ayant soin de ne choisir que de bons voiliers.
Sur chacun de ces bâtiments, il doit être embarqué 500 fusils avec leurs bayonnettes, 250 sabres, 250 paires de pistolets, 3,000 boulets de 4, 3,000 boulets de 8 ; 3,000 boulets de 12, 500 obus de six pouces, une caisse de graines d’Europe, une caisse de médicaments contenant deux quintaux de quina et, en proportion, des mouches cantharides, de l’ipécacuanha et de l’émétique. Pour compléter les chargements, on pourrait y embarquer des boulets de tout calibre ; les fusils de calibre autrichien pourraient également servir. Il serait aussi d’un grand secours pour la colonie de lui envoyer du fer, des outils, des bigornes de la plus grande dimension. C’est avec moi que vous compterez directement pour toutes les dépenses qu’occasionneront ces expéditions.
Pour procurer de nouvelles ressources à l’armée et à la colonie d’Égypte, je vous engage de persuader, s’il est possible, aux négociants d’Ancône, d’envoyer pour leur compte des bâtiments en Égypte avec des chargements de fer, d’eau-de-vie, de vins et d’autres objets qui peuvent être utiles à la colonie. Vous leur donneriez l’assurance qu’ils seraient libres d’effectuer leur retour, lorsqu’il leur conviendrait, et qu’ils pourraient charger en Égypte des marchandises et des productions pour l’Europe.
Ancône est un des ports les plus avantageusement placés pour ces expéditions, je ne doute pas qu’il ne s’y trouve plus aisément que dans les ports occidentaux de l’Italie des négociants et des armateurs prêts à vous seconder et à tenter eux-mêmes une traversée plus courte et dont les risques sont moins grands.
Je vous prie, citoyen commissaire, de m’instruire dans le temps, du nom, du départ et de la qualité du chargement du bâtiment que vous aurez expédié.
[R. I, p. 191.]
Florence, le 18 ventôse an IX (9 mars 1801).
J’ai l’honneur de vous prévenir, Mr le chevalier, qu’en vertu de l’article 10 de l’armistice conclu entre les deux armées française et napolitaine, qui porte que cet armistice sera de trente jours et qu’on devra s’avertir dix jours avant la reprise des hostilités, les hostilités recommenceront le 1er germinal.
Cependant voulant donner à votre Cour une preuve authentique des intentions pacifiques de mon Gouvernement, je vous propose de conclure un nouvel armistice de 30 jours aux conditions suivantes :
ART. PREMIER. — Toutes les conditions de l’armistice du 29 plu- viose relativement aux Turcs et aux Anglais et aux prisonniers français seront ponctuellement exécutées.
ART. 2. — Tous les objets d’art qui ont été pris à Rome par les Napolitains et appartenant à l’armée française seront restitués.
ART. 3. — Une division de douze mille hommes occupera Tarente et toute la partie de la presqu’île, depuis l’embouchure de l’Offanto jusqu’à Minervino et de là suivant la ligne passant par Gravina et suivant la rivière de Bradano jusqu’à son embouchure dans la mer. Les forteresses de Tarente, de Gallipoli, de Brindisi, d’Otrante et, en général, toutes celles qui sont situées dans cette presqu’île, seront remises avec toute leur artillerie à l’armée française (jusqu’à la paix maritime166).
Une autre division occupera Rieti et Aquila et Soulmola, et sur la communication d’Aquila à Tarente, il ne pourra être tenu aucun corps d’armée napolitaine, hormis quelques postes d’infanterie et de cavalerie pour la police du pays et la sûreté de la route.
ART. 4°. — Il ne pourra être démoli aucune place, vu que cette occupation n’est que pour faciliter la communication de l’Armée d’Égypte avec la France.
ART. 5°. — Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles fera payer 600,000 francs par mois à la caisse de cette division pour sa subsistance et sa solde, indépendamment du blé nécessaire pour sa nourriture.
Je suis prêt, Monsieur le chevalier, à entrer en négociation avec Votre Excellence pour conclure ce nouvel armistice que je regarde comme le préliminaire de la paix167.
Je vous prie de recevoir toute l’assurance de mon estime.
P.-S. — Les vivres et les subsistances seront fournis à la division qui doit aller occuper le golfe de Tarente ; ses marches seront au plus de 15 milles par jour et ne pourront être moins de dix.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 192, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 18 ventôse an IX (9 mars 1801).
Étant dans l’intention, comme je vous l’ai déjà manifesté par ma lettre du 16, de m’emparer de Porto-Ferrajo, ne pourriez-vous pas, mon cher Belleville, engager le commandant de la frégate suédoise qui se trouve dans le port de Livourne, à seconder mon opération, en se montrant seulement dans le canal. Cette conduite de sa part, en nous rendant le plus grand service, rendrait à sa nation tous les bâtiments suédois qui se trouvent dans ce port et qui y ont été conduits, capturés par les Anglais. Cette opération n’aurait rien quant au fait d’offensif et produirait quant au résultat le même effet. Faites tout, mon cher Belleville, pour décider ce capitaine à cette démarche.
Je vous ai aussi parlé des expéditions pour l’Égypte. Le ministre des Relations extérieures désire que j’en fasse le plus qu’il me sera possible. Ne pourriez-vous pas engager le citoyen Livron ou quelques autres négociants à aller à Ancône, pour y faire des cargaisons pour l’Égypte ; je leur en garantirai le paiement au nom du Gouvernement, ainsi que leur retour, avec la permission d’exporter d’Égypte la cargaison de leurs bâtiments.
Je vous prie, mon cher Belleville, de me répondre de suite sur ces deux points.
[R. I, p. 193.]
Florence, le 19 ventôse an IX (10 mars 1801).
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Citoyen général, le chef de brigade de la 3ᵉ provisoire d’Orient, passant de l’Armée des Grisons à celle que je commande, a perdu à son passage à Mantoue avec le 3ᵉ bataillon de chasseurs francs, environ 350 hommes qu’a fait déserter et reçus dans son corps le chef de brigade de la Légion consulaire. Comme cette conduite de désorganisation doit être regardée comme criminelle, je vous prie de le suspendre de ses fonctions. Je fais connaître au Gouvernement ma démarche à ce sujet. Je vous prie en même temps d’ordonner que ces déserteurs soient conduits sur le champ à leur demi-brigade dans la Romagne. Voilà le résultat, citoyen général, des propos tenus par les malveillants sur une prétendue expédition en Égypte.
Le Gouvernement français apprendra sûrement avec bien de l’étonnement qu’il se trouve en Italie des militaires français assez peu amis de la paix et des braves qui sont en Égypte, pour chercher à entraver ses vues et retarder le moment d’une paix générale, en donnant une fausse interprétation à une expédition qui, par ses seuls préparatifs dans l’Adriatique, doit faire trembler l’Angleterre et la Porte.
[R. I, p. 194.]
Florence, le 19 ventôse an IX (10 mars 1801).
Le général en chef reçoit à l’instant les observations qu’a bien voulu faire M. le chevalier de Micheroux relativement à une prolongation d’armistice, il observe qu’il ne peut regarder comme officielle la note qui lui est adressée par lui et de Vienne par M. le chevalier de168 portant que du moment où la paix entre l’Empereur et la France sera signée, aucune hostilité n’aura lieu contre Sa Majesté Sicilienne, pourvu que ses forces de terre et de mer soient rappelées dans ses États.
Pour que cette note fût officielle pour lui, il faudrait qu’elle lui eût été adressée par son Gouvernement et, pour qu’elle eût son exécution, qu’elle eût été ratifiée par lui, mais le soussigné n’ayant aucune certitude, ni sur l’existence réelle de cette déclaration, ni sur sa ratification par le Gouvernement qui seul peut donner lieu à son exécution, il ne peut regarder la note que comme non avenue.
Quant à l’armistice pur et simple qui lui est proposé, il ne peut le conclure. Sa conduite est tracée par son Gouvernement, il doit se conformer à ses volontés. Le soussigné ne doit pas entrer en discussion sur les vues de son Gouvernement sur l’occupation du golfe de Tarente, et il passe à l’article 10 de l’armistice, qu’il rapporte littéralement.
ART. 10. — L’Armistice sera de 30 jours, en s’avertissant dix jours avant la reprise des hostilités.
L’armistice doit donc durer trente jours, il a été signé le 29 plúviòse, il expire donc le 29 ventòse, et à cette époque, mon premier engagement sera rempli, et en vous avertissant le 19 ventòse que les hostilités commenceront le 1er germinal, le second engagement se trouvera avoir été parfaitement exécuté.
Le général Murat va faire connaître à son Gouvernement les observations du chevalier de Micheroux et sa réponse. Qu’il envoie à sa Cour ses dernières propositions, il peut en avoir une réponse avant le jour fixé pour la reprise des hostilités.
Quant à lui, le général Murat se rend responsable envers son Gouvernement de tous les événements qui pourront en résulter.
[R. I, p. 194.]
Florence, le 20 ventòse an IX (11 mars 1801).
Ce serait avec bien du plaisir, mon cher ministre, que je ferais payer par la caisse de l’armée que je commande, l’Armée cisalpine, si elle contenait assez de fonds, mais je vous déclare qu’elle est absolument vide et que je suis dans l’impossibilité de faire solder l’arriéré des troupes qui passent de l’Armée d’Italie dans la mienne. J’ai déjà écrit au gouvernement cisalpin à cet égard et au général en chef de l’Armée d’Italie, pour réclamer les fonds qui ont dû être faits pour les renforts qu’il m’envoie. Je vous prie d’appuyer auprès de lui ma demande. Je me trouve absolument sans aucune espèce de moyens. Ces mêmes troupes sont aussi nu-pieds et manquant absolument d’habits. Je compte beaucoup sur ceux que j’ai demandés au commissaire Boinod.
J’ai également demandé des fusils et des boulets pour pouvoir continuer mes expéditions pour l’Égypte ; sans ce secours, je suis obligé de les suspendre.
[R. I, p. 195.]
Florence, le 20 ventôse an IX (11 mars 1801).
Au commandant de la place de Livourne.
Citoyen commandant, le commissaire des guerres Demassa se plaint que vous vous êtes opposé à l’exportation de 2 000 sacs de blé qu’il a acheté, à Livourne pour le service de la subsistance des troupes de passage dans ce pays. Mais il ajoute que vous êtes prêt à permettre cette exportation en vous payant deux livres par sac. Je ne puis ajouter foi à cette inculpation, je serais obligé de rougir de la confiance que je vous ai accordée et forcé de vous la retirer. Vous pouvez me mettre à même de porter un jugement entre ce commissaire et vous en me faisant promptement le détail de cette affaire.
[R. I, p. 196.]
Florence, 21 ventôse an IX (12 mars 1801).
Conformément à vos ordres du 7 courant, j’ai annoncé au général napolitain que les hostilités recommenceraient le 1er germinal ; je lui ai en même temps proposé de conclure avec lui un nouvel armistice d’un mois et aux conditions que vous m’avez indiquées. Vous trouverez ci-joint une note de M. le chev. de Micheroux en réponse à ma déclaration, ainsi que mes observations à cette note. J’attends avec impatience le résultat de la détermination que doit prendre la Cour de Naples : dans tous les cas, je commencerai mon mouvement sur les frontières du royaume de Naples, les premier jours de germinal. Je m’empresse aussi de vous envoyer la réponse de l’ambassadeur de Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies à la Cour de Naples, et une lettre de mon aide de camp Beaumont, qui annonce que les Anglais ont échoué dans leur expédition contre l’Égypte et que la majeure partie de leur flotte revient à Malte.
Les pleins pouvoirs pour traiter de la paix sont annoncés à M. de Micheroux ; ainsi j’espère que nous nous arrangerons pour le nouvel armistice. Le retard que j’éprouve sur la réponse à ma dépêche du 29 pluviôse, me fait présumer que la paix avec Naples se traite à Paris et que je vais en recevoir la nouvelle d’un moment à l’autre.
Je vous réitère, C° ministre, que mes besoins deviennent chaque jour plus urgents et qu’il m’est impossible non seulement de payer l’arriéré des troupes qui viennent de l’Armée d’Italie, mais encore la solde courante ; vous devez sentir que mes besoins sont immenses, surtout lorsqu’il s’agit d’organiser.
Je ne vous demande rien pour la subsistance des troupes et pour les différents services de l’armée ; mais les fonds pour la solde et l’arriéré me sont indispensables.
J’attends avec bien de l’impatience une réponse à mes précédentes.
P.-S. — Je vous fais passer ci-joint le tableau des objets d’art que la République française avait laissés à Rome, ainsi que celui dont les objets ont été enlevés par les Napolitains et conduits à Naples. Je vous ai demandé par mes précédentes vos intentions sur la conduite que je devais tenir à cet égard.
Il est parti avant hier un bâtiment d’Ancône pour l’Égypte, chargé d’armes, boulets et des dépêches pour le général Menou.
P.-S. — Vous trouverez ci-joint le rapport des matelots et officiers anglais faits prisonniers sur le bâtiment qui est entré dans Ancône.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 21 ventôse an IX (12 mars 1801).
Au général Bonaparte.
Je vous envoie, mon général, sous cachet volant, la lettre que j’écris au ministre de la Guerre. Vous avez dû voir par mes précédentes le tableau de mes besoins ; l’avoir mis sous vos yeux, c’est m’assurer qu’un prompt remède va être apporté à ma cruelle position. Vous scavés que ce pays est sans resourses, ayant été toutes absorbées ; tous les corps, je vous le répète, ont leur solde arriérée de trois mois. Je vous ai parlé de la vente qu’a fait faire du bled le général Brune, je vous ai fait connaître les mesures que j’avois prises pour empêcher l’exécution d’une opération qui m’expose à mourir de faim ; eh bien! elles ont été trop tardives, 3 cent mille livres avaient déjà été donnés au général Marmont, et ce qui existait dans les autres magasins avait été déjà distribué et livré; je n’ai pas le sol pour payer la solde courante. L’artillerie me demande des fonds, les différentes administrations en réclament, les hôpitaux, etc.; vous sçavés qu’il faut de grandes resourses, surtout quand il s’agit d’organiser.
Au reste, vous ne m’avés pas nommé général en chef pour me laisser dans l’embarras. Donnés-moy pour la solde, je me chargerai du reste.
Je dois les plus grands éloges aux généraux Tharrau, Mathieu et Broussier, c’est à leurs soins et à leur fermeté que je dois la bonne réputation dont nous jouissons dans ce pays ici. La plus grande union règne dans l’armée, tout le monde est content, et tous les généraux de l’Armée d’Italie demandent à y passer.
Des bruits que quelques malveillants ont répandu sur une prétendue expédition d’Égypte ont fait déserter beaucoup de monde. Je ne puis pas compter sur Dulauloy, s’il s’agit de s’embarquer, mais je le renverrai, s’il s’y refuse, en le signalant à la République comme un homme indigne de figurer parmi ses braves généraux. Je renverrai également, mais en les comblant d’égards, ceux qui voudroient introduire quelque esprit de parti.
J’espère vous prouver que je suis digne de la confiance que vous venés de m’accorder, surtout si vous me continués vos bontés. Comme j’espère que le nouvel armistice que j’ai proposé sera accepté et que je prévois des vues ultérieures sur moy, je vous demande à venir passer vaingt-quatre heures à Paris, pour y embrasser ma femme et mon enfant. Vous ne me refuserés pas cette faveur, il me serait impossible de m’embarquer sans avoir vu votre petit Achille ; si des raisons empêchent mon voyage, je désire que Caroline vienne me voir.
Je ne puis pas compter sur Belleville, il ne veut plus se mêler de rien depuis le départ de Brune. J’attends le retour d’un député que j’ai envoyé à Porto Ferrayo, pour y faire une expédition. On m’écrit que les Anglais en sont partis.
M. le chevalier de Micheroux a reçu ses pleins pouvoirs, je pense que c’est trop tard, et que je vais recevoir la nouvelle que vous avez fait la paix avec M. Gallo, il ajoute que le roy de Naples doit m’offrir le cordon de l’ordre du grand S’ Ferdinand, je sçais que je ne dois pas le recevoir, mais je vous prie d’être asés bon pour me dicter la réponse que je dois faire171.
J’attends avec impatience votre premier courrier. Je vous embrasse de tout mon cœur et suis pour la vie le plus attaché.
J. MURAT.
Tout le monde est dans l’ivresse, on vous proclame partout le Sauveur du monde, l’ami des arts et le pacificateur de l’univers.
Ayés la bonté de me dire la conduite que je dois tenir envers le duc de Parme, j’ai cru devoir attendre la ratification de la paix, avant de lui envoyer un aide de camp pour le complimenter, au reste, c’est un très beau cadeau que vous lui faites. Le service se fait ici à merveille par les gens du pays, on ne s’aperçoit pas qu’il y a des Français en Toscane. Donnés-moy, mon général, quelquefois de vos nouvelles, c’est un besoin pour moy de sçavoir que mon bienfaiteur jouit d’une bonne santé.
Je dois vous soumettre une question, mon général, qui m’est faite par les grenadiers et généralement par tout ceux qui ont obtenu des marques d’honneur dans les batailles. Les fusils, baguettes, sabres, etc., disent-ils, sont trop pesants pour pouvoir les porter toujours, surtout pendant la paix, et lorsqu’ils seront rentrés dans la classe des citoyens et qu’ils auront déposé leurs uniformes, ils m’ont donc demandé, ces braves, de leur permettre de porter des médailles où seroient représentées les marques d’honneur que vous leur avés accordées. Je n’ai pas pu accéder à cette demande, quoiqu’elle soit fort simple et de toute justice, je pense que ce n’est qu’en vertu d’un de vos arrêtés et qui doit être commun à toutes les armées, que ces militaires peuvent porter ces médailles. Vous sentirés trop la justice de cette réclamation, pour que j’entre dans aucune discussion à cet égard. J’attendrai donc, mon général, vos ordres, avant de permettre cette prérogative.
Salut, respect et attachement inviolable.
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 22 ventôse an IX (13 mars 1801).
J’ai reçu, Monseigneur, toutes vos différentes lettres. Je m’empresse d’envoyer au ministre Petiet à Milan la réclamation que vous m’avez adressée en faveur de M. le Duc de Braschi172. J’espère qu’elle ne sera pas sans succès. Quant aux observations que vous me faites sur le nombre des troupes qui se trouvent sur votre territoire, j’ai l’honneur de vous prévenir que je fais donner l’ordre d’en faire retirer 6,000 hommes. Avant peu, j’espère donner à mes troupes une nouvelle destination qui fera disparaître toutes les inquiétudes que vous avez eues jusqu’à ce moment. J’ai pris des mesures pour faire approvisionner les différents points sur lesquels mes troupes seront obligées de passer pour entrer dans les États de Naples, et si j’y suis obligé, veuillez bien assurer Sa Sainteté que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour rendre moins sensible le passage de mes troupes. Cependant il sera nécessaire de me faire assurer les fourrages pour deux mille chevaux sur les routes de Terni, Rieti et Spolète ; ces troupes ne feront que passer.
Je vous prie de présenter à Sa Sainteté mes remerciements pour les marques de bienveillance qu’elle ne cesse de me donner. Recevez, je vous en prie, ceux que je dois à vous même.
Les ordres sont donnés pour arrêter les suites des réquisitions qui se font par des réfugiés romains et napolitains. Sa Sainteté a la police de ses États, elle a le droit absolu de faire arrêter tous ceux qui troubleraient la tranquillité publique.
Recevez de nouveau l’assurance de mon estime et de mon attachement. J’attends avec impatience des nouvelles de Paris et la réponse à mes lettres relativement au Saint-Père.
[R. I, p. 196.]
Florence, le 22 ventôse an IX (13 mars 1801).
Vous savez, citoyen ministre, qu’il n’y a pas de Guides à l’armée que je commande, tandis qu’il en existe deux ou trois compagnies à l’Armée d’Italie. Soyez donc assez bon et assez juste pour ordonner au général en chef de l’Armée d’Italie de m’envoyer les Guides du général Masséna, il doit en rester assez de ceux du général Brune. Je vous prie de m’en envoyer l’ordre par le retour de mon courrier. Je vous prie de lui donner aussi celui de m’envoyer les grenadiers polonais qu’il a retenus à Milan.
Pour vous convaincre, citoyen ministre, combien je dois peu compter sur les ressources de l’Armée d’Italie, vous trouverez ci-joint une lettre de l’agent en chef de l’habillement qui me propose de me vendre 12,000 habits complets. Je dois vous prévenir que ces habits me paraissent être ceux destinés d’abord aux 12,000 hommes de renfort qui ont passé de l’Armée d’Italie dans la mienne. Il est donc aisé de voir que l’on veut me vendre des habits destinés à mon armée.
Je vous prie de peser dans votre sagesse les mesures que vous jugerez les plus convenables, il serait bien temps de mettre un terme aux dilapidations qui déshonorent le nom français et qui portent tous les jours la rébellion dans l’armée.
[R. I, p. 199.]
Paris, 23 ventôse an IX (14 mars 1801).
MON CHER MURAT,
J’arrive chez Caroline et je la trouve affligée et pleurante. Votre lettre du 16 en est la cause173. Elle se désole parce qu’elle ne trouve point de raisons qui puisse vous porter à vous chagriner, et elle craint encore plus que pour elle, vous ne réalisiez ce que vous lui écrivez de vous en retourner. Sans la crainte de son enfant qu’on a vacciné depuis 5 jours, elle serait partie pour l’Italie avec le C. Cacault dans trois jours ; mais elle vous promet bien que, le 15 ou 20 germinal, elle se mettra en route avec son enfant ou qu’elle vous faire expédier l’ordre de retourner. Tranquillisez-vous, mon cher Murat, je connais la conduite de Caroline, elle est digne de votre cœur, et rien, pas même la calomnie, pourrait avoir prise sur elle.
Pour ce que vous dites qu’elle n’aille point au bal, il lui serait impossible de manquer à des bals pour la Paix chez vos amis, et avec sa mère, et chez ses parens, il serait ridicule de prétendre
qu’elle dût résister à ses frères, à ses sœurs, à sa mère, à toute sa famille. D’ailleurs que feroit-elle chez elle toute seule, lorsque les autres seroit en compagnie, son enfant est toute la journée dans ses bras, le soir il dort, et vous ne voudriez pas sans doute qu’elle reste la nuit à le contempler. Votre enfant est bien soigné et bien portant, dans 40 jours, il sera dans vos bras.
L’impression que votre lettre lui a faite a été d’autant plus accablante qu’innattandue et non méritée. Écrivez-lui bien vite, et rendez-lui la tranquillité et la paix.
Faudroit-il, mon cher Murat, abbandonner votre brillante carrière, on croit que l’intention de Bonaparte est de vous faire comender l’Armée d’Italie pour quelque tems, votre femme seroit avec vous, Achille vous feroit oublier les désagréments causés par des places éminentes.
L’intérêt que je prends à Caroline est lié essentiellement au vôtre, veuillez donc prendre amicalement les observations que mon attachement me dicte.
Je vous embrace très cordialement.
FESCH.
[Archives du prince Murat. D. 48. 8.]
Florence, le 27 ventôse an IX (18 mars 1801).
Je vous préviens, Monsieur le chevalier, que je pars dans la journée de demain pour me rendre à Foligno, de là à Terni où je compte établir mon quartier général et réunir mon armée. C’est là que je vous prie de m’adresser vos notes et votre réponse à la mienne relativement à la prolongation de l’armistice. Je vous ai annoncé la reprise des hostilités pour le 1er germinal.
Le Gouvernement me prescrit de m’emparer du royaume de Naples, si à l’expiration de l’armistice, la paix n’est pas faite, ou si un nouvel armistice n’est conclu ; je vous réitère donc, Monsieur le chevalier, que le 1er germinal, je franchirai les limites désignées par l’armistice. En concluant avec vous un armistice, je m’étais flatté d’avoir signé des préliminaires de paix et, en vous proposant un second, je croyais la signer, mais présumant par le silence que garde votre Cour sur mes nouvelles propositions qu’elle n’est pas disposée à y souscrire, c’est avec regret que je vous annonce qu’une fois en marche, je n’écouterai plus aucune proposition de paix ou d’armistice. Telles sont, Mr le chevalier, les intentions de mon Gouvernement, que je crois devoir regarder comme des ordres, et je prie Votre Excellence de croire que, quelques soient les évènements de la guerre que je vais entreprendre à regret, je ne cesserai jamais d’estimer une personne qui a apporté dans nos courtes négociations tant de franchise et de loyauté.
[R. I, p. 201.]
Florence, le 27 ventôse an IX (18 mars 1801).
Je ne puis garder plus longtemps le silence, Messieurs, sur les entraves qu’éprouve l’exécution de mon arrêté du 21 ventôse. Pour trancher court sur mon intention pour la répartition de cette contribution, je vous déclare qu’elle a été qu’elle pesât également sur tous les propriétaires de la Toscane et que cette contribution fût perçue par les voies usitées en Toscane. Si à l’époque de l’invasion de la Toscane par les Napolitains et les Autrichiens, le Sénat toscan se montra injuste et sévère envers les Toscans, amis des Français, et qui furent forcés d’abandonner leur pays pour se soustraire aux persécutions, il ne s’ensuit pas de là que vous deviez user de représailles envers les nobles fugitifs à l’époque de la rentrée des Français en Toscane. Imiter leur sévérité serait un crime dont ne doit pas se rendre coupable le gouvernement toscan.
Je vous prie donc, Messieurs, de vouloir bien vous occuper sur le champ de la nouvelle répartition que je désire et dont j’attends le résultat avec une grande impatience, pour subvenir aux besoins de mes troupes.
[R. I, p. 202.]
Florence, le 30 ventôse an IX (21 mars 1801).
Comme je vous l’ai déjà marqué, citoyen ministre, par ma lettre du 19 ventôse174, j’ai annoncé au ministre plénipotentiaire de la Cour de Naples que les hostilités recommenceraient le 1er germinal, je lui ai en même temps proposé de conclure un nouvel armistice, d’après les conditions que vous m’avez indiquées ; un courrier extraordinaire les a portées à la Cour de Naples, elles ont été rejetées. Cette conduite serait inconcevable, si on ne savait pas que celui qui dirige les affaires du Cabinet de Naples est un Anglais qui a toute sa fortune en Angleterre et qui n’hésite pas à sacrifier son maître et ses États dans l’espoir de nous brouiller avec la Russie, parce qu’on est convaincu que le Premier Consul a positivement promis à Paul Ier de ne point faire la guerre à Naples. Quelle folie! Si cela eût été ainsi, l’arrivée de Mr. Kalitcheff eût sans doute changé mes instructions.
J’ai donc annoncé à Mr de Micheroux que j’allais quitter Florence et réunir toute mon armée sur ses frontières. J’ai été très étonné de voir arriver un instant après chez moi Mr. d’Italinski, ministre plénipotentiaire de l’Empereur de toutes les Russies près la Cour de Naples, et venir me demander au nom de son maître de suspendre la marche de mes troupes jusqu’au retour d’un courrier qu’il a expédié à Paris ; je lui ai refusé ce délai, il s’est retiré en me priant de lui permettre de m’adresser une note à laquelle j’ai répondu et dont vous trouverez ci-joint copie.
Un instant après entre Mr de Micheroux qui, les larmes aux yeux, m’a sollicité de suspendre au moins mon entrée dans les états du Roi de Naples jusqu’au retour d’un courrier qu’il allait expédier à sa Cour et à Paris, me promettant d’écrire au Prince héréditaire la vérité toute entière sur les intentions de ceux qui lui conseillent une telle conduite.
Mon armée à peine réunie en Toscane et dans la Marche d’Ancône a été de tous les points mise en mouvement sur Terni et Ascoli. Je ne pouvais commencer mes opérations que le 12 courant et faire un seul séjour sur cette frontière sans m’exposer à y manquer de vivres, Mr. Caleppi m’entretenait continuellement des inquiétudes du Saint Père à l’approche des Français, j’attendais à chaque instant le citoyen Alquier qui n’est pas encore arrivé, Mr de Micheroux m’a proposé d’envoyer à Rieti175 100,000 rations de vivres, j’ai cru devoir accéder à sa prière.
Il a sur le champ expédié un courrier à Naples, mon aide de camp Brunet l’a accompagné, il ne doit y rester que trois heures et a l’ordre de revenir sur le champ à mon quartier général. Cependant toutes mes troupes sont en plein mouvement, elles seront toutes réunies le 10 germinal sur la Nera176, et le 12, je marche sur Naples, d’où je vous écrirai.
J’attends le citoyen Alquier177 dans la journée de demain et le courrier de Naples dans la journée du 6, ainsi le 7, le sort de Naples sera décidé.
Je dois vous déclarer que je ne m’attendais pas à trouver dans l’ambassadeur russe le partisan de Mr Acton, je doute que tant que ce ministre dirigera la conduite du Roi, nous puissions jamais compter sincèrement sur cette Cour, relativement aux Anglais.
Je vous ai fait connaître dans toutes mes précédentes les besoins qui m’accablent, vous n’avez pas répondu à mon appel, je vous réitère qu’il m’est de toute impossibilité de pouvoir payer mes troupes, si je ne fais pas la conquête du royaume de Naples.
Vous trouverez ici quelques lettres de mon aide de camp Beaumont que je vous prie de communiquer au Premier Consul.
[R. I, p. 198.]
Florence, le 30 ventôse an IX (21 mars 1801).
En annonçant à Votre Excellence l’arrivée de Monseigneur Calepi et la réception de sa lettre, je m’empresse de lui faire passer la réponse de M. Petiet relativement à l’affaire du Duc de Braschi178, j’espère bientôt pouvoir vous annoncer l’heureux résultat.
J’ai l’honneur de vous prévenir que je charge Mr Sioubert, anciennement chargé de faire passer en France tous les objets d’art appartenant à la République, de continuer son opération. Mon Gouvernement désire qu’il commence ses envois le plus tôt possible, je vous prie de lui en faciliter tous les moyens. Je préviens aussi Votre Excellence que le Gouvernement m’ordonne de réclamer auprès de Sa Sainteté et de faire partir pour Paris tous les objets qui nous ont été pris par les Anglais et qui sont encore à Rome.
Je charge mon aide de camp de vous remettre cette lettre. Je prie Votre Excellence de réitérer à Sa Sainteté l’assurance de ma haute considération et d’être bien convaincu de l’attachement que je lui ai voué pour la vie.
[R. I, p. 203.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
Mr le chevalier de Quinones, ambassadeur d’Espagne, me transmet votre lettre du 18 ventôse en réponse à sa réclamation des blés qui lui ont été pris à Livourne. Comme vous, je trouve cette réclamation fondée sur la justice et vous engage à prendre sur le produit de la vente des blés, pour lui en restituer le montant ; voilà tout ce que je puis faire. D’ailleurs cette affaire est de votre ressort, puisqu’il est vrai que vous êtes en Toscane chargé des affaires commerciales. Je suis cependant étonné, qu’après avoir encaissé tout le produit de la vente des blés de la Toscane, vous renvoyiez aujourd’hui l’ambassadeur d’Espagne pour retirer de la caisse de mon armée ce qui est entré dans la vôtre pour l’Armée d’Italie. Il ne me reste que le regret de ne pouvoir réparer le mal fait avant mon arrivée ici.
[R. I, p. 204.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
Au citoyen Delmer, receveur des contributions en Toscane
Je reçois, citoyen, votre lettre de Livourne. Je suis scandalisé de la mauvaise foi des négociants de cette ville. La confiance ne se commande pas, surtout lorsqu’elle est influencée par la malveillance. Ainsi je vous prie de ne rien terminer sur l’affaire de Lucques, il vaut mieux tout perdre que de s’exposer à l’improbation du Gouvernement, auquel je fais connaître les motifs qui ont pu altérer la confiance du commerce de Livourne envers mon armée.
Le commissaire ordonnateur part ce soir pour Livourne, il rapportera de l’argent d’une manière ou d’autre, soit en faisant un emprunt hypothéqué sur les canons, soit en les vendant à l’amiable. Voilà la seule ressource qui nous reste pour nous procurer de l’argent, afin de solder l’arriéré des troupes qui m’arrivent de l’Armée d’Italie, et pour subvenir aux nombreux besoins qui se multiplient au moment d’entrer en campagne.
Je vous déclare que j’ai absolument besoin, pour le 4, de 500,000 francs en caisse, nous n’avons pas pu nous arranger avec Naples, toute mon armée est en mouvement. Je compte partir moi-même le 5, dépêchez-vous donc, passez en revenant par Lucques, et si ce gouvernement vous donne 150,000 francs, je vous autorise à donner quittance du million de contribution frappé par Masséna.
[R. I, p. 204.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
J’ai reçu, monsieur le général, votre aimable lettre et la réponse de M. le gouverneur de Porto-Ferrajo. Il paraît qu’il ne sait pas qu’en vertu du traité de paix conclu à Lunéville, le 20 pluviôse, Ferdinand III n’est plus le prince légitime de la Toscane179 qui a été cédée en toute souveraineté au duc de Parme180. Je vous prie donc, Monsieur le général, de lui envoyer les conditions du traité de paix que doit avoir le citoyen Belleville, qui se fera un plaisir de vous en transmettre un exemplaire.
Quant à la crainte que témoigne monsieur le gouverneur de Porto-Ferrajo de voir se renouveler dans son île les malheurs de la guerre, je lui offre un moyen bien sûr de les éviter : qu’il reçoive un consul français et qu’il chasse les Anglais et ferme ses portes à leurs vaisseaux. Alors je promets de ne faire aucune tentative hostile contre son île et de ne pas y mettre garnison ; mais s’il s’obstine à rejetier mes propositions de paix, je jure de l’en faire repentir.
Je vous prie, Monsieur le général, de faire connaître au gouverneur de Porto-Ferrajo mes intentions et de me faire parvenir ses réponses.
[R. I, p. 205.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
Je vous autorise, citoyen ordonnateur, à vous rendre à Livourne dans la nuit et à y employer tous les moyens que la loi et mon autorité mettent en votre pouvoir, pour vous procurer 400,000 francs sur le produit que doit donner la vente des canons, vendez ou hypothéquez, vous en êtes le maître. Le besoin où se trouve l’armée ne permet aucun délai. Partez en toute diligence et revenez encore plus vite.
[R. I, p. 206.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
La Cour de Naples n’a pas voulu, mon cher général, souscrire aux nouvelles conditions que je lui ai demandées pour un nouvel armistice, toute l’armée est en mouvement, j’espère qu’elle sera réunie le 10 courant sur la Nera et que, le 12 au plus tard, les hostilités seront recommencées.
J’avais besoin d’un général de confiance pour commander la Toscane, je vous ai choisi, j’aime à croire que vous ne verrez dans mon choix qu’une nouvelle preuve de l’attachement que je vous ai voué. Si, contre mon attente, vous ne restiez pas avec plaisir en Toscane, je vous prie de me le faire connaître, je suis disposé à faire tout ce qui pourra vous être agréable. Je vous laisse le maître de faire tout ce que vous jugerez de plus convenable.
Pour le départ des canons de fusils, tâchez de vous assurer si véritablement le général Marmont les a achetés et, dans ce cas, vous les laisseriez partir.
Je vous prie de remettre à Monsieur le général La Villette le paquet ci-inclus.
[R. I, p. 206.]
Florence, le 2 germinal an IX (23 mars 1801).
Mon cher général, je reçois à l’instant vos deux lettres du 26 ; l’envoi que vous m’annoncez en fusils, boulets, etc., me comble de joie, nous étions obligés de suspendre toutes nos expéditions d’Égypte sans votre secours.
J’étais persuadé d’avance que vous donneriez les ordres les plus sévères pour faire arrêter et renvoyer à leurs corps respectifs les déserteurs des demi-brigades provisoires d’Orient. Je vous prie de mettre en liberté le chef de la légion consulaire qui, d’après les renseignements avantageux que vous avez reçus sur son compte, ne peut être coupable.
Comme je me trouve absolument sans moyens pour pourvoir à l’armement des prisonniers qui nous rentrent, soyez assez bon, mon cher général, pour leur faire donner au moins des fusils.
Selon les apparences, je vais faire la campagne de Naples. Mr Acton, qui est tout Anglais, nous refuse l’occupation du golfe de Tarente181, seul point où nous puissions communiquer facilement avec l’Égypte. J’attends ce soir le citoyen Alquier qui devrait déjà être ici depuis quelques jours. Mr Italinski, ministre plénipotentiaire de Russie, est ici depuis avant hier avec Mr le chevalier de Micheroux, chargé de pleins pouvoirs de la Cour de Naples, pour traiter de la paix. Je ne crois pas à un résultat pacifique de nos négociations.
Toute mon armée est en mouvement, le 10 courant, elle sera réunie à Terni sur la Néra et le 12 au plus tard, j’entre dans le royaume de Naples. Je me ferai un plaisir de vous faire connaître le résultat de mes opérations.
[R. I, p. 206.]
Florence, le 5 germinal an IX (26 mars 1801).
Je vous autorise, citoyen ordonnateur, à fournir une ordonnance de 120,000 francs sur le ministre des Relations extérieures au citoyen Julien, négociant romain, pour les frais par lui avancés pour les expéditions pour l’Égypte.
[R. I, p. 207.]
Florence, le 5 germinal an IX (26 mars 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que l’escadre aux ordres du contre-amiral Gantheaume est sortie du port de Toulon le 29 ventôse. Comme il pourrait arriver qu’elle fût poursuivie par des forces supérieures et obligée conséquemment de chercher un asile dans le port de Livourne, je vous prie de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter les effets dangereux d’une méprise. Il serait bien à désirer qu’elle arrivât heureusement à sa destination.
[R. I, p. 207.]
Florence, le 5 germinal an IX (26 mars 1801).
Au citoyen Étienne, chef de division à Ancône.
Je m’empresse de vous prévenir, mon cher Étienne, que l’escadre du contre-amiral Ganteaume est sortie, le 29 ventôse, du port de Toulon, et quoique je ne doive pas présumer qu’elle cherchera à toucher à Ancône, je ne dois pas moins vous faire connaître ce mouvement sous plusieurs rapports. Comme j’imagine que la petite flottille, que le commissaire Mesnard avait ordre de faire partir, a mis à la voile, il serait bien à désirer qu’elle pût se réunir à cette escadre, nous aurions plus d’espérance qu’elle arrivât à sa destination.
Je suis véritablement désolé des entraves qu’a éprouvées le commissaire Mesnard à Ferrare, le général Marmont ayant reçu des ordres positifs du Gouvernement de fournir tout ce qui serait nécessaire à cet armement, et j’aime à croire que, dans ce moment, les envois que devait lui faire ce général lui sont parvenus. Je n’ai pu qu’inviter de mon côté le général en chef de l’Armée d’Italie à faciliter de tous ses moyens la mission dont était chargé le citoyen Mesnard.
Quant à vous, mon cher Étienne, toutes mes instructions se bornent à vous engager à activer de tous vos moyens les expéditions ordonnées par le Gouvernement pour l’Égypte.
Je vous préviens que des ordres sont donnés pour l’établissement d’une poste militaire d’Ancône à Bologne, où il en existe déjà une.
Je saisis cette occasion, mon cher Étienne, pour vous témoigner combien je suis enchanté du choix que le Gouvernement a fait de vous pour commander à Ancône.
Je reverrai avec le plus grand plaisir mon ancien hôte.
[R. I. p. 208.]
Florence, le 5 germinal an IX (26 mars 1801).
Au citoyen Mesnard, commissaire de la Marine à Ancône.
Je vous préviens, citoyen, que vous trouverez le général commandant à Ancône très disposé à vous seconder de tous ses moyens. Je lui annonce votre arrivée par une lettre d’aujourd’hui. Quant à moi qui connais toute l’importance de la mission dont vous êtes chargé, je ne puis que vous inviter à redoubler, s’il est possible, do zèle et d’activité pour le départ de la flotille que vous avez à organiser. Il sera bien flatteur pour moi de pouvoir me réunir au ministre de la Marine pour vous faire parvenir de la part du Premier Consul le juste tribut d’éloges que vous aurez mérité.
[R. I. p. 209.]
Florence, le 7 germinal an IX (28 mars 1801).
Par ma dernière lettre, citoyen ministre, je vous annonçais que mes propositions pour le nouvel armistice avaient été rejetées par la Cour de Naples, je m’empresse maintenant de vous prévenir que, plus éclairée sans doute sur ses vrais intérêts, cette Cour vient de le souscrire, ainsi tous les articles contenus dans votre lettre du 1er ventôse auront leur entière exécution.
Le général Soult part le 12 de Rieti et sera rendu vers le 25 dans le golfe de Tarente ; la division Monnier suivra immédiatement son mouvement et ira s’établir à Pescara. Je charge mon chef d’état-major de vous faire connaître d’une manière précise l’itinéraire de la marche des colonnes et l’emplacement de l’armée, ainsi que mon plan de campagne sur Naples, dans le cas de la reprise des hostilités.
Je vous déclare qu’il ne m’est plus possible de résister aux nombreuses réclamations qui me viennent de tous côtés sur les besoins de l’armée. Je suis sans argent, même pour la solde, ainsi, encore une fois, venez vite à mon secours, sans cela je n’y tiens plus. On ne nourrit pas, on n’habille pas, on ne solde pas une armée de trente mille hommes sans argent, surtout dans un pays absolument épuisé.
Je ne vous parlerai plus d’affaires politiques, vous venez de me faire connaître que j’étais un fort mauvais diplomate et je laisse au citoyen Alquier le soin de donner tous les détails au Premier Consul182.
Les dernières nouvelles de Naples nous annoncent que les Anglais ont été repoussés d’Égypte et qu’ils ont été obligés de se rembarquer, comme il vous sera possible de vous en apercevoir par le rapport que je reçois de Naples et dont je joins ici une copie.
Vous verrez aussi par la note ci-jointe de M. Acton à mon aide de camp, qu’il avait accepté toutes les conditions du second armistice.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat, R. I, p. 209.]
Florence, le 8 germinal an IX (29 mars 1801).
Citoyen ministre, la paix avec Naples vient d’être signée cette nuit. Par mon armistice, 500,000 francs devaient être versés dans la caisse de la division de Tarente, et le traité de paix vient de me priver de cette ressource. Je vous réitère que je suis sans moyens pour la faire solder.
Le contre-amiral Villeneuve suivra le mouvement de l’avant-garde, je le charge de préparer, dans les ports de Tarente et de Brindisi, le plus qu’il pourra d’expéditions pour l’Égypte. Le capitaine de vaisseau Trullet commandera dans ces différents ports sous ses ordres.
Voici l’emplacement de mon armée :
L’avant-garde dans la presqu’île de Tarente ; la division Monnier occupera la province de Pescara ; la division Watrin la Marche d’Ancône, le duché d’Urbino et une partie de la Romagne ; la division Mathieu, Florence ; la division Tharreau, Livourne et en longeant la mer jusqu’à Grosseto183; la division italique, Lucques et Pistoja.
Je conserverai toujours quelques troupes à Foligno.
Je vous ai rendu compte que ne pouvant rien tirer des arsenaux d’Italie, j’ai été obligé de suspendre mes expéditions pour l’Égypte, ainsi ne comptez plus sur le départ d’aucun bâtiment, si vous ne mettez à ma disposition les arsenaux dont je vous parle.
Je vous prie de répondre à mes précédentes lettres.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat, R. I, p. 210.]
Florence, le 8 germinal an IX (29 mars 1801.)
J’attendrai, messieurs, une réponse à la dernière sommation que j’ai fait faire à Porto Ferrajo, avant de vous faire connaître ce que je désire que vous écriviez au gouvernement de cette place.
Je pense d’ailleurs que, par les suites du traité de paix qui vient de se conclure avec Naples, ce gouverneur ne peut longtemps se refuser à nous recevoir dans son île.
[R. I, p. 211.]
Florence, le 8 germinal an IX (29 mars 1801).
A. Mr Bolla, agent de S. M. Prussienne, à Livourne.
Mon intention n’a pas été, monsieur, de faire comprendre dans la répartition de l’emprunt frappé sur le commerce de Livourne les négociants Serm et Gebhard. J’ordonne que cette somme leur soit restituée, si déjà elle est versée. Quant aux autres contributions, elles regardent le citoyen Belleville, comme chargé des Relations commerciales, il s’empressera de vous rendre justice, ces affaires sont de son ressort.
[R. I, p. 211.]
Florence, le 10 germinal an IX (31 mars 1801).
Je vous préviens, mon général, que la paix a été signée cette nuit avec Naples186. En conséquence, je donne l’ordre à mon chef d’état-major de vous transmettre celui d’aller occuper avec votre lieutenance la presqu’île du golfe de Tarente, depuis l’Offanto, suivant la ligne de Gravina et le Bradamio jusqu’à son embouchure dans la mer. Tous les forts qui se trouvent dans cette presqu’île devront vous être remis avec leur artillerie.
Je vous envoie le contre-amiral Villeneuve avec des instructions pour la mission dont il est chargé auprès de vous.
Le Premier Consul désire qu’il parte du golfe de Tarente des bâtiments pour l’Égypte chargés de fusils, boulets. Je vous prie donc, mon cher général, de favoriser de tous vos moyens ces différentes expéditions auxquelles le Gouvernement attache le plus grand intérêt.
Je fais donner l’ordre au général Dulauloi d’aller prendre le commandement de votre artillerie et d’emmener avec lui six officiers de cette arme. Le commandant du génie reçoit aussi celui de vous envoyer six officiers de son arme. Vous ferez armer le golfe de Tarente, de manière à défendre ses ports et à protéger les vaisseaux français qui y arriveront.
Je connais, mon cher général, votre amour pour le bon ordre, et je suis persuadé que, par la discipline que vous maintiendrez parmi vos troupes, vous parviendrez à convaincre les Napolitains et l’Europe entière, que les Français savent respecter et faire respecter les lois des gouvernements qui les reçoivent comme amis. Vous ne permettrez à aucun réfugié napolitain de suivre les mouvements de vos troupes. Avec eux, il serait difficile de conserver la tranquillité des pays que vous occuperez. Les principes du gouvernement français vous sont connus, ce sont les vôtres. Ils doivent être la règle de votre conduite politique dans le royaume de Naples.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
[R. I. p. 211.]
GÉNÉRAL COMMANDANT L’ARMÉE D’ORSEVATION DU MIDI, AUX TROUPES ENVOYÉES DANS LES ÉTATS NAPOLITAINS
Au quartier général de Florence, le 11 germinal an IX de la République.
J. Murat, général en chef.
SOLDATS,
Vous vous avanciez pour combattre les Napolitains ; ils ont posé les armes devant vous ; votre présence a suffi pour obtenir ce que votre valeur allait commander. Un roi trop longtemps abusé sur ses propres intérêts, a conclu la paix avec la République française et a chassé de ses ports l’ennemi de la France, l’ennemi de l’Europe, l’insatiable et perfide Anglais.
Vous allez entrer paisiblement sur le territoire que vous vouliez envahir, vous allez occuper des cités napolitaines ; la concorde, la confiance, l’amitié vous en ouvrent les portes, vous les maintiendrez à l’abri de l’influence et des efforts du Cabinet de Saint James ; vous y montrerez dans votre conduite, la modération, la noblesse, la générosité qui conviennent au caractère national.
Honorez un gouvernement devenu l’ami du Gouvernement Français, respectez la Religion, les mœurs, les préjugés mêmes, s’il le faut, du Peuple parmi lequel vous allez vivre ; songez toujours qu’il est digne de vous d’être l’exemple du monde, mais que vous n’êtes pas chargés d’en être les Réformateurs.
Soldats! C’est vous qui, depuis dix ans, soutenez les armes à la main la gloire du nom Français ; il vous appartient encore de la soutenir, de l’augmenter s’il est possible, après la victoire. L’Europe apprit assez à vous redouter, qu’elle apprenne maintenant à vous chérir. Faites que bientôt on dise: Ils sont grands par leurs vertus sociales, autant que par leurs vertus guerrières. Le Gouvernement vous regarde ; il distinguera les corps qui durant la paix, auront su conquérir chez l’étranger le plus de respect et d’amour, comme il a distingué pendant la guerre, ceux qui se sont montrés les plus terribles dans les combats.
Vous devez trouver à votre tour chez les Napolitains tous les sentiments et tous les bons offices de l’amitié. Effaçons tous les anciens souvenirs… mais malheur à la Nation entière si la perfidie fait couler une seule goutte de sang français!
Signé: J. MURAT.
Pour copie conforme:
Le général de brigade, chef de l’état-major général.
L. BERTHIER.
[Archives du prince Murat D. 11. 1.]
Florence, le 11 germinal an IX (1er avril 1801).
Plusieurs fois des pères de famille de la ville où vous commandez m’ont adressé des plaintes, mon cher commandant, sur les désordres occasionnés par la tolérance des jeux publics. Je vous charge de prohiber ces jeux, et j’espère que vous prendrez les mesures les plus actives pour éviter que vos défenses ne soient éludées. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que le jeu fut toujours une source d’immoralité et peut causer l’infortune des familles les plus respectables, mais je dois vous prévenir en ami que votre négligence à les réprimer pourrait fournir contre vous des prétextes à la calomnie.
[R. I, p. 212.]
Florence, le 11 germinal an IX (1er avril 1801).
Au général de division Dejean187, ministre près la République Ligurienne.
Le commissaire général des Relations commerciales près le Bey de Tunis m’informe par sa lettre du 11 ventôse, mon cher général, que le brigantin la Caroline, que vous avez expédié de Gênes en Égypte a été enlevé à la Goulette, le 9, par un brick anglais. Il me prie en même temps de vous prévenir que tous nos avis expédiés pour l’Égypte doivent éviter les côtes de Barbarie, parce que les calpigis du Grand Seigneur pressent vivement le Bey de nous déclarer la guerre. Je me fais un plaisir de vous transmettre ces détails, mon cher général, afin que vous preniez des mesures pour assurer autant qu’il sera en votre pouvoir le passage des bâtiments que vous pourrez expédier.
[R. I, p. 212.]
Florence, le 11 germinal an IX (1er avril 1801).
On a introduit dans le service des Postes près les armées une division qui me paraît une source d’abus. On a mis sous le nom de partie active, à la charge de la caisse de l’armée, tous les frais de régie et de transport, en un mot, toutes les dépenses qui se font pour le maintien de la correspondance. On a rangé sous le nom de partie administrative la comptabilité des lettres et l’exécution des lois relatives au travail général des Postes.
Il résulte de cet arrangement que la caisse de l’armée paye toutes les dépenses et que l’administration des Postes touche tous les produits. Je vous propose de réunir les deux branches de cette administration et de deux choses l’une : ou que toutes les recettes soient versées dans la caisse de l’armée, qui pourvoit à toutes les dépenses, ou que toutes les dépenses soient soldées par l’administration qui perçoit toutes les recettes. Dans tous les cas, il me paraît intolérable que l’administration reçoive tous les produits, quand la caisse militaire paye tous les frais.
Je prie les ministres de la Guerre et des Finances de se concerter pour cet objet.
[R. I, p. 213.]
Du 12 germinal an IX (2 avril 1801).
Au général Dulauloi, commandant l’artillerie.
Le général Soult m’écrit, mon cher général, qu’il lui manque au moins mille fusils pour compléter l’armement de l’avant-garde de l’armée. Je vous prie de me faire connaître quels moyens vous avez pour satisfaire à sa demande. Je vous préviens que le commandant d’armes de Livourne doit avoir six cents fusils à sa disposition ; ne pourriez-vous pas les faire envoyer au général Soult. Je vais en demander au général en chef de l’Armée d’Italie ; écrivez de votre côté au général Marmont. Il est indispensable que vous réunissiez encore au moins six mille fusils.
[R. I, p. 214.]
Du 13 germinal an IX (3 avril 1801).
Je vous ai écrit hier, mon cher général, je vais répondre à votre lettre du 10 que je reçois à l’instant. Le général Berthier aurait dû vous dire que vous ne devez tirer des pays que vous allez occuper que les vivres nécessaires à votre lieutenance. Je sais que vous pouvez demander jusqu’à dix mille rations.
Je regrette de ne pouvoir pas vous envoyer une copie des articles qui concernent l’occupation de la presqu’île du golfe de Tarente, le citoyen Alquier ne me les a pas transmis. La Cour de Naples, d’après le traité, ne doit faire aucun versement en numéraire dans votre caisse. J’en suis d’autant plus étonné que, par mon armistice, elle devait fournir 500,000 francs par mois. Je ne me serais pas attendu que la paix nous serait moins avantageuse que l’armistice.
Je sais aussi que par suite de ce même traité, il est expressément entendu que la présence des troupes françaises dans le royaume de Naples ne dérangera en rien son administration civile, qui continuera d’être exercée par les agents de Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles, et qu’un corps de dix mille hommes doit recevoir sa subsistance et ses étapes des magasins du Roi.
Il est entendu que vous êtes le maître d’occuper non seulement tous les forts de la presqu’île, mais encore tout le pays.
Un sous-inspecteur aux revues va se rendre près de vous pour arrêter la solde arriérée de vos troupes, et des fonds partiront immédiatement après. Des chemises et des souliers sont en route et ne tarderont pas à vous arriver, ainsi que quelques habits.
Le général Villeneuve ne se rend près de vous que pour reconnaître la côte, il a ordre de revenir près de moi immédiatement après. Je crois donc inutile, mon cher général, de le mettre sous vos ordres. Je suis persuadé que ce général s’empressera au reste de faire tout ce qui pourra vous être agréable.
Je compte transférer sous peu de jours mon quartier général à Macerata188 dans la Marche d’Ancône, ce point est plus central. C’est là ce qui m’a empêché de mettre le général Monnier sous vos ordres.
Je vous ai fait passer hier les deux lettres de marque que je vous avais promises.
[R. I, p. 214.]
Du 13 germinal an IX (3 avril 1801).
Au contre-amiral Villeneuve, à Ancône.
Le ministre de la Marine m’a prévenu, mon cher général, de votre arrivée à Ancône189. Je me félicite d’avoir occasion de connaître personnellement un officier général dont je sais depuis longtemps apprécier les talents distingués. Je trouverai la plus grande satisfaction à pouvoir mettre à profit votre zèle et votre infatigable activité.
Ni le Gouvernement, ni le ministre ne m’ayant fait connaître d’une manière positive la mission dont vous devez être chargé, je regrette de ne pouvoir, quant à présent, vous donner les instructions que vous demandez par votre lettre. Ayant cependant reçu l’ordre d’occuper et de faire armer les ports de Tarente, Otrante, Brindisi, etc., je vous prie, mon cher général, de vous rendre dans la Pouille pour reconnaître l’état de la côte de cette presqu’île, dont l’occupation peut être si importante pour secourir notre armée d’Égypte et pour correspondre avec elle.
Vous emmènerez avec vous le capitaine de vaisseau Trullet à qui vous donnerez le commandement de ces différents ports, sous les ordres du lieutenant général Soult.
Vous me ferez connaître par un rapport bien détaillé le résultat de votre reconnaissance, de manière que je sois à même de mettre sous les yeux du Gouvernement toutes les ressources que cette côte pourrait lui offrir, s’il était dans l’intention d’y faire des expéditions maritimes.
J’ai chargé le général Soult d’employer, s’il est nécessaire, son autorité pour favoriser votre opération. Vous pourrez rejoindre mon quartier général aussitôt qu’elle sera terminée.
[R. I, p. 215.]
Du 13 germinal an IX (3 avril 1801).
Je reçois à l’instant, mon cher général, votre lettre du 11. Mon chef d’état-major qui a dû vous faire connaître l’itinéraire de votre marche, a dû vous dire qu’aux termes du traité de paix, le pays doit nourrir vos troupes pendant la route pour se rendre au lieu de leur destination et pendant le séjour qu’elles y feront. Je ne vois pas d’après cela en quoi vous serez si malheureux de marcher après l’avant-garde. Je ne connais pas le pays que vous allez occuper pour l’avoir conquis, mais je sais qu’il ne m’appartient pas de préjuger des intentions de mon Gouvernement, ni ses vues ultérieures pour la destination de mon armée.
J’ai appris, depuis que je sers, à obéir et je crois que c’est là la première vertu d’un militaire. Chaque général en chef a sa manière de manœuvrer et les numéros des divisions ne doivent jamais entrer à mon avis dans les calculs des mouvements. Je ne crois pas d’ailleurs, mon cher général, ne pas vous avoir traité en ami, lorsque je vous avais destiné à faire l’avant-garde de l’aile droite qui était celle de ma réserve et que je devais suivre en personne. Vous me demandez votre remplacement, je regrette infiniment de ne pouvoir pas vous l’accorder pour le moment.
Votre division a dû recevoir quinze cents paires de souliers et quinze cents chemises. Un sous-inspecteur aux revues va se rendre incessamment à votre quartier général pour constater l’arriéré de votre division et des fonds vont vous être envoyés.
Quant à la gratification que vous me réclamez, c’est de la caisse de l’Armée d’Italie, mon cher général, que vous devez la recevoir. Vous avez été mal informé quand on vous a dit que le payeur de la division Watrin avait porté avec lui 400,000 francs ; je n’ai vu ni le payeur, ni l’argent. J’envie beaucoup au général Brune le plaisir qu’il a dû trouver à pouvoir reconnaître les services de ses généraux par une gratification, et je regrette que la pénurie de mes moyens me prive de celui de payer sa dette ; je vous offre en place, mon cher général, l’assurance de mon bien sincère attachement.
[R. I, p. 216.]
Du 13 germinal an IX (3 avril 1801).
Lorsque le Gouvernement a ordonné la formation de l’Armée d’observation du Midi et m’en a donné le commandement, il m’a chargé de l’organiser dans toutes ses parties. Les officiers de santé, les commissaires des guerres, aides de camp, adjoints, etc., commissionnés par l’ordonnateur en chef, soit par mon chef soit d’état-major, recevront ultérieurement leur commission du ministre à qui elles ont été demandées. En attendant, leur solde n’en doit pas moins être acquittée. Vous voudrez bien en conséquence, citoyen, les comprendre dans vos revues, comme s’ils avaient leurs commissions ministérielles.
[R. I, p. 217.]
Du 13 germinal an IX (3 avril 1801).
Au général Tharreau, commandant à Livourne.
Vous me prévenez, mon cher général, par votre lettre du 11, des difficultés qui se sont élevées sur la sortie du port de Livourne de différents objets. Pour terminer toute espèce de discussion à cet égard, je vous permets de tout laisser sortir, excepté les comestibles et les munitions de guerre.
Je suis fâché que l’état d’épuisement dans lequel se trouve la caisse de l’Armée me force d’ajourner l’armement des quatre petits bâtiments dont vous me parlez, pour assurer nos communications avec la France. Je donne l’ordre au général Dulauloi d’assurer les munitions nécessaires à la défense des différents ports de Livourne. J’espère que sous peu de jours nous occuperons l’île d’Elbe et que, par ce moyen, nos communications avec Civita Vecchia et la Corse seront assurées. Je présume que la frégate et le brick anglais qui se sont présentés hier devant le port de Livourne n’y seront pas restés longtemps.
[R. I, p. 217.]
Du 14 germinal an IX (4 avril 1801).
Je vous adresse, Messieurs, copie d’une lettre écrite par le ministre des Relations extérieures de la République française à M. Dreger, envoyé extraordinaire de Sa Majesté le Roi de Danemark à Paris, elle vous fera connaître que l’intention de mon Gouvernement n’est pas que le poids des contributions imposées sur la Toscane puisse jamais tomber sur les agents des puissances neutres ou amies de la France. Je vous invite en conséquence à décharger de toute espèce de taxe, non seulement le consul danois à Livourne, dont la réclamation a donné lieu à la lettre que je vous transmets, mais encore toutes les personnes revêtues d’un caractère public résidant en Toscane, au nom et pour les intérêts des puissances neutres ou amies de la France.
[R. I, p. 218.]
Du 14 germinal an IX (4 avril 1801).
Le Gouvernement français, Messieurs les Sénateurs, a toujours conservé pour la République de Raguse des sentiments d’amitié.
Le Premier Consul porte à cet État un intérêt particulier. Je suis persuadé que de votre côté, vous saisirez avec plaisir une occasion de donner à la France et au Premier Consul un témoignage de votre attachement. Cette occasion vous est offerte.
Je vous envoie un de mes officiers pour vous inviter à expédier pour l’Égypte deux bâtiments au moins et un plus grand nombre, s’il est possible, chargés de boulets, de fusils, de vin, eaux-de-vie et autres objets, soit en munitions, soit de consommation. Le général Menou a des ordres pour pourvoir au paiement de ces cargaisons et fournir en échange des riz, des sucres, des indigos et autres productions d’un produit avantageux en Europe.
Outre les envois faits pour le compte de la République, vous pourriez engager des négociants, dont le dévouement et la discrétion vous seraient assurés, à en faire de semblables pour leur compte particulier. La nature du paiement que je leur promets au nom du Gouvernement leur assurerait des bénéfices considérables. Ces expéditions se feront avec le plus grand secret et ne pourront en aucune manière compromettre votre neutralité.
Je ne doute pas, Messieurs les Sénateurs, que mon officier ne me rapporte une réponse satisfaisante. Je vous assure d’avance de toute la reconnaissance de mon Gouvernement et de la mienne. J’aimerai surtout à vous en donner des preuves, si les circonstances me rapprochant de votre République, me donnent avec vous des relations plus directes. Recevez, Messieurs les Sénateurs, l’assurance, etc.
[R. I, p. 219.]
Du 14 germinal an IX (4 avril 1801).
J’ai pris connaissance, Messieurs, du mémoire que vous m’avez adressé. Combien devient onéreux pour ce pays, dans la circonstance actuelle, l’entretien de la troupe toscane organisée par le gouvernement qui vous a précédé! Je reconnais aussi combien le service de cette troupe est peu nécessaire.
Je me confie à vous, sous votre garantie personnelle, pour tous les soins de l’administration intérieure. Je vous déclare en conséquence, que si vous croyez devoir supprimer la troupe toscane et si vous prenez dans cette vue un arrêté motivé, je le sanctionnerai par mon approbation.
Vous me trouverez toujours disposé, autant que cela pourra se concilier avec les intérêts dont je suis chargé, à adoucir le fardeau des dépenses que je vois à regret s’appesantir sur vous.
[R. I, p. 220.]
Du 14 germinal an IX (4 avril 1801).
D’après votre lettre du 14 pluviôse, citoyen ministre, j’ai envoyé à Civita Vecchia le citoyen Haslawer pour y exercer les fonctions de commissaire des Relations commerciales. Je vous prie de le confirmer dans cet emploi et de m’envoyer sa commission, avec les instructions que vous jugerez convenable de lui donner.
[R. I, p. 221.]
Rome, 4 avril 1801.
C’est à une heure très tarde que je reçois votre lettre par Mr l’ambassadeur Alquier191, je ne puis pas répondre dans ce moment-ci, car la poste part et je ne ferai que l’accuser. Je désire par ce peu de lignes vous convaincre toujours davantage de mon très sincère et tendre attachement, ainsi que du plaisir que je aurai toujours, lorsque je pourrai avoir le bonheur de m’employer pour vous servir, car je vous estime et je vous aime de tout mon cœur.
Je apprends par votre lettre que vous irez peut être à Paris : vous avez la bonté de vous offrir pour être l’avocat de Rome : il est certain que l’on ne peut pas être dans des meilleures mains. Je vous en remercie d’avance et je suis sûr que le S. Père en aura la plus grande satisfaction.
Dès que vous avez la complaisance de me dire que pour l’enlèvement des objets possédés par les Anglois, c’est-à-dire M. Bristol, (car les objets possédés par M. Fogter ne sont pas ceux que vous demandez, c’est pourquoi je demande par la pièce ci-jointe que l’on ôte le sequestre) vous attendrez les déterminations du P. Consul, il me semble, mon cher général, que pour la même raison, vous pourriez avoir la même complaisance pour ceux du magasin de la Ripa Grande, qui sont tous à la famille Albani. On réclame aussi de ce côté là la même capitulation, et il faut ajouter à cela la note de l’ambassadeur impérial, où il est dit que cet objet là ce traite à Paris par le Comte de Cobensel. Vous voyez que rien peut périr avec le délai que l’on tente et de l’autre côté, mon cher général, vous voyez dans quel embarras se trouve Sa Sainteté par les deux réclamations aussi différentes des deux puissances qui le regardent comme un simple dépositaire. Il me semble que cette tentative du Comte de Cobensel peut vous mettre, mon cher général, à l’abri de tout reproche.
Je finirai ma lettre et attendant votre réponse, et vous priant de ne m’oublier jamais et de vous persuader que je vous suis attaché et que je ne vous oublierai de ma vie. Je vous embrasse à la hâte et je ai l’honneur d’être à jamais.
Votre très affectionné,
H. Cardinal CONSALVI.
C’est trop flatteur pour moi, mon cher général, que vous désiriez que je vous écrive amicalement ; quelquefois je écris officiellement par les égards qui vous sont dus.
[Archives du prince Murat, D. 60. 4.]
Du 15 germinal an IX (5 avril 1801.)
Le citoyen Agar192 est chargé de vous remettre, Messieurs, une copie du traité de paix conclu à Lunéville par les ministres plénipotentiaires de la République française et de Sa Majesté l’Empereur Roi de Hongrie et de Bohême, stipulant à la fois en son nom et au nom de l’Empire germanique. Je vous annonce que ce traité a reçu sa ratification et que, par conséquent, il est devenu la loi de tous les États qui y sont intéressés.
Aux termes de l’article 5°, le Grand Duché de Toscane et la partie de l’île d’Elbe qui en dépend, doivent être possédés en toute souveraineté et propriété par son S. A. R. l’Infant, duc de Parme. Annoncez aux Toscans par une proclamation qu’un prince de la glorieuse maison d’Espagne, l’allié fidèle de la République française, l’amie des peuples qu’elle gouverne, va ramener parmi vous le règne de l’ordre, la tranquillité, le bonheur.
Aujourd’hui que le sort de ce pays est irrévocablement fixé, il faut que toutes les anciennes passions s’éteignent, que tous les anciens souvenirs s’effacent, que tout se confonde dans les sentiments d’espérance et d’amour que doit vous inspirer votre nouveau souverain. J’attends de vos soins, Messieurs, ce résultat heureux. Employez pour l’obtenir toute l’influence que doivent vous donner votre caractère personnel, vos services et l’autorité dont vous êtes investi. Vous aurez répondu dignement à la confiance que je vous ai accordée et vous aurez acquis des droits à la bienveillance de votre Prince.
Vous voudrez bien notifier le traité que je vous transmets au commandant de Porto Ferrajo, qui ne peut plus refuser de remettre cette place en notre pouvoir sans se rendre coupable de rébellion. Vous lui déclarerez qu’il demeure personnellement responsable de toutes les suites que son refus pourrait entraîner.
[R. I, p. 221.]
Florence, le 16 germinal an IX (6 avril 1801).
J’ai reçu, mon cher général, votre lettre du 14 germinal. Le général Paulet m’avait déjà fait parvenir le même rapport que vous sur sa position dans les Maremnes. Je ne la crois pas aussi alarmante qu’il veut bien le dire.
Je viens de notifier officiellement au gouvernement toscan le traité de paix avec l’Empire et sa ratification ; il va le faire connaître par une proclamation dans toute la Toscane. C’est là, je pense, le seul moyen de détruire l’influence des partisans du ci-devant duc et de ramener le calme dans le pays soumis à votre commandement. Les moyens de rigueur mis en usage par le général Paulet ne sont pas de saison, les passeports à délivrer en Toscane doivent tous émaner des autorités locales, mon intention n’est pas que les Français s’en mêlent.
Le Premier Consul a la plus grande estime pour le général La Vilette, cette opinion doit déterminer la vôtre. Je vous prie, mon cher général, d’avoir pour lui tous les égards que mérite un vieux et respectable militaire. Laissez-lui prendre tous les titres qu’il voudra, votre autorité n’en sera certainement pas entravée.
J’ai répondu à votre lettre relative à l’exportation des grains et autres comestibles par mer, mon intention n’est pas qu’elle ait lieu avant que nous soyons maîtres de Porto Ferrajo.
Le gouvernement toscan, mon cher général, reste irrévocablement chargé de tous les services de l’armée, il va même solder la division du général Mathieu. Vous sentirez que d’après cela toutes les caisses et tous les revenus de l’État doivent être à sa seule disposition, ainsi vous ne demanderez aucun compte à la caisse de la douane de Livourne et vous n’en exigerez rien.
Le général Paulet, qui avait requis trois chevaux de selle dans une maison du Prince Corsini, a reçu de moi l’ordre de les restituer. Je lui ai ordonné aussi de verser dans la caisse de l’Armée la contribution de 36,000 francs qu’il a perçue ; je vous prie de lui déclarer qu’à l’instant où il se permettrait de frapper quelque nouvelle contribution, il cesserait d’être employé dans l’armée que je commande.
Je vous avais adressé une lettre de recommandation pour le citoyen Sandesky, qui réclame le paiement d’une indemnité pour la perte d’un bâtiment saisi injustement pour le commerce de Livourne. Deux lettres du ministre de la Guerre que je vous fais passer suspendent toute poursuite sur cet objet de la part de ce citoyen. Je vous prie, mon cher général, de vous conformer aux dispositions de ces deux lettres. Vous voudrez bien me rendre compte de cette affaire, pour que je puisse moi-même en instruire le ministre.
[R. I, p. 222.]
Florence, le 16 germinal an IX (6 avril 1801),
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Je m’empresse de vous envoyer, mon cher général, extrait d’une lettre que je viens de recevoir du ministre de la Guerre, vous y verrez que l’intention formelle du Gouvernement a été de mettre sous mon commandement les trois ci-devant Légations. Sans les ressources que ce pays doit me fournir, il me serait impossible de solder et d’alimenter mon armée. Le Premier Consul l’a senti et m’a fait indiquer cette source comme la seule où je puisse puiser. Je vous annonce, en conséquence, que je fais connaître par mon ordre du jour que les trois Légations font partie de mon commandement. Je fais prévenir tous les commandants des diverses places dans ces arrondissements de correspondre désormais avec mon chef d’état-major. Je fais également donner des ordres aux receveurs des contributions, pour qu’ils cessent toute espèce de versement dans la caisse de votre armée. Je vous prie de donner aussi de votre côté tous ceux nécessaires pour que ces dispositions n’éprouvent aucun retard.
Il sera nécessaire encore que vous retiriez de la Romagne la lieutenance du général Debelle. Je destine ce cantonnement aux 6,000 Polonais, qui vont m’arriver de l’Armée du Rhin.
Vous sentirez aisément, mon cher général, qu’il ne doit entrer dans la caisse de mon armée aucune portion des contributions que pourront fournir les pays dont je viens de vous parler, je serais trop heureux si elles pouvaient suffire au paiement de l’arrêté dû aux 12,000 hommes qui sont passés de votre armée dans celle que je commande.
Je pense que la dénomination d’Armée du Midi donnée à mon armée m’autoriserait à comprendre dans mon commandement tout ce qui se trouve en deçà du Pô, je ne m’étendrai néanmoins jusqu’à des dispositions nouvelles que sur les Légations.
Je vous prie, mon cher général, de vouloir bien me faire connaître les mesures que vous aurez prises pour assurer l’exécution de l’ordre du ministre que je vous transmets193.
[R. I, p. 223.]
Florence, le 17 germinal an IX (7 avril 1801).
Au citoyen Liéveret, receveur principal des contributions.
Un ordre du ministre de la Guerre, citoyen, range sous mon commandement les trois Légations, actuellement nommés les départements de Reno, del Basso Pô et del Rubicone. Les contributions de ces pays doivent servir à la solde et à la subsistance de mon armée, vous voudrez bien vous y rendre sur le champ et prendre les mesures nécessaires pour que tous les fonds qui se trouvent dans les caisses des receveurs particuliers et tous ceux qui pourront y entrer, soient versés dans la vôtre. Mon intention est que ces dispositions soient exécutées, quelques difficultés qui puissent s’élever, même de la part du général en chef de l’Armée d’Italie. Je lui ai écrit pour le prévenir des ordres que je vous donne. Vous voudrez bien écrire de votre côté au receveur principal de son armée, pour que ses instructions aux receveurs particuliers s’accordent avec celles que vous allez leur donner.
[R. I, p. 224.]
Florence, le 17 germinal an IX (7 avril 1801).
Au citoyen Haslawer, commissaire des Relations commerciales, à Civita Vecchia.
Je vous préviens, citoyen, que je viens d’écrire au ministre des Relations extérieures pour lui demander de vous confirmer dans la place de commissaire des Relations commerciales à Civita Vecchia. Je pense qu’il ne tardera pas à me faire passer votre commission.
Si vous trouvez les moyens de faire quelque expédition pour l’Égypte et si vous obtenez pour cet effet quelque crédit, vous fournirez des lettres de change sur le ministre des Relations extérieures. Les objets à envoyer sont des fusils, boulets, etc.
[R. I, p. 224.]
Florence, le 17 germinal an IX (7 avril 1801.)*
Je reçois, mon cher général, votre lettre du 14. Je vous préviens qu’une lettre du ministre de la Guerre place sous mon commandement les trois ci-devant Légations. Je les mets sous vos ordres, vous y commanderez supérieurement, ainsi que dans la Marche d’Ancône. Je préviens le général en chef de l’Armée d’Italie de ces dispositions et je l’invite à retirer de la Romagne toutes les troupes qui s’y trouvent cantonnées.
Je fais partir le receveur général des contributions, avec ordre de faire cesser toute espèce de versement dans la caisse de l’Armée d’Italie. Je vous prie d’appuyer de toute votre autorité ces mesures que la pénurie de nos moyens rend indispensables, mon intention est qu’elles soient exécutées, quelques difficultés qui puissent s’élever, même de la part du général en chef de l’Armée d’Italie.
Toutes les contributions devront être versées dans la caisse du receveur général Lieveret, qui à son tour les fera passer dans la caisse du payeur général de l’armée. Aucuns fonds ne pourront sortir de ces différentes caisses, sans un ordre exprès signé de moi. Les deux bataillons de Piémontais vont vous arriver, vous les cantonnerez, comme je vous l’ai déjà dit, dans la Romagne ou le Ferrarais. Je me propose aussi de faire occuper ce pays-là par 5,000 Polonais qui doivent m’arriver de l’Armée du Rhin.
Vous empêcherez absolument toute exportation de grains des États du Pape.
Le payeur de votre division a reçu du payeur général l’ordre que vous me demandez, il est le seul coupable, si vous n’avez pas déjà reçu les fonds qu’il avait dans sa caisse. Le général Seroux continuera à commander la Marche d’Ancône sous vos ordres.
Je vais vous envoyer les brevets que vous me demandez pour le 11e régiment d’hussards.
[R. I, p. 225.]
Florence, le 18 germinal an IX (8 avril 1801).
J’ai répondu d’avance, mon cher général, à la lettre que vous m’avez adressée le 15 germinal. Ma dépêche doit vous avoir été remise au moment où je vous écris. Nous ne nous battrons pas, j’espère, au sujet des limites de nos commandements respectifs. Vous annoncez vos prétentions, ou du moins celles du général Brune, d’une manière trop aimable pour que nos discussions puissent jamais devenir bien sérieuses. Si je pouvais trouver agréable que la Toscane fût enclavée dans le territoire de l’Armée d’Italie, lorsque j’ai mon quartier général à Florence, ce serait certainement lorsque vous la commandez, mais l’extrait que je vous ai envoyé d’une lettre du ministre de la guerre vous aura convaincu que les idées du général Brune sont un peu en opposition avec l’intention du gouvernement, qui m’attribue d’une manière bien positive, non seulement la Toscane, mais encore les trois Légations.
J’ai bien besoin de toutes les ressources que ces pays peuvent me fournir, aussi j’espère que vous ne ferez pas difficulté de me les abandonner, et que vous aurez donné aux troupes que vous y avez l’ordre de les évacuer.
J’ai transmis au commissaire des Relations commerciales à An-cône les réclamations de M. de Bellegarde, avec ordre d’y faire droit.
[R. I, p. 226.]
Florence, le 18 germinal an IX (8 avril 1801).
Au général Muller196, en Corse.
Le Premier Consul désire, citoyen général, que vous soyez appelé dans l’armée que je commande et me charge de vous employer auprès de moi. Je suis enchanté de cette détermination qui va me fournir l’occasion de connaître personnellement un général dont j’apprécie depuis longtemps les talents et la moralité. Je vous prie de partir sur le champ pour vous rendre à mon quartier général où je tâcherai de vous employer suivant vos désirs. Vous laisserez le commandement au général que vous jugerez le plus digne de votre confiance.
J’écris au citoyen Miot pour lui faire connaître l’intention du Gouvernement à cet égard.
[B. I, p. 227.]
Rome, le 19 germinal an IX (9 avril 1801).
J’ai été bien contrarié, mon cher général, de n’avoir pas eu le plaisir de vous voir à Rome, comme vous m’en aviez flatté. Je désire infiniment recevoir par le retour du courrier l’ordre de me rendre à Paris, et je compterai alors pour beaucoup de pouvoir passer quelques jours avec vous à Florence. J’aimerais à y être témoin de vos succès galans et à vous entendre parler de votre fidélité conjugale, sans y croire cependant le moins du monde. Faites-vous toujours usage de votre excellente lunette? J’ai une frayeur énorme que ce ne soit le seul moyen de rapprochement que vous trouverez dans cette aventure, et j’ai appris avec peine que vous aviez été repoussé avec perte et obligé de repasser l’Arno.
Le citoyen Aîmé, qui part pour vous aller rejoindre, veut bien se charger de ma lettre. J’ai eu beaucoup de plaisir à le posséder pendant quelques jours, et je désire infiniment qu’il se présente des occasions prochaines de le recevoir.
Adieu, mon cher et très aimable général, si vous allez à Paris, tâchez de m’en prévenir, il est possible que j’aie recours à votre obligeance pour faire dire quelque chose dans ce pays-là.
Je vous embrasse comme on doit vous aimer.
ALQUIER.
Vous m’aviez promis un courrier, je vous prie de m’envoyer celui que je vous ai désigné, j’en ai un besoin pressant et vous me rendrez un vrai service.
[Archives du prince Murat. D. 32 (3).]
Rome, le 19 germinal an IX.
Cacault197, ministre de la République Française à Rome, au général Murat.
Je suis arrivé hier à Rome, j’ai vu le secrétaire d’État et le Pape, j’espère que nous aurons sous quinze jours ce que le Premier Consul désire. Vous êtes adoré ici ; c’est la confiance qu’on a en vous qui tranquillise. J’espère qu’enfin on voudra bien croire ce que vous avez annoncé et garanti pour être la volonté du Premier Consul et ce que je viens confirmer, et qu’ainsi nous soutiendrons les esprits effrayés. Il ne fallait pas moins que le beau-frère du général et un ministre ami de toute sa famille et connu comme un homme vrai, pour parvenir à persuader que le génie supérieur de Bonaparte réclame sincèrement le concours du Souverain Pontife pour assurer le bonheur des Français.
Je suis animé pour le succès de l’affaire, il me semble que c’est la clef de la voute que notre héros va poser à l’édifice d’un sage et glorieux gouvernement ; il m’est précieux de concourir à ce grand œuvre.
Agréez, général, mon sincère et inviolable attachement.
CACAULT.
[Archives du prince Murat, D. 33. 1.]
Florence, le 19 germinal an IX (9 avril 1801).
Vous m’adressez, citoyen ministre, les réclamations des citoyens Ternaux, Guyot et Ferrouillat, négociants français à Livourne. Les contributions qui les ont atteints n’ont pas été imposées par moi, elles l’ont été par le général en chef de l’Armée d’Italie. Je ne puis en conséquence rien statuer sur leur affaire ; je vais la renvoyer au citoyen Petiet et au général Moncey, à Milan, en leur transmettant votre lettre. Je ne doute pas qu’ils ne se hâtent de rendre justice aux négociants qui la réclament. J’aurai soin qu’à l’avenir il ne soit exigé aucune contribution semblable.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
(S. L.) 9 avril 1801.
Outre la lettre officielle que M. Caleppi vous remettra de ma part, je donne celle-ci à M. Aymé qui s’en retourne à Florence. Il est bien pénible pour moi, mon cher général, de vous être importun, mais mon devoir m’y contraint : je ne puis pas manquer à ce qu’exige de moi la place que je occupe. Je vous prie donc avec le plus grand intérêt possible de vouloir bien avoir pitié de nos malheureuses provinces, elles formiculent des troupes et la dépense est devenue tout à fait insupportable, l’argent nous manque totalement, les vivres sont tout à fait disparus et la famine est aux portes. Il y a plusieurs villes dans lesquels les boulangers ont fermé leurs boutiques. Je ne vous dirai assez combien on exige dans tout genre de réquisition, enfin tout est désolation et ruine. Le S. Père recommande ses peuples à l’intérêt que vous lui avez témoigné, il espère que vous mettez d’une main forte le terme à ces malheurs. Il faut que vous diminuiez le nombre des troupes dans la Marche d’Ancône et Duché d’Urbín ; cette division qui ne devait être que de 1,500 hommes, comme le général Berthier l’avait écrit, monte à 5,000. Je ne veux pas vous entretenir davantage dans ces détails, mais si vous ne venez pas efficacement à notre secours, nous sommes tout à fait perdus. Je vous prie de me pardonner mon importunité et d’en référer la cause à votre bonté même, qui m’encourage à me adresser à vous dans l’urgence.
On m’écrit que vous irez peut-être à Paris. Je veux espérer que vous accorderez à nos intérêts auprès du P. Consul la faveur que vous avez bien voulu nous promettre. Je espère que vous n’irez pas mécontent de Rome et du S. Père. Quant à moi, il est certain que je ai hâte de faire mon possible pour vous servir dans toutes les occasions qui se sont présentées. Je veux espérer que vous ne m’oublierez pas : soyez bien assuré que je ne cesserai jamais de mon côté de mériter vos bontés et de m’employer en votre service, si vous voudrez bien m’honorer de vos ordres. Je suis de tout mon cœur à jamais avec le plus vif intérêt.
Votre très affectionné serviteur,
H. Card. CONSALVI.
P-S. — Vous voyez comme je ai arrangé l’affaire de M. Visconti. Je espère que vous en serez content. Je vous prie de le faire remarquer à Paris. Je suis de nouveau tout à vous.
[Archives du prince Murat. D. 60 (5).]
Rome, le 20 germinal an IX (10 avril 1801).
CITOYEN GÉNÉRAL,
D’après une clause du traité de paix que j’ai conclu à Florence, la Cour de Naples doit céder à la République trois frégates de 40 canons, armées, équipées et ayant des vivres à bord pour trois mois. Les ordres que le Premier Consul m’a fait parvenir, il y a peu de jours, par un courrier extraordinaire, me déterminent à presser, autant que possible, l’exécution de l’engagement pris par le Roi. Mais je ne peux pas raisonnablement me reposer sur les promesses qui m’ont été faites, et vous sentirez comme moi, qu’il importe au bien du service, que l’armement soit surveillé par un officier qui pourra s’assurer, en même temps, si les frégates qu’on nous destine, sont véritablement en état de servir. Afin d’accélérer l’exécution d’une mesure à laquelle le Premier Consul attache le plus grand intérêt, je vous propose donc, général, de faire partir sans délai pour Rome, un officier intelligent et ferme, qui puisse remplir avec succès la mission dont je viens de vous parler, et qui se rendra à Naples, après avoir conféré pendant un quart d’heure avec moi. Je dois vous observer que l’officier que vous nommerez, aura à traiter avec un ministre très fin, très délié et assez mal disposé, sans doute, à remplir dans toute leur intégrité les stipulations que j’ai exigées. Vous voyez que le choix que vous avez à faire est d’une haute importance.
Si vous n’aviez pas, dans ce moment, à vos ordres un officier tel qu’il le faut, je n’hésiterais pas à vous proposer de faire vous-même le voyage de Naples. Je sens mieux que je ne peux vous le dire, tout l’avantage qui résulterait nécessairement de la présence d’un militaire, qui, par son grade et par sa réputation, imposerait à la malveillance du chevalier Acton, et pour lequel il n’y aurait point de difficultés insolubles. Ce voyage serait très court, et vous pourriez laisser à Naples un officier que vous mèneriez avec vous, et qui n’aurait plus qu’à exécuter les mesures dont vous seriez convenu avec le ministre.
Je dois vous observer aussi qu’il ne s’agira pas, quant à présent, de faire sortir les frégates. Leur expédition sera suspendue jusqu’au moment où le Premier Consul aura fait connaître le port dans lequel il désire qu’elles soyent conduites. Mais il est indispensablement nécessaire qu’elles soyent prêtes dans le plus court délai possible.
Je rends compte aujourd’hui au Gouvernement par un courrier extraordinaire de la proposition que j’ai l’honneur de vous adresser.
Recevez, général, l’assurance de toute ma considération.
ALQUIER.
[Archives du prince Murat, D. 32 (4).]
Florence, le 20 germinal an IX (10 avril 1801).
Je vous ai exprimé plusieurs fois, citoyen ministre, l’embarras où me plonge l’absolu dénuement où vous me laissez. L’Armée d’Italie a versé dans la mienne 12,000 hommes, sans habillement, et dont la solde est arriérée de 3, 6 et 8 mois. Une multitude d’officiers réformés se présentent sans cesse pour me demander de l’argent. Chaque jour il me faut entendre des réclamations nouvelles, chaque jour il me faut multiplier des refus qui coûtent à mon cœur, mais que ma position rend inévitables.
Vous m’écrivez que je dois tirer de ce pays la subsistance et la solde des troupes : vous oubliez dans quelle détresse se trouve la Toscane ; vous oubliez quelles contributions de tout genre elle a été forcée de payer depuis longtemps. Les mesures les plus vigoureuses pour avoir de l’argent ne produisent plus rien ; si vous ne venez à mon secours, je ne sais plus comment assurer les divers services.
Vous vous ferez peut-être une idée de l’épuisement de la Toscane, en apprenant que le gouvernement provisoire qui l’administrait au moment de mon arrivée a été déconcerté par les difficultés que lui ont fait redouter les demandes que j’ai été forcé de lui faire. Ce gouvernement était composé d’hommes très ardents, très féconds en ressources et même un peu habitués à braver les plaintes et l’animadversion de leurs concitoyens, ils tenaient singulièrement à une autorité dont peut-être ils n’avaient pas toujours usé avec la plus grande modération, ils n’ont cependant pas eu le courage de conserver les rênes de l’administration dans un moment où, pour pourvoir aux besoins de l’armée, il est nécessaire de forcer toutes les mesures, ils ont donné leur démission198. J’ai remis en place le gouvernement qui les avait précédés et que la confiance des Toscans appelait à grands cris. Ce changement a porté la joie dans toutes les âmes. De tous côtés j’ai entendu des actions de grâce, le Sénat et la Communauté de Florence m’ont adressé des lettres de remerciement, mais tout cela n’est pas de l’argent, et c’est de l’argent qu’il me faut pour nourrir et solder l’armée. Les membres du nouveau gouvernement s’occupent avec activité du recouvrement des contributions ; la bienveillance qui les environne diminuera, j’espère, pour eux les difficultés que rencontraient leurs prédécesseurs. Je vous déclare néanmoins que malgré toute la vigueur et même toutes les menaces dont je fais usage, je vois l’absolue impossibilité où se trouve ce pays de suffire à nos besoins.
Je regarde comme une circonstance heureuse pour le nouveau Grand Duc la nouvelle organisation opérée dans le gouvernement. Au lieu de trouver dans les emplois des hommes à caractère et à principes révolutionnaires, il trouvera des têtes sages et des cœurs entièrement dévoués à ses intérêts, il sera dispensé de faire des changements, qui ont toujours quelque chose d’odieux au commencement d’un nouveau règne.
Quelques légers mouvements se sont manifestés dans les Maremmes ; des brigands pour soulever les paysans faisaient entendre que l’ancien Grand Duc allait revenir et punirait tous les pays où on ne se serait pas déclaré en sa faveur. Deux Français ont été assassinés. Pour déconcerter ces manœuvres, j’ai notifié officiellement et fait publier la ratification du traité de paix qui assure la Toscane à l’Infant duc de Parme. J’espère que cette mesure suffira pour arrêter cette espèce de désordre.
J’ai pris toutes les mesures possibles pour arrêter et empêcher les vexations et les dilapidations qui affligent presque toujours un pays conquis. Les Toscans avant mon arrivée ne se louaient pas des Français. J’ose croire qu’aujourd’hui ils ne peuvent se plaindre d’aucun des maux qu’il m’est possible de leur épargner.
Sans doute, ils trouvent pesant le fardeau des contributions que je leur demande, mais je vois avec plaisir qu’ils apprécient les moyens que j’emploie, pour empêcher que la charge n’en soit aggravée ; la discipline de l’armée, l’ordre de notre administration, notre respect pour leur religion et pour leurs coutumes nous concilient leur estime, je pourrais presque dire leur reconnaissance. Il ne faudrait pour nous attacher tous les cœurs que pouvoir diminuer un peu les sacrifices que nous sommes forcés d’exiger d’eux.
J’aime à vous exprimer, citoyen ministre, combien je suis content de la conduite de l’armée ; soyez certain que partout elle saura fixer sur elle le respect qui doit suivre le nom français.
Le Premier Consul m’ayant écrit d’employer dans mon armée le général Muller, m’ayant même fait pressentir que je pourrais lui laisser le commandement de l’armée, si j’étais appelé à Paris, j’ai envoyé en Corse pour l’inviter à se rendre à mon quartier général. Je lui ai ordonné de laisser le commandement au général de brigade qu’il jugera le plus digne de sa confiance. J’ai prévenu le citoyen Miot des ordres du Gouvernement. Si le général Muller doit être attaché à mon armée, c’est à vous à juger, citoyen ministre, s’il convient de pourvoir à son remplacement dans l’île de Corse.
Salut et respect,
J. MURAT.
Je vous envoie ma proclamation aux troupes envoyées dans les États napolitains, et ma lettre au gouvernement toscan pour lui annoncer la ratification de la paix.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 227.]
Florence, le 21 germinal an IX (11 avril 1801).
Au général Berthier, chef de l’État-major général.
Je vous prie, mon cher général, d’ordonner au général Dulauloi de partir sur le champ pour se rendre dans la Pouille, à l’effet d’y reconnaître l’état où se trouve la côte de cette presqu’île et d’employer tous les moyens nécessaires pour la mettre en état de défense. Vous lui ferez sentir que sa mission n’est que momentanée et qu’il pourra rejoindre mon quartier général, aussitôt qu’il l’aura remplie ; vous lui direz qu’il conservera toujours le commandement en chef de l’artillerie de l’armée, mais qu’il peut le laisser, s’il le juge nécessaire, au général Seroux pour le temps de son absence. Vous lui ordonnerez en même temps d’envoyer un chef de brigade d’artillerie à l’avant-garde pour y rester définitivement attaché.
Vous enverrez la cavalerie cisalpine à Modène ou à Reggio, vous répartirez l’infanterie de cette légion à Lucques, Massa et Pistoia. Vous préviendrez le général Tharreau de ces dernières dispositions, et vous lui ordonnerez de réunir la 60ᵉ à Sienne.
[R. I, p. 230.]
Florence, le 22 germinal au IX (12 avril 1801).
Mon aide de camp Beaumont arrive à l’instant de Naples, citoyen ministre, je me hâte de vous apprendre les nouvelles qu’il m’en donne.
Dix jours avant son départ, l’escadre commandée par le contre-amiral Ganteaume avait doublé la Sicile et faisait voile heureusement vers l’Égypte. J’espère que dans ce moment elle est arrivée à sa destination.
L’escadre turque, d’après les ordres du Grand Seigneur, avait abandonné l’escadre anglaise et était rentrée dans ses ports. La peste continue à exercer ses ravages dans l’armée ottomane.
Les Maltais sont en pleine révolte contre les troupes anglaises. Ce mouvement était préparé depuis longtemps et j’en étais instruit par des lettres que je vous envoie. J’avais témoigné à M. le bailly de Suffren que le Gouvernement français portait un grand intérêt à l’ordre de Malte, et je l’avais engagé à entretenir autant qu’il serait en son pouvoir des intelligences avec les partisans du Grand-Maître. Je vois avec plaisir que ses mesures ont obtenu un succès complet. Si le Gouvernement avait le dessein de faire quelque tentative sur cette île, je crois qu’il ne saurait saisir un moment plus favorable.
Les Russes que l’on croyait avoir abandonné Corfou, y sont retournés prendre leur poste, après avoir fait à Brindisi les approvisionnements dont ils avaient besoin. Ces diverses nouvelles me donnent la confiance que notre correspondance avec l’Égypte sera désormais plus facile qu’elle ne le fut jamais, et que nous n’avons rien à redouter des efforts de l’Angleterre contre cette intéressante colonie.
Il y a déjà plusieurs jours que j’ai envoyé dans la Pouille le contre-amiral Villeneuve pour y reconnaître les côtes. Je l’ai chargé en même temps de mettre tout en usage, même de gagner, s’il est possible, à force d’argent quelque corsaire anglais, pour obtenir des renseignements certains, soit sur l’escadre du contre-amiral Ganteaume, soit sur l’état et la direction des forces maritimes anglaises dans la Méditerranée. Aussitôt qu’il m’aura appris quelque chose d’important, j’aurai soin de vous en instruire.
Salut et respect.
MURAT.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 230.]
Florence, le 22 germinal an IX (12 avril 1801).
Des réclamations me sont adressées, mon cher général, par des députés chargés de l’approvisionnement d’Imola, Forli, etc. ; ils prétendent avoir acheté des grains dans le royaume de Naples, et se plaignent de ce que vous les avez arrêtés dans les ports de St Bene- detto, Grottamare, etc., où ils n’étaient que de relâche. Je reconnais à cette mesure, mon cher général, votre exactitude et votre zèle à faire exécuter mes ordres. Mon intention néanmoins, en prohibant l’exportation des grains dans le pays où vous commandez, a été seulement d’y retenir ceux qu’on y a recueillis ou ceux qui s’y trouvaient actuellement. Je n’ai pas voulu empêcher le libre passage de ceux achetés dans un pays étranger, et qui auraient une destination ultérieure. Je vous engage en conséquence à laisser sortir des ports où il se trouvent retenus, tous les grains que les propriétaires justifieront avoir fait venir des États de Naples. Il y a d’autant moins d’inconvénient à les laisser filer dans la Romagne qu’ils y serviront à la subsistance de nos troupes.
[R. I, p. 232.]
Florence, le 22 germinal an IX (12 avril 1801).
Au citoyen Mesnard, commissaire de la Marine à Ancône.
Il m’est impossible, citoyen, de mettre à votre disposition la somme de 30,000 francs que vous me demandez, il faut vous adresser au ministre de la Marine. J’espère que la somme de 22,784 francs, qui reste dans les mains du citoyen Auban, suffira pour vos dépenses les plus urgentes, en attendant que vous ayez sa réponse. Jusque là je ne puis fournir pour les expéditions secrètes que des lettres de change qui seront exactement acquittées par le ministre des Relations extérieures. La pénurie de ma caisse ne me laisse pas les moyens de pourvoir à la fois aux besoins de l’armée et aux dépenses maritimes.
Ce n’est pas sans quelque surprise que je vous vois me demander des fournitures pour l’armement complet de la corvette anglaise tombée dans nos mains. Sans doute, elle avait bien quelque chose à son bord, quand elle a été prise. Comment se fait-il que maintenant tout lui manque? Je vais donner ordre au commissaire des Guerres de votre place de vous fournir, des magasins publics, tout ce qui pourra vous servir, et de vous procurer ce qui vous manquera par voie de réquisition. Je vous engage à expédier le Bouledogue le plus promptement que vous pourrez.
[R. I. p. 232.]
Ancône, le 23 germinal an IXe Républicain.
CITOYEN GÉNÉRAL,
Je m’empresse de vous informer que je suis arrivé hier en cette ville avec le général Manscourt et quatre-vingt quatorze prisonniers tant officiers, sous-officiers, soldats et marins, pour la plupart aveugles ou estropiés. Comme je compte me rendre d’ici à Florence, j’aurai à vous faire un rapport bien désagréable de la manière odieuse avec laquelle j’ai été traité de la part du Gouvernement napolitain, pendant ma longue captivité. Pour le moment, je me borne à vous dire que le poison a été tenté deux fois contre moi dans des balottes qui m’étaient données pour médicament, et contre le général Manscourt dans du tabac pour lui faire perdre la tête, et ce n’est que par une espèce de miracle et par la force de mon tempérament et des remèdes, que j’ai résisté aux desseins de ces cannibales.
Je joins ici une note exacte des différents objets dont je fus dépouillé par la Commission de Tarente et que j’ai inutilement réclamés pendant deux ans et particulièrement avant mon départ. Comme par vos relations avec le Gouvernement napolitain, vous pouvez mieux que personne faire écouter cette réclamation dont on a fait si peu de cas de ma part, je vous prie de vous employer à cet effet, n’étant pas juste qu’un général français fournisse des armes au Roi de Naples et des chevaux pour sa chasse.
Vous trouverez également ci-joint une lettre pour vous qui me fut remise par le commandant du génie Morio, à notre entrevue à Pescara. Comme je connais le contenu de cette lettre, je vous préviens que j’aurai à vous donner là dessus des connaissances qui pourront vous être très utiles. Veuillez bien faire passer en France, le plus tôt possible la lettre, que je vous adresse pour les Consuls de la République.
J’ai l’honneur de vous saluer.
Al. Dumas.
P. S. — Je vous adresse ici un paquet de lettres199 pour France que je vous prie de faire parvenir à leur destination.
J’ai appris avec plaisir que mon aide de camp Beaumont était avec vous, veuillez bien lui dire mille choses de ma part.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 23 germinal an IX (13 avril 1801).
Je reçois à l’instant, mon cher ambassadeur, une dépêche du ministre de la Guerre, en réponse à celle qui lui annonçait officiellement la paix que vous veniez de conclure avec la Cour de Naples, il me charge de vous annoncer que par le mot « étape », on doit entendre la solde comme la subsistance, et que, dans le procès-verbal de ratification, cela sera positivement expliqué, quoique la chose s’entende d’elle-même. J’ordonne en conséquence au général Soult de faire donner un état bien exact de ses corps, qui devront être payés par la caisse du Roi de Naples. Vous serez bien aimable, mon cher ambassadeur, de vous entendre de suite sur cet article avec le chevalier de Micheroux.
Je fais partir de suite le général Dulauloi pour Tarente, avec ordre de faire fortifier ce port, de manière que notre escadre puisse y trouver un abri contre des forces supérieures. J’espère que ce général recevra de la Cour de Naples tous les secours nécessaires pour remplir à cet égard les vues du Gouvernement.
L’occupation de l’île d’Elbe est dans le moment actuel de la plus grande importance pour nous. Je vous prie de solliciter l’évacuation par les Napolitains du port de Longone200, afin que je puisse remplacer leur garnison aussitôt qu’elle en sortira. Cette opération doit être exécutée de manière que l’officier français que j’enverrai là, reçoive les clefs de la place des mains du commandant napolitain. Sans cette précaution, les Anglais pourront fort bien nous prévenir et l’occuper avant nous.
Tâchez d’obtenir aussi, mon cher ministre, les barques nécessaires pour le transport de 800 hommes que je me propose d’envoyer tant à Longone qu’à Porto Ferrajo. Le Premier Consul attache le plus grand intérêt à ce que j’occupe cette île dans le plus bref délai. Je vous prie donc de me faire connaître le jour que vous aurez déterminé pour cette opération.
Je compte que le courrier qui vous portera la ratification de votre traité passera ici cette nuit. Je vous fais passer toutes les gazettes que j’ai pu me procurer. Le courrier que vous m’avez demandé vous remettra ma lettre. Voilà bien de l’embarras que je vais vous donner, mon cher ambassadeur, recevez d’avance mes remerciements pour tous les soins que vous voudrez bien prendre. Je vous envoie une lettre du chef de brigade Gons, je vous prie de faire valoir sa juste réclamation.
[R. I. p. 233.]
Florence, le 23 germinal an IX (13 avril 1801).
Je vous annonce avec plaisir, mon cher général, que par le mot « étape » employé dans les stipulations avec la Cour de Naples, le Premier Consul a entendu que la solde fût comprise aussi bien que les subsistances, faites donc passer, mon cher général, une revue de rigueur de vos troupes. Faites-en constater l’état bien exact qui servira à les faire payer par la caisse du Roi de Naples. Cette intention sera positivement expliquée dans la ratification de la paix. J’écris au citoyen Alquier pour qu’il s’entende sur cet objet avec le chevalier de Micheroux et j’espère que vous n’éprouverez aucun obstacle, puisque vous n’avez à réclamer que l’exécution bien entendue du traité de paix. Nous voilà par ce moyen sans inquiétude, j’en éprouvais auparavant beaucoup, car j’étais dans le plus grand embarras pour vous envoyer de l’argent.
Vous connaissez combien présente peu de ressources le pays que j’occupe, il doit cependant, suivant l’intention du Premier Consul, fournir à la solde, à l’entretien et à la subsistance de mon armée. Je ne dois pas recevoir un seul écu de Paris.
Vous devez avoir reçu cinq mille chemises, cinq mille paires de souliers et quatorze cents habits. Tout ce qui manque au corps de la marine part demain matin de Florence pour se rendre à Tarente, en passant par Rome et Naples. Je pense qu’en vous envoyant de quinze à dix-huit cents habits complets, vos troupes seront parfaitement habillées. Mille fusils partent d’Ancône et vous arriveront par mer à Brindisi. Occupez Tarente le plus tôt possible, fortifiez ce port de manière à ce que notre escadre puisse y trouver un abri dans le cas où elle serait poursuivie par des forces supérieures. Les commandants du génie et de l’artillerie partent demain pour s’y rendre, ils y seront sous vos ordres.
Maintenez dans vos troupes, mon cher général, la plus sévère discipline, comprimez tous les partis ; que vos troupes soient étrangères à toute espèce de mouvement révolutionnaire. Nous sommes aujourd’hui sincèrement réconciliés avec le Roi de Naples. Le Premier Consul désire que vous alliez avec votre état-major, vos troupes et la musique, assister à la messe tous les jours de fête, et qu’il règne entre vous, les prêtres et les officiers du Roi de Naples la plus grande intelligence.
Faites-moi connaître par le retour du courrier que je vous envoie l’emplacement de vos troupes, ainsi que l’état bien exact de leur force.
Je vous annonce que l’escadre du contre-amiral Ganteaume avait doublé la Sicile, le 8 germinal, après s’être emparée de deux frégates anglaises. Il y a à parier cent contre un qu’elle est déjà arrivée à sa destination.
Je me repose entièrement, mon cher général, ainsi que le Premier Consul, sur votre fermeté, votre zèle et votre activité, et je suis persuadé que votre séjour dans les États de Naples va conquérir à la République de nouveaux amis.
J’ai reçu vos deux lettres datées d’Acquila le 19 de ce mois ; je ne puis qu’approuver la réclamation que vous avez faite au général napolitain, sa réponse me persuade qu’ils sont dans l’intention de bien vivre avec vous. Rien de nouveau en France, la plus grande tranquillité continue à y régner ; la ratification de la paix a porté l’ivresse de la joie dans toutes les âmes.
[R. I, p. 234.]
Florence, le 23 germinal an IX (13 avril 1801).
Au général Berthier, chef de l’État-major général
Vous enverrez la 60e à Livourne et vous donnerez l’ordre aux Polonais d’en partir, le jour où elle y arrivera, pour se rendre à Milan. Vous concerterez ces mouvements de manière à ce que les différents débouchés de la Toscane ne se trouvent pas encombrés de troupes par le départ de la Cisalpine et des Polonais.
Faites connaître l’itinéraire de la marche de ces troupes au général Oudinot, afin que la Légion polonaise retenue momentanément à Turin, puisse continuer sa marche pour se rendre en Toscane.
Ordonnez au général Tharreau de réunir à Piombino assez de barques pour transporter 800 hommes dans l’île d’Elbe.
Dites aussi au général Oudinot de regarder comme non avenue la demande que j’avais faite au général en chef de l’Armée d’Italie des deux bataillons d’élite piémontais. Annoncez au général Debelle que les troupes de mon armée qui se trouvent dans le département du Rubicon, doivent y rester jusqu’à la décision du ministre de la guerre.
Vous n’avez pas donné l’ordre au chef de brigade Maubert de partir pour Tarente, vous pouvez vous dispenser de le lui donner.
[R. I, p. 236.]
Florence, le 23 germinal an IX (13 avril 1801).
Au citoyen Petiet, à Milan.
Vous avez été trompé, mon cher ministre, je n’ai donné aucun ordre pour faire rendre au Pape le district de Montefeltro, ni le fort de S. Leo. J’ai déclaré, d’après une lettre du ministre de la Guerre, que le département du Rubicon était compris dans l’arrondissement de mon armée et que j’y commanderais militairement, il n’y a là rien, ce me semble, qui doive faire naître l’idée qu’une partie de ce pays doive passer sous la domination du Saint-Siège. Je n’ai ni le droit, ni le désir d’enlever à la Cisalpine aucune portion de son territoire. Je sais quel intérêt le Gouvernement français attache à la prospérité de cette République. Si l’erreur qui vous a engagé à m’écrire est répandue parmi les Cisalpins, je vous prie de les détromper.
Vous me ferez plaisir, mon cher ministre, de m’envoyer copie de l’ordre que l’on dit émaner de moi.
[R. I. p. 238.]
Florence, le 23 germinal an IX (13 avril 1801).
Je reçois, mon cher général, vos dépêches du 21. Je vois avec plaisir que vous avez envoyé un courrier à Paris, il forcera le Gouvernement à nous donner enfin une explication que je sollicite depuis longtemps, et que nous avons l’un et l’autre un égal intérêt de connaître. Je suis porté à croire qu’on vous laissera la Cisalpine toute entière, mais en interprétant la lettre du ministre de la Guerre dont je vous ai envoyé un extrait, dans le sens le plus convenable à ma position, j’ai cru devoir vous demander les trois Légations. Je consens bien volontiers à vous en laisser la possession jusqu’à la décision du ministre, à condition néanmoins que le petit nombre de troupes que j’y ai dans ce moment, continueront d’y rester.
Je ne crois pas vous devoir une excessive reconnaissance, mon cher général, pour la générosité avec laquelle vous m’abandonnez la Toscane, elle m’appartenait au moins par droit de jouissance.
Conformément à une lettre que j’ai reçue du ministre de la Guerre, je viens de faire donner l’ordre à la Légion italique de repasser sous votre commandement et pour que vous ne retardiez pas plus longtemps la marche des Polonais qui sont dans le Piémont, je vous envoie également les deux bataillons de cette nation qui se trouvent en Toscane.
J’improuve très fort l’injuste opiniâtreté du gouvernement cisalpin à l’égard du citoyen Hippolyte Roverella. De tels procédés sont un moyen d’éterniser les haînes et les mouvements révolutionnaires, qui doivent cesser avec la guerre. Au reste, je ne prends à cet homme aucun autre intérêt que celui de l’humanité et d’une saine politique. Ce qui est certain, c’est que si je commandais dans le Ferrarais, il serait mis sur le champ en liberté ; je croirais partager le crime en le tolérant.
Le général Brune avait accordé des gratifications à tous les officiers et chefs de son armée. Les fonds nécessaires pour les payer doivent exister dans les caisses de l’Armée d’Italie. Les officiers passés de votre armée dans la mienne réclament ce qui leur a été promis, et me prient d’être leur interprète auprès de vous. Je ne puis mieux faire que d’autoriser chaque corps à vous envoyer un officier pour recevoir ce que vous voudrez leur faire compter.
[R. I, p. 237.]
Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
Au citoyen Miot202, en Corse.
Le Premier Consul me charge d’ordonner au commandant en Corse d’envoyer un bataillon de la 23ᵉ dans l’île d’Elbe. J’ordonne, en conséquence, au général Muller de préparer cette expédition à Bastia ou à St-Pellegrino. Il me suffira sans doute de vous faire connaître de quelle importance est pour nous l’occupation de cette île, pour être persuadé que vous ferez apporter dans les préparatifs de cette expédition la plus grande célérité. J’ai écrit au général Muller pour l’appeler auprès de moi. Je désire que cet officier général fasse partie de mon armée et qu’il la commande en mon absence.
[R. I, p. 239.]
Florence, le 24 germinal an 9 (14 avril 1801).
Au général Muller, en Corse.
Le Premier Consul qui attache le plus grand intérêt à l’occupation de l’île d’Elbe, me charge de vous écrire de préparer à Bastia ou à St-Pellegrino une expédition d’un bon bataillon de la 23ᵉ, pour aller prendre possession de cette île. Comme par le traité conclu avec la Cour de Naples, cette île doit nous être consignée par la garnison de Longone, faites-moi connaître le jour où votre expédition sera prête à mettre à la voile, afin que je puisse m’entendre avec le commandant de Longone sur les moyens les plus sûrs de la faire arriver sans accident. Il tarde d’autant plus au Premier Consul que nous soyons maîtres de cette île, qu’elle offre un port très considérable pour notre escadre.
Je fais connaître au citoyen Miot les intentions du Premier Consul à cet égard. Si l’expédition que je vous propose éprouvait quelques difficultés, instruisez m’en sur le champ, afin que dans cette supposition, je puisse en préparer une de mon côté.
Je vous ai déjà fait connaître le désir que m’a témoigné le Premier Consul que je vous appelle auprès de moi, il me tarde d’autant plus de connaître la détermination que vous aurez prise, que je désire moi-même faire la connaissance d’un militaire dont on me dit tant de bien. Vous conserverez toujours le commandement de la Corse qui paraît faire partie de l’Armée d’observation.
[R. I, p. 239.]
Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
Je suis bien surpris, mon cher général, d’apprendre que le citoyen Bacciochi n’est pas encore parti pour la Corse. Je vous avais cependant prié de l’expédier sur le champ. J’expédie en ce moment un officier d’état major auprès du général Muller et du ministre Miot. Cette mission ne doit éprouver aucun retard. Vous emploierez donc tous les moyens possibles pour qu’il soit parti une heure après son arrivée à Livourne.
[R. I, p. 240.]
Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
Je vous invite, citoyen, à vous rendre sur le champ dans l’île d’Elbe, dont le traité de paix conclu avec la Cour de Naples nous assure la propriété. Vous vous établirez provisoirement à Porto Longone et vous y préparerez les habitants à recevoir une garnison française que je vais y envoyer. J’écris au général commandant en Corse, pour qu’il prépare à Bastia ou à St Pellegrino l’expédition d’un bataillon de la 23ᵉ que je destine à l’occupation de l’île d’Elbe. Vous vous mettrez en communication avec le chef de cette expédition pour en faciliter le succès par tous les moyens qui seront en votre pouvoir.
Vous enverrez des émissaires sûrs à Porto Ferrajo et vous emploierez tout le crédit que vous pouvez avoir encore dans cette place, pour achever de déterminer les habitants en notre faveur. Le Premier Consul attache la plus grande importance à l’occupation entière et prompte de l’île d’Elbe203, dont les ports doivent au besoin offrir à nos escadres des asiles assurés contre des forces supérieures.
Dans le cas où l’expédition projetée en Corse éprouverait des difficultés ou des lenteurs, j’ordonne au général Tharreau de préparer à Livourne et d’envoyer à Piombino assez de bâtiments pour le transport de 800 hommes. D’un autre côté, je fais demander au général Micheroux de diriger de Longone sur Piombino les barques nécessaires pour cet embarquement. Rappelez-vous que, dans aucun cas, Longone ne doit être évacuée par les Napolitains qu’au moment de l’entrée des Français. Sans cette mesure, nous nous exposerions à voir les Anglais l’occuper avant nous. Faites-moi connaître dès votre arrivée l’esprit des habitants, les ressources de l’île, le nombre des croiseurs anglais, et la quantité de barques que Longone pourra fournir pour Piombino.
La confiance dont le Gouvernement français vous a honoré m’est un sûr garant de votre zèle et de l’activité que vous mettez à remplir la mission dont je vous charge. Vous correspondrez avec les commissaires des Relations commerciales de Livourne, de Civita Vecchia et de la Corse. Vous me ferez parvenir tous les renseignements que vous pourrez avoir sur l’escadre du contre-amiral Ganteaume et sur l’expédition des Anglais contre l’Égypte.
[R. 1, p. 240.]
Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
Votre gouvernement vous a sûrement prévenu, monsieur le gouverneur, qu’en vertu du traité de paix qui termine enfin la guerre entre nos deux nations, nous devons occuper la partie de l’île d’Elbe dépendante du Roi de Naples. J’envoie le citoyen Lombardy pour concerter avec vous les moyens et le moment de l’occupation par mes troupes de la place que vous occupez. La bonne intelligence si heureusement rétablie entre votre Cour et le Gouvernement français, me garantit que vous vous empresserez de fournir au citoyen Lombardy toutes les instructions et tous les moyens dont il pourra avoir besoin.
[R. I, p. 241.]
Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
J’ai lu avec attention la note que Votre Éminence m’a envoyée, avec sa lettre du 8 avril, relativement aux objets d’art réclamés par le gouvernement français. Je ne puis m’établir juge des difficultés que vous proposez. Je vais faire passer vos observations au Premier Consul, je vous ferai connaître sa réponse aussitôt que je l’aurai reçue. J’éprouve le plus grand regret de ne pouvoir accorder moi-même ce que le Saint-Père désire. Je serai dans toutes les occasions disposé à lui renouveler les témoignages de mon sincère dévouement.
[R. I, p. 241.]
Au quartier général de Florence, le 24 germinal an IX (14 avril 1801).
Un petit mouvement eut lieu dans cette ville hier, 23 germinal, il est nécessaire d’en rendre compte, afin d’éviter que la malignité ne s’en empare pour le dénaturer. Il importe qu’on ne puisse pas accuser le peuple de Florence d’une espèce d’émette qui ne présente aucun caractère dangereux et qui ne fut l’ouvrage que d’une poignée de gens sans aveu.
La veille, un grenadier toscan avait été condamné à mort par la Commission militaire pour avoir assassiné un grenadier français. Vers les quatre heures du soir, on le conduisait au supplice escorté de cinquante soldats. Une foule nombreuse se ramasse à son passage sur la place du Dôme. Quelques voix crient : « Grâce ! Grâce ! » Tout le peuple répète ces mots. L’escorte continue sa marche, on la suit et on lui lance des pierres. Elle arrive sans avoir daigné repousser cette insulte jusque sur la place de Santa Maria Novella où un bataillon de grenadiers français faisait l’exercice. Ceux-ci voyant leurs camarades poursuivis par des cris et assaillis de pierres, s’avancèrent vers le peuple, le sabre à la main. Tout prend la fuite devant eux ; dans le désordre, quelques personnes sont blessées. Le criminel est conduit au lieu de l’exécution et subit sa peine, après avoir avoué que l’assassinat qui le conduisait à la mort était le septième qu’il avait commis.
Vers six heures, une terreur panique jeta de nouveau quelques alarmes dans la ville. Un danseur de corde faisait ses exercices sur la place du Grand Duc. La curiosité avait amené une foule immense. Tout à coup le bruit se répand que le feu vient de prendre à une maison. Les hommes qui craignent d’être entraînés de force, comme c’est l’usage à Florence, pour aller travailler à éteindre l’incendie, se hâtent de prendre la fuite. Les femmes ignorant la cause de ce mouvement les suivent en poussant des cris, les soldats français qui se trouvent là, l’imagination encore pleine de ce qui s’était passé deux heures auparavant, croient qu’il se prépare quelque chose contre eux ; ils mettent le sabre à la main, traversent la foule et se rendent à leurs quartiers. Quelques personnes sont encore blessées, un plus grand nombre perdent leurs chapeaux, leurs manteaux et d’autres effets. L’erreur et la crainte se répandent dans la ville. Le général Murat en était sorti pour aller promener à cheval. Les officiers de son état-major courent à sa rencontre. Bientôt un bataillon de grenadiers se rend sur le quai devant sa maison, conduit par le brave général Broussier. Quand les soldats le voient arriver, ils agitent leurs armes et la musique fait entendre sur son passage : Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille204.
Le général Murat ému de ce témoignage d’attachement exprimé aux soldats sa satisfaction et sa reconnaissance, bientôt la vérité est connue, toutes les troupes quittent leurs armes, la tranquillité et la confiance sont rétablies.
On a remarqué dans les deux scènes dont nous venons de rendre compte un très grand nombre de gens étrangers à la ville et même à la Toscane, qui paraissaient exciter le tumulte et qui surtout en profitaient pour voler. Des renseignements certains ont fait connaître qu’ils étaient les auteurs de tout le désordre. Le général Murat rendant justice au bon esprit qui règne dans Florence, persuadé que cette ville sera toujours tranquille, quand des manœuvres étrangères n’y porteront pas le trouble, vient d’ordonner aux réfugiés romains, napolitains et autres étrangers de quitter le territoire toscan. Ils peuvent maintenant rentrer dans leurs pays respectifs. Les conventions stipulées entre la République française et leurs gouvernements les rétablissent dans leurs biens et leur garantissent leur tranquillité.
On ne peut trop donner d’éloges à la modération des soldats français et de leurs officiers que des sentiments d’humanité empêchèrent de faire feu sur la multitude, au moment où on lançait des pierres sur eux, et où certainement ils étaient bien autorisés à repousser par la force cette provocation coupable.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 25 germinal an IX (15 avril 1801).
Je me suis hâté, citoyen ministre, de faire exécuter tous les ordres contenus dans votre lettre du 15 courant. J’ai écrit au citoyen Alquier à Rome pour le prier de s’entendre avec M. de Micheroux sur le mot « étape » et l’engager en conséquence à faire pourvoir par la caisse du Roi de Naples à la solde de la division Soult.
Le général Mathieu va partir pour prendre le commandement des troupes qui sont actuellement sous les ordres de Monnier. L’intention du Premier Consul à cet égard me permettra de céder au désir que le général Monnier m’a témoigné depuis longtemps de rentrer en France, je vais lui en accorder la permission.
J’ai envoyé un officier en Corse et j’ai écrit au général Muller de préparer l’expédition pour l’île d’Elbe d’un bataillon de la 23e ; j’ai donné aussi des ordres à Livourne pour l’embarquement à Piombino d’un bataillon de la 60e ; en même temps que j’ai chargé le général Tharreau de se procurer les barques nécessaires pour le transport de 800 hommes, j’ai invité le citoyen Alquier à faire en sorte qu’il nous en soit fourni par les Napolitains.
J’ai fait partir pour Longone le citoyen Lombardy, commissaire des Relations commerciales, pour reconnaître le pays et l’esprit des habitants, ainsi que pour concerter avec le gouvernement napolitain les moyens et le moment de l’entrée de nos troupes. Ces différentes combinaisons vous assurent que l’île d’Elbe sera occupée avec toute la célérité qu’il est possible de mettre dans une telle opération.
J’ai fait partir la division Lechi pour rentrer dans la Cisalpine, j’ai fait partir aussi sur la demande du général Moncey les deux bataillons polonais qui m’étaient venus de l’Armée d’Italie.
J’ai donné l’ordre au général Soult de faire armer le port de Tarente, conformément aux intentions du Premier Consul. J’envoie le général Dulauloi, commandant en chef de l’artillerie, pour diriger cette opération.
Vous aurez vu par ma proclamation aux troupes envoyées dans les États napolitains que j’avais bien interprété les vues du Gouvernement. Je renouvelle au général Soult les instructions que je lui avais déjà données sur la conduite qu’il doit tenir et prescrire à ses soldats, je lui ai transmis la volonté du Premier Consul pour que la meilleure intelligence règne entre lui et les officiers et prêtres napolitains, je lui ai ordonné d’aller régulièrement à la messe tous les jours de fête, avec son état-major en grande tenue et avec la musique206.
Je vous annonce, avec la plus grande satisfaction, citoyen ministre, que le citoyen Cacault m’écrit de Rome qu’il espère avoir terminé sa mission dans quinze jours au gré du Gouvernement.
Je dois ajouter à ce que je vous ai écrit dernièrement de l’escadre du contre-amiral Ganteaume, qu’au moment où elle doubla la Sicile, elle s’était emparée d’une frégate et d’une corvette anglaises ; j’espère que le contre-amiral Villeneuve que j’ai envoyé, il y a plusieurs jours dans la Pouille, pour en reconnaître la côte, me fournira bientôt les moyens de vous donner des nouvelles positives et sur notre escadre et sur les opérations des Anglais dans la Méditerranée.
D’après votre lettre du… par laquelle vous me marquiez que la Toscane et les Légations devaient me fournir de grandes ressources, je crus devoir comprendre dans mon commandement les trois Légations. Je donnai des ordres en conséquence, après en avoir prévenu le général Moncey, commandant en chef l’Armée d’Italie207. Ce général m’écrit qu’il vous a expédié un courrier et m’engage à ne rien innover, jusqu’à ce que par votre réponse vous ayez déterminé d’une manière positive le territoire des deux armées. Je me joins à lui, citoyen ministre, pour vous prier de fixer enfin la limite de nos commandements respectifs, il me paraît inutile d’insister sur la nécessité de cette démarcation.
J’espérais que vous m’annonceriez officiellement la ratification de la paix avec l’Empire ; j’attendais surtout des ordres qui fixassent d’une manière positive le sort de la Toscane. Ce pays est rempli d’hommes ardents, avides de révolutions et contrariés, par conséquent, par ce nouvel état de choses ; ils emploient toute espèce de moyens pour semer le désordre, ils répandent les nouvelles les plus absurdes et s’efforcent de persuader que l’ancien Grand-Duc reviendra, que les Anglais ont promis de le rétablir, qu’il récompensera ceux qui se sont déclarés en sa faveur, etc. Ces artifices grossiers réussissent trop souvent auprès des paysans crédules et il en résulte des inquiétudes, des émeutes, quelques assassinats. Je pense que si l’arrivée de l’Infant était annoncée officiellement et solennellement, toutes les mesures des agitateurs se trouveraient déconcertées. Je vous prie, citoyen ministre, de peser ces observations et de répondre quelque chose de positif à cet article de ma lettre.
Je reçois à l’instant une lettre du ministre de la Marine qui ordonne le désarmement de tous les bâtiments des lacs de l’Italie et l’envoi des marins à Otrante. Je fais toutes les dispositions pour la prompte exécution de cet ordre. Je vous envoie ci-joint copie d’un article qui doit être inséré dans la Gazette Toscane, et qui vous fera connaître avec exactitude les détails d’un léger mouvement qui a eu lieu ici le 23 de ce mois.
Nos conventions avec les Cours de Rome et de Naples garantissant la sûreté des réfugiés napolitains et romains qui se trouvent en Toscane, je viens de leur donner l’ordre d’évacuer ce pays où leur présence est un sujet d’inquiétude et où leurs manœuvres occasionnent souvent du désordre. Je vous envoie l’état des contributions fournies jusqu’ici par la Toscane, il vous convaincra que ce pays est entièrement épuisé et ne peut plus nous fournir des ressources. Si cependant la division Soult est payée par les Napolitains, si le Pape solde aussi les troupes qui sont sur ses États, j’espère pouvoir payer la solde de ce mois aux troupes qui me restent dans la Toscane. Mais souvenez-vous de l’immense arriéré dû aux douze mille hommes qui me sont venus de l’Armée d’Italie. Je vous déclare, de la manière la plus positive, que je suis dans l’absolue impossibilité de donner un sol pour la marine. Si vous n’envoyez des fonds pour ce service, vous êtes exposé à le voir manquer.
Je vous envoie divers mémoires qui m’ont été adressés relativement aux objets d’art restés à Rome, je vous prie de les soumettre au Premier Consul et de me faire connaître sa décision. Je ne veux pas prendre sur moi de me constituer juge de cette affaire.
[R. I, p. 243.]
Florence, le 25 germinal an IX (15 avril 1801).
Le ministre de la Marine me prévient, mon cher général, par le même courrier qui vous remettra ma dépêche, que tous les bâtiments armés sur les lacs d’Italie seront désarmés sans exception, et que les états-majors et équipages se rendront à marches forcées à Otrante, pour y servir sous vos ordres. J’écris en conséquence au général en chef de l’Armée d’Italie pour l’inviter à faire exécuter sur le champ l’ordre du ministre et à fournir les escortes nécessaires pour empêcher la désertion. Je les dirigerai sur Ancône où je vous prie de leur adresser vos ordres ultérieurs. Je pense qu’il serait peut-être avantageux de les y embarquer, ils arriveraient plutôt à leur destination et seraient moins fatigués. Vous pourriez les faire escorter par les divers corsaires qui se trouvent dans le port, ainsi que par la corvette anglaise. Je vous prie de me faire connaître, mon cher général, par le retour du courrier, les dispositions que vous aurez faites à cet égard. Donnez moi des nouvelles de l’escadre de Ganteaume et de celle des Anglais. Discrétion sur l’expédition, seul moyen d’empêcher la désertion et d’assurer le succès.
[R. I, p. 242.]
Florence, le 25 germinal an IX (15 avril 1801).
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Je m’empresse de vous envoyer, mon cher général, copie d’une lettre que je reçois à l’instant du ministre de la Marine et dont les premières dispositions vous concernent. Il me reste à vous inviter d’en ordonner la prompte exécution. Je désire que les marins soient dirigés sur Ancône et de recevoir l’avis du jour de leur arrivée. Le Premier Consul attache le plus grand intérêt à la prompte exécution de cet ordre.
[R. I, p. 243.]
Florence, le 25 germinal (an IX).
CITOVEN CONSUL,
Je reçois à l’instant une dépêche du ministre de la Marine, qui m’annonce le désarmement des bâtiments des lacs d’Italie et l’ordre de diriger sur Tarante leurs états-majors et équipages. Cette mesure annonce certainement des vues ultérieures de votre part, qui ne devraient pas m’être étrangères ; ce manque de confiance m’allarme et m’humilie, il m’est impossible de supporter plus longtemps l’état pénible où vous me réduisés par votre discrétion et surtout le stile qui règne dans votre dernière lettre. Je vous fais ici des prosélites au dépend des propos qui sont le résultat de la conduite que les circonstances et vos volontés me forcent à tenir, et cependant je ne reçois de votre part aucun encouragement, aucune ressource dans l’état de détresse où je me trouve pour payer mes troupes. Celles qui viennent de l’Armée d’Italie disent : « On voit bien que nous ne sommes pas des corps d’élite, celles-là sont bien payées »; voilà à quoy je suis exposé. Ce pays est absolument ruiné, je n’en puis plus rien tirer.
Vous faites la paix, on la ratifie, on la publie, on la fête, et je ne l’apprends que par quelques mauvais journaux, vous gardés le silence sur le sort de la Toscane, quand d’un seul mot vous pourriés calmer tous les esprits ; cette indifférence de la part de vos ministres peut devenir coupable par ses résultats. Vous ne vous contentés pas d’exiger que je fasse payer mon armée, vous désirés encore que je fournisse aux dépenses de la marine, j’ai déjà avancé pour vos différentes expéditions au moins deux cent mille livres, je vous déclare formellement que je ne puis plus lui fournir un sol.
Je donne au Gal Monnier la permission de rentrer en France, c’est une tette exaltée et de plus accoutumée au pillage, malgré mes ordres et ma surveillance, il me serait impossible de l’empêcher de faire des sottises, je le fais remplacer par le Gal Mathieu.
J’ai fait connaître au Gal Muller le désir que j’aurais de le voir employé dans mon armée, je lui en confierai le commandement du moment qu’il sera arrivé, et je profiterai de quelques jours pour venir à Paris. Si cela ne s’arrangeait pas avec vos vues, je vous le redemande encore avec instance, faites partir ma femme, il m’est de toute impossibilité de m’éloigner encore sans voir ma Caroline et votre Achile. Si vous connoissiez le besoin que j’ai de les voir, vous m’auriez déjà accordé la permission de me rendre auprès d’eux ; ma présence est ici d’ailleurs assez inutile, je n’ai avec moi que quatre mille hommes, et le général Villeneuve seul est chargé et a connoissance des expéditions secretes, tout le reste de l’armée est à cent lieues de moy.
Je suis très certainement disposé à tout faire, à tout entreprendre pour votre gloire et l’affermissement de votre gouvernement, mais je vous le répète, je ne m’embarquerai jamais sans avoir vu mon Achille, ne [me] mettes donc pas dans la dure nécessité de vous désobéir ; rappelles moy pour quelques jours, ma reconnoissance sera sans bornes et égalera l’attachement que je vous porte. Ayez plus de confiance en moy, cessés de me traiter comme un enfant, je suis sûr et je vous assure que je ne suis plus enfant, vous seul me rendés timide, je n’ose vous parler quand je suis près de vous, mais je crois cependant pouvoir répondre d’avance que je me sens capable d’exécuter tout ce que vous voudrés me confier. J’attendrai votre réponse avec impatience. Croyez que personne ne vous est plus attaché que moy.
Salut et attachement.
J. MURAT.
On parle ici du retour du Gal Brune208, tous les honnêtes gens le redoutent.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 25 germinal au IX (15 avril 1801).
Je reçois à l’instant, citoyen ministre, votre lettre du 16 courant. Je me hâte d’assurer l’exécution des ordres qu’elle renferme, j’en adresse à cet effet une copie au général en chef de l’Armée d’Italie à Milan. Je l’engage à faire effectuer avec la plus grande promptitude le désarmement des bâtiments sur tous les lacs et à diriger tous les marins sur Ancône à marche forcée. J’écris en même temps au contre-amiral Villeneuve pour le prévenir de cette opération. Je lui propose d’embarquer tous ces marins à Ancône et de les faire arriver par mer à Otrante, en leur donnant pour escorte tous les corsaires dont on pourra disposer et une corvette prise sur les Anglais. Cette voie me paraît la plus courte, la moins fatigante et la plus propre à prévenir la désertion. Au reste, le contre-amiral Villeneuve déterminera ce qu’il jugera le plus convenable, d’après les instructions qu’il aura reçues de vous.
Vous me demandez de faire payer l’arriéré dû aux marins. Ma caisse est absolument vide, je ne puis payer la solde de mes troupes, j’ai déjà fourni plus de 100,000 francs pour la marine, je vous déclare à regret, mais de la manière la plus positive, qu’il ne m’est plus possible de fournir un sol. Vous êtes exposé à voir manquer votre service si vous n’envoyez pas des fonds pour y pourvoir. Je l’ai déjà écrit au ministre de la Guerre. Le pays où je suis est entièrement épuisé, il ne m’offre plus aucune ressource, ne comptez donc plus sur ma caisse.
[R. I, p. 246.]
Florence, le 26 germinal au IX (16 avril 1801).
Je m’empresse de vous annoncer, citoyen ministre, que les généraux Dumas et Manscourt sont arrivés à Ancône le 22, avec 94 prisonniers de guerre, tant officiers que sous-officiers, soldats ou marins, dont la plupart sont aveugles ou estropiés. Je vais leur faire donner quelques secours et les diriger sur Milan, pour que de là ils passent en France.
Le chef de division Étienne me prévient par sa lettre du 21 courant que le général La Salcette, le chef de brigade Lotte, le chef de bataillon d’artillerie Charbonnel et le citoyen Bessières y sont arrivés le même jour, venant de Constantinople, après 45 jours de traversée209. Vous verrez par sa lettre que toutes les nouvelles qui vous sont parvenues, tant sur les Anglais que sur le camp du grand Vizir à Jaffa sont confirmées d’une manière bien positive. Le général La Salcette210 se réserve le plaisir de vous donner sur les dispositions actuelles de la Porte envers la France les détails les plus satisfaisants.
Vous verrez également par les lettres que m’écrit de Raguse mon aide de camp Didier, que les deux premiers bâtiments que j’avais expédiés d’Ancône pour l’Égypte ont été forcés par le mauvais temps à relâcher et doivent être repartis vers le 7 ventôse. J’ai lieu d’espérer qu’ils seront heureusement arrivés à leur destination.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. 1, p. 247 et Archives de la Guerre.]
Florence, le 26 germinal an IX (16 avril 1801).
Je reçois, citoyens, votre lettre du 14 courant. Les ordres que j’avais donnés pour établir mon commandement dans votre pays étaient le résultat d’une lettre du ministre de la Guerre de mon gouvernement. Le général en chef de l’Armée d’Italie a envoyé un courrier à Paris pour demander une explication positive. J’ai consenti à ne rien innover jusqu’à la réponse du ministre, vous pourrez donc, en attendant, regarder comme non avenue les ordres qui vous ont été donnés par mon chef d’état-major. Je vous observe seulement que le peu de troupes que j’ai, soit dans le département du Reno, soit dans celui du Rubicon, doivent y rester et continuer d’y être nourries. Je sens parfaitement que votre position serait trop pénible s’il vous fallait pourvoir à la fois aux besoins de deux armées. Vous me trouverez toujours disposé à faire pour les départements de la République Cisalpine tout ce qui pourra se concilier avec les intérêts qui me sont confiés.
[R. 1, p. 248.]
Florence, le 26 germinal an IX (16 avril 1801).
J’ai reçu dans la nuit, mon cher général, votre lettre qui m’annonce le départ dès hier matin de mes dépêches pour la Corse.
Je vous ai déjà fait sentir toute l’importance que le Premier Consul attache à l’occupation de l’île d’Elbe, je vous ai ordonné de préparer deux expéditions, l’une à Livourne et l’autre à Piombino, la troisième doit se faire à Bastia. Je fixe pour point de réunion l’île de Caprara211, il s’agit donc de combiner ces divers mouvements et de prévenir les Anglais, qui sans doute recevront des ordres pour s’emparer avant nous de l’île que nous devons occuper. Mettez donc la plus grande activité dans la réunion des bâtiments nécessaires pour le transport des troupes. Chaque expédition doit être de six cents hommes. Je vous destine, mon cher général, à diriger cette opération. Que j’apprenne donc bientôt que toutes vos dispositions sont faites, afin que je puisse vous faire passer mes dernières instructions. Je fais suspendre le départ des Polonais.
Si personne ne réclame les trois mille sacs de blé que vous avez fait arrêter aux bouches de l’Arno, faites-les mettre en magasin et faites constater la quantité de ces grains par un procès-verbal, ils nous serviront à nourrir l’armée.
[R. I, p. 248.]
Florence, le 26 germinal an IX (16 avril 1801).
Je reçois à l’instant, citoyen payeur, votre lettre de ce jour. Par le traité de paix conclu entre la République française et la Cour de Naples, les vivres et la solde doivent être fournis aux divisions envoyées dans les États napolitains : conséquemment et à la rigueur, ces divisions pourraient se passer de payeur. Les quartiers maîtres des corps devraient se présenter chez les trésoriers du Roi de Naples avec leurs états de solde revêtus de toutes les formalités exigées par nos règlements. Cependant pour donner plus d’ensemble et de régularité à la comptabilité, je pense qu’il faut laisser des payeurs divisionnaires, qui seront seuls chargés de se présenter et de recevoir les fonds nécessaires pour la solde, qui seuls, en conséquence, resteront comptables envers vous des fonds versés dans leurs caisses.
Les frais de table et quatre mille francs par mois pour les généraux de division seront demandés comme solde au Roi de Naples. Les généraux de division prendront à volonté ces quatre mille francs pour leurs dépenses extraordinaires. Ce seront les seuls fonds dont ils pourront disposer. Donnez vos ordres en conséquence.
[R. I, p. 249.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
M. Ubaldo Maggi étant de retour à Florence, je verrai avec plaisir, Messieurs, que vous lui rendiez l’emploi qu’il occupait autrefois, et que l’on m’assure qu’il a toujours rempli avec honneur.
Je suis persuadé que vous trouverez du plaisir vous-même à rendre un magistrat estimable à ses fonctions. Je sais combien vous aimez rendre justice à la probité, surtout lorsqu’elle a été méconnue ou persécutée.
[R. I, p. 249.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Je préviens Votre Excellence que, désirant donner aux Romains qui doivent quitter la Toscane les moyens de se rendre dans leur patrie, je donne l’ordre au commissaire des guerres de leur délivrer des feuilles de route, pour que l’étape leur soit fournie jusqu’à la frontière. Je vous prie de prévenir de cette disposition tous ceux à qui vous donnerez des passeports, afin qu’ils se présentent pour prendre leurs feuilles chez le commissaire des guerres.
[R. I, p. 250.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Vous me témoignage par votre lettre du 11 de ce mois, mon cher général, que votre santé ne vous permettait pas de conserver le commandement dont vous êtes chargé. La difficulté de vous remplacer dans un poste de confiance me força à vous refuser, par ma lettre du 13, le congé que vous me demandiez. Depuis cette époque, j’ai décidé le général Mathieu à vous remplacer, et j’ai acquis par ce moyen la possibilité de céder à vos désirs en vous autorisant à rentrer en France.
Je vous y autorise en conséquence, mon cher général, en vous exprimant tout le regret que j’ai de vous voir éloigné de moi. Soyez certain que vous y serez rappelé aussitôt que vos vœux seront d’accord avec les miens. Il me sera toujours précieux d’avoir dans mon armée un général à qui j’ai voué également mon estime et mon attachement. J’ai prévenu le ministre de la Guerre du congé que je vous donne.
[R. I, p. 250.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Je vous invite, citoyen, à vous rendre sur le champ auprès de moi, pour y être employé en qualité d’aide-de-camp. Je préviens le ministre de la Guerre de la destination que je vous donne et lui demande de la confirmer en vous envoyant votre brevet.
[R. I, p. 251.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Je vous préviens, citoyen ministre, que je viens de nommer le citoyen Exelmans, pour remplir auprès de moi les fonctions d’aide de camp. Je vous prie de confirmer le choix que j’en ai fait, en lui adressant sa commission définitive.
[R. I, p. 251.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Je viens d’accorder, mon cher général, au général Monnier un congé qu’il me demandait depuis longtemps, le Gouvernement désire que vous preniez le commandement de la division qui se trouve sous ses ordres. Le poste que vous allez occuper est un poste de confiance, il ne pouvait être dignement rempli que par un général d’un caractère et de talens éprouvés. Vous allez commander au milieu d’un peuple qui n’est plus notre ennemi, mais qu’il faut forcer à devenir sincèrement notre ami par la modération et la générosité de notre conduite.
Personne n’est plus en état que vous, mon cher général, de remplir cette honorable tâche. Je connais votre caractère conciliateur et ami de la justice, vous n’avez qu’à le déployer pour remplir les vues du Gouvernement et répondre à la confiance dont il vous honore.
Entretenez la meilleure intelligence avec les autorités civiles, militaires et ecclésiastiques des États de Naples. L’intention du Premier Consul est que le plus grand respect soit porté à la religion de ce pays. Il veut que les troupes assistent à la messe les jours de fête, que tout, en un mot, soit mis en usage pour fixer sur les Français le respect et la bienveillance du peuple.
J’ai chargé mon chef d’état-major de vous transmettre les instructions relatives à votre nouveau commandement. Le général Monnier vous remettra aussi celles qui lui avaient déjà été adressées.
[R. I, p. 251.]
Florence, le 27 germinal an IX (17 avril 1801).
Nous avons lu avec un bien vif intérêt, mon cher général, les dernières nouvelles qui nous sont arrivées d’Égypte. Vous avez su maintenir et rendre respectable cette intéressante colonie dans les circonstances les plus difficiles. Vous avez mérité la reconnaissance et l’admiration de toute la France. Personne ne peut vous payer ce double tribut avec plus de plaisir que moi.
Le Premier Consul s’occupe avec la plus vive sollicitude de vous envoyer des secours de toute espèce nous expédions autant de bâtiments qu’il nous est possible d’en armer ; il donne aux négociants qui veulent faire des armements pour leur compte particulier les plus grands encouragements. Je seconde ses vues et je remplis le vœu de son cœur en vous recommandant M. Angelo Mezeri qui va se mettre à la tête d’une société de commerce pour l’Égypte. Je vous prie de le faire jouir de toutes les facilités et de tous les avantages que vous pourrez lui procurer. Je sais ce que vous avez déjà fait pour les négociants qui sont arrivés dans vos ports. J’espère que vous ne ferez pas moins, que vous ferez plus encore, s’il est possible, pour ce M. Angelo Mezeri, qui a toutes sortes de droits à votre bienveillance et à votre estime.
[R. I, p. 252.]
Florence, le 28 germinal an IX (18 avril 1801).
J’ai reçu, mon cher général, vos lettres des 20 et 23 courant. Votre payeur doit avoir reçu en ce moment d’un côté 70,000 francs et de l’autre 60,000 francs, qui d’abord avaient été destinés pour la division Monnier. Voilà par ce moyen votre caisse assez bien fournie. Je négocie en ce moment les moyens de faire payer par le Saint-Père la solde de votre division. Si contre mon attente je ne réussissais pas, soyez persuadé que ma sollicitude s’occupera toujours des besoins de votre division comme de tout le reste de l’armée.
Ma lettre au général en chef de l’Armée d’Italie sur l’occupation des trois Légations, l’a décidé à expédier sur le champ un courrier au Gouvernement, pour obtenir une décision positive sur la démarcation du territoire des deux armées. En attendant, il est convenu que nous devons laisser dans le département du Rubicon les troupes que nous y avons.
L’officier qui vous porte ma dépêche est chargé par moi de vous remettre 150 louis, que je vous prie de faire distribuer aux soldats arrivés d’Égypte, à raison d’un louis pour chaque soldat et le reste en proportion aux sous-officiers. Vous ferez payer par la caisse de votre division deux mois d’appointements aux officiers. Vous dirigerez tous ces prisonniers sur Milan, vous leur ferez fournir les voitures nécessaires. Je préviens le général en chef de l’Armée d’Italie de leur arrivée et je sollicite en leur faveur sa bienveillance. J’espère qu’à Milan ils trouveront des habits, des chemises et tout ce qui leur est nécessaire. Fournissez leur vous-même tout ce que vous pourrez, et témoignez leur mes regrets de ne pouvoir leur offrir au gré de mon cœur le prix des services qu’ils ont rendus et le dédommagement des peines qu’ils ont souffertes.
J’espère que les bâtiments expédiés pour l’Égypte et que le mauvais temps avait forcés à relâcher, ont déjà remis à la voile.
Je vous prie, mon cher général, de presser le départ de tous ceux qui sont encore dans le port et qui ont la même destination.
Je m’empresserai de vous faire connaître la décision du ministre de la Guerre relativement aux Légations, aussitôt qu’elle me sera parvenue. En attendant, que nos troupes restent comme elles sont. Je vous préviens seulement que les Piémontais ne font pas partie de mon armée.
[R. I, p. 253.]
Florence, le 28 germinal an IX (18 avril 1801).
Au citoyen Alquier, ministre de France à Naples.
Le général de division Alexandre Dumas vient de me faire passer, mon cher ministre, la note des objets qui lui furent enlevés par la Commission de Tarente, et qu’il a inutilement réclamés avant son départ. Je vous invite à faire usage de tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour obtenir une juste restitution ou une indemnité proportionnée à la valeur des objets perdus213. Le général Dumas doit inspirer d’autant plus d’intérêt qu’il a éprouvé de longues souffrances et qu’il a été victime de la plus cruelle persécution. Je me repose sur votre zèle pour faire valoir ses droits, le soin n’en saurait être confié en de meilleures mains.
[R. I, p. 254.]
Florence, le 28 germinal an IX (18 avril 1801).
Au général en chef de l’Armée d’Italie.
Je vous annonce, mon cher général, que les généraux Alexandre Dumas et Manscourt sont arrivés à Ancône avec 94 officiers, sous-officiers ou soldats, qui ont gémi comme eux pendant deux ans dans les prisons du royaume de Naples. Ces braves militaires sont presque tous estropiés ou aveugles et manquent de tout. Je leur fais donner une légère gratification et je leur fais fournir tous les objets dont on peut disposer à Ancône. On va les diriger sur Milan. Je n’ai pas besoin de les recommander à votre bienveillance ; leurs services et leurs malheurs inspirent un assez grand intérêt. Ils auront besoin, sans doute, que vous leur donniez des habits, je vous engage à les leur faire tenir prêts. L’ordonnateur de votre armée sera prévenu par le mien du passage de ces militaires.
[R. I, p. 255.]
Florence, le 28 germinal an IX (18 avril 1801).
Je reçois de nouveaux ordres pour l’occupation de Porto Ferrajo et de Longone. Je vous prie de m’envoyer de suite un ordre de Mᵉ de Micheroux, pour que le gouverneur de cette place ne nous fasse éprouver aucune difficulté ni aucun délai. Je serai prêt le 2 à faire un triple mouvement pour cette expédition : de la Corse, de Livourne et de Piombino. J’espère que vous profiterez du retour du courrier porteur de cette lettre. Le Gouvernement napolitain ne pourrait apporter le moindre retard à cette opération, sans contrarier singulièrement les vues du Gouvernement français et sans donner droit de l’accuser d’avoir manqué à ses conventions. Vous pouvez annoncer à Mᵉ de Micheroux que, suivant ses désirs, Piombino est évacué214.
[R. I, p. 256.]
Florence, le 29 germinal an IX (19 avril 1801).
Je vous autorise, citoyen ordonnateur, à cesser toute réclamation auprès du Gouvernement toscan pour les 800 sacs de blé dont vous me parlez dans votre lettre du 25 germinal. Mon intention est que le Gouvernement les emploie à l’approvisionnement de Porto Ferrajo que nous allons occuper. Il en sera de même des deux mille sacs dus par la commune de Livourne.
[R. I, p. 256.]
Florence, le 29 germinal an IX (19 avril 1801).
Je vous prie, mon cher général, de prévenir le chef de l’état-major de l’Armée d’Italie que j’ai donné contre-ordre aux deux bataillons polonais dont vous lui aviez annoncé la rentrée dans la Cisalpine. Une lettre du ministre de la Guerre et une autre du général en chef de l’Armée d’Italie m’ayant annoncé que les grenadiers de ces bataillons viennent joindre mon armée, je dois présumer que, d’après les intentions du Gouvernement, les corps doivent me rester.
Vous lui direz néanmoins que, s’il persiste à les demander, je les ferai partir sur le champ.
[R. I, p. 256.]
Florence, le 29 germinal an IX (19 avril 1801).
Le commerce de Livourne se plaint, mon cher général, de ce que le commissaire des guerres, Senneville, et votre aide-de-camp exigent une somme de 30,000 francs en numéraire. Je n’ai jamais autorisé aucune contribution en argent. Je vous prie, en conséquence, de ne pas souffrir qu’on en fasse payer dans l’étendue de votre commandement.
L’ordonnateur me rend compte qu’il existe à Livourne quarante mille rations de biscuit, il va vous envoyer de l’eau-de-vie. Je vous fais donner 6,000 francs pour l’armement des bâtiments destinés à l’expédition dont vous êtes chargé. D’après cela rien ne peut vous manquer, si ce n’est peut être de la viande salée. En ce cas, il faut la demander en nature et non pas exiger de l’argent pour en acheter ; ce dernier genre de réquisition peut donner lieu à trop d’abus. Veuillez donc, mon cher général, annuler toute demande d’argent faite par votre commissaire. Je joins à ma lettre une ordonnance de 6,000 francs pour les dépenses de l’expédition.
[R. I, p. 257.]
Florence, le 30 germinal an IX (20 avril 1801).
Les magistrats de la commune de Pise se plaignent, mon cher général, d’une réquisition de trois fourgons que vous leur avez adressée. Je suis fâché que vous ayez donné lieu à une réclamation fondée, en vous écartant des dispositions de mon ordre du jour du… qui n’autorise que l’ordonnateur en chef à faire des réquisitions et proscrit formellement toutes celles émanées de toute autorité. Si des fourgons vous sont nécessaires, veuillez donc les demander à l’ordonnateur et ne pas exiger que la commune de Pise obéisse à un ordre qui ne lui a pas été donné régulièrement.
[R. I, p. 258.]
Florence, le 30 germinal an IX (20 avril 1801).
A l’agent des Relations commerciales, à Ancône.
Je vous préviens que je viens de donner l’ordre au commissaire Mesnard de statuer sans délai sur les prises qui existent dans le port d’Ancône et de relâcher toutes celles qui ne seront pas jugées légales, d’après le traité de Lunéville et l’armistice de Foligno. Je compte qu’il se hâtera d’exécuter ces dispositions.
Quant à vous, mon cher Meuron, comptez que je ne négligerai pas de faire connaître au Gouvernement le zèle que vous avez mis dans les premières expéditions dont je vous ai chargé.
[R. I, p. 258.]
Florence, le 30 germinal an IX (20 avril 1801).
Le Général en chef,
Considérant combien il est urgent de faire statuer promptement sur la validité ou l’invalidité des prises maritimes existantes dans le port d’Ancône, soit pour faire jouir les capteurs des avantages que la loi leur assure, si les prises sont jugées bonnes, soit pour procurer aux légitimes propriétaires la prompte main-levée de celles qui ne seraient pas légales.
Considérant qu’il est nécessaire pour qu’on puisse procéder régulièrement aux jugements desdites prises de pourvoir aux fonctions de contrôleur de la Marine et de commissaire de l’Inscription maritime.
Nomme le citoyen Dutoya pour remplir les fonctions de contrôleur de la Marine et le citoyen Letellier pour remplir celles de commissaire de l’Inscription maritime.
Ordonne, en conséquence, que ces citoyens se rendront à leur poste et qu’il sera procédé sur le champ au jugement de toutes les contestations élevées, ou qui pourront l’être, sur la validité ou l’invalidité des prises existantes dans le port d’Ancône.
[R. I, p. 258.]
Florence, le 30 germinal an IX (20 avril 1801).
Par votre lettre du 27, vous me parlez, citoyen commissaire, de l’impossibilité de vous procurer du plomb pour les besoins de l’Armée d’Égypte, vous ajoutez que pour suppléer à cet inconvénient, vous avez sollicité auprès du général Seroux 1,200,000 cartouches que vous vous proposiez d’envoyer à l’Armée d’Orient. C’est par mon ordre que le général Dulauloi vous a fait refuser une partie de ces cartouches. Elles sont toute la ressource de mon armée. La paix avec Naples n’est pas encore ratifiée, les arsenaux d’Ancône et de Livourne sont épuisés ; je ne puis rien prendre dans ceux de l’Armée d’Italie ; les divisions qui occupent une partie du royaume de Naples ont besoin d’être pourvues. Je ne puis donc que regretter de ne pouvoir accueillir votre demande sur cet objet.
Vous trouverez ci-joint l’arrêté que vous me demandez pour vous mettre à même de statuer sur la validité des prises existantes dans le port d’Ancône. Je vous prie quand vous me demanderez des arrêtés concernant la Marine de m’en envoyer les projets.
Par votre lettre du 24, vous réclamez les subsistances pour les équipages, officiers et passagers destinés pour l’Égypte, en vous plaignant qu’elles ont été supprimées par le commissaire de Sa Sainteté. Je vous préviens que mon intention est que la marine à Ancône soit nourrie comme les troupes de terre. En conséquence, j’ordonne au général Seroux de faire cesser toutes les difficultés que vous pourriez avoir à cet égard. Quant aux fonds que vous me demandez, je vous réitère qu’il m’est impossible de vous en fournir, je ne puis que vous autoriser, comme j’ai déjà autorisé le citoyen Meuron, à fournir des traites sur les ministres de la Marine et des Relations extérieures, elles seront exactement acquittées.
J’apprends avec plaisir le départ de cinq de vos bâtiments, j’espère que les autres seront bientôt partis. Je suis sur le point de faire une expédition sur Porto Ferrajo. Dès qu’elle sera faite, je vous enverrai de Livourne tous les marins dont je pourrai disposer.
Mr le général de Bellegarde et Mr le chevalier de Micheroux m’ont adressé différentes réclamations sur des prises faites après le traité de Lunéville et l’armistice de Foligno. Comme elles me paraissent fondées, je vous prie de prononcer le plus promptement possible sur la validité de ces prises. Faites-vous remettre en conséquence toutes les pièces relatives à ces affaires, qui se trouvent dans les mains du citoyen Meuron. Que j’apprenne bientôt que les prises jugées bonnes sont vendues et que les autres ont été relachées.
Je vous prie de prendre des renseignements sur les dilapidations qui ont dépourvu de tout la corvette anglaise. Faites m’en connaître les auteurs, afin que je prenne les mesures nécessaires pour arrêter des désordres si scandaleux.
[R. I, p. 259.]
Florence, le 1er floréal an IX (21 avril 1801).
J’eus l’honneur de vous prévenir à la réception de votre lettre du 19 mars, que je donnais à l’instant des ordres pour que toutes les prises illégalement faites sur les sujets de Sa Majesté Impériale fussent relâchées, aussitôt que la propriété en serait constatée. Je vais les renouveler, en recevant votre dépêche du 31, étonné de ce qu’ils ne sont pas encore exécutés. Soyez convaincu, monsieur le général, que je m’empresserai toujours de faire droit aux justes réclamations qui me sont adressées. Veuillez aussi être persuadé que jamais aucune recommandation ne pourra être auprès de moi plus puissante que la vôtre. Je trouverai toujours un plaisir particulier à vous donner des témoignages de mon estime et de ma déférence.
[R. I, p. 260.]
Florence, le 1er floréal an IX (21 avril 1801).
Je reçois, mon cher général, votre dépêche datée d’Acquila le 28 germinal, avec celle que vous a écrit M. le prince Pignatelli. Lorsque je vous ai donné pour instruction d’occuper Pescara, et lorsque, par un article du traité, trois mille hommes doivent occuper cette forteresse, certes j’ai entendu vous dire que vous deviez occuper toute la province de Pescara, car il ne peut pas être entré dans les vues des deux plénipotentiaires respectifs de jeter trois mille hommes dans une place capable d’en contenir à peine six cents. Vous cantonnerez donc vos troupes depuis Ascoli exclusivement jusqu’à Lanciano inclusivement. Je ne vois dans cette mesure qu’un soulagement pour le pays, n’étant pas juste que quelques villages des environs de Pescara aient seuls à souffrir du séjour de nos troupes dans le royaume de Naples. Au reste, engagez M. le prince Pignatelli à s’adresser à M. le chevalier de Micheroux pour en obtenir une décision, elle sera sûrement conforme aux instructions que je vous ai données et que je vous charge de nouveau de mettre à exécution.
Je vous prie de me faire connaître le plus tôt possible les différents cantonnements, ainsi qu’un état bien exact de votre division. Le général Mathieu va vous remplacer dans votre commandement, comme je vous en ai prévenu par ma lettre du215 … J’espère vous avoir donné par là une nouvelle preuve de mon attachement.
[R. I, p. 261.]
Florence, le 1er floréal an IX (21 avril 1801).
J’ai donné le commandement de ma cavalerie au général de brigade Rivaud, c’est un brave et respectable militaire qui joint à des talents distingués la moralité la plus pure. Vous avez été à même de l’apprécier, lorsqu’il servait sous vous à l’Armée de réserve, et vous savez quels services il rendit, soit à la bataille de Marengo216, soit dans le reste de la campagne. Il a acquis de nouveaux droits à votre estime dans la dernière campagne d’Italie, et le général Brune lui rendant justice vous a demandé pour lui le grade de général de division. Je me joins au général Brune et vous prie de mettre ses titres sous les yeux du Premier Consul, afin que son brevet lui soit expédié le plus tôt possible. Ce sont de tels hommes qui sont dignes de fixer le choix du Consul, on récompense en eux les services, la probité et un dévouement sincère au Gouvernement. Vous voudrez bien remarquer que le citoyen Rivaud est un des plus anciens généraux de brigade de la République.
Salut et respect,
J. MURAT.
[R. I, p. 264.]
Florence, le 1er floréal an IX (21 avril 1801).
Je vous ai rendu compte, citoyen ministre, par ma lettre du 25 germinal, des mesures prises pour l’occupation de Porto Longone. Je crois pouvoir aujourd’hui vous assurer positivement que, le 10 de ce mois au plus tard, nous serons en possession de cette place. Le général Muller, que j’ai appelé auprès de moi conformément au désir du Premier Consul, est arrivé cette nuit de l’île de Corse. Il avait préparé avant son départ l’embarquement de six cents hommes. Cet embarquement devra s’effectuer dans la nuit du 7 au 8. Le mouvement de mes troupes de Livourne se fera à la même époque, et quoique la présence de deux frégates anglaises qui croisent dans ces parages puisse nous faire éprouver quelques difficultés, j’espère de nos mesures le succès que nous désirons.
Le citoyen Alquier vient de m’écrire que le traité de paix a été ratifié par le Roi de Naples et que j’aurai en conséquence un ordre pour que le gouverneur de Longone nous fasse la remise de cette place. On attend avec impatience la ratification du Gouvernement français, je suis étonné de ne l’avoir point encore reçue.
Le commandant de Porto Ferrajo s’obstine à refuser de nous recevoir, il prétend ne pouvoir céder son poste sans un ordre du duc Ferdinand, ou qu’après la renonciation formelle de ce prince sur la Toscane et l’île d’Elbe. Je compte que quand je serai maître de Longone, cette résistance sera bientôt vaincue.
Le général Muller m’annonce que le ministre de la Marine a donné des ordres pour qu’il arrive quatre frégates à Livourne. Cette mesure était nécessaire pour protéger la côte infestée par de petits bâtiments anglais, sous la protection de deux frégates. Le même général m’assure que l’escadre du contre-amiral Ganteaume est rentrée à Toulon. Si cette nouvelle est vraie, vous aurez dû en être instruit avant moi.
Les troupes de la division Soult doivent être arrivés hier à Tarente, celle de la division Mathieu sont en ce moment à Pescara.
J’attends avec impatience un rapport du contre-amiral Villeneuve sur l’état des ports et les ressources maritimes de la Pouille. J’aurai soin de vous le transmettre aussitôt qu’il me sera parvenu. J’en attends un aussi, du général Dulauloi que j’ai envoyé pour faire armer les côtes, je m’empresserai également de vous le faire connaître.
Il est bien nécessaire, citoyen ministre, que vous prononciez enfin sur la démarcation du territoire de l’Armée d’observation et de l’Armée d’Italie. Le général Moncey et moi avons les mêmes prétentions sur les Légations. Nous avons tous deux des troupes dans les départements du Reno et du Rubicon. Chaque jour il s’élève des contestations entre les officiers qui les commandent. Il est indispensable de mettre fin à cette espèce de lutte. Je l’ai arrêtée autant qu’il était en mon pouvoir, en ordonnant que tout resterait dans l’état actuel jusqu’à une décision formelle de votre part.
J’attends aussi que le Gouvernement fasse connaître sa volonté relativement aux objets d’art réclamés à Rome. Je vous ai envoyé divers mémoires qui m’ont été adressés à ce sujet. J’espère que vous les aurez mis sous les yeux du Premier Consul.
Vous pensez bien, citoyen ministre, que tout ce qui tenait dans ce pays au système républicain et avait conçu des projets de révolution, se trouve singulièrement contrarié par le nouvel ordre de choses. Les hommes de ce caractère ne sont pas très nombreux à Florence, ni même dans les autres villes de la Toscane, mais ils étaient animés par les réfugiés romains et napolitains, presque tous extrêmement exaltés, et mécontents au même point du traité de Lunéville et de celui de Florence qui leur ôtent tout espoir de révolutionner, soit la Toscane, soit leur pays. Les rapports de police m’instruisaient chaque jour que, tantôt en public, tantôt dans des conciliabules, ils se livraient aux déclamations les plus indécentes, et paraissaient même annoncer des projets capables de troubler la tranquillité. Ils accusaient Bonaparte de les avoir trahis par les traités qu’il a conclus et invoquaient contre lui le poignard d’un Brutus. Leurs manœuvres inspiraient les plus vives craintes à tous les hommes de bien. Les secours qu’il fallait leur fournir étaient d’ailleurs pour ce pays une charge très onéreuse. Je me suis déterminé à leur ordonner de rentrer dans leurs foyers. Je vous envoie la proclamation que je leur ai adressée, vous verrez que j’ai écarté tout ce qui aurait pu les aigrir et que j’ai tâché de faire sentir d’un côté à leurs Gouvernements la nécessité de ne pas les maltraiter et à eux-mêmes la nécessité de respecter leurs Gouvernements.
Vous pouvez assurer le Premier Consul qu’en exceptant les hommes dont je viens de vous parler, tous les cœurs lui sont dévoués ; on ne prononce son nom qu’avec enthousiasme, on le proclame le restaurateur de la paix, de l’ordre et de la morale en Europe. Les Toscans saisissent toutes les occasions de me donner des témoignages de leur dévouement au Gouvernement français. Ils viennent de me fournir les fonds nécessaires pour les dépenses du mois de germinal. La contribution pour cet objet a été payée avec une facilité que je ne devais pas espérer. J’ai vu avec une vive satisfaction qu’un sentiment de reconnaissance animait le zèle avec lequel on s’empressait de l’acquitter. J’ai recueilli par là le prix de mes efforts pour faire cesser les dilapidations qui, jusqu’ici, avaient tourmenté ce pays plus peut-être que le besoin réel des troupes qui l’occupaient.
P.-S. — Vous n’avez jamais répondu aux divers articles de mes lettres, par lesquels je vous faisais connaître le mauvais état de l’habillement des troupes de mon avant-garde. Je vous préviens que je suis forcé d’acheter les douze mille habits que veut me vendre un fournisseur de l’Armée d’Italie et de vous le renvoyer pour le payement. Au reste, vous payez ces habits 32 francs, et j’espère les avoir pour un louis.
A l’instant où je fermais cette lettre, un officier russe arrivé en courrier et allant à Naples, m’a donné la nouvelle de la mort de Paul Ier, vous devez en être instruit depuis plusieurs jours. Des lettres de Marseille nous apprennent aussi que l’aviso l’Osiris arrivé d’Égypte a porté la nouvelle que les Anglais, ayant tenté un débarquement en Égypte, le général Friant leur avait tué cinq mille hommes et que le général Menou marchait contre eux, au moment du départ de ce bâtiment, pour achever de les détruire. Tout cela doit encore vous être connu.
[Archives du prince Murat. R. I. p. 261, et Archives de la Guerre.]
TOME I
Florence, le 2 floréal an IX (22 avril 1801).
A S. E. Mr le Chevalier d’Italinski217, ministre russe à Naples.
Un courrier qui vous est expédié par votre Cour m’apprend la funeste nouvelle de la perte que vient de faire la Russie. Le malheur de cet événement sera vivement senti par toutes les âmes dignes d’apprécier les grandes qualités d’un prince enlevé sitôt à l’Europe. Il ne pourra exciter chez aucune nation des regrets plus vrais que chez la nation française, qui, même au milieu de la guerre, ne cessa de rendre justice à la loyauté généreuse de Paul Ier. Le Consul Bonaparte y sera surtout sensible, lui qui portait à cet Empereur autant d’attachement que d’admiration. Pour moi, M. le chevalier, j’ai senti le besoin d’exprimer à Votre Excellence combien je suis douloureusement affecté. La mort d’un grand homme doit être un deuil pour la terre entière. Heureuse toutefois la Russie de voir monter sur son trône un jeune prince digne de succéder à celui que nous regrettons. Les vertus de votre nouveau souverain ont fait longtemps l’espoir de votre nation, elles sont appelées maintenant à en faire le bonheur. L’Europe attend de lui de grandes choses. Nous verrons sa gloire avec joie comme nous avons vu celle de son illustre prédécesseur, et j’espère que les liens d’amitié qui unissent les gouvernements et les peuples des deux États ne feront que se resserrer chaque jour.
Je vous prie, M. le chevalier, de recevoir l’assurance de ma haute considération.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 265, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 2 floréal an IX (22 avril 1801).
J’ai l’honneur de vous annoncer que le Gouvernement français a ratifié la paix conclue avec Sa Majesté Sicilienne. Vous êtes autorisé, sans doute, de votre côté de la ratification de votre Cour, comme je le suis moi-même par le ministre français à Naples. Je reçois l’ordre de mon Gouvernement d’occuper l’île d’Elbe dans le plus court délai. D’après l’extrait d’une lettre de M. de Micheroux à notre ministre Alquier que je vous transmets, je dois présumer que vous devez déjà avoir reçu vous même l’ordre de me remettre la place où vous commandez. Je préviens en conséquence Votre Excellence que d’un moment à l’autre, vous verrez arriver des troupes de débarquement. J’ai lieu d’espérer qu’elles seront accueillies par vous avec les égards que se doivent deux nations redevenues amies, et que vous leur fournirez toutes les facilités et tous les secours qui pourraient leur être nécessaires. Dans le cas où l’ordre annoncé par M. de Micheroux ne vous serait pas parvenu, je n’insisterai pas sur l’évacuation de Longone, et je me bornerai à vous demander le passage pour me porter sur Porto-Ferrajo. Cette demande ne peut sous aucun point de vue éprouver de votre part aucune difficulté, soit aux termes du traité de paix, soit aux termes de l’armistice qui avait été précédemment conclu entre M. Damas et moi.
[R. I, p. 265.]
Florence, le 2 floréal an IX (22 avril 1801).
Je vous envoie, mon cher général, une lettre sous cachet volant, que je vous prie de faire parvenir, après en avoir pris connaissance, au gouverneur de Longone.
Le conseiller d’État Miot, par sa lettre du 28 germinal, me prévient que 600 hommes seront embarqués, du 6 au 7, et partiront de Bastia, le 8, pour Marciano ou Longone. Faites partir sur le champ de votre côté 250 à 300 hommes de la 60e pour Caprara. Réunis au détachement qui s’y trouve déjà, ils devront mettre à la voile, le 8, pour la même destination. Vous préviendrez le commandant de ce détachement du départ de l’expédition de Bastia. Préparez vous même en même temps environ 800 hommes de la même demi-brigade à être embarqués sans délai à Livourne.
Le commissaire ordonnateur m’annonce que vous devez avoir déjà reçu le biscuit que vous attendiez de Sienne et de Florence. J’espère qu’on vous aura fourni la viande salée que vous avez demandée, et qu’au moyen de six mille francs que je vous ai fait remettre, tous les armements nécessaires pour votre expédition sont terminés.
Je suis prévenu que Capraja manque de vivres, envoyez-y sur le champ cinquante quintaux de farine que vous vous ferez remettre par la commune de Livourne, à compte des deux mille sacs de blé qu’elle nous doit. Faites préparer pour votre expédition particulière le plus de vivres que vous pourrez. J’attends à chaque instant l’ordre de M. de Micheroux au gouverneur de Longone de me remettre la place. Vous verrez par la lettre que je lui écris, que dans tous les cas je suis décidé à faire l’expédition et qu’elle ne doit éprouver aucun retard.
[R. I, p. 266.]
Florence, le 2 floréal an IX (22 avril 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que j’ai donné des ordres pour faire arriver à Ancône deux compagnies de Polonais, je vous prie de les faire embarquer sur les différents bâtiments qui seront expédiés pour l’Égypte. Je vous annonce aussi que le citoyen Lallemand va vous amener environ 200 marins qui formaient les équipages des bâtiments armés sur les divers lacs de l’Italie. Ces hommes doivent être dirigés sur Brindisi, Otrante et Tarente suivant les instructions qu’aura dû envoyer le contre-amiral Villeneuve. Vous ferez partir pour la même destination tous les marins arrivant de Constantinople, après leur avoir fourni tout ce dont vous pourrez disposer pour leurs besoins (l’ordonnateur reçoit l’ordre d’établir sans délai un magasin d’habillement à Ancône). Si vous les expédiez par mer, vous leur donnerez pour escorte les corsaires qui se trouveront dans le port ; vous prendrez au reste toutes les mesures pour prévenir la désertion.
J’ai appris avec surprise que le commissaire de Sa Sainteté à Ancône avait fait cesser la fourniture des subsistances pour les équipages et les officiers de la marine. Vous voudrez bien donner des ordres pour que ces fournitures soient continuées.
J’approuve très fort ce que vous avez fait pour les généraux Dumas et La Salcette, ainsi que pour les militaires et marins arrivés avec eux. Je vais prendre des mesures pour faire rentrer dans votre caisse les sommes que vous leur avez fait payer.
Je vous avais déjà dit qu’il avait été convenu entre le général de l’Armée d’Italie et moi de ne rien innover dans les Légations jusqu’à la décision du ministre. Nos troupes, en conséquence, doivent rester cantonnées là où elles se trouvent, mais nous ne devons rien exiger des diverses caisses, ni donner aucun ordre aux commandants des places.
[R. I, p. 267.]
Florence, le 2 floréal an IX (22 avril 1801).
Je suis instruit à l’instant que c’est la vacance des deux places de contrôleur de la Marine et de commissaire de l’Inscription maritime à Ancône, qui a empêché le jugement et par conséquent la restitution des prises maritimes que vous réclamez. Je viens de nommer à ces deux emplois ; vous aurez en conséquence la plus prompte satisfaction.
J’ai à réclamer vos bons offices, monsieur le général, pour un sujet semblable à celui qui m’a procuré l’avantage de recevoir votre lettre. Un corsaire nommé l’Achille a été pris par un cutter et un brick anglais, dans le port de Melada218 où il était mouillé. Cette violation d’un port de S. M. I. fut favorisée par les habitants, qui au nombre de deux ou trois cents, prétèrent leur secours aux Anglais. Il est évident que cette prise est illégale et que le Gouvernement français aurait à se plaindre sous un double rapport, si elle n’était pas restituée. Il est certain encore que le propriétaire sera très bien fondé à demander des dommages et intérêts contre les habitants de Melada, qui au lieu de protéger un pavillon ami, se sont armés contre lui et ont contribué à la prise du bâtiment.
Je m’intéresse particulièrement au sort de ce navire auquel on m’a fait la galanterie de donner le nom de mon fils, très peu de jours avant sa naissance. Cet enfant que je n’ai pas encore vu, devrait-il éprouver si tôt les chances malheureuses de la guerre? Le corsaire l’Achille a été conduit dans le port de Trieste. J’espère, monsieur le général, que vous voudrez bien donner des ordres semblables à ceux que je donne moi-même pour les bâtiments qui vous intéressent, et appuyer de toute votre autorité les réclamations du propriétaire.
[R. I, p. 268.]
Florence, le 3 floréal an IX (23 avril 1801).
Je me plais à vous exprimer, messieurs, combien je suis satisfait du zèle et de l’activité que vous avez mis dans le recouvrement et le versement de la contribution d’un million imposée par mon arrêté du 21 nivôse. Il ne nous reste plus à remplir maintenant que la disposition de l’art. 7 de ce même arrêté, d’après lequel le Gouvernement toscan doit être chargé de la solde des troupes et continuer de pourvoir à leur subsistance. Je vous demande pour la solde une somme de 150,000 francs par mois, dont le payement devra être effectué par tiers chaque décade. Au moyen de ce versement régulier, je vous déclare que vous resterez affranchis de toute réquisition et de toute fourniture pour l’habillement.
J’apprécie tous les sacrifices que la Toscane a faits jusqu’à ce moment, je sais combien lui ont été onéreuses les charges qu’elle a eues à supporter, mais vous connaissez aussi, messieurs, les besoins de mon armée, et vous devez être convaincus que je ne vous demande en ce moment et que je ne vous demanderai jamais que les subventions qui me seront indispensablement nécessaires.
[R. I, p. 269.]
Florence, le 3 floréal an IX (23 avril 1801).
Je vous préviens, messieurs, que vous ne devrez fournir désormais aucune voiture, soit pour la ville, soit pour la campagne, à aucun officier général, ni à d’autres personnes employées dans l’armée, que sur un ordre signé par mon chef d’état-major. Je vous autorise à regarder comme nulle toute autre réquisition.
[R. I, p. 270.]
Florence, le 4 floréal en IX (24 avril 1801).
Votre rapport du 27 germinal daté de Fovia, mon cher général, est très affligeant ; nous devions cependant, jusqu’à un certain point, nous attendre à ce qui est arrivé. Il était bien difficile de traverser un pays presque barbare, tel que les Abbruzzes, sans y perdre quelques soldats, et les bruits répandus en Italie d’une expédition maritime devaient nécessairement occasionner quelque désertion. Mais ces maux touchent à leur terme sans doute, j’attends ce résultat des mesures sages que vous avez prises et des dispositions que montrent les autorités napolitaines à vous seconder. Je vais donner des ordres pour faire arrêter les déserteurs à Ancône et sur tous les débouchés des États de Naples.
Je vous croyais établi avec vos troupes, dès le 30 germinal, dans la presqu’île de Tarente ; j’attends avec impatience d’apprendre que vous l’ayez occupée, afin de faire connaître au Gouvernement vos différents cantonnements. Les ordres sont donnés pour que tous les dépôts des corps de votre lieutenance soient rapprochés de vous, et pour que les détachements restés en France vous rejoignent sans délai.
Si les Russes sont à Brindisi, vous leur offrirez de ma part le port d’Ancône. Dites au général qui les commande qu’il y trouvera des vivres pour ses troupes, ainsi que de l’argent pour la solde. S’ils sont d’avis de rester à Brindisi, vous ne mettrez dans ce port que le nombre d’hommes nécessaire pour protéger l’armement des bâtiments que le contre-amiral Villeneuve juge à propos de faire préparer. Vous aurez d’ailleurs, mon cher général, pour les Russes tous les égards que les liaisons d’amitié existantes entre les deux nations nous commandent. Tâchez d’obtenir d’eux tous les renseignements sur la cause de leur départ de Corfou220 et sur la position des Anglais dans les îles ci-devant vénitiennes.
Je vous annonce que j’ai appris officiellement la mort de Paul Ier; mais tout nous porte à croire que cet événement ne changera rien dans les rapports qui unissent la Russie et la France.
Nous avons appris également que les Anglais ont été complètement battus le 18 nivôse en Égypte. C’est l’aviso l’Osiris qui a porté cette nouvelle à Marseille.
Mes lettres précédentes vous ont fait connaître d’une manière bien positive les intentions du Gouvernement sur l’existence politique du royaume de Naples. Vous voudrez bien, mon cher général, vous y conformer strictement. Nous ne voulons pas du tout révolutionner ce pays, ni permettre qu’il soit révolutionné221. Vous ne devez écouter les chefs d’aucun parti, en un mot, vous devez sous le rapport militaire, vous borner à occuper les pays renfermés dans les lignes de démarcation qui nous ont été tracées, et sous le rapport politique, non seulement ne pas favoriser les mouvements qu’on voudrait faire contre le gouvernement, mais les empêcher par tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Vous n’avez aucun ordre à donner dans la Calabre, il vous convient seulement de surveiller tout mouvement hostile qui pourrait être dirigé contre vous. Vous devez aussi vous borner à proposer aux autorités des mesures pour détruire les brigands dont vous me parlez, et n’agir vous-même que de concert avec elles. L’intention de protéger le gouvernement napolitain m’a été formellement exprimée par le Premier Consul, et si vous doutiez de pouvoir maintenir l’ordre, je me transporterais moi-même dans la Pouille. Veuillez donc me faire connaître les mesures que vous aurez prises et me donner quelque assurance positive.
Je sais, mon cher général, que votre position est très délicate, je sais que vous avez à remplir une mission difficile, si elle n’avait pas exigé beaucoup de zèle et de talents, on ne vous en aurait pas chargé. J’ai la persuasion que le désir de répondre à la confiance du Gouvernement vous mettra au-dessus de tous les obstacles. Je ne saurais vous exprimer assez combien il serait mécontent si, pendant votre séjour dans les États de Naples, il s’y faisait quelque explosion révolutionnaire.
[R, I, p. 270.]
Florence, le 4 floréal an IX (24 avril 1801).
Je vous transmets, mon cher ministre, une lettre qui m’a été adressée par l’adjudant-commandant Pignatelli Moliterno, attaché à l’état-major de mon armée. Les réclamations de cet officier méritent d’être appuyées au nom du Gouvernement français, puisque c’est son dévouement à la France qui a attiré sur lui l’animadversion de la Cour de Naples. Ayant été reçu au service de France et voulant y rester, il devient citoyen français, et il semble que le gouvernement napolitain ne peut lui refuser la faculté de réaliser sa fortune, pour la transporter dans la patrie qu’il a adoptée et dont il l’est. Je recommande cette affaire à votre zèle ordinaire pour tout ce qui est digne de vous intéresser.
[R. I, p. 272.]
Florence, le 4 floréal an IX (24 avril 1801).
A M. le chevalier Italinsky, ambassadeur russe à Naples.
Aussitôt que je fus instruit de l’évacuation par vos troupes de l’île de Corfou et de leur retraite à Brindisi, je donnai l’ordre au lieutenant-général Soult de leur offrir le port d’Ancône, où je me chargeais de pourvoir à leur subsistance et à leur solde. Instruit aujourd’hui qu’elles sont encore à Brindisi, je crains que ce port ne leur offre pas un asile bien sûr contre les tentatives des Anglais, tandis que dans celui d’Ancône, elles n’auraient rien à redouter. En conséquence, M. le chevalier, dans l’idée que le lieutenant-général Soult dont la marche dans les États de Naples a été plus lente que je ne m’y attendais, pourrait n’avoir pas été encore à portée de remplir mes intentions, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence les offres dont je l’avais chargé. Je vous prie de les faire connaître au commandant de vos troupes et de lui exprimer combien je serais charmé qu’elles soient acceptées. Je remplis en cela, M. le chevalier, les intentions de mon Gouvernement et je me félicite d’avoir cette occasion de donner un témoignage de mon estime pour la nation russe.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 273, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 4 floréal an IX (24 avril 1801).
J’ai recommandé particulièrement au ministre de la police le citoyen Decorn, injustement porté sur la liste des émigrés. Je vous demande sa radiation. C’est un de mes compatriotes et un ancien ami de ma famille. Perclus de la moitié de ses membres, ne pouvant marcher que sur des béquilles, il suffit de le voir pour être assuré qu’on n’a rien à redouter de lui. Je me rends d’ailleurs garant de sa moralité et de son attachement au Gouvernement.
Je vous demande également, citoyen Consul, la radiation du citoyen Termes, du lieu de Vérignac222, département de la Dordogne. Il vient de se marier, sur la foi d’une surveillance qui lui fut accordée vers le mois de brumaire, et aujourd’hui on veut lui donner des craintes sur la validité de son mariage, sur la légitimité aux yeux de la loi des enfants qui en naîtront. Vous jugerez sûrement convenable de faire cesser cette perplexité cruelle. Je vous assure aussi que le citoyen Termes est un ami sincère de l’ordre que vous avez établi en France.
[R. I, p. 273.]
Florence, le 4 floréal au IX (24 avril 1801).
Au citoyen Lagarde223, à Paris.
Je vous remercie, mon cher Lagarde, des soins que vous avez mis pour le citoyen Decorn à qui je porte le plus vif intérêt. J’avais espéré de vos démarches un plus prompt succès. Les promesses du ministre de la Police semblent ne me laisser aucun doute à cet égard. Je sais que plusieurs radiations définitives ont été prononcées sans attendre la fin du travail sur les éliminations. Pourquoi ne prononcerait-on pas celle du citoyen Decorn? C’est mon compatriote, je le connais particulièrement, il existe depuis longtemps des liaisons d’amitié entre sa famille et la mienne. Je réponds de lui, et quiconque le verra jugera que je ne me charge pas d’une garantie bien dangereuse. Que pourrait-on craindre d’un malheureux qui peut à peine se mouvoir et ne marche que sur des béquilles? On le retient à Paris depuis plus d’un an, sa santé et ses affaires réclament qu’il soit rendu à sa famille et à son pays. J’écris au Premier Consul, veuillez lui remettre ma lettre, veuillez aussi renouveler vos instances auprès du ministre de la Police, pour qu’il accélère autant qu’il lui sera possible la fin de cette affaire.
Vous verrez que je recommande aussi au Premier Consul le citoyen Termes, du lieu de Vérignac, département de la Dordogne, à qui le ministre de la Police, sur mon invitation et sur celle des députés de son département, à la fête du 1er Vendémiaire dernier, accorda une surveillance qui fut expédiée dans le mois de brumaire. Veuillez engager le ministre de la Police de la manière la plus pressante à faire prononcer sa radiation. Veuillez la demander vous-même avec la chaleur que vous mettez à tout ce qui m’intéresse. Je me rends garant de la moralité de ce citoyen et de son respect pour le Gouvernement. Il s’est marié sur la foi de la surveillance qui lui fut accordée par ce ministre. On lui aurait fait un funeste cadeau si on le laissait sur la liste des émigrés. Je vous serais particulièrement reconnaissant de faire cesser le plus tôt possible les inquiétudes que doit lui donner l’incertitude où il se trouve sur son existence civile. Je compte sur vos bons offices, mon cher Lagarde, je compte sur les dispositions obligantes que m’a montrées le ministre de la Police. Je vous prie de compter à votre tour sur mon sincère attachement.
[R. I, p. 274.]
Florence, le 4 floréal an IX (24 avril 1801).
Je viens de recevoir, Mr le chevalier, des lettres du lieutenant général Soult, qui m’apprennent l’assassinat de plusieurs soldats français dans les Abbruzzes. Vous sentez assez quels résultats funestes pourraient avoir de semblables événements. Je suis persuadé que le Gouvernement napolitain s’empressera de faire rechercher et punir les coupables. Je vous invite à écrire à votre Cour pour l’engager à prendre les mesures les plus promptes à cet égard.
Le lieutenant général Soult me donne les plus vives inquiétudes par le compte qu’il me rend de l’esprit qui anime les habitants du pays qu’il a traversé et de ceux qu’il occupe. Suivant ce qu’il me rapporte, le mécontentement est général, on doit redouter à chaque instant d’y voir éclater des mouvements.
Je vous envoie un extrait de la lettre que je lui ai écrite et par laquelle je lui ordonne de comprimer avec vigueur tout ce qui tendrait à troubler l’ordre. Vous y verrez un nouveau témoignage de l’esprit qui anime et animera toujours ma conduite. Je vous assure, Mr le chevalier, que je ne souffrirai jamais, tant que mes troupes seront dans les États de Sa Majesté, qu’il soit porté la moindre atteinte au respect dû à son autorité, mais sans doute, de son côté, Sa Majesté sentira la nécessité de faire cesser tout acte de rigueur propre à perpétuer l’aigreur et la défiance des personnes qui avaient été arrêtées à cause de leurs opinions politiques. L’exécution complète de l’article du traité de paix relatif à cet objet intéresse S. M. plus directement encore que le Gouvernement français, puisqu’il peut seul dans ses États ramener la tranquillité et faire perdre le souvenir de tout ce qui s’y est passé.
J’attends avec impatience un ordre que le citoyen Alquier a dû vous demander pour que le gouverneur de Longone me fasse la remise de cette place. S’il n’avait pas encore été expédié, je vous prie instamment, Mr le chevalier, d’en accélérer l’envoi.
[R. I, p. 275.]
Florence, le 5 floréal an IX (25 avril 1801).
Un religieux napolitain recueilli parmi vous vient me témoigner, messieurs, la crainte d’être obligé de quitter votre maison ; je me persuade que vous ne voudrez pas donner le scandale de laisser sans asile un ministre de la religion. Je vous engage, en conséquence, à lui conserver la retraite que vous lui avez donnée, à la charge par lui de se conformer à vos règles et de se rendre utile autant qu’il sera en son pouvoir.
[R. I, p. 276.]
Florence, le 5 floréal (an IX).
CITOYEN CONSUL,
Je n’y tiens plus. Deux courriers expédiés de Paris pour Rome pour le ministre Alquier sont passés à Florence sans m’apporter aucune dépêche. L’un, m’a-t-on assuré, a apporté la nouvelle de la mort de Paul Ier; l’autre la ratification du traité de paix avec Naples. L’une et l’autre intéressent trop le général en chef de l’Armée d’observation, pour qu’il ne témoigne pas au premier magistrat de la République son mécontentement sur un silence de cette nature, silence qui le rend ici manequin absolument inutile, puisqu’il ne connaît aucun événement que par les gazettes. Ce rôle n’est pas et ne doit pas être le mien, il m’humilie et me fait perdre le peu de considération qui m’est si nécessaire pour continuer à faire le bien que j’y ai commencé.
Pour calmer mes inquiétudes sur mes moyens de faire exister mes troupes et principalement la cavalerie, on vient de m’ôter par votre décision les Légations. Je scais ce qu’on doit aux réclamations de Brune. Quand on a rendu de si grands services, propagé de si bons principes et montré surtout tant d’attachement au Gouvernement actuel, on a des droits à ses bontés et on les obtient. Rien n’est plus juste.
J’ai de l’argent pour payer ce mois ; après, je vous déclare formellement qu’il est impossible de tirer un sol de ce pays, il ne restera plus que les États du pape, et je ne crois pas qu’il soit de votre politique de l’indisposer. Par ma dernière lettre j’ai eu l’honneur de vous prévenir que j’attendais le général Muller pour lui remettre le commandement de l’armée, il vient d’arriver. Je pars ce soir pour donner à Livourne les derniers ordres pour l’expédition de l’isle d’Elbe, et je pars pour Paris le jour que mes troupes en auront pris possession. Mes troupes sont en ce moment à Tarante, ainsi d’après ce que vous avez promis à Caroline, je ne dois plus rien attendre pour mon départ, puisque vous vous opposés formellement à ce qu’elle vienne me joindre, vous ne devés trouver dans ma démarche rien que de très naturel.
Vous trouverés ci joint différentes lettres que j’ai écrites et une qui vient je pense du Pacha de Janina.
Je croyais avoir mérité par ma conduite plus d’égards du 1er consul de la République et du général Bonaparte par mon attachement inviolable, plus d’amitié et de confiance.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 5 floréal an IX (25 avril 1801).
Vous partirez en poste, citoyen commandant, pour vous rendre auprès du lieutenant général Soult dans la Pouille. J’ai prévenu ce général de votre arrivée. Je l’invite à vous faire remettre l’état de ses cantonnements et un rapport détaillé sur son établissement dans la presqu’île de Tarente. Il m’importe surtout de connaître la solde arriérée de ses troupes.
Vous mettrez tout en usage de votre côté, mon cher commandant, pour connaître l’esprit des habitants à notre égard et à l’égard de leur Gouvernement. Vous ferez surtout sentir au général Soult, mais d’une manière indirecte, que le Gouvernement française verrait avec le plus grand déplaisir que, pendant le séjour de nos troupes dans les États de Naples où elles ont été accueillies avec confiance, il se passât quelque mouvement révolutionnaire. Vous prendrez auprès du général Villeneuve tous les renseignements sur l’importance et l’état des différents ports de la presqu’île. Lorsque la division Soult sera établie et que vous aurez reçu les états que je demande à ce général, vous repartirez en poste pour venir rejoindre mon quartier général à Florence.
[R. I, p. 277.]
Florence, le 5 floréal an IX (25 avril 1801).
Ainsi que je l’avais prévu, mon cher général, vous triomphez et vous restez maître de la République Cisalpine toute entière, il faut que je vous abandonne les Légations, où j’aurais eu si grand besoin de trouver des ressources pour une partie de mes troupes. J’espère du moins que vous ne me traiterez pas en vainqueur trop rigoureux et que vous ne voudrez pas me contraindre à une retraite trop précipitée. Je vous prie de vouloir bien que le 11e régiment d’hussards reste encore une quinzaine de jours dans les cantonnements qu’il occupe. Je suis absolument sans moyens de le faire subsister, soit dans la Marche d’Ancône, soit dans la Toscane. J’ai la confiance que vous ne vous refuserez pas à cette demande ; je sais ce que je dois attendre du caractère aimable et obligeant qui vous distingue.
[R. I, p. 277.]
Florence, le 5 floréal an IX (25 avril 1801).
Ainsi que je l’avais prévu, mon cher général, la décision du ministre de la Guerre ne nous a pas été favorable, elle donne à l’Armée d’Italie les trois Légations, ainsi que tout ce qui appartient à la République Cisalpine. Vous ne donnerez donc plus aucun ordre, mon cher général, aux autorités soit civiles, soit militaires, des Légations ; vous y laisserez néanmoins jusqu’à nouvel ordre le 11e régiment d’hussards, n’ayant aucun moyen de le faire subsister ni en Toscane, ni dans la Marche d’Ancône. J’écris au général en chef de l’Armée d’Italie pour obtenir son consentement pour le laisser encore quinze jours dans le cantonnement qu’il occupe. Je vous ai déjà prévenu de l’arrivée des marins des lacs de l’Italie à Ancône et de leur destination pour Tarente, je vous prie de les faire embarquer pour s’y rendre. Je préviens le chef de division Étienne de cette disposition. Veuillez bien en surveiller l’exécution, elle est de la plus grande importance.
[R. I, p. 278.]
Florence, le 5 floréal an IX (25 avril 1801)
Je vous ai prévenu, citoyen, de l’arrivée à Ancône des marins retirés des divers lacs de l’Italie. Le contre-amiral Villeneuve a adopté la mesure que je lui avais proposée, de les faire embarquer à Ancône pour Tarente, il m’écrit qu’il vous informe de cette disposition par une lettre qu’il me charge de vous faire passer. Mais sans doute la lettre qu’il vous adressait est restée sur son bureau, ou vous a été envoyée directement, car je ne trouve rien pour vous dans le paquet que je reçois. Quoi qu’il en soit, vous demeurez instruit de l’intention du contre-amiral Villeneuve, et vous voudrez bien faire vos dispositions pour que les marins dont il est question puissent être embarqués sans délai. Le général Watrin secondera cette opération de tous les moyens qui sont en son pouvoir.
[R. I, p. 278.]
Livourne, le 7 floréal an IX (27 avril 1801)
Au citoyen Miot, administrateur général de la Corse.
J’ai à vous faire connaître, mon cher Miot, un événement dont les suites peuvent être bien funestes.
J’avais destiné la 60e à l’expédition de l’île d’Elbe. Le général Tharreau avait reçu l’ordre de la faire partir hier matin et de la diriger, partie sur Capraja et partie sur Piombino, afin d’agir de concert sur cette île avec vos troupes de Bastia. Cette demi-brigade a refusé de s’embarquer. Le général Tharreau a en vain tout essayé pour les ramener à l’obéissance. Je suis moi-même arrivé deux heures après cet événement et persuadé que la présence du général en chef en imposerait davantage aux chefs de la révolte, j’ai ordonné que cette demi-brigade prit les armes, j’en ai passé la revue, et après avoir fait assembler les officiers et leur avoir mis sous les yeux tout le déshonneur dont ils allaient se couvrir, j’ai fait former les différents détachements qui devaient s’embarquer. Cet ordre a été exécuté sans résistance, ni réclamation. J’ai renvoyé le reste de la demi-brigade aux casernes. Je me suis mis à la tête du premier détachement pour le conduire au port. Ce mouvement s’est exécuté jusque sur le pont du premier canal. C’est là que ce détachement s’est arrêté en criant : « Nous ne marcherons pas, nous ne voulons pas nous embarquer. » J’ai sur le champ, ainsi que tous mes aides de camp et officiers d’état-major, mis le sabre à la main et couru sur les plus mutins.
Cet acte de fermeté a produit l’effet que j’en avais attendu, cette troupe a continué sa marche et j’étais parvenu à en avoir fait embarquer les deux tiers, lorsque le second détachement, appelé par mes ordres, est arrivé au même pont de ce premier canal, s’est arrêté et a refusé de marcher. Ce détachement était plus nombreux que le premier, je n’y étais pas, il s’est dissous, la plupart d’entre eux sont venus sur les remparts crier à leurs camarades du premier détachement : « N’embarquez pas, chargez vos armes, nous allons charger nos armes, chargez les vôtres. » Le reste de la demi-brigade était consigné au quartier. J’ai fait marcher des patrouilles de Polonais, ces mutins leur ont crié de se retirer ou qu’ils allaient faire feu sur eux.
Dans cet état de choses, je me suis cru devoir retirer chez moi pour prendre les mesures nécessaires pour arrêter et punir les auteurs de ce désordre. Il était six heures du soir. J’avais à cœur de remplir les vues du Gouvernement et d’exécuter l’expédition projetée. J’ai ordonné en conséquence de faire embarquer à dix heures du soir trois cents Polonais. Ce détachement était embarqué, à vingt hommes près, quand des soldats de la 60e sont venus de nouveau, du haut des remparts, leur crier : « Polonais, n’embarquez pas ; la 60e ne s’est pas embarquée. » Ce qui a été suivi de coups de pierres et de coups de fusils. A ces mots, les Polonais se sont précipités des barques dans les chaloupes, en culbutant leurs officiers qui voulaient les arrêter.
J’ai ce matin fait partir pour Florence les deux compagnies de grenadiers de la 60e, elles y seront désarmées, licenciées et renvoyées en France ; dans ce moment vont partir les deux bataillons qui subiront le même sort. Tous ceux d’entre eux qui ont été arrêtés hier dans l’émeute seront jugés et fusillés.
Quelque soit le châtiment ultérieur que réserve à ce corps le Gouvernement, il n’égalera jamais les fautes qu’il vient de commettre en donnant à l’Europe entière un exemple d’insubordination jusqu’à ce jour inconnu dans l’histoire militaire.
Je n’ai pas d’autres troupes ici, je suis donc obligé de suspendre l’expédition. Vous suspendrez la vôtre, si vous, qui devez connaître mieux que moi l’esprit des habitants de l’île d’Elbe, ne croyez pas pouvoir réussir avec l’expédition de Bastia à vous emparer de cette île. Le gouverneur de Longone doit avoir reçu de son Gouvernement l’ordre de nous céder cette place, ainsi que me l’a appris le ministre Alquier. Pour moi, je suis d’avis qu’il n’y a pas un instant à perdre et que vos six cents hommes sont plus que suffisants pour occuper Longone qui leur ouvrira ses portes. Je vous prie de me faire connaître par le retour de l’officier que je vous envoie, le parti que vous aurez pris, ainsi que les renseignements que vous pouvez avoir sur l’île d’Elbe.
Paul Ier est mort à la suite d’une insurrection qui a été excitée par les Anglais, son fils n’y a pris aucune part. Les Anglais ont passé le Sund, il y a eu un combat sanglant sous Copenhague, la perte de part et d’autre est incalculable, il a été conclu un armistice indéfini.
Les Anglais ont débarqué en Égypte et à l’époque du départ de l’Osiris qui nous en apporte la nouvelle, la division d’Alexandrie leur avait déjà mis hors de combat 4,000 hommes. Menou était déjà arrivé àrahmanié à la tête de son armée, de sorte qu’il y a longtemps que le sort doit être décidé. J’espère que nous apprendrons bientôt qu’il l’a été en notre faveur. Les frégates que vous a annoncées le ministre de la Marine n’ont pas encore paru. Deux frégates anglaises sont toujours dans le canal de Piombino. Je vais partir et j’attendrai à Florence, avec bien de l’impatience, de vos nouvelles.
[R. I, p. 279.]
Livourne, le 7 floréal an IX (27 avril 1801).
Le général Tharreau m’a informé, Messieurs, que vous vous étiez refusés à exécuter les ordres de réquisition qu’il vous a fait faire par son commissaire des guerres, sous le prétexte que vous n’aviez d’ordre à recevoir que de moi ou de votre Gouvernement. Je vous préviens que vous devez fournir en nature tout ce que le Général vous demandera pour la subsistance de ses troupes.
[R. I, p. 281.]
Livourne, le 7 floréal an IX (27 avril 1801).
La commune de Livourne n’ayant pas fourni en nature les denrées et objets que le général Tharreau lui avait ordonné de fournir, acquittera sur le champ au citoyen Bordat, fournisseur, la somme de 19,979 livres 18 sols, montant des fournitures qu’il a faites.
Elle acquittera de plus, sur l’ordre ou le visa du général Tharreau, le surplus des dépenses faites pour la marine. Le présent ordre ne devra éprouver aucun retard dans son exécution.
[R. I, p. 281.]
Livourne, le 7 floréal an IX (27 avril 1801).
Au chef de la 60e demi-brigade224.
La 60e demi-brigade que vous commandez vient de refuser de s’embarquer. J’ai déclaré les deux bataillons qui se trouvent à Livourne indignes de servir la République. Ils vont être désarmés et renvoyés en France. Vous allez recevoir l’ordre d’envoyer le bataillon qui est à Sienne à Piombino, pour y être embarqué pour l’île d’Elbe. Si ce bataillon se refusait à exécuter cet ordre, il subirait le même sort que les deux autres. Ainsi la 60e demi-brigade qui s’est distinguée en tant d’occasions, va être à jamais déshonorée, et ses officiers vont perdre en un instant le fruit de dix ans de gloire et de guerre.
Je vais faire connaître à l’armée et à l’Europe entière la conduite infâme qu’ont tenue deux bataillons de la 60e à Livourne. Le châtiment qui les attend doit faire trembler le bataillon que vous avez à Sienne, il en est encore temps, vous pouvez le sauver.
[R. I. p. 282.]
Rome, le 7 floréal an 9 (27 avril 1801).
J’ai reçu hier votre lettre, mon cher général. Vous pouvez être sûr du zèle avec lequel je m’occuperai des intérêts du général Mollerno Pignatelli. La protection que le Gouvernement doit à cet officier est une dette véritablement sacrée, et je vous prie de ne pas lui laisser ignorer combien je me trouverai heureux de pouvoir l’acquitter. Je me livrerai à son affaire dès mon arrivée à Naples.
J’ai appris avec bien de la peine ce que vous me dites de la disposition des esprits dans le royaume de Naples. Je ne doute pas que la sagesse des mesures que vous prendrez ne prévienne une explosion. J’y contribuerai, de mon côté, par tous les moyens qui seront en mon pouvoir. Vous pouvez être parfaitement rassuré sur l’usage que je ferai de votre confidence ; mais l’objet m’en paraît assez important, pour qu’il n’échappe pas à votre excellent esprit d’en informer le Premier Consul.
J’ai vu par la lettre que vous avez écrite à M. de Micheroux, que plusieurs de nos soldats avaient été assassinés par des Napolitains. Quoique votre réclamation ne me fût pas adressée, il m’a suffi de la connaître pour que je me sois empressé d’écrire à M. Acton et de lui demander une justice prompte et éclatante de cet attentat. Si de pareils événements devaient se renouveler, je vous prierais, mon cher général, de m’en informer le premier, parce que je crois non seulement convenable que l’ambassadeur de la République n’y paraisse pas indifférent, mais que c’est lui particulièrement qui doit en demander et en exiger la réparation.
L’affaire de Porto Longone est terminée, et avec la ratification du traité, les ordres sont arrivés pour que le commandant de cette place la remette à l’officier que vous chargerez d’en prendre possession.
J’ai réglé également ce qui concerne la solde des troupes. J’ai l’honneur de vous adresser une copie de la convention explicative que j’ai conclue avec M. de Micheroux. Vous verrez qu’il ne nous reste rien à désirer à cet égard.
J’ai l’honneur de vous saluer.
ALQUIER.
Bonjour, mon cher Murat, avez-vous reçu ma lettre relative au cit. Livron, écrivez-moi à ce sujet, non pas par la poste ordinaire, mais par le courrier que je vous prie de faire établir225.
[Archives du prince Murat. D. 32 (8).]
Florence, le 8 floréal an 9 (28 avril 1801).
Je vous fais passer, mon général, sous cachet volant une lettre du ministre de la Guerre qui vous affligera sans doute, il m’est bien pénible de n’avoir à vous soumettre que des rapports désagréables, mais telle est la tâche imposée à ma place, je la remplirai.
J’ai déjà rendu compte au ministre de la Guerre de l’esprit des troupes de l’Armée d’Italie passées dans la mienne, je lui en ai fait connaître les causes : jalousie.
Il me reste maintenant à vous mettre sous les yeux tous les moyens qui sont mis en usage pour provoquer la révolte, la désobéissance. La paix a vu l’empire que vous avez donné à la France, a préparé celle du continent et mis un terme à la révolution ; la France, tous les peuples amis de l’ordre, du repos et du bonheur, vous ont voté des remerciments ; les anarchistes, les enemis de tout ordre social vous ont voué l’exécration, vous leur avés ôté l’espoir de révolutions, celui de s’enrichir des dépouilles des hommes vertueux et paisibles, ils veulent, ils cherchent à se venger ; des hommes à réputation, à caractère, les favorisent, et sous leurs égides, ils se croyent invincibles ; qu’ils tremblent, le crime doit se cacher, quand la vertu veille et est à l’ordre du jour chés toutes les nations ; tous les gens honêtes sçavent que vous les protégés, aujourd’hui, nous les avons mis par notre sage conduite, dans la nécessité de nous demander à grands cris de ne pas les abandonner et de rester parmi eux, ils sont prêts à faire toute espèce de sacrifices. J’ai dû devoir à la faveur de la paix avec Naples, renvoyer chés eux tous les réfugiés de cette nation, la ville de Florence en étoit remplie, ils épuisoient toutes les resourses dont j’avois besoin pour mon armée ; ils tenoient les propos les plus infâmes contre vous, contre moi, et un mot, ils disoient que bientôt vous n’existeriés plus, ils appelloient les Saevola, les Brutus, tandis que toute la Toscane que je venois de délivrer d’un triumvirat, pire que celui de Robespierre, m’adressoit pour vous mille actions de grâce, vous appelloit le sauveur du monde et se glorifiait de vous avoir donné le jour. Cependant ces réfugiés, sur mon ordre, sont partis226, mais j’apprends que la majeure partie, loin de se retirer dans leurs foyers respectifs, va se réunir aux divisions Monnier et Soult, ils connoissent la répugnance qu’ont nos troupes pour l’expédition d’Égypte, ils en profitent pour les engager à s’insurger. « Ne vous embarqués pas, disent ces coquins, venés avec nous, mettes-vous à notre tette, vous serés ici nos protecteurs et nos soutiens. » Le soldat déjà prévenu ne serait que trop disposé à les écouter, mais j’espère que les mesures que j’ai prises, arrêteront le mal dans sa source.
J’ordonne à ces généraux de ne laisser arriver dans l’arrondissement de leur commandement aucun de ces émigrés et d’en faire sortir tous ceux qui y sont déjà. J’invite la Cour de Naples à donner des ordres sur les frontières de faire diriger et conduire dans les communes respectives tous ceux qui rentrent, et de leur assurer secours et protection ; vous verrez par une copie de lettre écrite au général Soult et portée par l’adjudant-général Dampierre, à qui j’ai donné des instructions particulières, combien ce général serait coupable s’il permettait quelque mouvement révolutionnaire ; j’ai lieu d’espérer qu’il mettra tout en usage pour maintenir l’ordre et la tranquillité dans le pays qu’il occupe.
Un mot sur le général Monier. Ce général a commis des horreurs à Ancône, qui lui a donné toute sa réputation militaire227; il n’a cessé de dire et de répéter, depuis le jour qu’il est arrivé à cette armée, qu’il ne s’embarquerait pas, il a été axé imprudent pour le dire devant ses officiers, devant les troupes, et le chef de bataillon de la 60ᵉ m’a dit hier au soir, les larmes aux yeux : « Voilà le résultat des propos tenus par le général Monier devant nos officiers, ils ont appris que le général Monier revenait et que vous l’aviez très mal reçu et qu’il vous avait écrit qu’il ne voulait pas s’embarquer. » La copie de sa lettre vous prouvera qu’il m’a effectivement demandé à rentrer en France, parce que sa santé ne lui permettait pas de s’embarquer. Il a souvent dit à sa table : « Le corps des grenadiers sont les favoris du général Murat, c’est la garde du second consul, voyez comme ils sont beaux, votre pauvre 60ᵉ n’est pas comme ça, etc., etc. »
Le rapport de police de Livourne vous fera connaître ce que Belleville pense, vous n’avez pas d’enemi plus contraire au sistème actuel.
Brune est ici le soutien de tous ces coquins ; dans tous les rapports de police il est dit [que] tous les réfugiés l’attendent avec impatience « il nous vengera, disent-ils, c’est notre ami, c’est notre frère. » tous les gens qui ont cent francs à perdre cachent leur bourse et tremblent, le Sᵉ Père en est lui-même allarmé, et Naples tremble jusqu’au fond de sa botte228. Lisés la lettre ci-jointe du général Paulet, lisés celle de mon secrétaire Agard qui a désiré aller voir Rome, vous verrez les manœuvres qu’on emploie pour porter mes soldats à la révolte. J’espère que l’exemple de la 60ᵉ en imposera à ceux qui voudraient l’imiter. Tous les jours, on répand ici le bruit de votre mort, d’une insurrection à Paris, je fais surveiller et je ne prendrai qu’à propos des mesures de répression!
Mon général, si vous avez dessein de faire embarquer la division Soult, qu’elle le soit promptement, sans cela il y a tout à craindre, les généraux qui ne veulent pas formellement s’embarquer seront enchantés d’avoir ce prétexte, et n’apporteroient, en cas de refus, ni fermeté, ni prévoyance. La Cour de Naples fera tous les sacrifices pour se débarasser de nos troupes. Voilà, mon général, le rapport bien exact, mais bien mal rendu, étant pressé de faire partir mon courrier. Le mal est sérieux, vous devés savoir que je ne m’allarme pas facilement. Pesés tout dans votre sagesse, vous êtes si fécond en moyens, que je suis sûr d’avance du remède. Sans cet événement, je serais en route, cela le retardera de quelques jours.
Salut, respect et dévouement,
J. MURAT.
Le Général Soult me demande quinze cent mille livres pour solder l’arriéré de sa division. Je pense qu’il serait très urgent d’expédier des fonds ou des lettres de crédit sur Rome ou Naples.
Je suis en marché pour six mille habits, j’espère les avoir en les payant comptant, ce 20 ct.
J. M.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 8 floréal an IX (28 avril 1801).
Je vous ai déjà informé, citoyen ministre, que les bruits d’une expédition maritime, malicieusement répandus parmi les troupes qui sont passées de l’Armée d’Italie dans la mienne, avaient déjà porté plusieurs soldats à la désertion ; aujourd’hui ils ont produit la révolte. Il m’est bien pénible d’avoir à vous rendre compte d’un événement dont les suites peuvent être bien funestes, si je ne m’empresse de les arrêter par un châtiment terrible. (Le même rapport qu’au commissaire Miot.)
J’ai sur le champ fait connaître cet événement au citoyen Miot qui devait faire partir pour l’île d’Elbe un détachement de 600 hommes. Je lui ai écrit que n’ayant pas d’autres troupes disponibles à Livourne, j’étais obligé de suspendre mon expédition, et que je croyais que la sienne était suffisante pour occuper Longone, que le gouverneur avait ordre de nous céder. J’attends avec impatience le retour de l’officier que je lui ai expédié, afin de connaître le parti qu’il aura pris. J’avais en attendant envoyé à Piombino le bataillon de grenadiers réunis, où je le ferai embarquer pour Longone ou Porto-Ferrajo. Comptez dans tous les cas que vous apprendrez bientôt que l’île d’Elbe est occupée.
Je vais renvoyer à l’Armée d’Italie les deux bataillons polonais qui se trouvent à Livourne, je les ferai remplacer par ceux qui viennent de l’Armée du Rhin.
Salut et respect.
J. MURAT.
P. S. — Vous verrez par la lettre ci-jointe écrite au commandant de la 60ᵉ que le bataillon qui se trouve à Sienne a reçu l’ordre de s’embarquer à Piombino et que, sur son refus, il subira le même sort que les deux autres bataillons.
Je dois des éloges au chef de bataillon qui commandait les deux bataillons à Livourne. Je vous ferai connaître ceux des officiers qui méritent d’être conservés.
J. M.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 282, et Archives de la guerre.]
Florence, le 8 floréal an IX (28 avril 1801).
Vous me prévenez, citoyen ministre, par votre lettre du 23, que le Premier Consul a décidé que le payeur général de l’Armée d’Italie serait chargé en même temps du service de l’Armée du Midi. Je crois que cette mesure est impraticable, dès lors la comptabilité des deux armées se trouve confondue. Chaque général en chef donnera des ordres à ce payeur, qui se trouvera dans la nécessité de désobéir à l’un ou à l’autre et de mécontenter tous les deux. D’ailleurs si l’Armée du Midi est véritablement armée, elle doit avoir son organisation comme telle. Je me trouve sans ordonnateur en chef, sans chirurgien ni médecin en chef ; en un mot, mon armée n’est pas organisée et je n’aurais pas tardé à demander qu’elle le fût, si je n’avais été convaincu que le Gouvernement, dans les circonstances actuelles, ne peut avoir deux armées en Italie. Si, contre mon attente, mon armée doit être conservée, je suis persuadé que je ne tarderai pas à recevoir son organisation.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 283, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 8 floréal an IX (28 avril 1801).
J’ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m’avez écrite hier, je vous prie de continuer de prendre des renseignements sur ceux qui tiennent des propos tendant à exciter l’insubordination militaire. Le chef de brigade de la 60e, ainsi que le chef de bataillon, retournent à Sienne. Ils ont ordre de faire partir demain matin le bataillon de cette demi-brigade qui se trouve à Sienne, pour Piombino où il devra être embarqué sur le champ pour l’île d’Elbe. Je compte sur la fermeté de ces deux officiers et sur la vôtre pour être persuadé que ce bataillon, en s’embarquant, ne se rendra pas complice de la mauvaise conduite qu’ont tenue les deux autres bataillons à Livourne.
[R. I, p. 283.]
Florence, le 8 floréal an IX (28 avril 1801).
Par le traité de paix avec la Cour de Naples, l’île d’Elbe doit nous être cédée, la 60e demi-brigade avait été désignée pour en aller prendre possession, elle a refusé de s’embarquer. Ces deux bataillons vont être désarmés et renvoyés en France. Voilà le résultat de la malveillance. Les mêmes armes vont être dirigées contre nous, j’espère qu’elles n’obtiendront pas le même succès. Le châtiment imposé à cette demi-brigade doit faire trembler celles qui seraient tentées de l’imiter ; et vous prévenir du piège qu’on va vous tendre, c’est vous assurer les moyens de l’éviter.
La paix avec Naples a ôté aux réfugiés de cette nation tout espoir de la révolutionner, ils connaissent la répugnance de nos soldats pour toute expédition maritime, ils en profitent pour les porter à la révolte, en leur présentant comme le seul moyen de l’éviter, celui de se mettre à leur tête, de révolutionner le pays et d’y rester comme leurs soutiens et leurs protecteurs. D’un autre côté, ils indisposent les habitants du pays contre nos soldats.
Vous devez donc, mon cher général, ne laisser séjourner dans l’arrondissement de votre commandement que les réfugiés qui y étaient domiciliés avant la révolution. Vous devez impitoyablement renvoyer tous les autres. La Cour de Naples est prévenue de toutes ces machinations. Des ordres vont être donnés sur toutes les frontières pour qu’à leur rentrée, les émigrés soient renvoyés chacun dans leurs communes respectives. J’espère que ces mesures ramèneront le calme et la tranquillité.
Le Gouvernement m’informe que je vais recevoir des lettres de crédit sur Rome et sur Naples pour solder l’arriéré des troupes de votre lieutenance, 3,000 habits vont partir de Milan et vous parviendront incessamment.
Soyez persuadé que je ne perds pas de vue les besoins de vos troupes qui font toute ma sollicitude, comptez sur tout l’intérêt qu’elles m’inspirent. Je compte à mon tour sur votre fermeté, votre sagesse et votre dévouement. J’attends avec bien de l’impatience de vos nouvelles.
[R. I, p. 284.]
Florence, le 9 floréal an IX (29 avril 1801).
Je m’empresse de vous faire passer, mon cher général, la réponse du gouverneur de Longone, vous verrez qu’il nous permettra le débarquement dans l’île et le passage par mes troupes sur Porto Ferrajo. Faites connaître sur le champ ces dispositions au chef de brigade Mariotti, ainsi que mes instructions ultérieures.
Je pense que les frégates anglaises croisent toujours devant Piombino, vous devez opérer votre embarquement dans l’endroit le plus sûr entre Livourne et Piombino et vous diriger de là sur Marciano.
Je suis très étonné de ne pas recevoir de notre ministre Alquier l’ordre pour la reddition de Longone. Je suis sûr que je ne tarderai pas à le recevoir, croyez qu’immédiatement après, je m’empresserai de vous le faire passer. Il me tarde bien d’apprendre le parti qu’aura pris le chef de brigade Mariotti. Faites vous fournir sur les deux mille sacs de blé que doit la commune de Livourne, cinquante sacs de farine que vous enverrez à Piombino, cette ville étant dans la plus grande pénurie.
[R. I, p. 285.]
DE LA 60e DEMI-BRIGADE
Florence, le 10 floréal an IX (30 avril 1801).
Soldats!
Votre patrie, l’Europe entière ont souvent retenti du bruit des exploits guerriers de la 60e demi-brigade, sa gloire est imprimée sur ses drapeaux, son nom doit passer à la postérité.
Cependant la France va aussi être remplie du bruit de sa révolte à Livourne, elle va crier vengeance! mais à cet arrêt fatal porté d’abord contre sa gloire succéderont bientôt ces cris : La 60e demi-brigade s’est repentie, le général en chef a vu ses larmes et lui a pardonné.
Que les Anglais qui vous avaient séduits par leurs agents stipendiés apprennent par la voix de votre général que lorsque vous avez connu le piège qui vous était tendu, que lorsque vous avez su que c’était contre eux qu’il fallait marcher, vous n’avez pas hésité à redemander des armes et des ordres pour vous embarquer.
Allez donc! Portez de ma part à vos camarades l’oubli et le pardon de cet égarement funeste.
[Archives de la guerre.]
Paris, 10 floréal an IX (30 avril 1801).
Caroline est enfin au comble de ses désirs229, mon cher fils, vous êtes heureux ; jouissez longtemps de votre bonheur et voyez grandir celui qui dans votre vieillesse adoucira les peines de la vie. Je l’ai vue partir avec peine sans personne, elle a tout précipité, tout hazardé, n’écoutant que son cœur. Fesch est encore courroucé de s’être vu jouer de la sorte. Il s’étoit donné des peines inconserables toute une journée. Nous avons beaucoup rit de sa colère et il a fini par se tranquilliser dans l’espoir que rien serait arrivé à Caroline.
J’espère que vous me donnerez souvent de vos nouvelles.
Veuillez bien faire quelque chose pour Haslaver, il a été remplacé, retirez-le de Civita Vecchia et faites en sorte de l’employer convenablement, vous m’obligerez infiniment.
Fesch vous embrasse, mille caresses à Achille.
BONAPARTE mère.
[Archives du prince Murat. D. 527. 1.]
(Floréal an IX.)
Je profite du départ de Caroline230, mon cher Murat, pour me rappeler à votre souvenir et m’acquitter en même temps de la promesse que je vous fis de vous écrire. J’éprouve beaucoup de chagrin à voir ma sœur s’éloigner de moi, mais lorsque je pense qu’elle ne me quitte que pour se rapprocher de vous, je trouve la chose bien naturelle.
J’ai été extrêmement souffrante, j’ai eu la fièvre tierce, mais, heureusement elle m’a quittée et je suis beaucoup mieux depuis quelques jours. J’espère qu’à votre retour, je serai tout à fait bien et qu’alors mes jouissances doubleront et par le plaisir de vous revoir et par le rétablissement parfait de ma santé.
Adieu, mon cher Murat, croyés à mon tendre et sincère attachement pour vous.
PAULINE.
P.-S. — Je vous envoie, mon cher petit frère, une bague de mes cheveux que je vous ai promis depuis longtemps ; je désire bien vivement qu’elle vous fasse autant de plaisir à recevoir que j’en éprouve à vous l’offrir.
Adieu, conservés moi toujours une place dans votre cœur, écrivés moi souvent, mon petit frère, et ne doutés jamais de toute ma tendresse.
[Archives du prince Murat. D. 530. I.]
Paris, 10 floréal au IX (30 avril 1801).
Je te remercie, ma chère Caroline, de la manière dont tu as bien voulu m’épargner de t’accompagner. Je n’ai eu que le regret de n’avoir pu trouver dans la nuit une chaise de poste pour courir après toi et pour t’en faire de reproches personellement.
Le retard cependant de tes femmes de chambre a été utile. Elles t’auront remis ton passeport et 6,048 que je leur ai remis pour toi.
Tu aura reçu mon billet par laquelle je te disois que j’avois payé pour ta voiture… 2000 2000
que je t’avois envoyé le soir par ton jockey… 2000 2000
En total… 10048
1° Je devois… 2000
plus 96 louis en or… 2304
J’ai reçu de ton notaire… 3000
Les 12,000 autres, il les a remis, 9 mille à Mme Bacciocchi et 3 mille à Monsieur, à compte.
Total reçu par moi… 7304
De là, tu vois que tu me dois… 3,044
Il me reste à te souhaiter bonne santé, puisque il ne te reste rien autre à désirer. Embrace pour moi ton époux et ton Achille. Prie Murat de ma part de faire quelque chose pour Haslawer, j’espère que tu t’intéressera à lui être de quelque utilité.
FESCH.
[Archives du prince Murat. D 48. 9.]
Rome, ce 30 avril 1801.
Je ne veux pas importuner V. E. avec une longue lettre. C’est à M. Caleppi que je écris tout ce qui me contraint d’exposer à V. E. l’impossibilité absolue où se trouve cet État de suffire aux besoins des troupes portées au nombre indiqué dans la lettre écrite par son ordre par M. le général Berthier. Sa Sainteté, pleine de confiance dans les égards que V. E. lui marque sans cesse, m’ordonne de lui exprimer combien il est affecté de se trouver dans le cas de ne savoir plus que faire pour faire face aux charges immenses du fardeau desquelles il se trouve accablé dans tout genre, dans les circonstances actuelles, n’ayant plus ni un sou, ni des denrées, et voyant ses sujets tout à fait épuisés, d’où il résulte que sa bonne volonté se trouve impérieusement entravée dans des obstacles insurmontables. Il raccomande donc à V. E. de vouloir bien faire attention à la position très malheureuse où il se trouve, et c’est d’elle qu’il attende qu’elle soit améliorée autant qu’il est possible. M. Caleppi en parlera à V. E. avec plus de détail. Je lui envois par ordre de Sa Sainteté un courrier extraordinaire, vue l’importance de l’objet.
Je ai reçu la lettre de V. E. par M. Agar. Il est très raccomandable par lui-même et mérite tous les égards ; d’ailleurs il est très attaché à V. E., ce qui est un titre le plus valable auprès de moi, pour lui rendre tous les services qui sont dans mon pouvoir. Je suis pené qu’il ne me fournit pas des occasions dans lesquelles je puisse le lui prouver par des faits. Je l’ai introduit chez Sa Sainteté qui l’a reçu de la manière la plus obligeante possible.
Je prie V. E. de vouloir bien me continuer son amitié, à laquelle je attache le plus grand prix. Elle peut compter entièrement sur mon intérêt pour tout ce qui la regarde : que V. E. en fasse l’expérience. Je ai l’honneur d’être avec la plus respectueuse considération et avec l’attachement le plus dévoué.
De Votre Excellence
Le vrai serviteur très attaché
H. Card. CONSALVI.
P.-S.231 — Je répondrai par la Poste au sujet du mariage du Prince Moliterno. Vous recevrez le chapelet pour Madame votre mère.
Je n’ai pas pu écrire de ma main, ayant un doigt malade, qui m’a forcé à la dicter. Je vous embrasse, mon cher général, de tout mon cœur.
Ces biens ne sont pas encore rendus au duc Braschi. C’est en vain donc que je ai réclamé la protection d’un grand général, du beau-frère du P. Consul. Voyez, mon cher général, comme on obéit à vos ordres. Rien n’est plus intéressant pour mon cœur que le succès de ma demande en faveur du neveu de mon bienfaiteur. Je me raccomande à vous et comme je suis persuadé que vous le pouvez si vous le voulez, je le suis aussi de votre bonne volonté. Dépêchez-vous je vous en supplie. Voici la nouvelle récolte ; c’est ce que l’on attend pour la dévorer ; ayez pitié de ce malheureux, et de moi, qui y prend tout l’intérêt possible.
[Archives du prince Murat. D. 60 (11).]
Florence, le 12 floréal an IX à 1 heure du matin (2 mai 1801).
Par mon dernier courrier je vous ai fait connaître la récolte qui avait éclaté dans la 60ᵉ demi-brigade à Livourne. Je vous ai parlé du châtiment qui attendait les grenadiers du 1ᵉʳ et 3ᵉ bataillon, ils ont subi leur sort ; jamais appareil de punition ne fut plus imposant232. La division de grenadiers de la réserve était sous les armes à l’arrivée de ces rebelles, et c’est en présence de ces grenadiers que ceux qui venaient de perdre ce beau titre ont été dégradés, désarmés et renvoyés dans un des forts de la ville. Leurs larmes annonçaient leur repentir, leurs bouches demandaient grâce, mais l’autorité méconnue faisait taire la pitié et demandait vengeance.
Les deux bataillons allaient subir le même sort, toute la garnison était sous les armes, lorsque des gémissements universels m’ont annoncé leur repentir. Ils m’ont demandé grâce, m’ont livré les coupables, en criant : « Punissez-les, punissez la ville de Livourne et pardonnez à des soldats trompés, couverts de blessures. » Ils m’ont aussi prié de les faire embarquer pour leur destination.
J’ai vu à leurs larmes se mêler celles des grenadiers de la réserve et celles des spectateurs. J’ai cédé, j’ai pardonné en votre nom.
Cependant le 2° bataillon qui était à Sienne, d’abord indécis sur le parti à prendre, s’est déterminé à partir pour Piombino, au reçu de la lettre que j’avais écrite à son chef. Il doit y être arrivé aujourd’hui et il sera embarqué cette nuit, ou demain dans la journée, pour l’île d’Elbe. Ainsi les ennemis des Français, ces vils agents de l’Angleterre, n’auront joui qu’un instant de leurs intrigues criminelles, ils ont vu ces mêmes bataillons redemander des armes et des Anglais à combattre : « C’est, disaient ces soldats trompés, dans leur sang que nous laverons la tache dont la 60e vient de se couvrir. »
Citoyen ministre, ces deux compagnies de grenadiers sont en marche pour se rendre dans la citadelle de Turin, c’est là que vous devez leur faire connaître et subir le dernier châtiment qui les attend. Je leur eusse pardonné, j’eusse cédé à leurs larmes, s’ils n’eussent été des grenadiers. Je dois vous dire que les officiers et les sous-officiers ayant montré la plus grande fermeté, je n’ai pas cru devoir leur ôter leurs armes, je vous demande que vous les rendiez à leur demi-brigade, lorsqu’ils auront conduit leurs grenadiers à Turin. Cette demi-brigade n’aura rien perdu, chacun de ses soldats vaut un grenadier, il lui sera donc facile d’en former de nouvelles compagnies.
Je dois des éloges particuliers aux deux chefs de bataillon de cette demi-brigade. Tous les officiers ou sous-officiers en général se sont parfaitement bien conduits. L’histoire ne nous a pas encore offert l’exemple d’une telle insubordination, mais le châtiment a été proportionné à la faute, il doit effrayer celles de mes troupes qui seraient tentées d’imiter ces rebelles.
La Commission militaire de la division de réserve en a déjà condamné deux du 1er bataillon à être fusillés et dix-huit à 10 ans de fers. On procède au jugement de ceux du 2° bataillon. Je charge mon chef d’état-major de vous envoyer leur jugement.
Ces deux bataillons vont se rendre dans le littoral toscan d’où ils seront embarqués pour l’île d’Elbe ou envoyés à Orbitello.
Je n’exécuterai pas le premier ordre que vous me donnerez concernant le châtiment de la 60ᵉ demi-brigade, j’en attendrai un second. Ne rejetez pas tant de braves soldats qui ont vaincu tant de fois sous vos ordres et sous ceux de Bonaparte. Je leur ai pardonné en son nom.
Salut et respect.
J. MURAT.
P.-S. — Je vous envoie des copies des lettres qui m’ont été adressées par les deux bataillons de la 60ᵉ, vous verrés la perfidie de Livourne, je vais la punir, je vais lui faire habiller mon armée233.
J. M.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 285, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 12 floréal an IX à 2 heures du matin (2 mai 1801).
Je m’empresse de vous annoncer, citoyen ministre, l’arrivée du contre-amiral Ganteaume devant Livourne. Cette rade n’offrant pas un asile sûr à son escadre, je vais l’engager à se porter sur le champ dans le canal de Piombino. Cette manœuvre favorisera mon expédition dans l’île d’Elbe, et à Porto Ferrajo l’escadre se trouvera en sûreté, si elle était rencontrée par des forces supérieures. Le citoyen Jérôme m’a apporté sa dépêche, je le charge de lui reporter mes dispositions pour l’occupation de l’île d’Elbe. Comme toutes les mesures étaient déjà prises, Ganteaume ne sera retardé que de quelques heures, il pourra continuer sa route pour sa destination.
Je m’empresserai de vous faire connaître la situation de l’île, aussitôt que le rapport m’en sera parvenu.
Salut et respect.
J. MURAT.
P.-S. — J’espère que Ganteaume pourra s’emparer de deux frégates anglaises qui croisent dans le canal de Piombino234.
Les Polonais venant de l’armée du Rhin, commencent à arriver ; elles (sic) ont quinze mois de solde arriérée, il m’est impossible de leur donner un sol.
J. M.
Ne vous allarmés pas sur les craintes que va vous manifester le Cen Alquier sur l’esprit des habitans de la Pouille et sur les tentatives faites contre nos soldats pour les empêcher de s’embarquer, je réponds de tout. Envoyés nous de l’argent pour l’arriéré et des habits ou des fonds.
J. M.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 287, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
Je n’irai pas à Paris, mon cher Agard, ma femme est en route depuis six jours. Bonaparte veut que je reste encore deux mois en Italie, il veut que j’installe le nouveau Duc qui doit arriver ici dans vingt jours235. J’avais déjà prévenu le Gouvernement de tout ce qui se passait dans la Pouille, je lui avais aussi fait connaître les mesures prises pour les paraliser.
L’exemple du châtiment que j’ai fait subir aux grenadiers en imposera, j’espère, à celles de mes troupes qui seraient tentées de les imiter, il fallait de la fermeté ou perdre son autorité, vous sentez que je n’ai pas hésité. J’ai pardonné aux deux bataillons, ils partent pour s’embarquer, ce sont eux qui me l’ont demandé, les larmes aux yeux, vous verrez leurs lettres et ma réponse.
Gantheaume est devant Livourne, j’ai reçu de ses nouvelles par mon petit Jérôme, nous devons être dans l’île d’Elbe.
Adieu, je vous embrasse
J. MURAT.
Je viendrai peut-être un de ces jours à Rome et à Naples.
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
J’ai reçu hier soir, mon cher général, votre dépêche du 10. Le général Tharreau doit vous avoir vu, il vous aura sans doute fait connaître mes dispositions pour l’occupation de l’île d’Elbe. La croisière anglaise dans le canal de Piombino en rendait le succès incertain, la présence de votre escadre en assure l’entière exécution. Un bataillon de la 60ᵉ devait être hier matin à Piombino, j’espère que le général Tharreau l’aura fait embarquer hier au soir et qu’à l’heure qu’il est, nous sommes maîtres de l’île d’Elbe, le Premier Consul y attache le plus grand prix. Je vais envoyer un second bataillon à Piombino d’où il passera à Porto-Ferrajo, alors je renverrai en Corse le détachement de la 23ᵉ légère. Le gouverneur de Longone a ordre de nous céder cette place, celui de Porto Ferrajo se refuse à nous rendre la sienne, mais quelques obus ou quelques bombes lancées par votre escadre dans cette place suffiront pour le déterminer à l’obéissance ; ainsi, mon cher général, il me sera bien doux d’avoir à annoncer au Gouvernement que c’est aux braves marins que vous commandez que je dois la prise de ce port si intéressant pour nos escadres.
J’aime à croire que vous allez donner une fière chasse aux deux frégates anglaises que vous avez trouvées dans le canal de Piombino, si vous n’êtes pas parvenu à les prendre.
Je regrette infiniment, mon cher général, de ne pas pouvoir vous donner les marins que vous demandez. D’abord je n’en ai aucun à ma disposition en Toscane, et tous ceux qui y viennent du lac de Garda sont envoyés par ordre du Premier Consul dans la presqu’île de Tarente.
Je connais toute l’importance de votre mission, je sais combien vous devez désirer de la remplir promptement, aussi je m’empresse de vous renvoyer le citoyen Jérôme et j’espère que vous n’aurez été retardé que de quelques moments237.
Nos troupes sont en possession de Tarente, Brindisi, Otrante et de toute la presqu’île. Le contre-amiral Villeneuve est parti d’ici depuis quinze jours pour aller reconnaître ces différents ports et recevoir de la Cour de Naples les trois frégates qu’elle doit nous donner, en vertu du traité de paix que nous venons de conclure avec elle. Des officiers de génie et d’artillerie ont également été envoyés pour mettre en état de défense tous les ports de cette presqu’île.
Je n’ai pas de l’Égypte de nouvelles plus fraîches que celles portées par l’Oziris. Je vous fais passer toutes celles que je reçois dans ce moment même par deux courriers arrivés de Paris.
Vous connaissez sans doute déjà le traité de Naples qui nous donne l’entrée de tous les ports de Sa Majesté Sicilienne.
Adieu, mon cher général, soyez toujours persuadé que personne ne désire plus que moi votre arrivée en Égypte, ce sera un beau fleuron de plus à votre gloire.
[R. I, p. 288.]
Florence, le 12 floréal au IX (2 mai 1801).
J’ai reçu hier soir, mon cher général, votre dépêche du 10. Je suis extrêmement sensible aux offres obligantes que vous me faites, je laisse à votre prudence, à celle du contre-amiral Ganteaume et du général Tharreau le choix des moyens à prendre pour l’occupation de l’île d’Elbe.
Je dois présumer que l’expédition de Bastia qui devait en partir du 7 au 8, a effectué son débarquement dans cette île, elle devait être puissamment secondée par celles que je faisais partir de Livourne et de Piombino, mais un événement, qu’il me serait pénible de vous raconter, a paralysé tous les efforts que j’avais lieu d’attendre de cette triple expédition. Mais la présence de notre escadre en détruisant les croisières du canal de Piombino vient d’assurer la possession de l’île d’Elbe.
La révolte qui a éclaté dans la 60ᵉ demi-brigade vient d’offrir un exemple d’insubordination jusqu’à ce jour inconnu dans l’histoire militaire, mais le châtiment qui lui a été imposé a été terrible, il doit faire trembler toutes les troupes qui seraient tentées de l’imiter. Je regrette infiniment de ne pas avoir pour le moment des troupes disponibles à vous offrir, elles sont toutes dispersées.
Je laisse cependant l’autorité au général Tharreau de vous donner un bataillon polonais, qui se trouve, partie à Livourne, partie à Piombino.
Vous connaissez aussi bien que moi les dernières nouvelles d’Égypte, ce sont celles qui ont été apportées par l’Osiris. Le contre-amiral Ganteaume vous fera remettre celles que je reçois à l’instant de Paris. Nos troupes occupent la Pouille, tous les ports de Sa Majesté Sicilienne nous sont ouverts. Adieu, mon cher général, etc.
[R. I, p. 289.]
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
J’espère que dans ce moment, mon cher général, vous êtes maître de l’île d’Elbe ; la présence de notre escadre doit vous en avoir donné tous les moyens. Le 1er bataillon de la 60e est parti ce matin pour Sienne, d’où il se rendra à Piombino. Vous l’embarquerez pour l’île d’Elbe et vous renverrez en Corse tout le détachement de la 23e légère. J’enverrai peut-être le 3e bataillon à Orbitello, mais je ferai, avant, reconnaître les ressources de ce pays. Je vous envoie des officiers du génie, je vous enverrai aussi des canonniers à pied.
Vous recevrez la ville de Longone avec toute son artillerie, ses munitions et ses magasins, vous en agirez de même avec Porto Ferrajo. Faites-vous rendre compte des ressources de l’île en tout genre, faites mettre sous scellés toutes les marchandises appartenant aux ennemis de la République, faites-en constater l’état par un procès-verbal que vous m’adresserez. Vous donnerez les ordres les plus sévères pour que rien ne soit enlevé de ces magasins et vendu. Vous devez empêcher, mon cher général, toute espèce de vexations, vous devez comprimer tous les partis, la République veut être également chérie de tous, s’il est possible, je connais votre sensibilité, votre bon cœur, cette tâche ne vous sera pas difficile à remplir.
Le général Mayer me demande sept à huit cents hommes de mes troupes, je vous autorise à lui donner un bataillon polonais.
Adieu, mon cher général, il me tarde beaucoup d’apprendre que nous sommes maîtres de l’île d’Elbe. Le Premier Consul y attache la plus grande importance ; écrivez-moi sur le champ. J’impose la ville de Livourne à un million de contributions. L’ordre de ce jour que le général Berthier doit vous faire passer, vous fera connaître la conduite qui a été tenue envers les deux bataillons de la 60e demi-brigade. La Gazette de Florence contient les lettres qui m’ont été écrites par les soldats de ces deux bataillons.
Je renvoie en Corse les trois compagnies de carabiniers de la 13e légère, je les dirigerai peut être sur Piombino et l’île d’Elbe.
Tout le monde dit beaucoup de bien du chef de brigade Mariotti, vous lui donnerez le commandement de l’île. Si vous appreniez quelques nouvelles d’Égypte, expédiez-les-moi par un courrier extraordinaire.
[R. I. p. 290.]
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
Ma dernière lettre, mon cher général, vous annonçait la révolte qui avait éclaté dans la 60e demi-brigade et le châtiment qu’elle devait subir. L’ordre du jour d’hier, ainsi que mon rapport au Gouvernement, vous feront connaître le repentir de ces bataillons, le châtiment des plus coupables et le pardon qui leur a été accordé au nom du Gouvernement. Malheur aux troupes de l’armée qui seraient assez lâches pour les imiter! Le même châtiment les frapperait, elles ne devraient plus compter sur la même indulgence.
J’espère que vous êtes déjà entièrement établi dans tous les ports de la presqu’île de Tarente, occupez-vous sans relâche de l’organisation de vos troupes ; des habits et des fonds pour l’arriéré sont en route pour votre quartier général, avec de la patience et la même fermeté qui vous a toujours caractérisé, vous surmonterez facilement, mon cher général, tous les obstacles.
Le contre-amiral Ganteaume est arrivé hier matin sur la rade de Livourne. L’apparition de son escadre dans le canal de Piombino doit me faciliter l’occupation de l’île d’Elbe, je compte en recevoir la nouvelle ce soir. Les dernières nouvelles de l’Égypte nous annoncent le débarquement d’Abercromby239, son premier échec, la marche contre lui du général Menou avec toute son armée, l’arrivée de trois frégates, de plusieurs bâtiments chargés de renforts et de munitions. C’est maintenant à vous, mon cher général, à nous apprendre le résultat des événements ultérieurs. Faites-moi parvenir par des courriers extraordinaires toutes les nouvelles que vous pourrez avoir ; de votre position il est bien facile de communiquer avec l’Égypte. Adieu, mon cher général, etc.
[R. I, p. 291.]
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
Lettre dans le même sens que celle ci-dessus, et elle continue :
Je vais donner mes ordres, mon cher ministre, pour faire continuer comme vous le désirez, la poste jusqu’à Naples.
Le Prince héréditaire de Parme doit arriver ici dans un mois. Vous seriez bien aimable de me faire parvenir par des courriers extraordinaires toutes les nouvelles que vous recevrez de l’expédition des Anglais en Égypte. Les dernières apportées par l’Osiris annoncent le débarquement d’Abercromby, ses premiers échecs près du lac Madié, la marche du général Menou contre lui et l’arrivée à Alexandrie de trois frégates et autres bâtiments chargés de munitions et de renforts.
Soyez sans inquiétude, mon cher ambassadeur, sur les bruits de l’esprit de mes troupes et des habitants de la Pouille. Les ordres que j’ai donnés sont sévères, tous les partis seront comprimés et malheur à celles de mes troupes qui refuseraient de s’embarquer!
Je félicite bien plutôt la Cour de Naples que vous du choix qu’a fait le Gouvernement, en vous y envoyant pour ambassadeur, je connais votre fermeté et votre galanterie, les factieux et les maris doivent également trembler.
[R. I, p. 292.]
Florence, le 12 floréal an IX (2 mai 1801).
Par le traité de paix, mon cher général, que nous avons fait avec la Cour de Naples, l’île d’Elbe devait nous être cédée, j’avais désigné la 60e demi-brigade pour aller l’occuper, elle a refusé formellement de s’embarquer, le châtiment que je lui réservais était égal à cette faute d’insubordination militaire, dont l’histoire n’offre pas d’exemple, mais ainsi que vous le verrez par l’ordre du jour d’hier et par les différentes lettres que m’ont écrites les deux bataillons rebelles, leur repentir le plus sincère et le châtiment des coupables m’ont fait leur pardonner au nom du Gouvernement. Malheur aux troupes de mon armée qui seraient assez lâches pour les imiter, le même châtiment les frapperait, elles ne devraient plus compter sur la même indulgence.
Le contre-amiral Ganteaume est arrivé hier sur la côte de Livourne ; l’apparition de son escadre dans le canal de Piombino doit nous faciliter l’occupation de l’île d’Elbe, j’espère que je ne tarderai pas à en recevoir la nouvelle. Les dernières nouvelles apportées de l’Égypte par l’Osiris nous annonçaient le débarquement d’Abercromby, ses premiers revers près du lac Madié, la marche du général Menou contre lui et l’arrivée à Alexandrie de trois frégates et autres bâtiments chargés de munitions et de renforts. Je vous prie de me faire connaître par des courriers extraordinaires tout ce que vous apprendrez sur l’Égypte.
Je suis informé officiellement que le Prince héréditaire de Parme doit arriver ici dans un mois.
Les officiers d’habillement des demi-brigades de votre division m’ont assuré qu’ils allaient vous envoyer tous les habits qui leur étaient nécessaires. L’affaire de la solde est terminée avec la Cour de Naples. Ainsi, mon cher général, vous devez être tranquille, il me tarde bien de recevoir l’état de l’arriéré de votre division ainsi que les établissements de vos cantonnements.
[R. I, p. 292.]
Florence, le 13 floréal an IX (3 mai 1801).
Vous ferez fort bien, mon cher général, d’employer la corvette le Bouledogue au transport d’Ancône à Brindisi des marins qui doivent vous arriver des lacs d’Italie, on ne saurait s’en servir plus utilement.
Annoncez de ma part au citoyen Étienne que le Premier Consul m’a informé hier par un courrier que le ministre de la Marine avait reçu l’ordre de faire des fonds pour le service de la marine de l’Armée d’observation, il ne s’agit donc que d’avoir un peu de patience, il ne peut tarder à recevoir.
J’approve la punition que vous avez infligée au commandant de Fano, ainsi que la contribution que vous avez frappée sur la commune où quelques soldats de votre division ont été tués.
Vous verrez par ma lettre d’hier qu’il est nécessaire plus que jamais que les généraux soient présents à leurs divisions pour en diriger les mouvements. Je vous prie donc, mon cher général, d’ajourner encore à quelques jours la permission que vous me demandez d’aller à Rome et à Naples, c’est avec plaisir que je vous l’accorderai d’ici à quelque temps.
Je pense que l’armement du bâtiment que vous voulez destiner à escorter les matelots à Brindisi se trouve inutile, ayant décidé de les faire conduire par la corvette le Bouledogue. Le commissaire ordonnateur m’a prévenu ce matin que l’argent provenant de la vente des chevaux de réquisition avait été versé dans la caisse du payeur de votre division. Le payeur général vous envoie par ce même courrier une lettre de change de 40,000 francs, et une pareille somme en numéraire part dans un fourgon pour Ancône, ainsi, mon cher général, vous voilà riche.
Je fais acheter 1,200 habits à Milan, et s’il est vrai, comme malheureusement je ne dois pas en douter, que l’habillement de la 81e lui ait été enlevé à Dijon par ordre du général Leclerc, vous pourrez être persuadé, mon cher général, que cette troupe ne tardera pas à recevoir ce qui lui sera nécessaire.
[R. I, p. 294.]
Florence, le 13 floréal an IX (3 mai 1801).
Je reçois à l’instant, citoyen commissaire, votre lettre du 7, ainsi que copie de la lettre qui vous a été adressée par le ministre de la Marine. J’applaudis avec plaisir à ce choix de la part du Gouvernement, vous justifierez, j’en suis sûr, la confiance qu’il vous donne.
Je pense que vous devez partir sur le champ pour vous rendre auprès du contre-amiral Villeneuve qui, selon toutes les apparences et d’après ses dernières instructions, sera obligé de faire à Tarente ou à Brindisi un plus long séjour qu’il ne l’avait d’abord espéré. Vous pourrez confier le soin de vos opérations à Ancône à quelqu’un de confiance, il serait impossible de vous faire remplacer dans la Pouille. Je n’ajouterai rien aux instructions contenues dans la lettre du ministre de la Marine, la conduite que vous devez tenir à votre départ d’Ancône y est pleinement prescrite.
Je préviens le capitaine Étienne d’employer la corvette le Bouledogue au convoi des marins qui doivent se rendre des lacs de l’Italie à Brindisi.
Le Premier Consul m’informe par un courrier que j’ai reçu hier au soir que le ministre de la Marine a l’ordre de vous faire passer sur le champ les fonds nécessaires aux différents services de la marine de l’Armée, ainsi il ne s’agit que d’avoir quelques jours de patience.
Je suis persuadé que le ministre de la Marine sent trop l’importance des opérations dont vous êtes chargé, pour vous exposer à ne pouvoir remplir les vues du Gouvernement faute d’argent ; je vous ai parlé de la détresse où se trouve la caisse de l’armée, et soyez persuadé que, sans l’avis que l’on me donne de l’envoi des fonds, j’aurais fait mes efforts pour venir à votre secours. Déjà je vous vois grandement soulagé par les résultats du marché que vous avez passé; cette mesure se trouve d’ailleurs conforme aux intentions du ministre, puisqu’il m’avait autorisé à tirer des traites sur eux pour toutes les expéditions de marine.
Je vous prie de me faire adresser l’état de tous les bâtiments qui ont été expédiés des ports de l’Adriatique depuis l’entrée des Français à Ancône, ainsi que celui de leur cargaison.
Si vous aviez quelques nouvelles du débarquement d’Abercromby en Égypte, vous me les feriez parvenir par un courrier extraordinaire.
Faites-moi connaître le jour de votre départ et donnez-moi souvent de vos nouvelles.
[R. I, p. 295.]
Florence, le 14 floréal an IX (4 mai 1801).
Citoyen Consul, j’ai reçu hier votre lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 7. J’ai fait connaître à la Toscane l’arrivée prochaine de son nouveau prince, cette nouvelle a calmé tous les esprits.
Ma dépêche du 11 au ministre de la Guerre contenait mes dispositions pour l’occupation de l’île d’Elbe, mon prochain courrier vous apprendra que nous en sommes en possession. J’espère que le contre-amiral Ganteaume se sera emparé des deux frégates, des deux bricks et des six corsaires qui croisaient dans le canal de Piombino.
Tous les marins venant des lacs d’Italie ont été dirigés sur Ancône où ils seront embarqués sur la corvette le Bouledogue et portés de là à Tarente où ils seront à la disposition du contre-amiral Villeneuve.
Par sa lettre du 7 de Tarente, le lieutenant général Soult me rend compte qu’il est entièrement en possession de la presqu’île de Tarente et qu’il en occupe tous les ports. Mon chef d’état-major doit faire connaître en détail au ministre de la Guerre les différents cantonnements de mon avant-garde dans la Pouille.
Par une lettre du même jour, le contre-amiral Villeneuve me prévient qu’il m’annoncera bientôt que la rade de Tarente pourra parfaitement remplir vos vues, il a commencé à en faire lever les sondes, et partout elles se trouvent très satisfaisantes et par leur profondeur et par la nature du fond. Il est persuadé que, dans peu, la plus forte escadre pourra y trouver asile et protection. Mais ces différents ports manquent d’artillerie. Je vais faire demander à la Cour de Naples toute celle qui est nécessaire pour armer cette rade et quelques autres points de la côte.
Le contre-amiral Villeneuve a fait porter ma dépêche au Sénat de Raguse par un de ses officiers, je vous ferai passer sa réponse aussitôt qu’elle me sera parvenue.
J’ai invité notre commissaire des Relations commerciales en résidence dans cette république d’entretenir avec moi une correspondance suivie et de me donner toutes les nouvelles qu’il pourrait avoir de l’Égypte.
J’ai écrit à Ali Pacha de Janina, il y a environ deux mois, mes lettres sont parties par duplicata d’Ancône et de Livourne, je suis encore sans réponse.
Les trois compagnies de carabiniers de la 23e légère sont parties ce matin pour Piombino, elles y seront embarquées pour l’île d’Elbe où elles se réuniront à un détachement de leur demi-brigade pour repasser en Corse. Deux bataillons de la 60e sont destinés à former la garnison de l’île d’Elbe, le troisième passera à Orbitello. Je viens de diriger l’escadron du 7e d’hussards sur Piombino où il sera embarqué sur l’escadre de Ganteaume, s’il y arrive avant son départ. J’espère, citoyen Consul, que vous ne désapprouverez pas cette mesure.
Le bataillon complémentaire de la 4e légère doit être également embarqué à bord de l’escadre de Ganteaume. J’ai également autorisé le général Tharreau à lui donner un des deux bataillons polonais qui m’avaient été envoyés de l’Armée d’Italie. Le général Mayer m’a demandé 800 hommes, j’ai cru devoir lui donner de préférence ceux qui appartenaient à l’Armée d’Orient.
La ville de Lucques gémit sous un gouvernement affreux, je l’eusse déjà changé, si je n’avais pensé que vous alliez attacher définitivement ce pays à la Toscane ou à la Cisalpine. Par sa position topographique, elle appartient à la Toscane, ses habitants réclament auprès de vous par mon organe les droits que la nature leur donne, en les séparant par les Appenins du nord de l’Italie. Il est instant que vous me fassiez connaître le sort de cette petite République également malheureuse et intéressante.
L’avant-garde de la Légion polonaise du Rhin est arrivée ici depuis trois jours, il est indispensable que vous me fassiez connaître la destination ultérieure de ce corps, dont l’arrivée ne m’a pas encore été annoncée par le ministre de la Guerre. La plus grande tranquillité règne dans tout le midi de l’Italie. Le châtiment terrible qu’a subi la 60ᵉ demi-brigade en a imposé aux malveillants, en leur ôtant l’espoir de pouvoir compter sur les soldats français, qui peuvent se laisser égarer un instant, mais que la voix de l’honneur ramène bientôt à l’ordre et à l’obéissance.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 298, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 14 floréal an IX (4 mai 1801).
Je m’empresse de vous envoyer copie de la lettre que je reçois à l’instant de Mr l’Ambassadeur de S. M. l’Empereur de toutes les Russies à Constantinople. J’y joins aussi celle qu’il adresse à Mr de Kalitcheff à Paris. Le bâtiment qui l’a apportée arrive de Raguse où le courrier de ce ministre attendra la réponse. Ce bâtiment ragnais restera à Ancône jusqu’à ce que vous m’ayez fait parvenir la vôtre. Je vous prie de me faire connaître celle que je dois lui faire moi-même ; je n’hésiterai cependant pas, s’il se présente avant le retour du courrier que je vous expédie, de lui assurer positivement que les craintes de la Porte Ottomane sur les bruits d’une expédition de notre part sur les Iles ex-vénitiennes sont dénuées de toute espèce de fondement et que le Gouvernement français désire ardemment de renouer avec cette puissance ses anciennes liaisons. J’ajouterai qu’ayant appris l’échange qui devait avoir lieu des prisonniers français240 détenus à Constantinople contre les prisonniers turcs en Égypte, le Gouvernement français verrait avec plaisir que tous ses marins fussent dirigés sur Otrante et Brindisi, etc.
Les Russes qui étaient arrivés à Brindisi venant de Corfou y ont séjourné huit jours, ils sont repartis sur la fin de germinal pour reprendre leur ancienne station. Les Anglais n’occupent aucune des Iles ex-vénitiennes ; c’est à faux qu’on en avait répandu le bruit. J’ai envoyé des émissaires sûrs dans ce pays.
Ne serait-ce pas ici le cas de vous demander quelques légères données sur vos vues ultérieures politiques? L’ignorance où vous me laissez peut tous les jours me faire commettre quelques erreurs. Un mot, une idée de votre part serait la règle de ma conduite ; ma position et tout ce qui m’attache à vous seraient les garants de ma discrétion et de ma sagesse. Parlez-moi, si vous voulez que je fasse bien et comptez sur mon zèle et mon entier dévouement.
Je n’ai encore reçu aucune nouvelle d’Égypte, soyez assuré que je m’empresserai de vous communiquer toutes celles que je recevrai. Par ma dernière lettre au ministre de la Guerre, je lui parlais de la révolte des Maltais contre les Anglais. Si la mort de Paul Ier n’a pas changé vos vues combinées sur cette île, je pense que ce serait le moment favorable pour agir.
Je vous prie, citoyen Consul, de ne pas perdre de vue l’envoi des fonds que vous m’annoncez pour la marine. J’ai besoin de 1,500,000 francs pour solder l’arriéré de l’avant-garde, c’est le seul moyen de fermer la bouche aux mécontents et de les forcer à l’obéissance.
La cession de l’île d’Elbe n’a été nullement expliquée dans le traité. J’ai provisoirement ordonné au général Tharreau de se faire céder toute l’artillerie, munitions de guerre et approvisionnements en tout genre.
Je vais envoyer un naturaliste dans cette île pour y former une collection de tous les minéraux qu’elle produit. Je crois qu’elle manque au Cabinet minéralogique de Paris. Fontana241 travaille avec activité aux ouvrages que vous lui avez demandé vous-même.
Le général Muller va incessamment repartir pour la Corse. En relisant votre lettre, je me suis convaincu que c’était le général Muller et non Michaud que vous m’aviez dit d’appeler près de moi.
Le premier est un parfait honnête homme, il a des moyens administratifs, il est généralement aimé en Corse. Je ne connais pas assez le second pour porter un jugement sur son compte, mais je l’ai vu assez de temps pour me persuader qu’il ne remplirait pas vos vues dans ce commandement. L’un et l’autre n’ont point cette fermeté qui convient dans la circonstance où se trouve l’armée. J’espère d’après cela que vous n’attacherez pas le général Michaud à mon armée.
J’ai fait acheter 12,000 habits à Milan, chaque habit complet coûtera 24 francs, à condition qu’il sera payé comptant. Je vais toujours recevoir les habits, je les payerai avec la contribution de Livourne, ses habitants sont absolument dévoués à l’Angleterre.
Salut et respect,
J. MURAT.
Je reçois à l’instant des dépêches de Corse que je m’empresse de vous faire parvenir. Je ne vous donnerai aucun détail sur cette île. Je présume que les lettres du C° Miot contiennent les mêmes détails qu’il m’en donne à moi-même. Je vais tâcher de lui faire passer 6,000 quintaux de grains que je passerai en compte à la ville de Livourne sur la contribution que je viens de frapper. Sans cette ressource il me serait impossible de forcer le gouvernement toscan à me fournir la quantité de grains que me demande le C° Miot.
L’abbé Bonaparte de Sammi[ni]ato est mort depuis quelque temps. J’ai demandé des renseignements sur sa mort. Je vous les ferai parvenir aussitôt qu’ils me seront parvenus.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 300, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 14 floréal an IX (4 mai 1801242).
Le général en chef.
Vu l’insubordination manifestée le 7 floréal par la 60ᵉ demi-brigade lors de son embarquement à Livourne.
Vu que ce corps qui n’a cessé de donner des preuves de bravoure et de patriotisme, n’a pu être poussé à cet excès de désobéissance que par les manœuvres des amis de l’Angleterre.
Vu les rapports officiels qui lui ont été faits, que les grenadiers et autres soldats ont été enivrés, gagnés même par l’argent répandu dans la ville de Livourne par ses habitants et les étrangers qu’elle renferme.
Considérant qu’il est constant que les habitants de la ville de Livourne qui ne cessent de servir les Anglais, malgré la conduite sage et modérée des autorités françaises, sont l’unique cause de l’insubordination de la 60e, et qu’ils ont employé toute sorte de moyens pour déterminer cette révolte, en la qualifiant hautement du titre spécieux d’action juste et trop longtemps retardée,
ARTICLE PREMIER. — Il sera frappé sur la ville de Livourne une contribution d’un million de francs.
ART. 2. — Cette contribution sera acquittée en quatre jours, date de la ratification de la présente.
ART. 3. — L’ordonnateur en chef de l’armée et le receveur des contributions sont chargés chacun en ce qui le concerne de l’exécution du présent, dont copie sera envoyée au ministre de la Guerre.
[R. I. p. 302.]
Florence, le 14 floréal an IX (4 mai 1801).
Je m’empresse de vous annoncer, citoyen ministre, que mon avant-garde occupe depuis le 5 floréal toute la presqu’île de Tarente.
Mon chef d’état-major vous fait connaître par ce même courrier l’état de ses différents cantonnements. J’attends avec impatience le résultat de l’acte de vigueur que je leur ai fait passer, ainsi que l’état de son arriéré; je vous ferai parvenir incessamment l’un et l’autre.
J’espère pouvoir vous annoncer dans la journée de demain l’occupation de l’île d’Elbe, ainsi que la prise de la croisière anglaise stationnée dans le canal de Piombino. J’aurai l’honneur de vous écrire plus en détail par le prochain courrier.
[R. I. p. 303.]
Florence, le 15 floréal an IX (5 mai 1801).
Au citoyen Delmer, receveur des contributions en Toscane*
Je vous préviens, citoyen, que conséquemment à l’effet de mon arrêté du 21 ventôse dernier qui charge la Toscane du paiement de partie de la solde de mon armée, j’ai fixé que le Gouvernement toscan verserait dans votre caisse la somme de 120,000 francs pour le mois de floréal et 100,000 pour chaque autre. Je vous charge de vous concerter avec lui à cet égard pour assurer avec la plus grande exactitude cette rentrée aux époques déterminées. Je vous signifie qu’elle est d’urgence.
[R. I, p. 303.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Vous vous rendrez sur le champ, citoyen, à Livourne pour rétablir et y suivre de concert avec l’ordonnateur en chef la perception d’un million que je viens de frapper sur cette commune malveillante.
Je vous autorise à employer et à requérir tous les moyens coercitifs nécessaires pour l’exécution de mon arrêté que vous trouverez ci-joint et qui est de rigueur.
J’invite les autorités militaires à vous donner à cet égard assistance et sûreté.
[R. I, p. 303.]
Rome, ce 4 may 1801.
EXCELLENCE,
Mons. Aymé nous quitte. Je ne veux pas le laisser partir sans lui donner une lettre qui me rappelle au souvenir de V. E., dont j’apprécie au plus haut degré l’amitié qu’elle a bien voulu m’accorder. Je ose espérer qu’elle ne soit pas mécontente que je lui en demande instamment la continuation.
V. E. a reçu ici quelque marque de l’empressement du S. Père pour être présent à sa mémoire. Elle n’en a point reçue aucune de moi. Je la prie donc d’agréer une boete qui représente un beau chien en mosaïque que, je espère sans doute, V. E. trouvera travaillée à merveille. Je me flatte que, en prenant du tabac, elle se souviendra de moi quelquefois.
Je dois prévenir V. E. que le duc Braschi sait positivement que l’ordre a été donné par le P. Consul que on lui rende ses biens de Cesena. Mais une friponnerie d’un ancien ennemi de la famille (à qui cependant il a fait beaucoup de bien) y mette à présent des entraves, pour enlever au duc auparavant sur ces biens la somme de 1,000 piastres, que le duc ne doit nullement. Que V. E. donne un coup d’œil sur le mémoire ci-joint et ensuite qu’elle ait la bonté d’appuyer de tout son crédit les justes instances de ce malheureux duc, auquel mon cœur s’intéresse au plus grand degré possible. Comme il est inutil, d’après l’ordre du Premier Consul, d’acheter (comme V. E. se le proposoit) le consentement du gèn. Brune en faveur de la demande de restitution par le rescrit gracieux du Pape, que V. E. a obtenu à sa demande en faveur du duc Bonelli, ainsi il faudrait en profiter maintenant pour cet objet secondaire : savoir pour engager le gèn. Brune à ôter tout prétexte de retard et faire rendre les biens, sans égard à la calomnie du sieur Cattanzi, qui pourra appeller le duc Braschi devant ses tribunaux légitimes, dans le lieu de sa demeure, s’il croit avoir des griefs contre lui. Je recommande à V. E. cette affaire avec tout l’empressement possible.
Je espère que V. E., selon les arrangements que nous avons ici pris ensemble, voudra bien donner des ordres positifs pour que, à l’exception de la ville d’Ancône, tout le reste de l’État ecclésiastique soit évacué par ses troupes. Il en y reste encore, et chaque jour est terrible pour un pays qui n’a plus rien. Je ne doute point que V. E., voyant déjà s’être écoulés le 4° ou 5° jours, voudra faire en sorte que toutes les villes reconnaissent en elle celui qui les délivre d’une dépense, à laquelle elles ne peuvent suffire nullement.
Je la prie de même de vouloir donner des ordres au commandant d’Ancône, pour que il n’oblige pas les prélats délégués à fournir du bled aux pays gouvernés par la Cisalpine, car l’État en manque pour sa subsistance même et pour l’entretien des troupes qui sont à Ancône.
Je me rapporte à ce que M. Aymé dira à V. E. sur les différents objets et mémoires dont il m’a chargé par vos ordres, elle verra combien je les ai rempli. Je désire instament qu’elle m’en honore souvent ; ce sont mes vœux sincères.
Je prierai V. E. de me rappeller à M. le gén. Berthier. Que V. E. ne m’oublie point et que elle veuille être persuadée que je lui conserverai toujours au même degré les sentiments de la plus parfaite estime et véritable attachement, avec lesquels je ai l’honneur d’être de V. E.
Très affectionné serviteur.
Hercule Card. CONSALVI.
[Archives du prince Murat. D. 60 (14).]
A Rome, ce 5 may 1801.
Je joins cette lettre à l’autre pour dire à V. E. que le tableau que Sa Sainteté lui destina pour une marque de sa bienveillance, lui sera remis par M. Jubert. Je suis sûr que V. E. en sera fort contente. Il est peint par Raphael243; cela n’est pas douteux, et il est inscrit comme tel dans la liste du Museum Vatican, duquel il était maintenant le reste le plus précieux. D’ailleurs V. E., en sa qualité de connoisseur, verra qu’il est vaïritablement un chef d’œuvre de l’art et que l’on y voit à coup d’œil l’auteur.
Il ne me reste que renouveller à V. E. les sentiments de la plus parfaite estime et de l’attachement qu’elle me connoit et avec lesquels, je ai l’honneur d’être, de V. E.
Très affectionné serviteur,
H. Card. CONSALVI.
Le retard du départ de Mons. Aymé donne lieu à une nouvelle lettre de ma part à V. E. qui sera peut-être ennuyée des deux premières, mais qui par sa bonté naturelle et l’amitié qu’elle me conserve, voudra bien me pardonner mon importunité.
Après avoir parlé à M. Aymé sur l’affaire du duc Braschi, dont il est question dans une de mes lettres ci-jointes, je dois observer à V. E. qu’il vaudroit beaucoup mieux peut-être que de s’adresser à M. Petiet, à Milan, au lieu du gén. Brune, l’affaire étant de son département. Je ne doute point que V. E., qui connoit parfaitement bien les devoirs sacrés de la reconnoissance, ayant le cœur si bien fait, voudra contribuer à ce que je le puisse remplir, me rendant vraiment util au malheureux neveux du feu Pontife, qui a tant de droits à mon dévouement, ainsi que à l’intérêt de tout cœur sensible. Je prie V. E. de vouloir bien me rendre ce service, espérant que la célérité et l’empressement que je ai mis pour la servir dans ce qui regardoit le duc Bonelli pourra contribuer à faire réussir V. E. auprès du gén. Brune, dans cette affaire qui tient si étroitement à mon cœur.
Je ai parlé avec M. Aymé sur le séjour des troupes dans cet État. Il m’a dit que il ne doute point qu’elles occuperont toujours dans ce tems la Marche d’Ancône. Mons. Caleppi assura Sa Sainteté qu’il étoit convenu avec V. E. que à l’exception de la ville et forts d’Ancône, tout le reste de l’État ecclésiastique auroit été évacué dans l’espace de 5 à 6 jours. Sa Sainteté a déjà rempli, malgré l’état ruineux où il est réduit, les engagements pris avec V. E. Elle ne fait pas doute que V. E. voudra bien donner les ordres positifs pour que ses dispositions soient remplies de même. Je prie V. E. de vouloir bien donner ces ordres-là qui sont nécessaires à l’existence même de ce pays-ci, qui est par l’état ruineux de ses finances aux dernières extrémités.
Il est une autre chose, dont je ai besoin d’avoir recour à V. E. Les commandants de la Cisalpine s’adressent au commandant d’Ancône, et celui-ci, pour les favoriser, fait des réquisitions des bleds aux prélats délégués, qui sont au désespoir de voir le pays affamé, car il n’y a plus de bled, même pour les troupes françaises. Il est certain que cette extraction des subsistances hors de notre État nous mettra à la dernière extrémité. Que V. E. donne des ordres les plus positifs et les plus sévères pour empêcher le commandant d’Ancône de rien exiger sous ce prétexte, ni même pour la troupe, car c’est au Comte S. de pourvoir à la subsistance et il le fait sans reproche.
Je prie V. E. de ne point oublier mes prières. Je lui renouvelle les offres de mes services, je serai très heureux, si elle voudra me donner ses ordres et je tâcherai de m’en acquitter le mieux que je saurai le faire. Je m’en rapporte à ce que M. Aymé lui dira sur le souvenir que je conserve de sa personne et sur mon désir de son amitié. Je ai l’honneur d’être à jamais avec respect.
Très affectionné serviteur,
Hercule, Card. CONSALVI.
Je joins ici le cachet avec lequel je ai fait signer le tableau de Raphael, que je lui envois par le moyen du sieur Jubert, de peur que quelque personne intermédiaire pût envoyer une copie à sa place.
[Archives du prince Murat. D. 60 (15).]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Je vous remercie, mon cher Miot, des détails que vous m’avez transmis par vos lettres des 11 et 12 courant, ils m’étaient connus avant l’arrivée de votre dépêche. Le chef de brigade Mariotti m’avait adressé déjà le même rapport dont vous m’envoyez une copie. Nous sommes en ce moment maîtres de toute l’île d’Elbe, excepté Porto Ferrajo. Le commandant de cette place a refusé de la remettre. Le général Tharreau, après une seconde sommation, aura dû l’attaquer de concert avec l’escadre du contre-amiral Ganteaume qui bloque le port. J’attends à chaque instant la nouvelle de la reddition de cette place.
L’exemple d’insubordination donné à Livourne par la 60ᵉ a été rigoureusement réprimé et tout est rentré dans l’ordre. Deux compagnies de grenadiers ont été désarmées, dégradées et envoyées dans la citadelle de Turin où elles attendront les ordres du Gouvernement. Ce premier acte de rigueur a ramené tout le reste de la troupe, elle a demandé à s’embarquer après avoir fait connaître et livré les coupables. Deux de ceux-ci ont été fusillés, les autres condamnés aux fers. Une telle mesure sévère, sans doute mais nécessaire, assure dans toute mon armée la discipline que je suis bien résolu d’y maintenir. J’espère que désormais toutes les manœuvres de nos ennemis ne sauraient produire un écart semblable à celui de Livourne, des relations sûres m’ont fait connaître que la résistance momentatée de la 60ᵉ était l’ouvrage de plusieurs agents anglais, secondés par les habitants de Livourne. On avait distribué de l’argent, on avait enivré les soldats, on les avait animés par les moyens les plus perfides. Pour punir les habitants d’une ville constamment dévouée à nos ennemis, j’ai imposé sur eux une contribution d’un million, qui devra être payée quatre jours après la notification de mon arrêté. Je me servirai des moyens que va me fournir cette contribution pour vous envoyer les secours que vous me demandez. Je me ferai livrer à compte du million, six mille quintaux de grains, et je vous en ferai l’envoi aussi promptement qu’il sera possible. Je trouverai le plus grand plaisir à donner un témoignage de l’intérêt que je porte aux habitants de l’île de Corse et aux troupes que je sais être animées du meilleur esprit. Je vous prie d’être aussi persuadé, mon cher Miot, que je serai particulièrement charmé de faire quelque chose qui vous soit agréable. Je ferai connaître par l’ordre du jour la conduite du détachement de Bastia.
[R. I, p. 304.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
J’ai envoyé à Paris, mon cher général, copie de la lettre de monsieur l’ambassadeur russe près la Porte Ottomane, ainsi que celle qui était adressée à M. Kalitcheff. Des réponses me parviendront d’ici à dix jours. Retenez à Ancône les bâtiments ragusais que vous chargerez de ces réponses. En attendant, faites partir par la première occasion qui se présentera la lettre que j’adresse moi-même, en réponse à celle qui m’a été écrite.
Les Polonais destinés à être embarqués sur les bâtiments qui partent pour l’Égypte sont en route depuis longtemps.
Je vous autorise à retenir dans votre division le capitaine du génie Bernard : je fais connaître au ministre de la Guerre cette disposition.
J’espère que le général Berthier vous a fait connaître le départ du 11e régiment d’hussards pour la Toscane. Les ménagements que commandent les circonstances pour Sa Sainteté et l’épuisement où se trouvent ses États ont déterminé ce mouvement. Je pense que le général Debelle sera plus galant qu’il n’a été réservé en parlant des généraux de l’Armée d’observation244, c’est-à-dire qu’il ne sera pas assez maladroit pour destituer quelques commandants de place dans la Romagne, parce qu’ils auront exécuté vos ordres et les miens. J’ai répondu déjà à vos lettres précédentes concernant les marins qui viennent des lacs d’Italie. Je vous prie de me faire connaître le jour de leur arrivée à Ancône et celui de leur départ pour Brindisi.
Le général Soult est entièrement établi dans la presqu’île d’Otrante. La division maritime l’est aussi dans la province de Pescara. Nous sommes maîtres de l’île d’Elbe. Porto Ferrajo seul nous résiste, mais je pense qu’il ne faut qu’envoyer quelques bombes dans cette place pour forcer le gouverneur à nous la rendre. Deux bataillons de la 60ᵉ cernent la ville par terre et l’escadre de Ganteaume bloque le port.
Vous allez recevoir l’ordre d’envoyer en Toscane le bataillon de la 26ᵉ légère. Ne vous en prenez qu’au Saint-Père et au peu de moyens de ses États, si j’affaiblis si fort votre division.
Donnez l’ordre au commissaire des Relations commerciales de faire rendre par les différents armateurs de l’Adriatique tous les bâtiments pris sous pavillon autrichien ou napolitain depuis les traités respectifs avec ces deux puissances. Vous sentirez combien il est pénible de recevoir chaque jour des réclamations des ambassadeurs et des généraux des deux puissances devenues nos amies.
Le Saint-Père va réitérer ses ordres à ses différents délégués dans la Marche d’Ancône pour empêcher l’exportation des grains, vous devez vous y opposer de votre côté par toute espèce de moyens.
[R. I, p. 305.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
J’ai reçu en même temps que votre lettre du 14, mon cher général, le rapport du chef de brigade Mariotti qui m’annonce l’occupation de l’île d’Elbe, ainsi que la bonne conduite du gouverneur de Longone que je m’empresse de faire connaître à sa Cour ainsi qu’à mon Gouvernement. Je vais réitérer l’ordre à la commune de Livourne de vous expédier sur le champ les deux mille sacs de blé qu’elle nous doit ; je vais en outre la forcer à me fournir six mille quintaux de grain pour l’île de Corse.
Je pense que je recevrai aujourd’hui ou demain la nouvelle de la reddition de Porto-Ferrajo ; quelques obus jetés dans la ville doivent suffire pour faire entendre raison à son obstiné gouverneur. Vous avez fort bien fait de ne pas changer les autorités civiles, vous devez commander militairement.
Au lieu de faire embarquer sur l’escadre de Ganteaume le bataillon polonais, disposez de préférence du bataillon complémentaire de la 4ᵉ légère venant de Bastia. Renvoyez en Corse tout ce que vous avez de la 23e légère, ainsi que les trois compagnies de carabiniers de ce corps, aussitôt que vous aurez réuni dans l’île d’Elbe deux bataillons de la 60e.
L’escadron du 7e d’hussards se trouve à Sienne, je désire l’envoyer à bord de l’escadre de Ganteaume pour le faire passer en Égypte. Si cette escadre n’est pas encore partie et si elle peut le recevoir, faites connaître mon intention au contre-amiral.
Renvoyez aussi à Livourne tous les Polonais que vous avez, vous savez que mon intention est de réunir ces deux bataillons et de les rendre à l’Armée d’Italie.
Je viens de confirmer la nomination du citoyen Lesparde au grade de sous-lieutenant.
[R. I, p. 306.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Je m’empresse de vous rendre compte, citoyen ministre, que le chef de brigade Mariotti a effectué son débarquement dans l’île d’Elbe, dans la nuit du 10 au 11, et pris possession de Longone le 12. A l’approche de nos troupes, les habitants de l’île soudoyés par les Anglais prirent les armes et formèrent des rassemblements sous le drapeau britannique, ils étaient commandés par des émigrés corses, il n’a fallu que marcher contre eux pour les battre et les disperser. Je dois des éloges à la conduite vraiment loyale du gouverneur de Longone qui, sommé par les Anglais de leur rendre la place, a répondu qu’il avait ordre de la remettre aux troupes françaises et qu’il s’ensevelirait sous les ruines de cette place, plutôt que de ne pas exécuter les ordres du roi, son maître. Ce vieux et respectable militaire a fait plus encore, il a dispersé lui-même les premiers rassemblements de paysans qui se sont présentés devant la ville, il n’a pas hésité à faire faire une sortie malgré la faiblesse de la garnison.
Le général Tharreau est arrivé le 14 dans l’île d’Elbe. Le même jour, le contre-amiral Ganteaume a bloqué le port de Porto-Ferrajo. Le gouverneur de cette place s’obstine à refuser de nous la remettre, mais je pense que quelques bombes que j’ai ordonné d’y jeter, suffiront pour en déterminer la reddition. Je m’empresserai de vous en transmettre la nouvelle aussitôt qu’elle me sera parvenue.
Nous avons perdu quelques hommes dans les différentes affaires qui ont eu lieu, l’ennemi a perdu beaucoup de monde. Nous avons pris un drapeau anglais. On a transporté dans Porto Longone toutes les ressources de l’île ; j’ai pris le parti d’y faire envoyer de Livourne 2,000 sacs de blé.
Je n’ai encore aucune nouvelle de l’Armée d’Égypte. Je charge mon chef d’état-major de vous faire connaître les détails, de ce qui s’est passé dans l’île d’Elbe.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. I, p. 307, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
A l’ambassadeur de S. M. Impériale à Rome.
Il y a déjà plusieurs jours que je reçus de M. le général Bellegarde les mêmes réclamations que vous m’adressez relativement aux prises illégalement faites par des corsaires français sur des sujets de Sa Majesté Impériale et Royale. Je me hâtai de donner des ordres pour que toutes ces prises fussent restituées sans délai, aussitôt que la propriété en serait constatée. Je réitère aujourd’hui mes dispositions pour le même objet, ainsi vous pouvez compter sur une prompte satisfaction. Je vous prie d’être persuadé, Monsieur l’ambassadeur, que tout ce qui pourrait porter atteinte aux relations d’amitié existantes entre nos deux États, est entièrement contraire aux intentions de mon Gouvernement et à la mienne. Je mettrai toujours le plus vif intérêt à réprimer les écarts dont les sujets de Sa Majesté pourraient avoir à se plaindre et que je n’aurais pu prévenir.
[R. I, p. 308.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
A l’Ambassadeur de Russie près la Porte Ottomane
Je trouve un vrai plaisir à dissiper les inquiétudes que paraît vous avoir donné l’expédition qui se prépare à Ancône, en vous déclarant que je n’ai aucun ordre pour la diriger contre les îles vénitiennes. Mon Gouvernement désire sincèrement la paix et aucune des mesures qu’il prend ne peut avoir l’effet de prolonger les malheurs de la guerre. L’intervention de Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, Alexandre Ier, assurera toujours à la Porte Ottomane245 [ ] que pourra comporter l’état de nos relations. Les égards du Premier Consul de la République française pour tout ce qui intéresse votre Cour sont assez connus de toute l’Europe. Le Gouvernement français verrait avec plaisir, Mr l’ambassadeur, que tous les prisonniers français marins, qui devront leur liberté à vos bons offices, fussent envoyés dans un des ports de la presqu’île d’Otrante. Nous rendre ce service serait un nouveau titre ajouté à ceux que vous avez déjà acquis à notre gratitude. Vous ne pouvez rien ajouter à ceux qui vous assurent notre profonde estime.
Je me félicite, Mr l’ambassadeur, d’avoir cette occasion de vous assurer de mes sentiments particuliers et de ma très haute considération.
[R. I, p. 309.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Je vous transmets ci-joint, citoyen général, des brevets d’honneur pour les citoyens Charnier, Pilotaut, Raudin, Renaud et Rousseau, faisant tous partie de la 3ᵉ demi-brigade de ligne qui est actuellement stationnée dans votre arrondissement.
Je vous invite à adresser ces brevets au chef de brigade du corps auquel ces militaires appartiennent, pour qu’ils leur soient remis, après que la lecture en aura été faite à la tête de la demi-brigade. Il a été donné des ordres pour qu’il soit promptement fabriqué des fusils d’honneur.
Je vous transmets une lettre du ministre de la Guerre relativement au nommé Huraut, sergent-major de la 29ᵉ demi-brigade, accusé d’avoir fait usage d’une fausse permission. Vous voudrez bien faire exécuter les dispositions de cette lettre et m’en rendre compte.
[R. I, p. 309.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Les témoignages de bienveillance que j’ai reçus de votre Cour me font espérer que je ne réclamerai pas inutilement vos bons offices en faveur de l’adjudant-commandant Moliterno Pignatelli247, attaché au service de France, et maintenant employé dans l’état-major de mon armée. Privé de ses biens depuis deux ans et demi, ayant un père et un frère à secourir, il réclame que vous veuillez bien lui faire payer provisoirement par M. le conseiller Navarra, chargé de la régie de ses propriétés, une somme de 30,000 ducats napolitains, à compte de ses revenus arriérés. J’espère, M. le général, que vous lui accorderez ce secours qui me paraît lui être bien nécessaire. Je ne puis refuser le plus vif intérêt à la position critique où se trouve, par la privation de sa fortune, un officier distingué qui s’est acquis des droits à mon estime et à mon attachement. Je serai reconnaissant, M. le général, de tout ce que vous aurez fait pour lui et je vous prie d’être persuadé que si vous m’offrez une occasion de faire de mon côté quelque chose qui vous soit agréable, je la saisirai avec le plus grand empressement.
[R. I, p. 310.]
Florence, le 17 floréal an IX (7 mai 1801).
Il n’est pas en mon pouvoir d’empêcher des abus ou des désordres qui se commettent loin de moi, mais je puis au moins les réprimer lorsqu’ils me sont dénoncés et je le fais toujours avec empressement. J’espère, d’après mes ordres, que les bâtiments illégalement pris, dont vous m’aviez parlé dans vos précédentes lettres, sont déjà restitués à leurs propriétaires.
Je ferai rendre la même justice pour ceux dont vous me parlez dans celle du 2 mai. Comptez que vous trouverez toujours en moi le même empressement dans des circonstances semblables.
Je vous remercie, M. le général, de ce que vous voudrez bien faire en faveur du corsaire l’Achille, vos soins exciteront ma reconnaissance.
[R. I, p. 311.]
Florence, le 18 floréal an IX (8 mai 1801.)
Je reçois du contre-amiral Villeneuve, mon cher ambassadeur, une lettre qui me donne les détails les plus satisfaisants sur les avantages que peut nous offrir la rade de Tarente. Aussitôt qu’elle sera convenablement armée, elle pourra servir d’asile et assurer protection à la plus forte escadre, mais pour la mettre dans un état respectable et pour pourvoir à la défense de divers points importants de la côte, cinquante canons de gros calibres sont nécessaires. Je vous prie, mon cher ambassadeur, d’en faire la demande à la Cour de Naples et d’en presser l’envoi avec votre zèle ordinaire pour tout ce qui intéresse la République. Vous n’éprouverez sûrement aucune difficulté, puisque vous réclamerez une chose évidemment fondée sur le traité de paix. On n’a pas pu entendre que nos troupes dussent être stationnées dans un pays sans défense. La possession des ports serait entièrement illusoire s’ils n’étaient pas armés. Le gouvernement napolitain sentira bien d’ailleurs que si la mesure que nous proposons doit être pour nous d’une utilité momentanée, elle sera pour lui d’une utilité permanente. Je compte entièrement sur vos soins, et le Gouvernement sera plein de confiance quand il verra que vous vous occupez d’un objet qui l’intéresse si vivement. Aussitôt que vous pourrez annoncer un résultat, je vous prie de le faire connaître au contre-amiral Villeneuve, afin qu’il fasse de suite les dispositions qu’il jugera convenables. Tous les instants sont précieux, il faut faire en sorte qu’il n’en soit pas perdu un seul. Il faut que la Cour de Naples envoie avec les 50 pièces de canon que je demande une quantité suffisante de munitions, il faut qu’elle fournisse les moyens de construire les fourneaux à rougir les boulets et tous les madriers, plates-formes, outils et main d’œuvre nécessaires ; en un mot, il faut qu’elle fasse l’armement et assure la défense de la côte, c’est elle seule que ces dépenses peuvent concerner, puisqu’elle doit en recueillir le principal avantage, en rendant l’approche de ses côtes impossible à ses ennemis.
[R. I, p. 311.]
Rome, le 18 floréal an IX (8 mai 1801).
CITOYEN GÉNÉRAL EN CHEF,
Permettez que je me réjouisse avec vous de l’arrivée de Madame Murat et que je vous félicite l’un et l’autre. Vous voyez que je suis bon prophète, j’avais bien dit que Madame Murat viendrait. J’ai presque autant de désir de la revoir que vous, je la prie d’agréer l’assurance de mon respect.
M. Galeppi nous a donné pour un moment l’espérance de vous voir, je me flatte que votre voyage n’est que différé et que vous irez à Naples avec Madame Murat et que vous nous donnerez ici quelques jours.
J’espère qu’au commencement de la semaine prochaine, il partira d’ici un courrier du Pape pour Paris, par lequel je vous manderai que tout est résolu, rédigé mais non entièrement comme j’aurais voulu. Je souhaite que le Premier Consul puisse être content, c’est aussi le désir sincère du Pape. Je ne reçois jamais rien de ce qui émane de vous à Florence, je voudrais avoir vos proclamations quand elles paraissent, et vos ordres du jour imprimés. Je prie le général Berthier de me faire le plaisir de donner ordre à son secrétariat de me les envoyer.
Agréez, Général, mon sincère et inviolable attachement.
CACAULT.
[Archives du prince Murat. D, 33. 2.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
J’aurais bien désiré, mon cher ambassadeur, que vous m’eussiez fait connaître la convention explicative qui a eu lieu entre vous et le ministre de Sa Majesté Sicilienne relativement à la solde des troupes, vous auriez peut-être diminué par ce moyen l’embarras que j’éprouve sur le mode de paiement que nous devons demander pour cet objet.
Faudrait-il fournir un état des troupes que nous avons dans les Etats de Naples? Mais nous pouvons avoir quelque intérêt à laisser de l’incertitude sur la quantité positive de nos forces. Il ne conviendrait pas d’ailleurs d’exposer nos états à être accusés d’exagération, cela pourrait donner naissance à des discussions désagréables. Faudrait-il encore varier nos demandes à mesure de la rentrée des hommes malades ou absents, tenir un compte des rappels de solde pour journées d’hopitaux, donner en un mot chaque jour notre état de situation. Vous sentez quels inconvénients et quelles difficultés présenterait un tel système.
Je crois, mon cher ambassadeur, que ce qui conviendrait mieux à nos intérêts et à ceux de la Cour de Naples, c’est de fixer une somme déterminée qui sera payée chaque mois, et au moyen de laquelle nous tiendrons quitte les Etats napolitains, tant de la solde que de tous les accessoires, en sorte qu’ils n’auront absolument à pourvoir qu’à la subsistance des troupes et à l’entretien des hopitaux. Vous savez que, par mon dernier armistice, j’avais obtenu 500,000 francs par mois, c’est cette somme qu’il me paraît convenable de demander. Je vous déclare néanmoins que j’aimerais mieux me réduire à quatre cents et même à trois cent cinquante que de me déterminer à faire passer en quelque sorte la revue de mon armée aux Napolitains et à compromettre notre dignité dans des discussions sur l’exactitude des états qui seraient présentés, ainsi que sur la somme des frais accessoires à la solde, comme ceux de la table des officiers généraux et autres. Veuillez donc, mon cher ambassadeur, faire en sorte d’obtenir pour chaque mois une somme fixe qui sera versée chaque mois dans la caisse du payeur de l’avant-garde et dont il sera disposé suivant mes ordres. Si vous ne vous accordez pas pour cet objet avec les ministres de S. M. S., il est évident qu’on ne pourra refuser la solde de 13,000 hommes que nous avons le droit, aux termes du traité, d’entretenir dans le royaume, non plus que le paiement de toutes les dépenses qui tiennent à la solde, sur l’état qui en sera fourni par le général Soult. Il faudra bien s’arrêter à ce parti, si on ne veut pas en adopter un autre, mais je sens qu’il peut donner lieu à des abus préjudiciables à la Cour de Naples. Je vous prie de vouloir bien informer le général Soult du résultat de vos négociations et vous concerter avec lui pour que, dans tous les cas, les fonds de la solde soient versés à temps dans la caisse de l’avant-garde. Je le préviens des arrangements que je vous prie de négocier et je lui marque de s’en rapporter à tout ce que vous aurez fait.
[R. I, p. 312.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
J’ai senti comme vous, mon cher général, les inconvénients et le peu de convenance qu’il y aurait à demander à la Cour de Naples le payement de nos troupes sur les états de situation que nous lui fournissons. 1° Nous pouvons avoir intérêt à ne pas faire connaître la quantité positive de nos troupes. 2° Nous ne devons pas compromettre notre dignité à des discussions, ni même à des soupçons sur l’exactitude des états qui pourraient être fournis. J’écris en conséquence au citoyen Alquier pour l’engager à demander pour chaque mois une somme de 350 à 400,000 francs et davantage, s’il peut l’obtenir. Je le prie de s’entendre pour cela avec vous et de faire verser les fonds dont on sera convenu, dans la caisse de votre payeur. Celui-ci restera chargé du payement de toutes les troupes qui seront dans le royaume de Naples. Je marque au citoyen Alquier que si le ministère napolitain refuse une somme déterminée, il faudra lui demander la solde de 13,000 hommes que nous avons le droit, aux termes du traité de paix, d’entretenir sur le territoire de Sa Majesté Sicilienne, avec une somme nécessaire pour tous les frais accessoires à la solde, sur l’état qui lui en sera fourni par vous et par le général Mathieu. Veuillez entrer en correspondance pour cet objet avec le citoyen Alquier et m’instruire le plus promptement possible de la détermination qui aura été prise. Je vous engage à une surveillance exacte sur les caisses. Faites passer une revue de rigueur à toute votre division et prenez des moyens pour prévenir les exagérations trop fréquentes dans les états. Je vous préviens que, d’après les ordres du ministre de la Guerre, et pour pouvoir lui faire connaître avec précision les forces et l’arriéré des troupes qui sont sous vos ordres et sous ceux du général Mathieu, j’enverrai prochainement l’inspecteur aux revues, Souilhé, pour passer une revue générale. En attendant, je désire d’apprendre que vous avez fait celle que je vous demande.
Le payeur de votre division devra verser dans la caisse de la division Mathieu des fonds proportionnés aux troupes qui la composent. Vous voudrez bien vous entendre pour cela avec le général Mathieu.
Si vous apprenez quelques nouvelles concernant l’Égypte, faites-moi les connaître par un courrier extraordinaire.
[R. I, p. 314.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
Une lettre que j’écrivis au général Monnier le 1er floréal, répond, mon cher général, à toutes les questions que vous me posez sur votre position dans la province de Pescara, je vous en envoie une copie, vous voudrez bien vous conformer aux dispositions qu’elle renferme, c’est-à-dire occuper la province de Pescara toute entière, de la manière que vous jugerez la plus convenable au bien du service.
Il me paraît qu’il y a une exagération considérable dans les états qui portent le nombre de vos troupes à 4,000 hommes. Je vous prie de faire passer une revue de rigueur et de prendre des moyens pour obtenir de l’exactitude.
Je vais prendre des mesures pour assurer la correspondance de votre division et de celle du général Soult.
J’écris au citoyen Alquier pour l’engager à demander au Gouvernement napolitain une somme fixe par mois pour la solde des troupes. Je n’entends pas que nous devions fournir pour cela des états de situation : ou la Cour accordera, comme je lui ai demandé, 350 à 400,000 francs par mois, au moyen desquels nous la tiendrons quitte tant de la solde que des accessoires, ou nous lui demanderons la solde de 13,000 hommes, que nous avons le droit, aux termes du traité de paix, d’entretenir sur le territoire de S. M. Sicilienne, avec une somme suffisante pour tous les frais qui tiennent à la nature de la solde, sur l’état que, dans ce cas, je prie le citoyen Alquier de demander au général Soult et à vous. Quoi qu’il en soit, les fonds seront versés dans la caisse du payeur de l’avant-garde, qui sera chargé de la solde des deux divisions.
Si la Cour de Naples se détermine à fournir une somme fixe, elle n’aura plus à pourvoir qu’à la subsistance des troupes et à l’entretien des hôpitaux. Je vous préviens que, d’après les ordres du ministre, il faut pouvoir lui faire connaître avec précision la force et l’arriéré des troupes qui sont dans le royaume de Naples. J’enverrai sous peu de jours l’inspecteur aux revues Souilhé pour passer une revue générale des deux divisions. Je désire en attendant que vous fassiez effectuer promptement et que vous me transmettiez de suite celle que je vous demande.
Le payeur de l’avant-garde versera dans la caisse de votre division une somme en raison de sa force.
[R. I, p. 315.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
J’ai lu avec beaucoup de satisfaction, mon cher général, les détails que vous m’avez envoyé sur l’état du port de Tarente et les avantages qu’il peut offrir. Je les ai transmis de suite au Gouvernement qui sûrement applaudira comme moi à votre zèle et à votre activité. Je vous apprends avec plaisir que le Premier Consul m’annonce avoir donné des ordres au ministre de la Marine de pourvoir aux dépenses que vous avez à faire ; vous ne tarderez pas en conséquence à recevoir des fonds.
J’ai écrit au citoyen Alquier pour l’inviter à demander à la Cour de Naples les cinquante pièces de gros calibre dont vous avez besoin, avec tous les accessoires. Je l’invite à presser cet envoi autant qu’il sera possible. La Cour de Naples ne peut pas refuser de fournir un armement dont elle doit recueillir le principal avantage, où du moins le plus permanent.
Je vous prie, mon cher général, si vous recevez quelques nouvelles concernant l’Égypte de me les faire parvenir par un courrier extraordinaire.
Ganteaume est encore dans le canal de Piombino, Porto Ferrajo résiste toujours.
[R. I, p. 316.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
Je vous envoie avec empressement et avec plaisir, mon cher général, des brevets que le ministre de la Guerre vient de m’adresser pour vous et pour les généraux attachés à votre division. Il était bien juste qu’au moment où nous devons espérer que la guerre va finir, le Gouvernement s’occupât de fixer le sort et le rang de ceux qui l’ont faite avec distinction.
Ci-joint pour les généraux Solignac et Wouillemont.
[R. I, p. 317.]
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
La même lettre que ci-dessus. Pour les généraux Milet248 et Milhaud.
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
La même lettre que ci-dessus. Pour les généraux Carra St Cyr249 et Chabert250.
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
Je vous invite, citoyen général, à vous rendre sur le champ auprès de moi, vous devez y recevoir une destination qui vous sera, j’espère, agréable, il me tardera de vous voir arriver.
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que je me propose de donner le commandement de la cavalerie au général de brigade Milhaud. Je vous prie, en conséquence, de le faire partir de suite pour mon quartier général, conformément à l’invitation que je lui adresse et que vous voudrez lui transmettre. Vous donnerez le commandement de votre cavalerie au plus ancien chef de brigade.
Florence, le 19 floréal an IX (9 mai 1801).
Je vous préviens, Messieurs, que MM. Guillaume Vegot, François Roux, Plasse, Lantoin, Nicolas, Mille, Meyer et Cognio, négociants français, ne doivent pas être taxés pour la contribution ordinaire imposée sur votre ville, en raison de leurs établissements de commerce qui sont une dépendance de leurs maisons de France. Ils ne pourront en aucun cas être chargés qu’en raison des propriétés foncières qu’ils pourraient avoir dans ce pays.
[R. I, p. 318.]
Florence, le 21 floréal an IX (11 mai 1801).
Au consul des États Unis d’Amérique à Livourne.
Je suis instruit, Monsieur, par la copie d’une lettre que vous avez remise au commissaire Belleville, que vous réclamez comme appartenant à votre nation le navire La Colombe, dont on a saisi les papiers en le croyant une propriété anglaise. Je dois trop de confiance à votre loyauté, Monsieur, et au caractère dont vous êtes revêtu pour ne pas avoir égard à votre assertion. Je vous annonce que je donne en conséquence des ordres au commandant d’armes à Livourne, pour que les papiers saisis soient restitués sur le champ au capitaine de ce bâtiment et pour qu’on le fasse jouir de tous les avantages que doivent obtenir parmi nous les négociants d’une nation amie. Comptez, Monsieur, que vous trouverez toujours les mêmes procédés parmi les Français.
[R. I, p. 318.]
Florence, le 21 floréal an IX (11 mai 1801).
J’approuve, citoyen ordonnateur, que vous ayez retenu à Livourne les bâtiments grecs chargés de grains. Je ne leur avais accordé la permission de sortir que sur l’assurance qu’ils m’avaient donnée que leurs grains étaient prêts à se gâter et qu’ils ne pouvaient pas les vendre à Livourne. Je verrai avec plaisir que la commune les achète si elle en a besoin. Je vous préviens, au reste, que sur les représentations qui m’ont été faites par le Gouvernement provisoire et touché de la situation de la ville de Livourne, je me suis déterminé à réduire à cinq cent mille francs la contribution d’un million, et que je ne demande plus pour la Corse que trois mille quintaux de grains, dont le prix sera tenu à compte de la somme principale. J’attends ici une députation de Livourne pour régler avec elle et de concert avec le Gouvernement, le mode de paiement des cinq cent mille francs. Vous voudrez bien suspendre, en conséquence, toute poursuite pour la perception, excepté relativement aux trois mille quintaux de grains pour la Corse, dont vous presserez la fourniture et l’expédition, par tous les moyens possibles.
L’impossibilité de fournir aux malades débarqués de l’escadre de Ganteaume tous les secours qui leur sont nécessaires, me décide à vous charger de faire partir pour Nice ou pour Toulon tous ceux qui seront en état de faire le trajet. J’écrirai par un courrier prochain au contre-amiral Ganteaume pour l’engager à donner désormais la même destination à tous ceux qu’il sera obligé de débarquer. En attendant, si vous en avez l’occasion, je vous autorise à lui faire de ma part cette invitation.
Faites en sorte de fournir au contre-amiral Ganteaume toutes les provisions qu’il vous demande.
[R. I, p. 319.]
Florence, le 21 floréal an IX (11 mai 1801).
Le bruit est répandu dans la Romagne et, en particulier, à Rimini, mon cher général, que les troupes de la République Cisalpine ou les vôtres vont occuper la province de Montefeltro et le fort San-Leo. Ce bruit a porté l’alarme chez le Saint-Père252 à qui cette province appartient comme dépendance de la Légation d’Urbín et qui en est en possession. J’ai assuré le Pape qu’il ne serait rien entrepris et je vais écrire au Gouvernement pour lui demander une explication positive sur cette propriété du Saint-Siège.
Je vous prie, mon cher général, à moins que vous n’ayez des ordres exprès et bien formels, de n’envoyer aucune troupe de ce côté et de vous opposer à ce qu’il en soit envoyé par la République Cisalpine. L’état de nos relations actuelles avec le Pape nous commande politiquement tous les ménagements possibles à son égard. Ces ménagements entrent d’ailleurs dans le système général du Gouvernement qui désire de vivre en bonne intelligence avec la Cour de Rome.
[R. I, p. 320.]
Du 22 floréal an IX (12 mai 1801).
Aux termes de l’arrêté des Consuls du 24 thermidor an VIII, citoyen ordonnateur, le médecin en chef est seul chargé de la répartition des officiers de santé qui lui sont subordonnés, c’est lui qui doit fixer leur destination comme seul capable de juger où leurs talents et leurs connaissances peuvent les rendre plus utiles. Le citoyen Bacqueris est donc à la disposition du citoyen Andral, et vous vous êtes trompé, lorsque vous avez cru que ce dernier, en lui donnant des ordres, avait empiété sur votre autorité. Après avoir recommandé au citoyen Andral de mettre dans ses relations avec vous toute la mesure convenable, je vous engage à reprendre votre correspondance avec lui et à retirer les ordres que vous avez donnés à ses subordonnés.
[R. I, p. 320.]
Du 22 floréal an IX (12 mai 1801).
Après avoir pris connaissance de la lettre du payeur général des dépenses de la guerre dont vous m’avez envoyé copie, je pense qu’il a mal interprété les intentions du Gouvernement. Si les Consuls ont décidé qu’il était inutile de nommer un payeur pour l’Armée d’observation et que celui de l’Armée d’Italie suffisait, c’est que sans doute, ils ont le projet de réunir prochainement les deux armées ; mais aussi longtemps qu’elles resteront séparées, on ne peut pas supposer qu’ils veulent en confondre l’administration et les caisses. Vous voudrez bien en conséquence garder dans la vôtre tous les fonds qui peuvent y être et ceux qui pourront y entrer, pour n’en disposer que d’après mes ordres. Vous ne rendrez à cet égard aucun compte au payeur de l’Armée d’Italie.
[R. I, p. 320.]
Du 22 floréal an IX (12 mai 1801).
De nouvelles plaintes m’arrivent, citoyen ordonnateur, contre le citoyen Charlemagne, dénoncé déjà plusieurs fois comme s’étant permis des réquisitions arbitraires. Des députés de la commune de Grossetto253 annoncent qu’il s’est présenté de nouveau chez eux pour faire compléter une prétendue réquisition de cent bœufs, ils ajoutent qu’il a demandé encore soixante bœufs dans le petit territoire de Ganorono. Je vous charge d’envoyer sur les lieux quelqu’un de confiance pour vérifier en vertu de quel titre il a fait ces demandes. S’il n’a pas des ordres en règle ou s’il les a outrepassés, vous le ferez arrêter sur le champ. Vous voudrez bien rendre compte de cette affaire dans le plus bref délai.
[R. I, p. 321.]
Rome, le 22 floréal an IX (14 mai 1801).
CITOYEN GÉNÉRAL EN CHEF,
Enfin notre affaire est finie254. Le courrier du Pape qui vous porte cette lettre est chargé de remettre à M. Spina toutes les pièces demandées avec des changemens dans la rédaction à l’égard desquels j’ai gagné beaucoup, sans pouvoir tout gagner. J’attendrai avec bien de l’impatience les réponses de Paris. La fin heureuse de cette affaire est nécessaire et, si elle manquait, je regretterais éternellement d’avoir accepté cette commission. Je désire passionnément que notre général soit content et que tout puisse s’établir selon ses vues et les vôtres, qui vont au but solide de la gloire et de la prospérité de notre pays.
Mes respects à votre aimable épouse. Je vous félicite d’être ensemble, d’avoir sous les yeux votre bel Achille.
Tout à vous,
CACAULT.
[Archives du prince Murat. D. 33, 6.]
Paris, le 23 floréal de l’an IX de la République française, une et indivisible.
Le ministre des Relations Extérieures au général Murat
Je vous transmets, général, une lettre que j’écris à M. de Tamara par l’ordre du Premier Consul, elle est la réponse à celle que ce ministre vous a adressée, je vous prie de la lui faire parvenir le plus tôt possible255.
Vos opérations à Rome et à Naples ont ici la plus générale et la plus juste approbation, il est impossible de mieux accorder la modération et la fermeté, la dignité et la prudence. Le Premier Consul en est pleinement content. Je m’estime heureux d’être chargé de vous exprimer sa parfaite et complète satisfaction.
Recevez l’assurance de mon bien sincère attachement,
CH. MAUR. TALLEYRAND.
[Archives du prince Murat. D. 37, 19 4.]
Florence, le 23 floréal an IX (13 mai 1801).
J’ai donné ordre depuis longtemps, mon cher général, à la Commission chargée des recherches des marchandises et propriétés ennemies de cesser toutes fonctions. Je vous charge de lui déclarer formellement qu’elle est dissoute, son existence désormais serait au moins inutile.
Je vous autorise avec plaisir, mon cher général, à faire le voyage de Rome, mais je vous engage à prolonger votre absence le moins possible, je n’ai pas besoin de vous dire combien votre présence est nécessaire dans le pays où vous commandez.
On m’a dit, mon cher général, qu’il s’était ouvert à Ancône une ou plusieurs loges de francs-maçons, que ces établissements encouragés par vous se multipliaient, et qu’en général, ils se remplissaient d’hommes ardents, qui pourraient en abuser pour troubler la tranquillité. Je sais que le Pape en a conçu de l’inquiétude, il a pu voir dans cette innovation une infraction aux lois de ses États, où les sociétés maçonniques n’ont jamais été permises, et un moyen de réunion et de correspondance pour des hommes qu’il redoute. Je vous engage, mon cher général, à faire fermer toutes les loges établies dans l’étendue de votre commandement. Je suis bien persuadé qu’si vous avez présidé à l’organisation de quelques-unes, il n’y a été admis que des hommes dignes de confiance, mais cet exemple peut autoriser à en former d’autres où les choix ne seraient pas faits avec le même soin et le même discernement. Ce serait d’ailleurs en sens inverse du système du Gouvernement, que de faire des innovations dans les États ecclésiastique, lorsqu’il paraît vouloir en assurer la pleine souveraineté au Pape, telle qu’il en jouissait avant la guerre. Je vous prie de me faire connaître, avant de partir pour Rome, les mesures que vous aurez prises à cet égard.
[R. I, p. 322.]
Florence, le 23 floréal an IX (13 mai 1801).
Les députés que vous m’avez envoyés, Messieurs, m’ont porté vos réclamations relativement à la contribution d’un million imposée sur votre ville, ils m’ont prouvé, comme j’étais disposé à le croire, que le plus grand nombre des habitants de Livourne ont été étrangers aux manœuvres perfides qui purent égarer un moment des soldats français ; ils m’ont représenté combien tous les hommes estimables sont affectés de voir peser sur la commune entière une inculpation dont tout le poids doit retomber sur quelques malveillants. Touché de leurs représentations, sensible aux dispositions qu’ils m’ont exprimées de votre part de venir au secours des besoins de l’armée française, et me livrant aux mouvements de mon propre cœur qui n’avait cédé qu’avec peine à la nécessité de frapper avec vigueur une commune intéressante, je me suis déterminé à retrancher la plus grande partie de la contribution qui vous avait d’abord été demandée. Voici à quoi je la réduis.
1° Vous compléterez la fourniture déjà commencée de trois mille quintaux de grains destinés pour la Corse ;
2° Vous verserez, avant le 30 de ce mois, dans la caisse du receveur des contributions une somme de 300,000 francs qui doit être employée à l’habillement d’une partie de mes troupes.
Au moyen de l’exécution de ces deux articles et de quelques fournitures que vous avez déjà faites pour l’escadre du contre-amiral Ganteaume, il ne vous sera plus fait aucune demande pour la contribution extraordinaire portée d’abord à un million. Je vous promets de plus, Messieurs, au nom de mon Gouvernement, que tous les sujets de plainte qui ont donné lieu à cette contribution seront oubliés et que les Français ne se souviendront plus que des dispositions loyales et amicales que vous venez de montrer et qui ont été exprimées par vos députés.
Je vous préviens que le délai pour les 300,000 francs est de rigueur, au point que si le versement n’est pas fait à son expiration, la réduction que je vous accorde sera non avenue.
[R. I, p. 323.]
Florence, le 23 floréal an IX (13 mai 1801).
Lorsque vous arrivâtes devant l’île d’Elbe, mon cher général, j’espérais que nos opérations seraient promptement terminées et, par conséquent, retarderaient peu votre marche vers le lieu de votre destination principale. Voyant aujourd’hui que Porto Ferrajo nous oppose une résistance à laquelle il n’était pas naturel de s’attendre, je craindrais de vous faire manquer le but de votre expédition et de contrarier les intentions du Gouvernement, en vous retenant plus longtemps devant cette place. Il ne faut pas que cette bicoque nuise aux grands intérêts qui vous appellent en Égypte. Je vous engage donc, mon cher général, à continuer de suite votre route, je me bornerai à faire continuer le siège de Porto Ferrajo par terre et si vous pouvez, sans inconvénient, laisser une frégate pour bloquer le port, je ne doute pas qu’elle ne suffise pour me procurer dans peu la possession de la ville. Vous pouvez prendre sur votre escadre et emmener en Égypte un bataillon de la 4e légère que j’ai donné ordre au général Tharreau de faire embarquer. L’ordonnateur en chef a dû vous faire fournir les provisions que vous avez demandées à Livourne.
Vous avez fait débarquer un nombre très considérable de malades ; manquant d’établissements et même de médicaments pour ceux de mon armée, je vais être forcé de les envoyer à Nice ou à Toulon ; je vous prie de donner à tous ceux que vous pourriez encore avoir à bord la même destination.
Toutes les nouvelles que nous avons de l’Égypte s’accordent à dire que les Anglais y ont été battus. Un fait sur lequel il n’y a plus aucun doute, et que le général Acton a affirmé à Naples au citoyen Alquier, notre ambassadeur, c’est que le général Abercromby a été tué et son corps transporté à Malte256. Les deux généraux qui lui ont succédé ont été grièvement blessés. Ces événements doivent être d’un heureux augure pour le succès de votre expédition.
Allez, mon cher général, portez des secours à la brave Armée d’Égypte, mes vœux et mon attachement vous accompagnent.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 324, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 23 floréal an IX (13 mai 1801).
Porto Ferrajo ne veut donc pas se rendre, mon cher général? Il est assez étrange que le gouverneur de cette place fasse plus de difficultés pour la rendre que le Grand Duc n’en a fait pour céder toute la Toscane. Craignant de faire manquer au contre-amiral Ganteaume le but de son expédition, je lui écris de continuer sa route pour l’Égypte. Avant qu’il ne s’éloigne, faites au commandant de Ferrajo une seconde sommation, dites-lui qu’il a assez résisté pour l’honneur, qu’une plus longue opiniâtreté pourrait causer la ruine entière de la ville où il commande, nous mettrait en droit de le traiter en rebelle, et ne lui laisserait aucun accès aux bonnes grâces de son nouveau prince, déjà parti d’Espagne pour venir prendre possession de la Toscane. Promettez-lui oubli entier du passé, assurez-le que les habitants de Ferrajo ne seront pas maltraités et qu’il ne sera frappé aucune contribution. Si ce mélange de menaces et de promesses ne le détermine pas à se rendre, il faudra bien se borner à tenir la place bloquée par terre. Si Ganteaume peut laisser une frégate pour la bloquer aussi par mer, je ne doute pas que dans peu de jours nous n’en soyons maîtres, j’ai avis que les vivres y manquent, et que le gouvernement n’est pas éloigné de capituler.
Je vous ai déjà écrit de faire embarquer le bataillon de la 4ᵉ légère venu de Corse, je marque au contre-amiral Ganteaume que, s’il peut le prendre sur son escadre, vous le lui enverrez.
Je vous prie, mon cher général, de veiller à ce que l’on n’abuse pas de votre nom ou de votre confiance pour faire des contributions exorbitantes dans les Maremmes. J’ai été instruit qu’un officier, nommé Charlemagne, avait requis plus de deux cents bœufs dans le seul arrondissement de Grossetto ; je ne présume pas que vous ayez fait une demande aussi considérable. Vous sentez combien il importe de ne pas surcharger ce pays de contributions de toute espèce, au moment où son nouveau souverain arrive pour en prendre possession.
Toutes les nouvelles d’Égypte s’accordent à nous apprendre la défaite des Anglais. Ce qui n’est plus douteux, c’est que le général Abercromby a été tué et son corps transporté à Malte, deux généraux qui l’ont remplacé ont été grièvement blessés.
Cette lettre vous sera remise par le citoyen Pieton, mon aide de camp, il restera près de vous suivant les instructions que je lui ai données. Je vous engage à tirer parti de la bonne volonté que je lui connais.
[R. I, p. 325.]
Florence, le 23 floréal an IX (13 mai 1801).
Au citoyen Miot, administrateur en Corse.
Je vous annonce avec plaisir, mon cher Miot, que vous allez recevoir trois mille quintaux de grains qui vous sont expédiés de Livourne. J’espère que cet envoi dissipera les inquiétudes que vous m’aviez montrées sur vos moyens de subsistance. Les grains ne devant être payés au capitaine qui s’est chargé de vous les livrer que sur votre récépissé, je vous prie de faire constater avec soin le poids et la qualité.
Forcé de faire le siège de Porto Ferrajo, je manque de poudre et ai besoin de fusils. Le général Muller m’a assuré que vous pouviez venir à mon secours. Je vous prie donc, mon cher Miot, de m’expédier le plus promptement qu’il vous sera possible huit à neuf mille de poudre, que je vous rendrai aussitôt que je le pourrai, avec six cents fusils neufs et quatre cents réparés, tous armés de leur bayonnette. J’attendrai avec impatience que tout cela m’arrive à Livourne. Je compte que vous m’en ferez l’envoi sans aucun délai.
[R. I, p. 326.]
Florence, le 24 floréal an IX (14 mai 1801).
Le citoyen Joseph Bonfante n’a aucun droit, Messieurs, aux rations qu’il vous demande. J’autorise en conséquence votre commune à ne lui rien fournir.
Vous me ferez plaisir, Messieurs, si vous voulez bien me faire connaître avec précision l’époque et les circonstances de la mort de l’abbé Bonaparte, décédé dans votre commune258. Je désire aussi de savoir dans quel état il a laissé ses affaires et qui possède les biens qu’il a dû laisser. J’espère que vous me ferez parvenir ces renseignements sous le délai le plus court.
[R. I, p. 326.]
Florence, le 24 floréal an IX (14 mai 1801).
A l’ordonnateur en chef.
Porto Ferrajo ne veut pas se rendre, j’ordonne au général Tharreau de se borner à bloquer cette place par terre et au général Ganteaume de continuer sa route, en laissant, s’il lui est possible, une frégate ou deux pour bloquer le port. En conséquence, prenez toutes les mesures nécessaires pour assurer aux troupes qui sont dans l’île d’Elbe des subsistances en tout genre. Faites peser vos réquisitions également sur toute la Toscane. Priez le général Tharreau de vous faire connaître l’état de ses besoins et mettez la plus grande activité à y pourvoir. Les chemises et les souliers que vous avez expédiés d’Ancône pour l’avant-garde, se trouvent dans ce moment à Arezzo. Je vous prie de faire connaître les mesures que vous aviez prises pour assurer l’arrivée de ce convoi. Vous voudrez bien aussi m’envoyer une note exacte de la quantité de chaque espèce d’effets.
Il est à craindre que les objets que vous aviez destinés à la division Mathieu n’aient éprouvé le même retard. Marquez-moi sur le champ à quel prix le citoyen Reinier vous avait offert définitivement ses habits. J’espère que toutes vos mesures seront prises et tous vos ordres donnés dans la matinée de demain, et que vous repartirez dans l’après-midi pour Florence, où votre présence est plus nécessaire qu’à Livourne.
[R. I, p. 327.]
Florence, 25 floréal an 7 (15 mai).
CITOYEN CONSUL,
Un courrier de Rome passe à Florence, il est vraisemblable qu’avant son arrivée à Paris, vous en aurez reçu un des miens. Je ne crois pas néanmoins devoir le laisser partir sans vous donner quelques détails sur notre position devant Porto-Ferrajo. Cette place oppose une résistance opiniâtre ; le 19, elle a soutenu du côté de la terre le feu de trois mortiers, trois obusiers et 4 pièces de 20 et 24 ; du côté de la mer celui de l’escadre du contre-amiral Ganteaume. Elle a dû souffrir beaucoup et persiste néanmoins à se défendre. Le 23, au soir, le général Tharreau a dû faire donner un assaut, j’espère en apprendre demain le résultat. Je m’empresserai de vous le faire connaître par un courrier extraordinaire. Prévoyant que ce siège pourrait trainer en longueur et ne voulant pas exposer le contre-amiral Ganteaume à manquer le but de son expédition, je lui ai écrit avant-hier pour l’engager à poursuivre sa route.
J’ai ordonné en même temps au général Tharreau de faire une nouvelle sommation au gouverneur avant le départ de l’escadre, de lui rappeler le traité de Lunéville, ratifié par les princes de l’Empire, de lui représenter qu’il a résisté assez longtemps pour l’honneur, et qu’une plus longue opiniâtreté, en nous mettant en droit de le traiter en rebelle, lui fermerait tout accès aux bonnes grâces de son nouveau Prince, parti déjà d’Espagne pour venir prendre possession de la Toscane. Je lui ai fait promettre que tout le passé serait oublié, que la ville ne serait soumise à aucune contribution, en un mot j’ai voulu que tous les moyens fussent mis en usage pour l’engager à nous remettre la place. S’il refuse encore, nous nous bornerons à bloquer la ville et à empêcher, autant qu’il sera en notre pouvoir, qu’il lui arrive des subsistances. J’ai demandé pour cet objet au contre-amiral Ganteaume de nous laisser une frégate, s’il croyait pouvoir le faire sans inconvénient ; s’il ne la laisse pas, nous employerons des chaloupes canonnières et quelques petits bâtiments assez mal armés. J’attendrai vos instructions avant de me déterminer à des mesures plus vigoureuses.
Je vous transmets une lettre que je viens de recevoir du Grand Maître de l’ordre de Malte, Hompuech, et je vous annonce qu’il envoye près de vous le Bailly de Suffren, à qui je donnerai une lettre de recommandation qu’il me demande. Je vous prie de me faire connaître quelles intentions vous voulez que je manifeste au Grand Maître, je me suis borné jusqu’ici à l’assurer vaguement de votre intérêt.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives de la Guerre et Archives du prince Murat. R. I, p. 331.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Au citoyen Cacault, ministre près le Saint-Siège.
Votre recommandation, mon cher ministre, me déterminerait bien certainement en faveur du citoyen Valville, si l’établissement d’un commissaire des guerres à Rome était nécessaire, mais le passage des troupes soit dans cette ville, soit dans les environs, ne doit pas être assez considérable pour exiger la présence d’un tel officier. Pour mettre les pays romains à l’abri de toutes les tracasseries que se permettent les militaires isolés appartenant à la Légion italique, ainsi que vous l’annoncez, il doit me suffire de vous engager à prévenir le secrétaire d’État qu’il ne doit être rien fourni qu’à des militaires français, porteurs de feuilles de route et d’ordres en règle ; que les fournitures doivent leur être faites seulement dans la ligne tracée par leur itinéraire et jamais ailleurs ; que dans aucun cas, on ne doit se prêter à aucune réquisition extraordinaire de leur part, ni à un séjour plus long que celui porté sur leurs ordres, à moins d’événements imprévus et de nécessité reconnue. Rien ne saurait être plus contraire à mes intentions que les demandes abusives que vous dites avoir été formées dans quelques cantons.
J’apprends avec plaisir l’heureuse issue de vos négociations. Je n’ai jamais douté de vos succès ; avec votre esprit conciliateur et la confiance dont vous jouissez à Rome, vous ne pouvez que réussir.
Madame Murat est très sensible à tout ce que vous me dites d’aimable pour elle, nous espérons aller vous voir dans une douzaine de jours.
Je vous envoie un peu tard deux de mes proclamations que vous connaissez, vous recevrez désormais avec plus d’exactitude tout ce qui émanera de moi. Je vous ferai envoyer les ordres du jour à mesure qu’on les imprimera.
[R. I, p. 328.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître si vous avez renvoyé à Livourne les Polonais que vous aviez à Piombino et dans l’île d’Elbe, et si vous avez fait partir pour la Corse le détachement de la 23e légère. Dans le cas contraire, pour vous mettre à même de vous passer de ces troupes, je vous autorise à faire venir dans l’île d’Elbe le 3e bataillon de la 60e qui se trouve à Sienne. J’ordonne de nouveau à l’ordonnateur Michaux de pourvoir à tous vos besoins, il s’adressera à vous pour les connaître.
Vous devez avoir reçu deux mille sacs de blé de Livourne et beaucoup d’autres objets de subsistances. Le chef d’état-major d’artillerie a reçu l’ordre de vous envoyer tout ce qu’il pourrait en munitions de guerre. Par ma lettre d’hier, vous verrez que j’avais prévu la nécessité du départ de l’escadre de Ganteaume, je l’ai engagé formellement à poursuivre sa route pour sa destination. Si, comme je le présume, ce général ne vous laisse pas une ou deux frégates pour bloquer le port de Porto Ferrajo, vous vous servirez de vos balancelles pour empêcher que cette place ne reçoive aucun moyen de subsistance du côté de la mer, tandis que vous vous contenterez de la bloquer du côté de l’île.
Je suis plus que persuadé que tous les habitants de l’île qui se sont réfugiés dans Porto Ferrajo et ont abandonné toutes leurs propriétés à la merci des soldats français, ne tarderont pas à demander à rejoindre leurs habitations, et que ceux de Porto Ferrajo, fatigués de se voir enfermés, ne tarderont pas non plus à ouvrir leurs portes. Au reste, je fais connaître au Gouvernement la résistance de cette place et l’invitation que je fais au général Ganteaume de partir, il me donnera sans doute des instructions précises. Nous ferons alors, s’il le faut, un siège en règle. Il me tarde de savoir le résultat de l’assaut que vous avez dû faire donner à la place, ou la réponse à la nouvelle sommation que je vous ai invité à faire hier au gouverneur.
[R. I, p. 239.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Au payeur général.
J’ai reçu votre lettre du 24 courant, avec la copie de celle de votre préposé à l’avant-garde. Je suis très étonné du contenu de cette dernière.
Les trente mille francs que vous avez versés par mon ordre dans sa caisse étaient uniquement destinés pour la solde, personne n’avait le droit de donner à cette somme une autre destination. Vous savez que le commissaire Lenoble reçut en partant cinq mille francs et le général Soult trente mille. Cet argent devait être employé pour les besoins imprévus de l’avant-garde. Vous ferez donc réintégrer dans la caisse de votre préposé les fonds qui ont servi à l’achat des souliers. Pendant sa route, l’artillerie a reçu des fonds pour ses besoins, les généraux en ont pour leurs courses, ainsi je ne vois pas comment les 300,000 francs destinés à la solde se trouveraient épuisés.
Vous savez que c’est la Cour de Naples qui doit solder nos troupes ainsi que les administrations. Les dépenses extraordinaires regardent le général commandant. Demandez à votre préposé le compte détaillé et bien circonstancié de toutes les sommes qui sont sorties de sa caisse, vous me le ferez connaître aussitôt qu’il vous sera parvenu.
[R. I, p. 330.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Vous vous rendrez en poste à Milan, citoyen commissaire, pour y faire l’achat de dix mille habits. Vous vous conformerez à cet égard aux instructions que vous avez déjà reçues du commissaire ordonnateur en chef, tâchez d’avoir pour 26 francs l’habit complet, le bonnet de police compris.
Dans tous les cas, je vous autorise à donner 27 francs, argent comptant, ou 32 à six mois en lettres de change sur le Gouvernement que je garantirai moi-même.
Vous expédierez sur le champ trois mille de ces habits pour la division Soult, deux mille pour la division Mathieu à Pescara259, deux mille pour la division Watrin à Ancône. Les sept mille habits seront embarqués sur le Pô et conduits à Ancône où il y aura des ordres pour faire parvenir ceux qui n’y doivent pas rester à leur destination. Les trois mille restant seront dirigés sur Florence.
[R. I, p. 330.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Je viens d’apprendre, mon cher général, que les effets d’habillement destinés pour votre division ont été arrêtés en route faute de moyens de transport, ce contretemps m’a donné beaucoup de mécontentement et j’ai donné sur le champ des ordres pour qu’on vous les fasse arriver sans délai. Il y a dans cet envoi 1,500 habits, vos officiers d’habillement en ont ici quatre ou cinq cents prêts à vous être expédiés. J’en ai fait acheter à Milan dix mille qu’on va m’envoyer et je compléterai l’envoi de trois mille pour votre division. Vous pouvez compter qu’ils vous arriveront aussi promptement que la distance des lieux peut le permettre.
Je m’occupe avec autant de sollicitude que vous-même, mon cher général, de l’arriéré justement réclamé par les troupes qui sont sous vos ordres ; mais pour pouvoir en demander efficacement le payement, il faut le connaître avec précision ; faites-le donc constater de suite et envoyez m’en l’état. Je ne cesserai de presser le ministre et de chercher d’ailleurs des moyens pour le solder.
[R. I, p. 331.]
Florence, le 25 floréal an IX (15 mai 1801).
Je vous annonçais, citoyen ministre, par ma dernière lettre que mon premier courrier vous apprendrait la reddition de Porto Ferrajo, je me trompais, cette place nous fait éprouver une résistance à laquelle nous ne devions pas nous attendre.
Le 19, elle a soutenu du côté de la terre le feu de trois mortiers, de trois obusiers, de quatre pièces de 20 ou 24, et du côté de la mer, celui de l’escadre du contre-amiral Ganteaume, elle a dû souffrir beaucoup et persiste néanmoins à se défendre.
Il paraît que les Anglais y ont la plus grande influence.
Le 22, le général Tharreau devait tenter un assaut en transportant ses troupes au moyen des chaloupes de l’escadre de Ganteaume, sur le seul point, au bord de la mer, où l’escalade soit praticable. Tout était disposé, mais les vents ayant empêché d’arriver de Livourne des bâtiments qui portaient les échelles nécessaires, l’expédition ne put avoir lieu. Prévoyant que ce siège pourrait traîner en longueur et ne voulant pas exposer le contre-amiral Ganteaume à manquer le but de son expédition, je lui écrivis avant-hier pour l’engager à poursuivre sa route. Lui-même avait senti le besoin de partir et avait déjà quitté la croisière devant Ferrajo. Je vous envoie la copie de la lettre qu’il avait adressée, le 22, au général Tharreau. On a vu ce matin devant Livourne plusieurs voiles de son escadre, les vents l’auront peut-être contrarié.
Le général Tharreau va se borner à cerner la place de manière à lui ôter toute communication du côté de l’île ; il doit aussi faire en sorte de rendre le port inaccessible en établissant des batteries sur des pointes qui le battent et qui en commandent l’entrée, il se servira aussi de quelques balancelles armées. Un très grand nombre d’habitants de l’île s’étant réfugiés dans Ferrajo s’y trouvent encombrés, ils savent que toutes leurs propriétés sont à la merci des soldats français, on m’assure qu’ils sont à la veille de manquer de vivres, je ne doute pas que, dans une telle position, ils ne soient forcés sous peu de jours de nous livrer la ville. S’ils ne se rendaient pas, faudrait-il faire un siège en règle? Cela serait long et dispendieux, l’argent nous manque. Toute ces difficultés seraient levées, si par le moyen de M. de Cobentzel, le Gouvernement faisait donner au commandant de Ferrajo un ordre de nous recevoir. Environ 250 hommes de la 4ᵉ légère venant de Corse dans l’île d’Elbe ont été embarqués sur l’escadre de Ganteaume. La 60ᵉ demi-brigade toute entière formera la garnison de l’île d’Elbe et la 23ᵉ légère va être renvoyée en Corse.
Je vous envoie ci-joint le tableau de l’emplacement des troupes de l’avant-garde que le général Soult vient de m’envoyer. Ce même général à qui d’abord l’esprit des habitants du pays où il se trouve avait inspiré les plus vives alarmes, paraît aujourd’hui avoir conçu de meilleures espérances, il m’avait écrit que des mouvements contre le gouvernement napolitain lui paraissaient inévitables tant ce gouvernement s’était rendu odieux. Je lui ordonnai de s’opposer à toute espèce d’insurrection. Il me marque que les mesures qu’il a prises ont affermi la tranquillité et qu’il n’y a pas à craindre qu’elle soit troublée. J’adresse au ministre de la Marine un plan que le contre-amiral Villeneuve lui envoie de la rade de Tarente, il paraît qu’on pourra la fortifier de manière à mettre les vaisseaux qu’elle renfermera à l’abri de toute atteinte. Les Anglais commencent à se porter vers ces parages. Le 10 floréal, trois frégates croisaient à la hauteur du cap Leuca ; le 12, on aperçut un vaisseau de ligne.
Je vous envoie copie de deux lettres écrites au général Soult sur la situation des îles ex-Vénitiennes dans l’Albanie, je vous prie de les mettre sous les yeux du Premier Consul.
Le paiement de la solde par la Cour de Naples donne lieu à plusieurs difficultés. M. Acton prétend ne devoir payer que depuis l’entrée des troupes dans le royaume. Je pense qu’il doit la solde depuis la signature du traité.
Devons-nous en second lieu fournir au gouvernement napolitain l’état des troupes que nous avons sur son territoire et ne recevoir la solde que sur ces états. Cette marche ne me conviendrait pas : 1° parce que nous pouvons avoir intérêt à ne pas faire connaître notre force réelle ; 2° parce que nous ne voulons pas compromettre notre dignité dans des discussions qui pourraient s’élever sur l’exactitude de nos états. J’ai fait proposer à M. Acton par l’ambassadeur Alquier de payer une somme fixe par mois de 350 à 400,000 francs, pour la solde et les accessoires.
S’il n’accède pas à cette demande, je me propose de demander la solde de 13,000 hommes que nous sommes en droit d’avoir dans les États de Naples, sans entrer dans aucun calcul de ce que nous y avons en effet. Je ne veux pas faire passer aux Napolitains la revue de mon armée.
La sévérité dont j’ai usé à l’égard des grenadiers de la 60e a produit le meilleur effet dans toute l’armée, je compte que désormais nous trouverons obéissance partout. Je sais néanmoins qu’il y a du mécontentement parmi les troupes de l’avant-garde et de la division Mathieu qui réclament un arriéré considérable. Je pense que s’il était question de les faire embarquer, il serait convenable de pourvoir, avant de le leur proposer, au paiement de ce qui leur est dû.
Tâchez de faire un effort, citoyen ministre, pour satisfaire de braves soldats qui se croient destinés à s’éloigner de leur patrie, au moment où la paix y rappelle tous leurs frères d’armes.
Je suis en marché pour dix mille habits avec un fournisseur de l’Armée d’Italie, je les lui achèterai ; s’il ne veut pas recevoir des traites sur vous, je ne sais trop encore comment je pourrai le payer.
Je vous préviens que sur les réclamations des habitants de Livourne et sur la preuve qu’ils n’étaient pas aussi coupables qu’on me l’avait d’abord assuré, je me suis déterminé à réduire la contribution d’un million que je leur avais d’abord demandée, elle est restée fixée à 300,000 francs en argent et 3,000 quintaux de grains que j’ai envoyés dans l’île de Corse, sur la demande du citoyen Miot.
(Je vais communiquer au cit. Miot l’arrêté des Consuls du 9 floréal, qui attache l’île d’Elbe à la 23° division militaire. Je l’engageai à prendre les mesures qu’il jugera convenables pour assurer la défense de l’île. Si le général Muller ne m’avait pas montré autant de répugnance à repasser en Corse, je lui aurais déjà donné l’ordre d’aller remplacer dans l’île d’Elbe le général Tharreau. J’espère, citoyen ministre, que votre première lettre me faire connaître d’une manière positive les instructions que je dois transmettre au nouveau commandant de cette île.
En attendant que vous ayez prononcé sur la destination du 1er bataillon de la 26e légère, comme je vous le demande par une lettre particulière qui vous arrivera avec celle-ci, je l’enverrai tenir garnison à Orbitello. Vous trouverez ci-joint le rapport d’un adjudant-commandant envoyé pour reconnaître les Présides.
Le ministre Alquier m’écrit de Naples que la frégate la Flore a porté à Malthe le corps du général Abercromby, tué sous Alexandrie. Il tient cette nouvelle du ministre Acton. Il m’annonce aussi que les deux généraux qui ont succédé à Abercromby ont été grièvement blessés)260.
Salut et respect.
J. MURAT
Naples, le 25 floréal an IX (15 mai 1801)
Comment se fait-il, mon cher Murat, que malgré toutes mes instances vous n’ayez pas encore fait établir la poste que je vous ai demandée? Je suis sans relation avec le Gouvernement, et vous seul en êtes cause. Savez-vous bien que depuis près d’un mois, vous m’avez promis de donner des ordres et que ces ordres, ou ne sont pas donnés, ou ne s’exécutent pas. De grâce, terminez cette affaire, il est inconcevable que vous la perdiez de vue.
On dit à Rome et on assure à Naples que vous allez venir avec Madame Murat. J’espère que vous ne me jouerez pas le mauvais tour de ne pas m’en faire avertir quelques jours d’avance. Je vous demande instamment de n’y pas manquer.
Voulez-vous bien faire agréer mille hommages respectueux à Madame Murat et l’assurer que je serais comblé de la recevoir à Naples et de lui en faire les honneurs.
Je vous répète que j’attends votre courrier pour la lettre relative à la solde. Répondez-moi sur la poste et envoyez des journaux.
ALQUIER.
Adieu, mon cher Murat, il était temps que Madame Murat arrivât à Florence, et votre fidélité aux abois allait vous échapper. Ne pourriez-vous pas m’envoyer la petite dame que je trouvais au bout de votre lunette261.
[Archives du prince Murat. D. 32 (13).]
Florence, le 26 floréal an IX (16 mai 1801).
J’ai reçu, mon cher Bastit, votre aimable lettre, je suis on ne peut plus sensible à tout ce qu’elle contient de tendre et de flatteur pour moy, il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, mais croyez que je vous aime autant que vous m’aimez et que je serai le plus heureux des hommes, si je puis vous fixer un jour à Paris.
Ma Caroline et mon Achille sont près de moy, je suis heureux, j’envoye à ma mère un chapelet du Pape et son portrait, je suis sûr que c’est le cadeau le plus agréable que je puisse lui faire.
Tout va bien, je resterai en Toscane jusqu’après l’installation de son nouveau duc, après je compte revenir à Paris.
Adieu, mon cher et bien cher Bastit, croyez que personne ne vous aime plus sincèrement que moy. Je vous recommande vivement ma vieille mère.
Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.
J. MURAT.
Andral a dû vous écrire au sujet de ma nièce, je vous laisse le maître de terminer cette affaire, j’approuve d’avance tout ce que vous fairez pour cela.
Florence, 26 floréal an IX (16 mai 1801).
Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, ma chère mère, mais soyez bien sûre que ce n’est pas par oubli, vous êtes sans cesse présente à mon cœur. Et comment pourrais-je oublier celle qui a élevé les premiers jours de mon enfance, celle qui m’a procuré le bonheur en me donnant de la sensibilité.
Le St Père vient de m’envoyer pour vous une paire de chapelets bénits de sa propre main. Quel plaisir j’éprouve à vous transmettre cette marque d’attention de la part du chef de l’Église, quelle joie n’aurez-vous pas à le recevoir!
Je suis le plus heureux des hommes. J’ai près de moi ma Caroline et mon joli Achille, mon bonheur serait complet si vous étiez près de nous, si je pouvais consoler vos vieux jours. Que j’envie le sort de mon frère! Il est près de vous, il vous voit, il vous aime, il doit être bien content.
Adieu, ma chère mère, j’espère aller à Barège, alors j’aurai le plaisir de vous embrasser.
Je vous embrasse de toute mon âme.
J. MURAT
Je vous envoie le portrait du Pape.
J’embrasse toute ma famille, j’enverrai bientôt quelque chose mon frère.
Florence, le 27 floréal an IX (17 mai 1801).
Je vous ai demandé, citoyen ministre, de m’envoyer le bataillon d’élite de la 26e légère, vous n’avez pas répondu à cette demande. Si vous n’avez pas desséin d’y satisfaire, comme les circonstances me portent à le penser, je vous prie de m’autoriser à renvoyer en France le 1er bataillon de cette demi-brigade.
J’ai aussi deux escadrons du 19erégiment de dragons que j’enverrai joindre leurs corps en France, si vous l’approuvez. Le bien du service paraît exiger cette réunion et j’ai ici plus de cavalerie qu’il ne m’en faut. La 13e demi-brigade de ligne réduite à 700 hommes fait partie de la division Mathieu qui occupe la province de Pescara avec près de 4,000 hommes, tandis qu’il n’en devait avoir que 3,000, je désire pouvoir la faire rentrer en France pour se compléter.
Je vous demande enfin une autorisation semblable pour une compagnie isolée de carabiniers de la 16e légère et trois de grenadiers de la 47e, toutes réduites à une poignée d’hommes.
Je vous fais passer une lettre du général Muller et une du général Rivaud ; tous deux voudraient rester auprès de moi, je les y conserverai avec plaisir. Je ne puis me dissimuler néanmoins combien le général Muller peut être utile en Corse, où il jouit de la confiance et de l’attachement de tous les habitants. Je vous prie de mettre ces deux lettres sous les yeux du Consul.
[R. I, p. 336.]
Florence, le 27 floréal an IX (17 mai 1801).
Je vous adresse, citoyen commandant, un état qui vous fait connaître la quantité et la nature des effets nécessaires pour l’armement du port et de la place de Longone. Vous remarquerez que les affûts sont ce qui manque le plus essentiellement.
Je vous charge d’envoyer sur le champ à Livourne, à Lucques et dans tous les magasins qui sont à notre disposition, pour faire choisir les affûts et tous les effets convenables, d’après la désignation portée dans l’état. Vous ferez conduire le tout avec la plus grande diligence à Piombino pour y être embarqué en arrivant. Aussitôt que vous aurez les affûts, faites-les porter à Piombino sans attendre les autres objets.
[R. I, p. 337.]
Florence, le 27 floréal an IX (17 mai 1801).
J’ai reçu, Messieurs, la lettre que vous m’avez adressée à l’occasion des réquisitions faites dans votre ville pour les besoins de l’escadre française et pour ceux des troupes qui sont dans l’île d’Elbe. Vous dites que ces réquisitions rendent illusoire la réduction que j’ai accordée sur la contribution extraordinaire demandée à Livourne. Je vous déclare, Messieurs, qu’il n’est pas dans mes intentions que la réquisition dont vous me parlez soit considérée comme faisant partie de la contribution extraordinaire, ni qu’elle pèse uniquement sur votre commune. Ces fournitures vous ont été demandées à cause de leur urgence, parce que vous étiez les plus voisins du lieu où elles étaient nécessaires, mais toute la Toscane doit contribuer à vous en payer le prix, en sorte que le gouvernement doit vous faire compte de tout ce qui excèdera la portion proportionnelle qui peut vous concerner. Les dispositions renfermées dans ma lettre à votre commune, en date du 23 courant, doivent continuer d’avoir leur exécution.
[R. I, p. 337.]
Florence, le 28 floréal an IX (18 mai 1801).
Je comptais charger votre aide de camp, citoyen général, de ma réponse à votre lettre du 23 floréal, j’apprends avec surprise qu’il est parti sans venir la demander.
Je vous envoie une lettre du Gouvernement provisoire toscan pour le commandant de Porto Ferrajo, elle contient un ordre positif de vous livrer la place qu’il commande. Notifiez-lui qu’il ne peut refuser d’y obéir sans se déclarer en révolte contre une autorité légitime et reconnue. Lorsque la Toscane appartient au duc de Parme en vertu d’un traité devenu la loi de l’Europe, lorsque le Prince est en marche pour venir prendre possession de ses nouveaux États, lorsque le Gouvernement provisoire annonce officiellement au commandant de Ferrajo ce nouveau souverain, lorsque ce même Gouvernement, dépositaire actuel de l’autorité publique, lui ordonne de poser les armes, pourrait-il encore s’obstiner à faire la guerre? On ne pourrait reconnaître dans une telle opiniâtreté que l’influence déshonorante des Anglais, accoutumés à semer partout l’or et la corruption. Vous lui direz que s’il se soumet, sa résistance jusqu’à ce moment sera considérée comme honorable et que Ferrajo n’éprouvera aucune contribution, mais que si dans quatre heures, il ne vous a pas remis la place, il ne vous sera plus permis de traiter que comme rebelle et lui et tout ce qui se trouvera renfermé.
Si cette sommation ne produit pas l’effet que j’en attends, nous nous bornerons à cerner la place, ainsi que je vous l’ai déjà marqué et vous emploierez tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour empêcher que rien ne pénètre dans le port. J’ai écrit déjà depuis longtemps au Gouvernement français pour l’engager à demander un ordre du Duc de Toscane ou de l’Empereur pour la remise de Porto Ferrajo. Je suis persuadé que cet ordre arrivera prochainement. Les craintes que vous aviez de manquer de subsistances purent vous déterminer à faire arrêter les deux bâtiments grec et napolitain dont vous me parlez. Ces craintes ne doivent plus exister aujourd’hui que vous avez reçu de Livourne deux mille sacs de grains et des provisions de toute espèce. L’ordonnateur vous a fait préparer encore 100,000 rations de biscuit et vous allez les recevoir. Je n’ai d’ailleurs aucun moyen de payer les grains dont ces bâtiments sont chargés, nous devions craindre d’être accusés en les retenant de violer nos traités avec les puissances auxquelles ils appartiennent. Il me semble qu’il serait bien plus convenable d’autoriser les capitaines à vendre leurs grains aux habitants de l’île, au lieu de faire à ceux-ci des distributions qui sûrement n’avaient pas lieu avant notre arrivée dans ce pays.
Pour vous soustraire à la nécessité de payer avec des grains le vin nécessaire pour vos troupes, je vous en ferai envoyer du continent. J’ai donné des ordres pour faire prendre dans les divers magasins de la Toscane les affûts et autres effets nécessaires pour l’armement du port et de la place de Longone, on vous les fera passer de suite, on va vous envoyer aussi des ouvriers pour la réparation de l’artillerie.
Je vous préviens que d’après un arrêté des Consuls du 9 floréal, l’île d’Elbe doit être attachée à la 23e division militaire. Il me tardera que nous soyons maîtres de Porto Ferrajo pour faire passer le commandement de l’île au citoyen Miot, administrateur de la Corse.
[R. I, p. 338.]
Florence, le 28 floréal an IX (18 mai 1801).
Je vous prie de faire connaître à l’armée, citoyen général, par le prochain ordre du jour, que j’ai vu avec la plus grande satisfaction la conduite des troupes envoyées dans l’État napolitain. Pendant une marche longue et pénible, on a eu à louer également leur patience inaltérable et leur exacte discipline. Arrivées dans le pays qu’elles doivent occuper, elles y font aimer et respecter le nom français ; des malveillants avaient espéré, tantôt en les aigrissant, tantôt en les flattant de perfides espérances, les porter à quelques désordres dont eux seuls auraient profité. Partout leurs insinuations ont été repoussées, partout les soldats ont prouvé qu’ils ne savent entendre que la voix de l’honneur et celle de leurs chefs. Les agitateurs ont perdu toute espérance, la tranquillité règne et le Gouvernement napolitain reconnaît que la loyauté du militaire français est égale à sa valeur.
Ce résultat heureux est l’ouvrage de la sagesse des soldats, du bon esprit des officiers, de la prévoyance des généraux. Vous ferez mention particulière de la conduite des grenadiers de la marine.
[R. I, p. 339.]
Florence, le 28 floréal an IX (18 mai 1801).
Au Payeur général.
Les fonds de votre caisse, citoyen, n’y ayant pas été versés par la Trésorerie, je n’ai pas besoin de lui faire connaître la destination que je leur donne. Au reste, quoique j’aie mis à la disposition de l’ordonnateur une somme de 100,000 francs, mon intention est toujours que vous n’acquittiez aucune ordonnance sans qu’elle ait été visée par moi.
Je vous autorise à faire payer aux officiers de la marine qui se trouvent à Livourne la solde du mois de floréal. Je vous donne la même autorisation pour les officiers composant l’état-major de la marine à Ancône.
[R. I, p. 340.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
(J’ai reçu, mon cher général, vos trois lettres, l’une du 13 et l’autre du 14 courant, elles m’ont fait le plus grand plaisir. En vous confiant la mission la plus importante que je pusse donner à un général, je savais bien que je vous imposais une tâche difficile et pénible, mais je savais aussi qu’elle n’était ni au-dessus de votre zèle, ni au-dessus de vos talents. Vous avez justifié toutes mes espérances. Votre conduite politique est celle que désirait le Gouvernement, celle que je désirais et que j’attendais de vous. J’en ai instruit le Premier Consul et je vous annonce d’avance qu’il en sera complètement satisfait.
Je vais faire connaître par l’ordre du jour combien je suis moi-même content des troupes qui sont sous vos ordres. Continuez, mon cher général, vos succès m’intéressent doublement par l’avantage que nous devons en retirer et par l’attachement que je vous porte.)
Les détails que vous me donnez sur le port de Tarente sont extrêmement intéressants, je les ai transmis au ministre. Vous aurez vu par ma dernière lettre que je me suis occupée activement de tous vos besoins. J’ai chargé le citoyen Alquier de demander à la fois à la Cour de Naples des fonds pour la solde et des moyens de toute espèce pour l’armement de la côte. Entendez-vous avec lui pour tout cela ; quand vous aurez à faire quelque demande qui intéresse à la Cour de Naples, je vous autorise à vous adresser directement à l’ambassadeur en même temps qu’à moi.
Je n’ai pas vu avec plaisir que le général Dulauloi ait proposé aux ministres napolitains une convention particulière pour les dépenses de l’artillerie, ce général est sous vos ordres et ne doit pas avoir une caisse particulière, il ne doit y en avoir qu’une à l’avant-garde, elle doit être à votre seule disposition et il ne doit y entrer que les sommes fournies pour la solde et les dépenses accessoires.
L’armement du port de Tarente et de la côte doit être fait sous votre direction, mais entièrement aux frais du Gouvernement napolitain, qui en retirera l’avantage le plus réel et le plus durable, il ne nous convient pas de faire avec lui un marché pour cet objet et de nous en charger comme par entreprise. Il faut qu’il fasse exécuter ce qui aura été jugé nécessaire et que ses caisses payent directement les dépenses qui seront faites. On doit éloigner jusqu’au prétexte de soupçon d’avoir fait à cet égard la moindre spéculation d’intérêt.
On vous a expédié depuis longtemps 1,000 habits pour la marine, 1,500 pour les troupes de terre, 3,000 chemises et 5,000 paires de souliers. Je croyais que tout cela vous était déjà parvenu ou du moins était très près de vous parvenir, mais j’ai appris que le convoi avait été forcé de s’arrêter en route, faute de moyens de transport. Je viens de donner des ordres pour qu’on vous les fasse arriver sans délai. Un adjoint de l’état-major et un employé de l’ordonnateur en chef sont partis avec tous les moyens nécessaires pour activer cette opération. Je vous annonce au surplus que je vous enverrai sous peu de jours, et en poste, 3,000 habits que j’ai achetés à Milan.
J’attends avec impatience les états que doit me porter l’adjudant-commandant Dampierre ; lorsque je connaîtrai avec exactitude l’arriéré de votre division, je ne cesserai de presser le ministre et de chercher d’ailleurs des moyens pour le faire payer. Vous avez dû recevoir votre brevet de général de division, ainsi que ceux des généraux Carra-Saint-Cyr et Milet. Je vous envoie les lettres d’avis qui sont arrivées quelques jours après les brevets. Je vous préviens que par un arrêté, les Consuls ont déclaré qu’il n’y aurait plus de lieutenants-généraux, l’état-major de l’armée s’organisant sur le pied de paix, on ne reconnaîtra plus que des généraux de division.
Je ne puis vous envoyer l’adjudant-commandant Romieux ; un arrêté des Consuls du 5 prairial porte que tous les officiers sans troupes qui n’auraient pas reçu leurs brevets du Gouvernement avant le 1er prairial, cesseront à cette époque d’être payés. J’ai demandé à conserver Romieux ; si on me le laisse, je pourrai vous le rendre, en attendant l’adjudant-commandant Meriage que le ministre m’a annoncé. Aussitôt qu’il sera arrivé, je le ferai partir pour vous aller joindre.
L’arrivée du duc de Parme pour prendre possession du duché de Toscane m’est annoncée d’une manière très positive, je l’attends vers le milieu du mois prochain.
Je suis en possession de toute la partie de l’île d’Elbe qui appartenait au Roi de Naples, mais le commandant de Porto Ferrajo a refusé de me remettre cette place. On l’a canonné pendant deux jours, je ne crois pas qu’il puisse tarder longtemps à se rendre.
Je vous remercie de l’intérêt que vous avez bien voulu montrer en faveur d’un brick qui porte mon nom, mais ce bâtiment m’est tout à fait étranger, même inconnu.
L’escadre de l’amiral Ganteaume, après avoir croisé quelques jours devant Porto Ferrajo, a quitté ce parage le 22 ou le 23 courant, pour continuer sa route vers l’Égypte.
[R. I, p. 340.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Vous êtes le plus aimable des hommes, mon cher ambassadeur, et nous vous devons la plus grande reconnaissance pour vos négociations, relativement aux intérêts de l’armée, avec le Gouvernement napolitain.
En vous engageant à demander une somme de 4 à 500,000 francs par mois, je crus vous faire entendre d’une manière bien positive que c’était pour toutes les troupes stationnées dans le royaume de Naples, tant sous les ordres de Mathieu que sous ceux de Soult. Avez-vous pu penser que j’eusse oublié un de ces corps d’armée? Ne vous disais-je pas d’ailleurs expressément que la somme fixe qu’on nous donnerait, devait être la représentation de la solde de 13,000 hommes, c’est-à-dire de tout ce que nous avons le droit, aux termes du traité, d’entretenir dans les États de Sa Majesté Sicilienne. Quoi qu’il en soit, mon cher ambassadeur, je m’explique bien clairement aujourd’hui.
J’accepte les 425,000 francs que vous avez obtenus, bien entendu que cette somme sera comptée pour chaque mois à dater du 8 germinal. Je vous envoie à Naples un préposé du payeur pour la recevoir, et voici la destination que je lui donne.
| Pour la caisse de la division Soult. | 240,000 francs. |
|---|---|
| Pour la caisse de la division Mathieu. | 120,000 — |
| Pour la caisse de la marine, à la disposition de Villeneuve. | 30,000 — |
| 390,000 francs |
De 425,000, reste 35,000 francs.
Il restera une somme de 35,000 francs, dont je me réserve de disposer pour les frais d’établissement du payeur, pour les dépenses de la poste qui va être organisée, et pour les besoins imprévus soit de la marine soit de l’avant-garde.
Je vous déclare, mon cher Alquier, qu’au moyen de ces dispositions les troupes de Mathieu et de Soult vont se trouver dans la plus grande aisance. Chacun de ces généraux doit même avoir au moins 20,000 francs pour ses dépenses extraordinaires. Lorsqu’ils vous ont fait les demandes exagérées dont vous me parlez dans votre lettre, leur intention était de trouver dans les payements faits par la Cour de Naples les moyens d’acquitter une partie de l’arriéré dû à leurs troupes, mais la Cour de Naples ne doit que la solde courante, la somme qu’elle accorde suffit pour la payer largement. J’attends, pour l’arriéré, des fonds que j’ai demandés au ministre et dont je ne doute pas qu’il ne me fasse l’envoi.
Je suis charmé que vous ayez empêché l’exécution de la convention proposée par Dulauloi. L’armement de la côte étant un établissement fixe, dont tous les avantages, en dernier résultat, doivent rester à la Cour de Naples, c’est entièrement à ses frais qu’il doit être fait. Les généraux français doivent en avoir la direction, mais l’exécution doit avoir lieu sous la surveillance des officiers de génie napolitains et par les moyens que le Gouvernement jugera les plus convenables et les plus économiques pour lui. En un mot, nous devons régler les travaux et non les dépenses. Je verrais avec la plus grande peine que les Français pussent être seulement soupçonnés d’avoir fait sur cet objet une spéculation et des bénéfices.
Le ministère napolitain me paraît disposé à faire sur ce point tout ce qui convient, j’en ai la preuve dans son empressement à faire partir l’artillerie que vous lui avez demandée et dans l’envoi à Tarente du général Bourcard que le général Soult me marque y être arrivé, avec les pouvoirs nécessaires pour tout arranger.
Je vous prie d’engager le ministre à envoyer des ordres prompts pour l’évacuation d’Orbitello. Je suis informé que les Napolitains se disposent à emporter tous les effets nécessaires à l’établissement des troupes. Ce procédé serait tout à fait contraire aux conventions qui nous assurent la possession de ce pays, on ne s’est réservé d’en rien retirer, il doit donc nous être remis dans l’état où il était au moment du traité. Invitez le ministre à défendre expressément aux troupes napolitaines de rien enlever ; tout ce qui manquerait aux nôtres, nous serions forcés de le demander aux habitants du pays. Ils ne sont pas riches, une telle réquisition les ruinerait et ne contribuerait pas à leur faire voir de bon œil leurs nouveaux hôtes. Instruisez-moi, je vous prie, le plus tôt possible de ce que vous aurez obtenu à cet égard.
M. le chevalier de Micheroux se plaignit à moi le 30 avril, de l’occupation par nos troupes de toutes les villes maritimes de la province de Bari. M. le général Bourcard a adressé une réclamation semblable au général Soult. Les observations faites à cet égard au nom du Gouvernement napolitain ne me paraissent pas fondées. Notre ligne de démarcation est le cours de l’Offanto jusqu’à Minervino263 et ensuite le Bradano jusqu’à la mer. Nous sommes bien évidemment autorisés à occuper tout le pays que cette ligne renferme. Je vous prie de vous expliquer positivement sur ce point avec le ministre et de faire cesser des plaintes qui semblent nous accuser de mauvaise foi, lorsque nous nous renfermons dans les termes précis du traité.
La poste pour Naples va être enfin organisée, un directeur est déjà parti et sera vraisemblablement arrivé dans votre ville avant cette lettre ; c’est faute d’argent que cet établissement n’a pas été plus tôt fait.
Il me tardera d’apprendre si la nouvelle que vous me donnez sur l’Égypte se confirme. Des nouvelles de Porto Ferrajo annoncent le départ du contre-amiral Ganteaume. Je vous envoie des gazettes et vous prie de les transmettre au contre-amiral Villeneuve qui les enverra en Égypte.
P.-S. J’allais vous expédier un courrier, mon cher ambassadeur, lorsque celui qui sera chargé de cette lettre est arrivé de Paris. Je ne l’ai arrêté que pour prendre connaissance des dépêches dont il était chargé pour moi, elles sont de la plus haute importance. Je ne vous les transmets pas, d’abord pour ne pas retarder plus longtemps le courrier, en second lieu, parce que je présume que celles qu’il vous porte vous donneront des instructions semblables à celles qui me sont adressées. Au reste, je fais repartir ce soir pour Tarente l’adjudant-commandant Dampierre et je le chargerai de vous faire connaître la mission dont il sera chargé. En attendant, je me borne à vous dire qu’il est nécessaire que vous mettiez tout en usage pour obtenir de la Cour de Naples le plus grand nombre de canons de gros calibre et la plus grande quantité de boulets, de poudre et d’approvisionnements de guerre de toute espèce. Demandez aussi des mortiers, en un mot, tout ce qui peut servir à fortifier une place qu’on veut rendre inexpugnable tant du côté de terre, que du côté de la mer.
L’intention du Gouvernement est de réunir à Tarente plus de cent bouches à feu. Je vous prie de me faire connaître par le retour de votre courrier le nombre de celles que vous aurez obtenues de la Cour de Naples. Je sais que cette Cour en a à sa disposition plus de trois cents. Il faut que la moitié de ces pièces soit du calibre de 24 ou supérieur, et l’autre moitié au moins de 18. Les mortiers doivent avoir leurs doubles crapauds. Tâchez de faire joindre une douzaine de chèvres et autant de grils à boulets rouges.
L’approvisionnement de tout doit être double, c’est-à-dire de mille coups par canon et de cinq cents bombes par mortier. Ne perdez pas un instant, mettez à profit l’empressement actuel du ministre napolitain à nous montrer de bonnes dispositions. Faites filer sans aucun délai pour Tarente tout ce qu’on vous aura accordé. Activez le transport par tous les moyens possibles ; un jour, une heure peuvent être précieux.
[R. I, p. 343.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Je vous prie de faire partir sur le champ, mon cher commandant, la lettre ci-jointe, c’est la réponse à la dépêche apportée de Constantinople par un bâtiment raguais qui était chargé de l’attendre. Je vous préviens que je désire mettre à bord du Bouledogue une vingtaine de pièces de canon de gros calibre avec leur approvisionnement complet, ainsi que sept à huit mortiers de 8 à 12 pouces. Le tout doit être déposé à Tarente. Faites-moi connaître par le retour de mon courrier si cette corvette est propre à ce transport.
[R. I, p. 347.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Vous ferez embarquer sur le champ, citoyen général, à bord de la corvette, le Bouledogue, vingt pièces de gros calibre et six ou sept mortiers. Il faut que la moitié des pièces soit du calibre de 24 ou supérieur et l’autre d’un calibre supérieur à celui de 18. Chaque pièce doit être approvisionnée à 1,000 coups et chaque mortier à 500 ; toutes ces pièces doivent avoir leur armement et leur affût. Cette expédition qui est destinée pour Tarente ne doit éprouver aucun retard. Tous ces objets doivent être à bord, à l’arrivée des marins des lacs d’Italie.
Vous joindrez à cet envoi quelques pièces de petit calibre, leur approvisionnement sera le même que le premier. Je vous préviens que le Gouvernement attache la plus grande importance à ce que cet envoi se fasse dans le plus bref délai. Vous me ferez connaître par le retour de mon courrier les mesures que vous aurez prises pour en assurer l’exécution. Vous me ferez connaître exactement le jour où cette corvette aura mis à la voile. Je vous observe que les mortiers de 12 pouces doivent avoir leurs doubles crapauds. Vous pourriez aussi envoyer trois ou quatre chèvres et trois ou quatre grils à boulets rouges.
Faites-moi connaître aussi par le retour de mon courrier le nombre des cartouches existantes dans votre parc à Ancône, je vous préviens qu’il faut que vous en embarquiez aussi un million. Je pense que vous devez avoir assez de poudre pour faire faire celles qui vous manquent pour compléter ce nombre.
C’est dans cette circonstance, mon cher général, que je réclame tout le zèle et toute l’activité que je vous connais. Je vous tiendrai le plus grand compte de tous les soins que vous vous serez donnés pour remplir les vues aussi importantes du Gouvernement.
[R. I, p. 347.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801)
Au général Soult, à l’avant-garde264
L’intention du Gouvernement, citoyen général, est que la ville de Tarente soit mise le plus tôt possible à l’abri de toute attaque de la part des Anglais, tant par terre que par mer, et d’en faire une place forte susceptible d’opposer la plus vigoureuse résistance. Vous vous hâterez donc de former un système de défense du côté de la terre et de la mer, afin que, dans le cas où il surviendrait quelqu’événement extraordinaire, vous puissiez être en état de défendre cette place aussi longtemps qu’il serait possible. Faites sur le champ préparer des batteries sur tous les points jugés nécessaires pour en défendre la rade et les approches.
Vous devez mettre la plus grande activité dans l’exécution de ces travaux, parce qu’il est possible qu’une escadre française se présente bientôt devant Tarente, et qu’elle ait besoin d’y trouver protection et sûreté. Il est nécessaire surtout qu’elle y trouve au moins les batteries faites, parce qu’il ne lui faudrait que très peu de temps pour les armer.
Je vous préviens qu’en attendant que l’artillerie qui a dû partir de Naples et que celle qui va partir d’Ancône et de Livourne vous arrivent, j’autorise le contre-amiral Villeneuve à employer à l’armement des batteries que vous allez faire construire, l’artillerie de la première frégate napolitaine qui lui sera envoyée. Je dois vous faire sentir, citoyen général, toute l’importance que le Gouvernement attache à la prompte exécution des diverses opérations qu’il ordonne pour l’armement de Tarente. Il faut que dans les circonstances actuelles, nous trouvions à la fois dans le port de Tarente un abri sûr pour notre marine, qui lui donne de l’influence dans la mer Adriatique et dans la mer Méditerranée, et une sorte de Gibraltar qui puisse au besoin mettre ce point à l’abri de tous les efforts de l’armée de terre la plus puissante. Vous devez réunir dans cette place deux millions de cartouches, un double approvisionnement pour votre artillerie de campagne ; vous établissez un arsenal d’artillerie et commencerez dès ce moment la formation de vos magasins. Le général Chasseloup a ordre de se rendre à Tarente avec des officiers du génie, pour y tracer les fortifications les plus urgentes pour la défense de la presqu’île et surtout du principal fort, mais, en attendant son arrivée, vous devez, dès cet instant et même pendant que ce général exécutera les premières opérations, faire lever un plan topographique exact des environs de Tarente, sur lequel il puisse projeter le tracé des opérations. Vous avez pour cela près de vous un ingénieur géographe.
Faites également recueillir dans un mémoire particulier les détails les plus circonstanciés sur la population, les ressources et les moyens de subsistance que présente tout le pays que nous occupons dans cette presqu’île. Je vous annonce que le général en chef de l’Armée d’Italie a ordre de vous faire parvenir le plus promptement possible, douze pièces de canon de 24 ou d’un calibre supérieur, douze pièces d’un calibre supérieur à celui de 18 et douze d’un calibre supérieur à celui de 8, avec leur double affût, armement, approvisionnement et outils de pionniers nécessaires pour la construction des batteries, six mortiers de 8 pouces. Les pièces seront approvisionnées à 1000 coups, les mortiers auront leur approvisionnement à 500 coups, on y joindra aussi des chèvres et des grils à boulets rouges.
Il partira de Gênes six pièces de 24, six pièces d’un calibre supérieur à celui de 18, mais cependant du même calibre entre elles, douze petites pièces avec six mortiers et les outils nécessaires pour mettre ces pièces en batterie, même approvisionnement et armement que pour celles envoyées d’Italie ; il partira également de Gênes des grils à boulets rouges.
Je vous expédie d’Ancône et de Livourne une quarantaine de pièces de gros calibre avec même approvisionnement et armement et une douzaine de mortiers, etc.. Je vous enverrai par terre une division extraordinaire de six forges de campagne, avec une compagnie d’ouvriers, et une centaine de caissons chargés de diverses munitions.
Je vous préviens, citoyen général, que le Gouvernement a fait partir de Paris un officier chargé d’apporter à Tarente 72,000 francs, 48,000 seront versés dans la caisse du génie, afin de pourvoir de suite aux premiers travaux de la place, et les autres 24,000 francs dans celle de l’artillerie. Cet argent servira à la construction des batteries et aux premiers besoins de l’arsenal que vous devez établir.
Je charge l’adjudant-commandant Dampierre de se rendre près de vous, vous lui remettrez le plan topographique que vous allez faire lever sur le champ, ainsi que le mémoire circonstancié des ressources de la presqu’île. Je fais sentir au ministre Alquier combien il est important d’obtenir de la Cour de Naples le plus de canons et de munitions qu’il lui sera possible. Ce moyen nous épargnerait des lenteurs et des sommes énormes et nos envois de Gênes, Livourne et Ancône ne seraient point exposés à être pris par les Anglais, puisque nous ne les ferions pas. Ce ministre obtiendra tout facilement, sous le prétexte d’employer cette artillerie à la défense de leur propre État.
Le général Dampierre qui verra le citoyen Alquier vous fera connaître d’une manière précise ce que la Cour de Naples pourra nous fournir.
Je n’ai pas besoin, citoyen général, de vous observer que cette dépêche est pour vous seul et que vous ne devez en confier les détails qu’aux officiers supérieurs qui seront respectivement chargés de concourir à l’exécution des dispositions qu’elle contient, en leur recommandant de garder le plus profond secret.
L’officier qui vous remettra les 72,000 francs devra repartir de suite pour Paris et devra être porteur de votre rapport, de celui du contre-amiral Villeneuve et des officiers du génie et de l’artillerie ; il est donc essentiel que le travail qui dépend respectivement de chacun d’eux soit exécuté avec la plus grande activité.
[R. I, p. 348.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Vous regarderez, mon cher général, comme non avenu le congé que je vous ai donné. Les circonstances actuelles rendent votre présence indispensable dans la presqu’île de Tarente et l’importance des fonctions qui vous sont confiées doit vous faire sentir la confiance que le Gouvernement vient de vous accorder.
Le but du Gouvernement étant de réunir à Tarente un approvisionnement de plus de 100 bouches à feu et de faire de cette place un Gibraltar, je charge le général Soult d’assurer par tous les moyens possibles l’exécution de l’intention du Gouvernement à ce sujet. Je le charge de vous faire connaître plus en détail la part que vous devez prendre dans ce nouvel établissement.
Je vous préviens que je donne l’ordre au général Seroux de faire partir d’Ancône 20 pièces de gros calibre et 6 ou 7 mortiers avec leur armement ou approvisionnement et un million de cartouches. Je donne l’ordre à votre chef d’état-major d’en faire partir autant de Livourne.
Il vous arrivera par terre une division extraordinaire de sept forges de campagne, une compagnie d’ouvriers et une centaine de caissons chargés de diverses munitions.
C’est à vous, mon cher général, à nous faire connaître la nature des munitions dont ces caissons doivent être chargés. En attendant je vais faire connaître à votre chef d’état-major l’établissement que le Gouvernement se propose de faire dans la presqu’île de Tarente, ainsi que le nombre et les différents calibres de l’artillerie qu’il désire y réunir. Je pense qu’il pourra faire les dispositions nécessaires pour organiser le départ de ce convoi.
Le général en chef de l’Armée d’Italie doit vous faire passer le plus promptement possible de Ponte Lagosuro douze pièces de canon de 24 ou d’un calibre supérieur, douze pièces d’un calibre supérieur à celui de 18 et douze d’un calibre supérieur à celui de 8, avec doubles affûts, armement et approvisionnement et outils de pionniers nécessaires pour la construction des batteries, six mortiers de 12 pouces avec doubles crapauds, six mortiers de 8 pouces. Les pièces seront approvisionnées à 1,000 coups et les mortiers à 500, on y joindra trois ou quatre chèvres et trois grils à boulets rouges.
Enfin, il partira de Gênes six pièces de 24 et six pièces d’un calibre supérieur à celui de 18, avec six mortiers et les outils nécessaires pour mettre ces pièces en batterie. Leur armement et approvisionnement seront les mêmes que les autres. On vous enverra aussi de Gênes deux grils à boulets rouges.
Vous devez sur le champ établir un petit arsenal d’artillerie et commencer dès ce moment la formation de ses magasins. Tirez de Livourne, de ses arsenaux et de ceux d’Ancône tout ce qui vous sera nécessaire et tout ce qu’ils pourront vous fournir.
Le ministre de la Guerre vous envoie 24,000 francs, vous emploierez cet argent tant pour la construction des batteries que pour l’établissement de l’arsenal, 48,000 francs sont envoyés au génie qui aura à faire des travaux immenses.
J’écris au citoyen Alquier pour l’engager à obtenir de la Cour de Naples le plus grand nombre de canons possible, il m’a déjà marqué qu’on en avait fait partir une quarantaine. Je voudrais qu’elle pût encore en donner 60. Faites cette demande de votre côté et insistez très fort pour les obtenir, en leur présentant que c’est pour la défense de la côte. Envoyez sur-le-champ un officier auprès du citoyen Alquier, afin de vous assurer que les calibres soient les mêmes que ceux que je viens de vous annoncer d’Ancône, que leurs affûts soient en bon état, ainsi que les approvisionnements. Vous sentez combien il serait avantageux de tirer de Naples toute l’artillerie qui vous serait nécessaire : d’abord vous l’auriez plus promptement, ensuite elle ne serait pas exposée à être enlevée par les Anglais. Faites-moi connaître le plus tôt possible les dispositions que vous aurez faites pour assurer l’exécution des intentions du Gouvernement.
C’est ici que je réclame, citoyen général, tout votre zèle, tous vos talents, et l’attachement que vous portez au Gouvernement me répond d’avance des efforts que vous ferez pour remplir ses vues.
[R. I, p. 351.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Mon cher général, le Gouvernement veut réunir à Tarente un approvisionnement de 100 bouches à feu et faire de cette place et de ce fort un second Gibraltar, à l’abri de toute attaque du côté de terre et de mer. Le général Soult reçoit l’ordre de former à Tarente un arsenal et d’y commencer l’établissement de ses magasins. Le général Dulauloi reçoit celui de faire travailler sur le champ à la construction des batteries nécessaires à la défense du port, des fonds lui sont envoyés à cet effet, et comme il est possible qu’une escadre française se présente bientôt à Tarente et qu’elle ait besoin d’y trouver protection et sûreté, il est nécessaire qu’elle y trouve au moins les batteries faites, parce qu’alors il ne lui faudrait que très peu de temps pour achever de les armer.
Je vous autorise donc, mon cher général, dans le cas où les 40 pièces de canon, qui vous sont expédiées de Naples et qui doivent être parties le 25 floréal, ne vous seraient pas arrivées, à employer à l’armement de ces mêmes batteries, l’artillerie de la première frégate napolitaine qui vous sera envoyée.
Le général Chasseloup a reçu l’ordre de se rendre en toute diligence à Tarente, il y ordonnera tous les ouvrages nécessaires à la défense de la place et du port. 48,000 francs seront mis à la disposition du génie pour commencer ces mêmes ouvrages. Je vous préviens qu’en attendant que vous receviez les fonds qui me sont annoncés pour vous par le Premier Consul, vous recevrez une somme de 30,000 francs par mois, qui sera prise sur celle que la Cour de Naples doit verser dans la caisse du payeur que je vais établir.
J’ai envoyé au ministre de la Marine le plan que vous m’avez adressé du port de Tarente.
L’escadre du contre-amiral Ganteaume a quitté Porto Ferrajo le 22, il continuera sa route pour l’Égypte, il pourrait fort bien se faire qu’il vous fit une visite en passant. Le Gouvernement est très inquiet sur le sort de l’Égypte, il n’en a reçu d’autres nouvelles que celles apportées par l’Osiris, et les Anglais font courir les bruits les plus absurdes. Envoyez donc chercher des nouvelles et faites-nous les parvenir bien promptement, surtout si elles sont bonnes.
Le Bouledogue n’attend pour partir que l’arrivée des marins des lacs d’Italie ; j’ordonne qu’il soit chargé d’artillerie et de munitions pour Tarente. Le citoyen Mesnard est parti avec les membres de son administration pour vous rejoindre. J’ordonne que le commandant de la marine à Ancône et son état-major soient payés par la caisse de l’armée.
Donnez-moi souvent de vos nouvelles, mon cher général, vous en aurez facilement les moyens par une poste que je viens d’établir. J’attends avec impatience la réponse du Sénat de Raguse.
[R. I, p. 353.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
Vous vous rendrez en poste, mon cher général, auprès du général Soult ; il est essentiel qu’il reçoive le plus tôt possible la dépêche que je vous charge de lui remettre. Ce général doit faire lever le plan topographique de la ville, du port et des environs de Tarente, il doit également recueillir dans un mémoire circonstancié les détails les plus exacts sur la population, les moyens et les ressources du pays que nous occupons. Le Gouvernement désire les recevoir, le général Soult a l’ordre de vous les remettre et vous me les apporterez aussitôt qu’ils seront terminés.
Faites sentir au citoyen Alquier, en passant à Naples, l’importance d’obtenir de la Cour au moins 100 pièces de gros calibre et le double approvisionnement. Il faudrait qu’il se fit donner aussi 24 mortiers, moitié de 12 et moitié de 8. Les calibres des pièces doivent être moitié de 24 et au-dessus et moitié au-dessus de 18. Cependant sur ce nombre on pourrait prendre 25 pièces de 8 ou de 12. L’approvisionnement des pièces doit être de 1,000 coups par pièce et les mortiers de 500.
Si le général Soult jugeait votre présence utile auprès de lui, vous y prolongeriez votre séjour et vous me feriez passer par un courrier extraordinaire le plan et le mémoire dont vous auriez dû être porteur.
[R. I, p. 354.]
Florence, le 29 floréal an IX (19 mai 1801).
L’adjudant-général Dampierre arrive à l’instant, mon cher général, et me porte trois lettres de vous, l’une du 17, les deux autres du 21 de ce mois. Je venais de vous écrire et j’allais vous expédier un courrier, ma lettre répondait d’avance à plusieurs articles des vôtres, je n’y reviendrai pas.
Je vais envoyer au ministre l’état de l’arriéré de vos troupes, je me charge d’obtenir des fonds pour le faire payer, j’en ai déjà demandé et si on ne m’a expédié des lettres de crédit sur Rome ou sur Naples, je ne doute pas que mon courrier ne me les porte. Ne soyez donc pas inquiet sur cet arriéré, mon cher général, reposez-vous sur moi du soin d’y pourvoir. Dans aucun cas, nous ne pouvons penser à l’acquitter avec les fonds de la Cour de Naples, elle ne nous doit que la solde courante et nous nous chargerions d’une couleur de cupidité et de mauvaise foi en lui faisant des demandes exagérées. Le citoyen Alquier me marque avoir fixé avec le ministre Acton la somme qui doit nous être payée chaque mois à 425,000 francs. Cette somme est plus que suffisante pour la solde et toutes les dépenses accessoires. Voici la distribution que j’en fais :
| Pour la caisse de votre division. | 240,000 francs. |
|---|---|
| Pour la caisse de la division Mathieu. | 120,000 — |
| Pour la caisse de la Marine. | 30,000 — |
| 390,000 — |
Il reste une somme de 35,000 francs dont je me réserve de disposer pour les frais d’établissement d’un payeur que j’envoie à Naples, pour les dépenses de la Poste qui va être organisée, pour les besoins imprévus de la Marine ou de l’avant-garde. Je pense qu’avec 240,000 francs par mois, vous devez vous trouver dans une grande aisance, n’étant chargé que de la solde et des dépenses courantes. Rien de ce qui concerne l’armement des ports et de la côte ne doit vous intéresser que pour la direction et pour la surveillance, comme je vous l’ai déjà dit dans ma lettre datée du 28 que vous recevrez avec celle-ci. Tous les moyens d’exécution regardent la Cour de Naples et tous les frais doivent être payés directement par elle.
Lorsque vous me dites que la solde courante doit coûter 320,000 francs, je pense que vous avez entendu parler de votre division et de la division Mathieu réunies, encore y a-t-il de l’erreur dans votre calcul, vous n’avez pas ensemble 13,000 hommes à beaucoup près, et la solde de 13,000 hommes, avec le nombre d’officiers généraux qui se trouvent dans vos deux divisions, même en y comprenant les frais de table, ne doit se porter qu’à la somme de 229,000 francs, comme vous pouvez le voir par un état ci-joint, dans lequel on a porté beaucoup plus d’officiers de tout grade que vous n’en avez, ce qui compense bien grandement les frais de table dont il n’est pas question.
Le citoyen Alquier me marque que 40 pièces de canon, 60 affûts de marine et 40 milliers de poudre sont partis le 25 pour Tarente. Je ne puis qu’approuver tous les mouvements et tous les transports d’artillerie que vous croirez devoir faire d’une place à l’autre, pour l’armement des points qui nous intéressent. Je vous engage seulement à vous entendre pour cela avec les officiers napolitains, afin que tout se fasse d’intelligence autant qu’il sera possible.
Le général Bourcard n’est pas fondé à vous demander de resserrer vos troupes dans la province d’Otrante. Vous devez occuper tout le pays renfermé par la ligne qui vous a été tracée (le cours de l’Offanto jusqu’à Minervino et ensuite le Bradano jusqu’à la mer). Je prie le citoyen Alquier de s’expliquer à cet égard avec le ministre Acton et de faire cesser des réclamations déplacées. Vous conserverez en conséquence vos cantonnements.
J’ai vu avec plaisir que vous avez fourni au contre-amiral Villeneuve les fonds qui lui étaient nécessaires pour l’expédition de l’Espiègle et de la Joséphine, il pourra les rétablir dans votre caisse au moyen de ceux que je mets à sa disposition ou de ceux qui lui seront envoyés par le ministre de la Marine.
J’écris au général Dulauloi qu’il est sous vos ordres et que, d’après les ordres du ministre de la Guerre, je révoque la permission que je lui avais donnée d’aller passer quelques mois en France. Ma lettre d’hier renferme mes intentions à l’égard de ses conventions pour les dépenses de l’artillerie.
Nous sommes en guerre, au moins de fait, avec les Barbaresques, ils nous ont pris plusieurs bâtiments, il faut donc recommander à tous ceux que vous expédierez de les éviter.
Je fais passer au citoyen Alquier toutes les gazettes que j’ai pu recueillir, je le prie de vous les envoyer après les avoir lues. Vous voudrez bien à votre tour les remettre au contre-amiral Villeneuve, pour qu’il les envoie en Égypte.
[R. I, p. 355.]
Florence, le 30 floréal an IX (20 mai 1801).
Au général Berthier, chef de l’État-major général.
Je vois avec peine, mon cher général, que malgré mes ordres réitérés, des généraux continuent à frapper des contributions et vexent par des demandes continuelles les habitants de la Toscane. Vous ferez connaître par l’ordre du jour que la faculté d’imposer des contributions étant dévolue exclusivement à l’ordonnateur en chef, tout individu attaché à l’armée qui se permettra de faire une réquisition quelconque de sa propre autorité, cessera dès l’instant même, quelque soit son grade, de faire partie de l’armée.
Je vous charge d’ordonner la mise en liberté sur le champ de tous les étages qui ont été arrêtés dans les Maremmes et conduits à Piombino. Vous arrêterez l’effet de toutes les réquisitions irrégulières faites.
Je vous charge également de surveiller l’exécution de l’ordre du jour par lequel j’ai permis la libre sortie des grains et autres comestibles de tous les ports de la Toscane, sans qu’on puisse exiger des bâtiments qui en sont chargés, aucune rétribution autre que les droits de douane. Chargez l’ordonnateur de faire passer 100,000 rations de vin dans l’île d’Elbe.
Vous me ferez remettre dans le jour un état exact de toutes les troupes qui sont en Toscane. Vous ordonnerez à l’ordonnateur d’en faire passer une revue générale pour constater l’état de l’armement, et que nous puissions distribuer les armes qui manquent et faire réparer celles qui sont en mauvais état.
[R. I, p. 359.]
Florence, le 1er prairial an IX (21 mai 1801).
Au payeur général.
La Cour de Naples, citoyen, devant verser dans la caisse de votre préposé une somme de 425,000 francs par mois, à compter du 8 germinal, il aura à recevoir, d’ici au 8 prairial, 950,000 francs en argent ou en quittances fournies par les généraux qui commandent dans les États napolitains ou par vos préposés sous leurs ordres. D’après les instructions que je vous ai données, il y a pour le service de la poste une somme de 10,000 francs par mois. Ce service n’ayant pas eu lieu pendant les deux mois qui viennent de s’écouler, les fonds destinés pour cet objet ne se trouveront pas consommés et devront rester en réserve avec les 25,000 francs qui doivent être chaque mois à ma disposition, en sorte qu’au 8 prairial, il y aura 70,000 francs libres dans la caisse de votre préposé. Vous le chargerez de prendre sur cette somme 10,000 francs, pour les verser à titre d’avance dans les mains du directeur de la poste pour le service de prairial. La même somme devra être versée le 8 de chaque mois pour le service du mois suivant.
[R. I, p. 360.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
A l’ordonnateur en chef.
Vous voudrez bien faire connaître, citoyen, à la commune de Livourne, que je désire que sur les 300,000 francs qui doivent être payés pour la contribution extraordinaire 260,500 soient versés dans la caisse de MM. F. Berthe, banquiers à Livourne, pour servir au payement de 10,000 habits achetés à M. Reigner, à Milan. La quittance de ce banquier sera reçue pour comptant par le receveur des contributions.
[R. I, p. 360.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
Le gouverneur de Porto Ferrajo n’ayant pas obéi, Messieurs, à l’ordre que vous lui aviez donné formellement de remettre la place qu’il commande, ne peut rester au poste où il méconnaît votre autorité. Vous voudrez bien en conséquence le destituer de ses fonctions et le faire remplacer par le général La Villette qui se rendra sur le champ pour prendre ce commandement. Vous donnerez l’ordre à ce dernier de remettre la place au chef de brigade Mariotti que je nomme commandant de l’île d’Elbe. Si le général La Villette se refusait à exécuter vos ordres, il serait destitué aussi et privé de tous les émoluments qui lui sont attribués.
[R. I, p. 360.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
Au général Berthier, chef de l’État-major général.
Je vous prie, mon cher général, de faire passer sur le champ au général Debelle l’extrait ci-joint d’une lettre du général en chef de l’Armée d’Italie. Vous lui direz que je désavoue et désapprove hautement l’abus que l’on a fait de mon nom et d’une lettre de moi, pour s’emparer de la province de Montefeltro et du fort San Leo. Lorsque j’écrivis au ministre Petiet que je n’avais donné aucun ordre pour faire rendre au Saint-Père ce pays et ce fort, j’entendis exprimer seulement que je ne voulais porter aucune atteinte aux droits de la République Cisalpine, supposé qu’elle en eût quelqu’un, mais il était loin de mon intention d’autoriser l’occupation de la province ou du fort, soit par les troupes cisalpines, soit par celles de l’Armée d’Italie.
Vous ferez sentir au général Debelle que, dans aucun cas, il ne pouvait être convenable de s’emparer de ce pays sans m’en avoir prévenu et sans s’être concerté avec le général Watrin qui y commande. Vous voudrez bien l’inviter à retirer ses troupes sans délai, en lui faisant connaître que j’adresse la même demande à son général en chef.
[R. I, p. 361.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
Je vous fais passer, monsieur le général, la commission qui vous est donnée par le Gouvernement toscan d’aller prendre le commandement de Porto Ferrajo, pour faire aux troupes françaises la remise de cette place. Les sentiments que vous m’avez montrés jusqu’ici, monsieur le général, ne me laissent pas douter du zèle avec lequel vous remplirez cette mission. La confiance dont vous jouissez parmi les habitants de l’île d’Elbe et de Porto Ferrajo m’en garantissent le succès. Vous aurez acquis un nouveau titre à mon estime et aux bonnes grâces du nouveau prince qui va venir régner en Toscane et qui est en route pour s’y rendre. Vous conserverez toujours le gouvernement de Livourne et vous pourrez revenir y prendre votre poste, aussitôt que Porto Ferrajo sera dans les mains des Français. Vous laisserez seulement dans cette place un substitut qui vous sera toujours subordonné.
[R. I, p. 362.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
Il vient de m’être dit, citoyen commandant, que l’on fournit des rations aux équipages des corsaires français qui se trouvent dans le port de Livourne. C’est un abus que je vous charge de faire cesser. Les corsaires n’ont droit à aucune espèce de fournitures qu’en payant. Vous me rendrez compte de ce que vous aurez fait.
Je vous préviens, citoyen commandant, que j’envoie au général La Villette un ordre du Gouvernement toscan pour se rendre dans l’île d’Elbe. Je vous charge de lui fournir tous les moyens de faire le trajet, soit en lui donnant un bâtiment à Livourne, soit en le faisant escorter jusqu’à Piombino où il s’embarquera.
Vous ferez partir par un estafette, à l’instant même où vous les aurez reçues, les dépêches dont le courrier est porteur pour le général Tharreau. Vous écrirez à Piombino pour qu’on les lui fasse passer sans délai.
[R. I, p. 363.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
J’ai chargé mon chef d’état-major, citoyen général, de vous transmettre un arrêté des Consuls qui ordonne que l’officier commandant dans l’île d’Elbe correspondra avec le général commandant en Corse. J’ai pensé que d’après cette disposition, le commandement cesserait de vous être agréable ; vous voudrez bien, en conséquence, le laisser au chef de brigade Mariotti avec les instructions que vous jugerez convenables pour sa conduite politique et militaire dans l’île. Vous lui ordonnerez de renvoyer en Corse tout ce qu’il y a de troupes de la 23e légère ; le 3e bataillon de la 60e est parti de Sienne hier matin pour Piombino où il doit être embarqué pour Longone, ainsi la 60e toute entière fera la garnison de l’île.
Vous pouvez, après avoir fait les dispositions que je vous prescris, venir reprendre votre poste à Livourne ; vous voudrez bien me faire connaître le jour de votre arrivée.
[R. I, p. 363.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801).
J’ai reçu, citoyen commandant, votre rapport sur votre entrée et vos opérations dans l’île d’Elbe. L’ordre du jour vous aura fait connaître ma satisfaction sur votre conduite et sur celle des troupes sous vos ordres. J’en ai instruit le Gouvernement qui y applaudira comme moi.
Le général Tharreau reçoit l’ordre de rentrer à Livourne. Les bons témoignages qu’on m’a rendu sur votre compte m’ont déterminé à vous confier le commandement de l’île d’Elbe. Le général Tharreau vous laissera les instructions qu’il jugera convenables ; il vous fera connaître un arrêté des Consuls d’après lequel vous devez correspondre avec le général commandant en Corse. Vous ne cesserez pas néanmoins de correspondre avec moi et vous me donnerez tous les détails que vous pourrez recueillir sur les ressources de l’île et l’esprit des habitants.
On vous a déjà envoyé 2,000 sacs de grains et 60 ou 80 bœufs, on va vous expédier 100,000 rations de vin et de biscuit avec quelque viande salée. Vous devez vous trouver par là approvisionné pour quelque temps.
Ne pouvant faire en ce moment un siège en règle de Porto Ferrajo, vous vous contenterez de serrer d’aussi près que vous le pourrez la place et d’empêcher que rien n’y puisse pénétrer.
L’île d’Elbe devant recevoir bientôt une organisation civile, en exécution de l’arrêté des Consuls qui vous sera communiqué par le général Tharreau, vous ne changerez rien à ce qui existe dans ce moment. Montrez aux habitants la plus grande modération, traitez-les bien, nous voulons qu’ils deviennent nos amis. Je suis persuadé que cette tâche vous sera aussi agréable que facile à remplir. Donnez-moi le plus souvent que vous pourrez de vos nouvelles, faites-moi parvenir surtout avec promptitude celles que vous pourriez apprendre des Anglais en Égypte. Écrivez-moi ce que vous aurez recueilli sur l’importance des mines de l’île et la facilité de leur exploitation. Leur revenu doit servir à la solde de la garnison.
[R. I, p. 363.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801.)
A l’officier commandant l’île d’Elbe.
Je vous préviens, citoyen commandant, que le Gouvernement toscan vient de destituer le commandant de Porto Ferrajo et de donner le commandement de cette place à M. le général La Villette. Je vous prie d’avoir pour ce respectable militaire tous les égards que lui méritent son âge et son attachement pour la France. Il devra se présenter en parlementaire à Porto Ferrajo et y exhiber, en y arrivant, les ordres dont il est porteur. Vous me ferez connaître sur le champ le succès de cette nouvelle tentative. Le général La Villette aussitôt qu’il aura pris le commandement de la place vous en fera la remise.
[R. I, p. 362.]
Florence, le 2 prairial an IX (22 mai 1801.)
A M. l’archevêque Caleppi, ministre plénipotentiaire de Sa Sainteté265.
J’ai reçu, monsieur le ministre plénipotentiaire, la note que Votre Excellence m’a adressée relativement à la province de Montefeltro et au fort San-Leo. Je n’ai pas appris sans surprise l’occupation de ce pays par les troupes sous les ordres du général Debelle. J’ai vu surtout avec peine l’abus qu’on a fait de mon nom et d’une de mes lettres au citoyen Petiet. Ce ministre m’avait écrit qu’on avait alarmé le Gouvernement cisalpin, en assurant que j’avais donné des ordres pour faire rendre au Pape Montefeltro et le fort San-Léo. Une telle réclamation dut me faire douter si la République cisalpine n’avait pas sur la province en question quelque titre positif et si même déjà elle n’en était pas en possession. En répondant que je n’avais donné aucun ordre, j’entendis exprimer seulement que je ne voulais ni n’entendais porter aucune atteinte aux droits de cette République, supposé qu’elle en eût quelqu’un. Mais il fut toujours loin de mon intention d’autoriser en aucune manière l’occupation de la province ou du fort par les troupes cisalpines ou par celles de l’Armée d’Italie. [Depuis ma lettre au ministre Petiet et sur votre demande, M. le ministre plénipotentiaire, j’écrivis au général en chef de l’Armée d’Italie, pour l’inviter à ne permettre aucune entreprise sur le territoire occupé par les troupes de Sa Sainteté266.] Il me répondit le 25 floréal avoir ordonné en conséquence et j’eus l’honneur de vous donner communication de sa lettre. Je dois supposer aujourd’hui qu’au moment où le général Debelle a effectué l’occupation dont vous vous plaignez, il n’avait pas reçu les ordres de son général en chef.
J’ai chargé mon chef d’état-major d’écrire au général Debelle. Je vais écrire moi-même au général Moncey pour l’engager à faire retirer les troupes de l’Armée d’Italie.
Lorsque je vous ai déclaré, M. le ministre, que le Gouvernement français maintiendrait la souveraineté temporelle du Pape, j’y étais formellement autorisé et je me plais à vous renouveler la même assurance.
Je vous prie, monsieur le ministre plénipotentiaire, de recevoir l’assurance de ma considération.
[R. I, 365.]
Florence, le 3 prairial an IX (23 mai 1801).
Au Grand Maître de Malte267.
EXCELLENCE,
J’ai reçu les lettres que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser le 4 et le 8 mai dernier. J’ai accueilli M. le bailly de Suffren avec l’intérêt que trouvera toujours chez moi tout ce que vous m’aurez adressé et avec celui qui doit accompagner les sentiments d’estime que je lui porte, il a continué sa route pour Paris. Je lui ai donné une lettre pour le Premier Consul. Il trouvera certainement le Gouvernement français rempli de dispositions amicales à l’égard de Votre Excellence. Je désire que les sentiments particuliers que j’ai exprimés au Premier Consul contribuent au succès de la mission dont vous l’avez chargé.
[R. I, p. 366.]
Florence, le 3 prairial an IX (23 mai 1801).
J’ai reçu des ordres pour former à Tarente un arsenal très considérable. L’intention du Gouvernement est d’y réunir plus de cent bouches à feu. Vous devez avoir été chargé de faire partir de Ponte Lagoscuro et de Gênes des canons et des munitions. Ce que le ministre vous a demandé ne doit pas suffire pour me mettre en état d’exécuter les dispositions qui me sont prescrites, j’ai besoin que vous puissiez me fournir des effets qui me manquent et dont je vous envoie une note, vous me rendrez service si vous me les faites passer de suite et vous aurez concouru au succès d’une opération de la plus grande importance. J’écris au ministre pour lui faire part de la demande que je vous adresse. Si quelques-uns des objets portés dans ma note vous manquent, je vous prie de profiter du courrier que j’envoie à Paris pour en informer le ministre, afin qu’il me les fasse arriver d’ailleurs. Je vous prie surtout avec instance de faire partir sur le champ la compagnie d’ouvriers que je vous demande et dont je ne puis me passer. Le Gouvernement attache la plus grande importance à l’exécution prompte des ordres qu’il m’a donnés et je ne puis les remplir sans les secours que je réclame de vous. Je vous prie, au reste, mon cher général, de garder le plus profond secret sur les dispositions que je vous communique ; rien ne doit être connu que par l’exécution.
Je n’ai pas appris sans étonnement, mon cher général, l’occupation de Montefeltro et du fort San-Leo par les troupes sous les ordres du général Debelle. Votre lettre du 25 floréal me garantissait que cette invasion n’aurait pas lieu ; j’ai vu surtout avec peine qu’il se soit fait un titre d’une lettre écrite par moi au citoyen Petiet. Ce ministre m’avait marqué que l’on avait alarmé le Gouvernement cisalpin, en assurant que j’avais donné des ordres pour faire rendre au Pape Montefeltro et le fort San-Leo, lorsque je n’avais donné aucun ordre semblable. Je ne pus ni ne dus vouloir exprimer autre chose, si ce n’est que je ne porterais aucune atteinte aux droits de la République cisalpine, je ne pus ni ne dus entendre décider qu’elle en eût sur ce pays en question, on ne devait donc pas s’appuyer sur ma lettre pour s’en emparer.
Je désavoue hautement l’interprétation qu’on a donnée à mes expressions. Je pense que, dans aucun cas, le général Debelle n’aurait dû se permettre d’en faire usage sans m’en avoir prévenu. Je pense aussi qu’il n’aurait dû rien entreprendre sur Montefeltro et le fort San-Leo sans s’être concerté avec le général Watrin qui y commande. Quoique habitué à apprendre des procédés et des propos peu mesurés de la part du général Debelle à l’égard des généraux de mon armée, l’inconvenance de sa dernière opération a de quoi m’étonner encore. J’espère, mon cher général, que si vous ne lui avez pas déjà donné des ordres pour l’évacuation du pays où il est entré, vous voudrez bien les lui donner le plus promptement possible. Cette mesure est commandée par la politique dans l’état actuel de nos relations avec le Pape. J’ai assuré à son ministre ici qu’elle aurait lieu et il doit s’y attendre, d’après les promesses que je lui avais faites constamment et que je lui avais confirmées en lui communiquant votre lettre du 25 floréal.
Outre les effets d’artillerie portés dans la note que je vous envoie, je vous prie de me faire expédier 6,000 fusils qui me sont indispensablement nécessaires. J’instruis aussi le ministre de cette demande.
[R. I, p. 366.]
Florence, 3 prairial an 9 (23 mai 1801).
MON GÉNÉRAL,
Malgré tous mes soins et mes recherches, je n’ai encore rien pu sçavoir de positif sur l’expédition des Anglais en Égypte. Mr Lewachoff est arrivé avant-hier, il m’assure qu’avec le corps d’Abercrombie apporté à Malte par la frégate la Flore, sont arrivés cent quatre-vingt officiers blessés et deux mille hommes également blessés. Le C° Alquier m’écrit qu’une lettre de Sicile annonce la rentrée de la flotte anglaise dans un délabrement complet. Le général Watrin me donne les mêmes nouvelles d’Ancône ; Venise confirme tous ces bruits. Mr Lewachoff m’assure que tout ces résultats sont ceux des premières affaires et qu’il est impossible, en remontant aux époques, qu’Abercrombie ait été tué dans l’affaire générale qu’on dit avoir eu lieu avec le général Menou. En effet, il paraît que si véritablement les Anglais avaient eu les succès tels qu’on les annonce, ils se seraient empressés de nous les faire connaître par cent moyens différents. J’ai la meilleure opinion de leur silence. Il est impossible que Menou ait été battu, s’il n’a pas divisé ses forces, et s’il a marché contre eux avec son armée réunie. Je crains, je dois vous l’avouer, que Menou n’ait fait cette sottise, d’après la lettre que m’écrit Lanusse, du 23 ventôse, et que je vous ai fait passer. Tout ce qu’on doit présumer avec quelque fondement, c’est qu’il n’y a encore rien de décidé, et dans cette supposition, que l’arrivée de Ganthaume est désirable! Il a quitté Porto Ferrajo depuis douze jours, il doit en être bien près s’il n’a pas rencontré l’ennemi. J’attends des nouvelles par Raguse, quelles qu’elles soient, vous en serez rapidement instruit.
La dernière dépêche du ministre de la Guerre contient des dispositions extrêmement importantes, j’ai sur le champ donné tous les ordres pour remplir le plus promptement possible vos vues. Tous mes moyens sont mis en usage. Je demande au général en chef de l’Armée d’Italie les effets qui me manquent, vous en trouverez ici la note ; il est indispensable de me les faire fournir sur le champ. Vous sçavés que je n’ai pas un seul fusil à ma disposition, cependant l’avant-garde en manque, et il serait aussi nécessaire de m’en faire fournir au moins six mille qui seraient en réserve. Le ministre m’ordonne de faire établir de suite un arsenal à Tarente et d’y former des magasins. En vérité, avec la meilleure volonté du monde, il m’est impossible d’exécuter cet ordre. Je vous réitère que je suis sans le sol et que le pays que j’occupe est absolument épuisé. Il vous sera facile de vous en convaincre par la lettre ci-jointe, c’est la 7e ou la 8e que je reçois sur le même objet ; entendés une fois la vérité et croyés que je suis incapable de vous en imposer. Je ne puis qu’autoriser l’ordonnateur à passer un marché pour tout cet approvisionnement, et Dieu sçait comme on volera. Le mois de prairial va être mis à l’arriéré et je suis encore à concevoir comment j’ai tenu l’armée au courant, quand il m’en coûte pour les courriers seulement 40,000 livres par mois, quand je viens d’acheter pour trois cent mille francs d’habits que je dois payer comptant, quand je paye tous les employés des différents services, quand la poste militaire, les hôpitaux, l’artillerie et le génie exigent des dépenses énormes. Mes dernières lettres auront dû vous convaincre de la nécessité de solder l’arriéré des troupes de l’avant-garde, surtout dans un moment où vous pouvez exiger d’elles de grands sacrifices ; elles vont être habillées à neuf ; si vous les faites solder, je réponds d’elles et de leur aveugle obéissance ; sans cela, je ne réponds de rien.
L’état des Polonais du Danube est affreux, dix mois de solde arriérée, tout nuds, et cependant à l’Armée d’Italie et à celle du Rhin, on n’a cessé de mettre à l’ordre du jour « l’armée est au courant pour sa solde et elle est habillée à neuf ». Mon général, le fait est que toutes les troupes sont dans un état affreux et qu’aucune n’est payée. Tous les officiers polonais ont donné leur démission, ils me disent qu’on n’a pas parlé d’eux dans le traité de Lunéville et qu’en conséquence ils s’en retourneront, je les engage à prendre patience, mais l’état dans lequel on laisse et on a envoyé leurs troupes m’ôte les moyens de les persuader. Je vous ai demandé de me faire connaître ce que vous vouliez faire d’eux ; s’ils doivent rester à la solde de la Toscane, j’attendrai le nouveau prince avant de rien vous demander pour eux.
J’attends aussi avec impatience que le sort de Lucques soit décidé, ce pays gémit sous le despotisme le plus affreux.
Porto Ferrajo tient toujours, je viens d’ordonner au gouvernement de destituer le gouverneur et de le faire remplacer par le général Lavilette que vous avez connu à Livourne. Ce dernier a commandé à Porto Ferrajo et y jouit de la plus grande considération ; je pense que c’est le seul moyen d’avoir la place.
Le général Muller est le plus honnête homme du monde, il est prêt à rentrer en Corse, si vous vouliez l’ôter de sous les ordres de Miot, c’est-à-dire si vous voués ne donner à ce dernier que le droit qui lui appartient : celui de requérir la force armée ; il est fort dur pour un ancien militaire de se voir donner des ordres par un homme qui ne l’a jamais été. Otés-lui donc le pouvoir qu’il a sur les militaires, il est humiliant268.
On voulait me persuader un jour que le général Bonaparte oubliait ses camarades, quand une fois il les avait perdus de vue, que c’était un besoin pour lui de les voir souvent, et que sans cela, ceux-mêmes qui vivaient ou qui avaient vécu avec lui dans la plus grande intimité, couraient le danger d’en être oubliés, je regardai ce récit comme une insulte, j’imposai silence ; faudrait-il malheureusement qu’on eût dit vrai! votre silence, l’état dans lequel vous me laissés malgré mes demandes réitérées, tout semble me le confirmer. Pardonnés-moy ma franchise, elle part d’un cœur qui vous aime et qui ne respire que pour votre gloire et votre conservation.
Caroline est arrivée ici en bonne santé, ainsi que mon bel Achille. J’attends l’arrivée du nouveau duc de Toscane ; il sera nécessaire que vous m’en prévenies, sans cela, il pourrait bien être obligé de loger à l’auberge en arrivant ; n’étant instruit de rien, je ne puis donner d’ordre à ce sujet.
Mr Lewachoff m’assure avoir vu la dépêche d’Alexandre Iᵉʳ à la Cour de Naples sur son avènement au trône. Il y dit que jamais il ne se brouillera avec la France. Il ajoute qu’il connaît personnellement ce jeune empereur et qu’il est sûr qu’il restera votre ami, mais a-t-il oublié, ou ne sait-il pas que ce prince est absolument dominé par le parti assassin de son père et que ce parti est anglais?
S’il faut encore tenter un coup décisif contre l’Égypte et que vous me croyés asés de talens pour remplir vos vues, ordonnés, je suis prêt, et je suis sûr de mes grenadiers.
N’oubliez pas que je suis ici sans moyens et venés une fois à mon secours, dans un mois toute l’armée sera habillée à neuf. Croyés toujours à mon sincère dévouement.
Tout à vous sans réserve.
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 3 prairial au IX (23 mai 1801).
Citoyen ministre, je reçus le 30 floréal votre lettre du… Je sentis toute l’importance des dispositions qu’elle renferme et je m’occupai à l’instant même d’en assurer l’exécution.
Avant d’avoir reçu vos nouveaux ordres, j’avais prié le citoyen Alquier de demander à la Cour de Naples toute l’artillerie qu’elle pourrait fournir pour l’armement du port de Tarente et de la côte de la presqu’île ; il m’avait marqué dès le 25 floréal, avoir obtenu 40 pièces de canon, 60 affûts de marine ou de rempart et 50 milliers de poudre qu’on allait faire partir. Je lui ai écrit de nouveau pour l’engager à obtenir 60 pièces de canon de plus, des mortiers et la plus grande quantité possible de munitions. Je lui ai indiqué avec détail tout ce qui nous est nécessaire. Je ne doute pas qu’il n’obtienne la plus grande partie de ce que nous désirons, en représentant à la Cour de Naples que le principal avantage de nos établissements doit lui rester et assurer pour toujours la défense des points que nous allons armer. Si cette mesure réussit, nous en retirerons le triple profit d’avoir une artillerie de bronze excellente, de l’avoir sans frais et de désarmer d’autant les Napolitains.
Une heure après avoir reçu votre courrier, j’en fis partir un pour Ancône avec des ordres pour faire charger sur la corvette, le Bouledogue, toute l’artillerie que vous me chargez de prendre dans cette place. J’ai fait une disposition semblable pour Livourne.
J’écris au général en chef de l’Armée d’Italie pour lui demander des effets d’artillerie qui me manquent. Peut-être ne croira-t-il pas devoir me les fournir sans un ordre de vous, je vous prie de le lui donner. Vous trouverez ici la note de ce qui m’est nécessaire. Je prie le général Moncey, dans le cas où quelques articles lui manqueraient à lui-même, de vous en informer, afin que vous me les fassiez arriver d’un autre côté. Je demande au même général 6,000 fusils, je ne puis m’en passer, faites en sorte qu’il me les donne ou envoyez-les moi d’ailleurs. Le général Soult, le général Dulauloi qui est près de lui et le contre-amiral Villeneuve ont des ordres pour tout ce qui les concerne respectivement.
Je vous informai par ma dernière dépêche que j’avais fait demander à la Cour de Naples une somme fixe par mois, pour la solde qu’elle doit payer à nos troupes. Le citoyen Alquier me marque qu’il obtiendra 400 ou 425,000 francs par mois. Voici la destination que je donne à cet argent.
| Pour la caisse de la division Soult. | 240,000 francs. |
|---|---|
| Pour celle de la division Mathieu | 120,000 — |
| Pour celle de la Marine, à la disposition du contre-amiral Villeneuve | 30,000 — |
| Pour la Poste établie pour la correspondance de l’avant-garde avec le grand quartier général. | 10,000 — |
| 400,000 francs. |
Si on nous paye 425,000 francs, il restera 25,000 francs dont je disposerai pour les besoins imprévus de la Marine, de l’artillerie, etc. Vous sentirez, citoyen ministre, qu’en ordonnant des dépenses extraordinaires, il est indispensable d’envoyer des fonds pour y fournir. Je ne vois plus aucune source où je puisse en prendre. Je vous répète, pour la vingtième fois, que la Toscane n’offre plus aucune ressource, elle ne peut plus soutenir le fardeau de l’entretien et de la solde des troupes que j’y ai. Si vous ne me donnez pas des ordres pour en faire sortir une partie de ces troupes, il faut nécessairement que vous m’envoyez de l’argent pour la solde. Je vous en fais positivement la demande et je vous prie de ne pas garder sur ce point votre silence ordinaire.
Un commissaire des guerres que j’avais envoyé à Milan a conclu le marché des 10,000 habits, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois, avec un fournisseur de l’Armée d’Italie, à 27 francs. J’espère néanmoins les faire réduire à 26, parce qu’ils m’avaient été offerts à ce prix par le fournisseur, dont la lettre est dans mes mains. Voilà 260 ou 270,000 francs qu’il me faut payer comptant (les habits ne doivent être livrés qu’après le versement des fonds). Je ne puis prendre cette somme que sur la contribution de Livourne, dont, par conséquent, il ne restera presque plus rien.
Vous me donnez des ordres pour faire établir des magasins à Tarente, mais vous ne m’indiquez aucun moyen pour cet établissement. Je vous déclare et je viens de vous démontrer que je suis sans le sol et que si vous ne me faites pas arriver de l’argent, je ne pourrai qu’autoriser l’ordonnateur à traiter avec des entrepreneurs. Mais quel entrepreneur voudra traiter, si on ne lui offre pas quelque garantie bien sûre? et quelles dilapidations je prévois, s’il faut nous mettre à la discrétion de ces gens-là! Je vous prie de me dire bien positivement quelle doit être la nature et la quantité des approvisionnements des magasins de Tarente.
Je vous envoie l’état de l’arriéré dû aux troupes de la division Soult, vous devez sentir quel doit être le mécontentement des soldats qui se voient aux extrémités de l’Italie, qui s’attendent à aller plus loin et à qui on ne paye pas ce qui leur est dû. Rien n’est plus digne de votre sollicitude, citoyen ministre, quelque discipline qu’on entretienne parmi les troupes, si on se proposait de les faire embarquer, il ne conviendrait peut-être pas de leur en donner l’ordre sans les payer.
Porto Ferrajo refuse toujours d’ouvrir ses portes ; j’ai pris le parti, dans l’espérance d’intimider le gouverneur, de lui faire donner un ordre de nous remettre la place par le Gouvernement provisoire de la Toscane. Dans le cas où il n’obéirait pas, le Gouvernement, comme dépositaire actuel de l’autorité publique, a prononcé sa destitution et nommé à sa place le général La Villette qui doit aller prendre le commandement de la place et nous la remettre.
J’espère que cette mesure me réussira, le gouverneur de Porto Ferrajo ayant déclaré lui-même à un de nos parlementaires que si le Gouvernement le destituait et lui donnait un successeur, il cèderait de suite le commandement. La ville est toujours cernée et on empêche, autant qu’il est possible, que rien n’y pénètre. Je pense que vous aurez demandé, en attendant, un ordre de l’Empereur ou du duc Ferdinand.
J’ai rappelé à Livourne le général Tharreau et j’ai donné le commandement de l’île d’Elbe au chef de brigade Mariotti qui commandait auparavant à Capraja et que sa probité et l’affabilité de ses manières a rendu très agréable aux habitants. Je n’ai pu approvisionner cette île qu’au moyen de réquisitions de toute espèce. J’y ai envoyé 2,000 sacs de grains, du vin et 100,000 rations de biscuit. J’ai fait des dispositions pour faire armer le port de Longone.
Les 3,000 sacs de grain que je vous ai annoncé avoir envoyé en Corse y sont arrivés. J’ai demandé au citoyen Miot de m’envoyer huit ou neuf milliers de poudre et des fusils. Le général Muller jouissait dans cette île de l’estime, de la confiance et de l’attachement des habitants. C’est un homme plein de probité, mais il sent la dignité de son état et de son rang et ne veut pas aller servir sous les ordres d’un homme qui n’est pas militaire. Il m’offre sa démission plutôt que de rentrer sous l’autorité de Miot. Je vous invite, citoyen ministre, à proposer au Gouvernement de resserrer un peu cette autorité trop étendue. Que le commissaire civil ait le droit de requérir la force armée, c’est juste et nécessaire sans doute, mais qu’il en dispose entièrement, qu’il ne puisse être fait aucun mouvement que par ses ordres, qu’il puisse renvoyer des généraux et devenir ainsi jusqu’à un certain point leur juge et l’arbitre de leur honneur, des militaires ne peuvent se soumettre à une telle humiliation.
Je vous annonce, comme nouvelle officielle donnée au citoyen Alquier par le citoyen Acton et confirmée ici par M. le général russe Levachoff qui vient de Naples et qui a dîné chez moi hier, que la frégate la Flore a porté à Malte, avec le corps du général Abercromby, tué en Égypte, deux mille Anglais hors de combat, parmi lesquels 180 officiers. Le citoyen Alquier me marque de plus qu’une lettre écrite de Sicile par un officier napolitain, assure que les Anglais ont été forcés d’abandonner l’Égypte et que les débris de leur armée sont arrivés à Malte dans l’état de désorganisation le plus complet. La même nouvelle nous vient de Venise et d’Ancône, puisse-t-elle être vraie !
Si j’en reçois la confirmation, je vous expédierai sur le champ un courrier.
Salut et respect,
J. MURAT.
P. S. — La Toscane est principalement surchargée de cavalerie, les fourrages manquent totalement, je vous prie de m’autoriser à renvoyer quelques régiments.
Le général Debelle vient de s’emparer de Montefeltro et du fort San Leo. Le Pape réclame avec force et me paraît fondé. L’opération du général Debelle me paraît au moins impolitique dans le moment actuel, si elle n’est pas totalement contraire aux vues du Gouvernement. Je vous prie de faire décider si Montefeltro doit appartenir au Pape ou à la République Cisalpine. Si on prononce en faveur du Pape, je crois que la décision ne saurait être trop prompte ; si on prononce contre lui, je pense qu’elle ne pourrait être trop lente. En attendant, j’écris au général Moncey pour l’inviter à faire retirer les troupes du général Debelle. Je vous prie de lui en donner l’ordre.
J. M.
[Archives du prince Murat. R. I, p. 368, et Archives de la Guerre.]
Du 4 prairial an IX (24 mai 1801).
Je vous charge, citoyen ordonnateur, de faire recueillir par un de vos préposés et dans le plus court délai, les renseignements les plus détaillés sur la population, la richesse, les productions et les ressources en tout genre du pays occupé dans ce moment-ci par la division Soult et des contrées environnantes. Vous lui demanderez d’indiquer avec précision 1° la nature et la quantité d’approvisionnements que ce pays pourrait fournir pour former des magasins à Tarente ; 2° d’où on pourrait tirer ce qui ne se trouverait pas sur les lieux ; 3° à quel prix on obtiendrait chaque espèce de denrées et d’effets nécessaires pour une année ; 4° à quelle distance de Tarente il faudrait les prendre et ce que coûteraient les transports.
Vous vous procurerez en un mot toutes les connaissances nécessaires pour pouvoir me présenter un mémoire exact et clair sur les moyens les plus prompts et les plus économiques de rassembler à Tarente la plus grande quantité possible d’approvisionnements de toute espèce. Vous ne devez au reste vous confier qu’à un homme discret et sûr, qui fasse son travail avec sagesse et sans en laisser pénétrer l’objet. J’attendrai le résultat avec impatience.
[R. I, p. 373.]
Du 4 prairial an IX (24 mai 1801).
J’approuve, citoyen trésorier, les dispositions que vous avez faites pour le versement des fonds de la contribution de Livourne. J’ai acheté au citoyen Reigner 10,000 habits, 9,500 de volontaires et 500 de canonniers. Je vous envoie l’extrait d’une lettre par laquelle il a offert, les premiers à 26 francs et les autres à 27. Il est évident que d’après cette offre, je ne lui dois que 260,500 francs. C’est par erreur, sans doute, que dans son marché avec le citoyen Desjardins, il a porté la totalité des habits à 27 francs et qu’il réclame, en conséquence, par l’intermédiaire de son banquier, 270,000 francs. Vous voudrez bien donner cette explication au citoyen Berthe, je pense qu’elle lui suffira.
[R. I, p. 373.]
Du 4 prairial an IX (24 mai 1801).
La Compagnie Rossi passa à Rome, le 30 floréal an VII, avec les commissaires du pouvoir exécutif un marché pour l’encaissement, la restauration, l’emballage et le transport des objets d’arts et des sciences qui devaient être envoyés à Paris. En exécution de ce marché, des biens nationaux lui furent donnés en payement jusqu’à la concurrence de dix-huit cent mille francs, avec pleine garantie au nom de la République française contre tous les événements. Lorsque les Français eurent évacué le territoire romain, la Compagnie Rossi fut dépouillée de toutes les propriétés dont elle était en possession.
Cependant le Gouvernement m’a chargé d’autoriser cette Compagnie à continuer les travaux qui lui avaient été confiés, en lui donnant pour garantie de ses avances la continuation du marché du 30 floréal an VII. Je dois présumer d’après une telle disposition, que l’intention du Gouvernement est de réclamer auprès de la Cour de Rome la restitution des biens qui avaient été cédés à la Compagnie Rossi. Je crois devoir vous en prévenir afin que si vous le jugez convenable, et si vous avez des pouvoirs pour cela, vous puissiez en faire la demande.
Je pense au moins que si vous arrêtiez quelques conventions avec le Saint-Siège, sans stipuler expressément la cession des biens dont je vous parle, il conviendrait d’insérer une réserve à cet égard dans votre traité.
Je vous engage, mon cher ministre, à faire tout ce qui sera en votre pouvoir pour la Compagnie Rossi, dont le zèle pour les intérêts de la République française ne s’est pas démenti et dont les soins réussirent à sauver et à faire arriver à Paris, dans le moment le plus critique, une quantité très considérable d’effets précieux. Les persécutions que les spoliateurs ont fait souffrir aux divers membres de cette Compagnie pour prix de leur dévouement envers nous, lui donne de nouveaux droits à votre intérêt.
[R. I, p. 374.]
Du 4 prairial an IX (24 mai 1801).
Vous savez, mon cher Alquier, que par un marché passé par les commissaires du Directoire exécutif, la Compagnie Rossi s’était chargée de l’encaissement, restaurations, emballages et transports des objets d’arts et de sciences qui devaient être expédiés à Paris. J’ai eu ordre du Gouvernement d’autoriser cette Compagnie à continuer les travaux qui lui avaient été confiés et lui donner pour garantie de ses frais la confirmation du marché passé en l’an VII. Je vous préviens en conséquence que c’est à cette compagnie que doivent être adressés à Rome les objets d’art qui, ayant été emportés par les Napolitains, devront être expédiés de Naples269. Vous n’aurez à vous occuper que du transport de ces objets de Naples à Rome et je pense que la Compagnie Rossi pourrait s’en charger à des termes plus favorables que d’autres entrepreneurs. Les dépenses et les préparatifs que cette société a déjà faits pour les travaux de cette nature lui donnent à cet égard la plus grande facilité à des conditions égales. Le zèle que Mr Rossi et Cie ont montré pour les intérêts de la France me paraît devoir leur mériter la préférence. Vous vous rappellerez sûrement que leur activité réussit à sauver et à faire arriver à Paris, dans des moments extrêmement critiques, une quantité considérable d’objets précieux. Les persécutions que les Napolitains ont fait souffrir aux divers membres de cette Compagnie pour prix de leur dévouement envers nous, leur donnent de nouveaux droits à notre intérêt.
P.-S. — J’oubliais, mon cher Ambassadeur, de vous parler d’une réclamation importante pour laquelle je réclame votre intérêt en faveur de la Compagnie Rossi. Un de ses membres passa un marché avec la Commission civile à Naples, pour le transport à Rome de cent caisses de monuments d’art et de sciences. Il devait lui être payé la somme de 58,000 piastres. Le transport fut effectué; les Napolitains, maîtres de Rome, reprirent et renvoyèrent à Naples les caisses qui en étaient venues. Les monuments renfermés dans les caisses restant à la Cour de Naples, elle doit nécessairement être chargée des frais auxquels ces monuments ont donné lieu et dont ils sont le gage. Je vous prie d’appuyer de tous vos moyens les droits de la Compagnie Rossi.
[R. I, p. 375.]
Du 4 prairial an IX (24 mai 1801).
Le citoyen Arrighi, aide de camp du ministre de la Guerre, vous porte, mon cher général, les 72,000 francs que je vous ai annoncés par ma dernière dépêche. Cette somme est destinée aux premiers travaux de la place de Tarente, 48 pour le génie et 24 pour l’artillerie.
Je vous ai prévenu d’avance que l’officier qui vous remettrait cet argent, devait emporter, en s’en retournant, des mémoires exacts sur les ressources en tout genre du pays que vous occupez, sur l’état des forts, ports et rades de la presqu’île et surtout du port principal de Tarente. Je vous prie, en conséquence, de lui remettre votre rapport et de lui faire remettre ceux du contre-amiral Villeneuve, de l’officier du génie et de l’officier d’artillerie. Comme ces rapports iront directement à Paris, je vous prie de m’en adresser particulièrement des copies.
Le général Chasseloup était en route pour Paris, lorsque l’ordre de se rendre à Tarente lui arriva à Milan, où lui expédia un courrier sur le champ pour le faire rétrograder. En attendant son arrivée, que l’ingénieur géographe qui est près de vous, ne perde pas un instant, faites-lui lever tous les plans et faire tous les travaux préparatoires propres à faciliter l’opération du général Chasseloup.
[R. I, p. 376.]
Du 6 prairial an IX (26 mai 1801).
Le citoyen Gémond, lieutenant d’artillerie, réclame, monsieur le gouverneur, le payement de certains effets dont il fut dépouillé dans votre ville, à l’époque où les Napolitains s’en emparèrent. La valeur de ces effets s’élève, suivant l’état certifié qu’il m’en a présenté et qu’il vous fournira, à la modique somme de 1,350 livres. Je vous prie de prendre des mesures pour qu’elle lui soit payée dans le plus court délai.
[R. I, p. 377.]
Du 7 prairial an IX (27 mai 1801).
J’avais déjà connaissance, citoyen général, de l’arrêté des Consuls qui place l’île d’Elbe dans la dépendance de la 23ᵉ division militaire et j’avais en conséquence rappelé à Livourne le général Tharreau qui y commandait. Les rapports avantageux qui m’avaient été faits sur la conduite et la moralité du chef de brigade Mariotti m’avaient déterminé aussi à lui donner le commandement de l’île. Je suis charmé que mes dispositions se trouvent d’accord avec ce que vous avez désiré et j’ai vu avec plaisir l’occasion de donner au chef de brigade Mariotti un témoignage de la confiance qu’il mérite.
L’île d’Elbe ne faisant plus partie de mon commandement, je n’ai plus aucune disposition à faire relativement à ce pays. Je ne puis que vous engager vous-même à prendre toutes les mesures que vous jugerez convenables, soit pour la défense de la partie que nous occupons, soit pour la reddition de Porto-Ferrajo.
L’île doit être approvisionnée pour quelques temps, et j’y ai fait passer deux mille sacs de grains, 100,000 rations de biscuit et 100,000 rations de vin, de la viande salée et une assez grande quantité de bœufs. Je sais de plus que le commissaire des guerres de Longone a acheté 200 sacs de fèves dont, sans doute, on réclamera en Corse le paiement.
Je laisse pour former la garnison de l’île d’Elbe la 60e demi-brigade toute entière. On aura dû vous renvoyer les troupes de la 23e légère. Si mes secours peuvent vous devenir utiles, soit pour la défense de Longone, soit pour le siège de Porto Ferrajo, je me ferai un vrai plaisir de contribuer au bien du service dont vous êtes chargé.
J’ai épuisé toutes les voies de négociation avec le commandant de Ferrajo, je ne crois pas qu’il doive nous rester aucune espérance de devenir maîtres de la place autrement que par le canon ou par un ordre du ci-devant duc Ferdinand III. J’ai déjà écrit depuis longtemps au Gouvernement pour l’engager à réclamer cet ordre de l’ambassadeur de Vienne ; si on me le faisait passer, je m’empresserais de vous le transmettre en l’adressant au commandant de l’île d’Elbe.
Le chef de brigade Mariotti a ordre, jusqu’à ce que vous ayez donné d’autres instructions, de se borner à serrer la place d’aussi près qu’il lui sera possible et à empêcher que rien n’y pénètre, soit par terre, soit par mer. Il sera secondé du côté de la mer par la corvette la Badine, que le contre-amiral Ganteaume a laissée, en reprenant sa route pour l’Égypte.
[R. I, p. 377.]
Du 7 prairial au IX (27 mai 1801.)
Le chef de l’état-major de l’artillerie vient de me prévenir, messieurs, que la municipalité a fait cesser les travaux des armuriers employés à la réparation des armes à feu. J’ai lieu d’être étonné qu’un ordre semblable ait été donné, sans que j’en aie été prévenu. Vous voudrez bien le faire retirer sur-le-champ et enjoindre aux armuriers de continuer l’ouvrage dont ils ont été chargés. Vous vous ferez rendre compte par la municipalité des motifs qui ont déterminé la mesure dont je me plains et vous me les ferez connaître.
Je saisis cette occasion, messieurs, de vous rappeler l’engagement que vous aviez pris de verser dans la caisse de mon armée, le 30 floréal, une somme de 120,000 francs pour le service de ce mois expiré. Aucun versement n’a été fait encore. Je vous invite à faire acquitter le plus promptement possible la somme que vous devez et que les besoins de mon armée réclament impérieusement. Je vous invite aussi à prendre des moyens pour la prompte restitution dans la caisse de mon payeur général de la somme de 61,696 fr., 6° 2° de Milan, qui reste encore due sur celle de 138,000 fr. fournie par lui à titre de prêt au Gouvernement toscan, le 12 pluviôse dernier.
[R. I, p. 378.]
Du 7 prsérial an IX (27 mai 1801).
Au conseiller d’État Miot.
J’avais compté pouvoir vous envoyer 6,000 quintaux de blé, mon cher Miot, et c’est avec regret que je me suis vu forcé à diminuer de moitié cet approvisionnement pour la Corse. D’une part, je n’ai pu me dispenser de réduire à peu près des deux tiers la contribution de Livourne, de l’autre, la résistance de Porto Ferrajo m’occasionne une consommation très considérable. Ces deux circonstances m’ont réduit à l’impossibilité de vous envoyer plus de trois mille quintaux de blé.
Vous devez les avoir reçus depuis longtemps. Le capitaine du navire qui en fit la vente à la commune de Livourne se chargea de vous les porter et n’en aura pu recevoir le payement que sur votre récépissé. La mission du citoyen Sapey se trouve par là totalement sans objet, et je ne puis que l’engager à retourner promptement auprès de vous.
D’après un arrêté des Consuls en date du 9 floréal, l’île d’Elbe se trouve comprise dans votre arrondissement ; j’en ai donné le commandement au chef de brigade Mariotti et j’écris au général Casalta pour l’engager à prendre pour la défense de Longone et la reddition de Porto Ferrajo toutes les mesures qu’il jugera convenables. Je lui fournirai avec plaisir tous les secours qui dépendront de moi.
Le commissaire des guerres de Longone ayant acheté pour l’approvisionnement de l’île d’Elbe deux cents sacs de fèves pour une somme de trois mille et quelques cents livres, on devra s’adresser à vous pour en obtenir le paiement, je vous engage à y pourvoir.
J’ai envoyé la 60e demi-brigade toute entière pour former la garnison de l’île d’Elbe, et j’ai donné ordre de faire repasser en Corse les détachements qui en étaient venus.
[R. I, p. 379.]
Du 7 prairial au IX (27 mai 1801).
Vous savez, messieurs, que M. Fontana a été chargé par le Gouvernement français d’exécuter plusieurs ouvrages importants. J’avais lieu d’attendre qu’il recevrait de vous pour ce travail tous les encouragements et toutes les facilités possibles. Je vois avec peine que vous l’avez laissé jusqu’ici dans l’impossibilité de s’en occuper : 1° M. Fontana vous a demandé plusieurs fois un local convenable pour ses ateliers, il ne peut rien faire que ce local ne lui soit fourni, vous voudrez bien en conséquence le lui procurer sans délai ; 2° je vous prie de donner à M. Fontana l’autorisation de faire porter dans ses ateliers les originaux en cire qui sont au Cabinet et dont il a besoin pour son travail ; je désire que cette translation soit faite dans le délai que M. Fontana indiquera. 3° M. Fontana a fait des dépenses considérables pour le Cabinet de Florence en payant de ses propres fonds les ouvriers qui y travaillent : il est juste qu’il soit remboursé de ses avances et ce remboursement lui est nécessaire pour faire confectionner de nouveaux ouvrages. Je vous invite à mettre à sa disposition une somme de 12,000 francs, dont il devra justifier l’emploi ; 4° M. Fontana réclame le paiement de ses honoraires pour deux trimestres, en qualité de professeur à Pise. Vous sentez, messieurs, que ces honoraires doivent être payés comme ceux de tous les autres fonctionnaires.
Je saisis cette occasion, messieurs, d’appeler tout votre intérêt sur l’Académie del Cimento nouvellement rétablie271. Cette société dont l’existence doit être si précieuse à la ville de Florence, ne peut se soutenir, si vous ne lui fournissez les moyens d’acquitter les engagements qu’elle a dû contracter et de payer les dépenses qu’elle est obligée de faire. Votre amour pour les beaux-arts et les sciences me garantit que vous vous empresserez avec plaisir et avec zèle du soin de faire fleurir un si bel établissement.
[R. I, p. 380.]
Florence, le 8 prairial an IX (28 mai 1801).
J’ai été très étonné, citoyen général, de vous voir arriver à Florence, malgré les ordres et les instructions contenues dans ma lettre du 29 floréal. Comme votre séjour dans cette ville compromettait positivement le bien du service et les vues du Gouvernement, vous voudrez bien repartir sur le champ pour Tarente où vous mettrez à exécution les ordres que vous avez déjà reçus. Vous me ferez connaître de suite l’heure de votre départ.
[R. I, p. 381.]
Florence, le 8 prairial an IX (28 mai 1801).
Je vous préviens, citoyen général, que dès ce moment, vous ne faites plus partie de l’Armée d’observation. Je suis fâché que le mauvais état de votre santé la prive des talents d’un aussi bon officier. Je fais connaître au Gouvernement par un courrier extraordinaire les motifs de cette détermination. Je vous prie de remettre au chef de brigade Navelet le commandement de l’artillerie de l’armée, avec les instructions que vous avez reçues et les fonds qui doivent rester dans votre caisse.
Recevez, citoyen général, avec l’expression des regrets que j’ai de vous perdre, l’assurance de mon estime.
Florence, le 8 prairial an IX (28 mai 1801).
Je vous avais exprimé par ma lettre du 25 germinal, mon cher général, combien le Gouvernement attachait d’importance à la prompte arrivée à Tarente des marins des lacs d’Italie. Je viens d’apprendre que 52 de ces marins ont déserté à Salo, parce qu’on n’a pas voulu leur payer quelques mois d’arriéré et parce qu’on leur a refusé des souliers pour faire leur route. Cette nouvelle m’a fait la plus grande peine. Je suis persuadé, mon cher général, que vos intentions ont été mal remplies. Je vous engage à donner les ordres les plus précis pour qu’on encourage autant qu’il sera possible tous les marins qui restent encore dans l’étendue de votre commandement, et pour qu’on leur fournisse surtout des habits et des souliers. Ceux qui sont arrivés à Ancône se trouvent absolument nus.
Mon chef d’état-major qui vous remettra cette lettre, réclamera peut-être votre autorité pour mettre à la raison le fournisseur Reigner, qui ne se conduit pas avec moi avec trop de loyauté. Vous verrez par la copie d’une de ses lettres que je vous adresse, qu’il avait offert de me vendre 10,000 habits, à raison de 26 francs ceux des volontaires, et de 27 francs pour ceux des canonniers. Avant d’avoir connaissance de cette lettre adressée à mon ordonnateur en chef, j’avais chargé un commissaire des guerres d’acheter ces habits, en l’autorisant de les payer jusqu’à 27 francs. M. Reigner a profité très habilement de cette disposition de mes ordres et a conclu le marché à 27 francs pour la totalité des habits. Je trouve qu’il n’y a pas de bonne foi dans le procédé et je tiens que d’après sa lettre, les habits de volontaire m’appartiennent à 26 francs. Ils sont déjà emballés pour mon compte. Je vous prie de fournir à mon chef d’état-major tous les moyens qui pourraient être nécessaires pour en faire la livraison. M. Reigner peut en venir toucher le prix quand il voudra. Les fonds sont faits à Ancône et je m’en rends personnellement responsable. Déjà même son banquier doit en avoir touché, s’il a voulu, la plus grande partie. J’espère que dans tous les cas, ma garantie personnelle suffira pour ne lui laisser aucune inquiétude.
[R. II, p. 1.]
Florence, 8 prairial an 9 (28 mai 1801).
Je vous fais passer, mon général, la copie de deux lettres que je reçois à l’instant de M. Italinski, ambassadeur russe à Naples ; je désire qu’elles soient aussi vraies qu’elles sont honnêtes.
Mr Caleppi m’a assuré hier que la copie des notes que je vous ai envoyée vient de Paris, je crois que c’est le prince Sartoriski qui les a données à Rome.
Je suis ici sans nouvelles de Paris depuis dix jours. Le Cen Alquier me mande que définitivement il a obtenu quatre cent vingt-cinq mille livres par mois pour la solde, et dix mille livres par mois pour les dépenses du génie, ainsi que les matières premières ; ainsi avec ce que vous nous donnerés, nous voilà bien. Alquier a obtenu 40 pièces de 36 et 8 mortiers, avec quarante milliers de poudre, il compte obtenir encore quarante milliers de poudre. Il paraît que ces notes de Kalisheff ne sont pas encore connues à Naples, du moins rien n’y transpire encore. Cela me paraît difficile. On ne sait absolument rien des Anglais, il règne sur cette expédition un secret impénétrable, j’en augure bien.
Je ne dois pas vous laisser ignorer, mon général, que je n’ai qu’à me louer de la conduite d’Alquier, il se comporte à merveille, il met toute l’activité possible à présenter nos demandes et il obtient tout, je me fais un plaisir de vous en rendre compte.
Le général Berthier qui se rend à Paris vous fait connaître l’état de détresse où je me trouve, je n’y puis plus tenir.
On continue à faire courir ici des bruits de guerre avec la Russie, d’autres disent que vous traîtes définitivement avec l’Angleterre. Au reste, depuis la mort de Paul Ier, on déteste ici les Anglais, on sait que vous vouliez tous les deux pacifier le monde, tout le monde craint pour vous le fer ou le poison des Anglais, mais ne cesse de faire des vœux pour votre conservation.
Le courrier qui avait apporté à Naples la nouvelle de la mort de Paul Ier est repassé hier ici, il se rend à Pétersbourg.
Je vais passer huit jours à Pise pour y prendre des douches, je souffre beaucoup de ma blessure, je reviendrai ensuite à Florence.
De grâce faites-moi passer quelques secours et croyez au désir que j’ai de remplir vos vues.
Salut, respect et attachement.
J. MURAT.
P.-S. — Vous trouverez ci-joint le tableau des objets partis d’Ancône pour Tarente, ainsi que l’état de situation de l’armement de cette place.
J. M.
[Archives de la guerre.]
Florence, 8 prairial an IX (28 mai 1801).
Le général Berthier se rend à Paris, mon général, d’après une permission du ministre de la Guerre. Sa présence m’était ici très nécessaire ; j’espère qu’il ne restera absent que le temps absolument indispensable pour y terminer ses affaires. Je dois beaucoup à son zèle et à son activité et surtout à l’attachement qu’il porte à votre personne et à tous ceux qui vous intéressent. Je le charge de mettre sous vos yeux le [tableau] désolant de l’armée et quelque exact qu’il vous le rende, il ne pourra pas approcher de la réalité. Les dépêches du ministre de la Guerre du 1er prairial achèvent de me désoler ; il m’annonce que je ne dois compter sur aucun secour de votre part. Si cela est ainsi, je vous déclare qu’il m’est impossible de rester plus longtemps à une armée qui m’accable de réclamations fondées et auxquelles je ne puis répondre d’une manière satisfaisante, et par conséquent où je ne pourrai faire tout le bien que vous devés attendre de moy. Pesés bien, mon général, tout ce que je vous ai écrit et tirés-moy de l’embarras où je me trouve.
Il est fort étonnant que le ministre garde le silence sur mes rapports sur la 60e, c’est me faire croire que ma conduite n’a pas obtenu votre approbation.
Le mois de prairial sera mis à l’arriéré, sans cela je serai forcé d’emprunter quand je voudrai expédier un courrier.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Du 9 prairial an IX (29 mai 1801).
Je vous préviens, citoyen payeur, qu’ayant employé le citoyen Wicar273, peintre français demeurant actuellement à Rome, à des recherches et travaux relatifs aux objets d’art appartenant à la République française, je lui ai assigné un traitement de douze cents francs par mois. Cette somme devra être payée à la fin de chaque mois jusqu’à nouvel ordre et à compter du 1er prairial, par votre préposé à Naples, sur les 25,000 francs réservés à ma disposition. Le citoyen Wicar fournira ses récépissés et chaque payement sera porté sur un livret qu’il présentera à cet effet.
[R. II, p. 2.]
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801).
J’ai l’honneur de vous faire passer, mon général, la réponse du Sénat de Raguse à la lettre que vous m’aviez chargé de lui écrire. Je vous envoie également une lettre du chargé d’affaires et commissaire des Relations commerciales près cette République. Vous verrez dans la première l’assurance de la reconnaissance et de l’attachement que vous porte le Sénat Ragusain, avec les regrets qu’il éprouve de ne pouvoir faire en l’Égypte les envois que vous désirez. Vous apprendrez par la seconde d’une manière assez vague que les Anglais ont été complètement battus en Égypte. Cependant en rapprochant le rapport que vient de me faire le citoyen Lagé, aide de camp du général Seroux, que j’avais expédié d’Ancône et qui m’écrit de Marseille sous la date du 27 floréal, avec les nouvelles arrivées par Rhodes, Trieste et Vienne, je suis très fondé à croire à la défaite des Anglais en Égypte.
Le citoyen Lagé fut pris le 1er germinal à la vue d’Alexandrie et conduit prisonnier dans la rade d’Aboukir. Cet officier me rend un compte très exact de tout ce qui s’est passé sous Alexandrie, depuis le débarquement des Anglais jusqu’au 10 germinal inclusivement. Il m’assure qu’à l’affaire du 21 mars, trois régiments anglais ont été totalement détruits, que nous avons beaucoup souffert, que le général Abercromby est mort des suites de ses blessures, que Sydney Smith et plusieurs autres officiers de marque ont été grièvement blessés, qu’on a annoncé aussi la mort du général Lanusse. Il ajoute que les Anglais n’ont dû leur salut dans cette journée qu’à la trahison d’un de nos soldats qui déserta dans la nuit et les instruisit qu’ils devaient être attaqués à la pointe du jour. Alors Abercromby dressa une embuscade où donna notre avant-garde, en trouvant l’ennemi trois milles en avant de ses positions de la veille, caché dans des boyaux qu’il avait pratiqués pendant la nuit.
Cette bataille a été très sanglante, les deux armées ont conservé leurs positions respectives, les vedettes à une portée de pistolet les unes des autres, elles les ont gardées jusqu’au 10 germinal, jour du départ du citoyen Lagé.
Vers le 4 ou le 5, le capitan-pacha avait mouillé à Aboukir avec un vaisseau à trois ponts, deux frégates, quelques corvettes, ayant à bord 3,000 hommes de débarquement. Le 10 germinal, le général Menou qui avait donné des ordres au général Belliard de descendre du Caire avec toutes les forces disponibles, n’attendait que son arrivée pour livrer bataille à l’ennemi. Nous ne devons donc pas regarder comme une fable les nouvelles de Trieste qui annoncent que le général Menou, ayant reçu les renforts qu’il attendait du Caire avait livré bataille le 14 germinal, avait battu les Anglais et les avait forcés de se rembarquer, en s’emparant de toute leur artillerie. Cette victoire paraît être confirmée par la lettre que je reçois de Raguse et dans laquelle vous remarquerez que l’on donne comme reçue presque à l’instant même la nouvelle de l’ancienne défaite des Anglais. Pourquoi d’ailleurs les négociants anglais, établis à Smyrne, y vendent-ils leurs propriétés, et se disposent-ils à quitter cette ville au premier éveil? S’il m’arrive quelques nouvelles plus positives, je vous les expédierai par un courrier extraordinaire.
Les 40 pièces de 36 et les 8 mortiers que je vous ai annoncé avoir été accordés par la Cour de Naples, sont partis de cette ville et je les crois dans ce moment à Tarente avec 40 milliers de poudre ; en outre, il a été demandé à M. Acton trente autres pièces, 68 milliers de poudre et 200 milliers de plomb en saumon. Le tout a été accordé et l’adjudant-commandant Dampierre a ordre de rester à Naples pour presser l’envoi de tous ces objets, parmi lesquels j’oubliais de comprendre quatre mortiers. J’espère, mon général, que vous ne désapprouverez pas cette manière d’armer Tarente. Il a été obtenu en outre 10,000 francs par mois pour l’artillerie et le génie, avec toutes les matières premières.
Le général Soult me prévient, sous la date du 4 prairial, que dans ce moment-ci des batteries pour recevoir 30 pièces de canon sont déjà achevées. Je lui ai donné l’ordre de faire faire fabriquer sur le champ 300,000 rations de biscuit et de les tenir en réserve.
Je pense que je puis sans rien hasarder suspendre le départ des canons que vous m’aviez ordonné de faire partir de Livourne. L’officier d’artillerie que j’avais chargé de cette expédition me rend compte que tous les affuts se trouvent hors d’état de service et qu’il ne peut prendre les pièces demandées que dans les batteries du môle et des différents forts, ce qui ne convient nullement dans les circonstances actuelles. Par les mêmes motifs, je suspendrai l’envoi de celles d’Ancône. L’artillerie que nous fournit Naples et celle de Ponte Lagoscuro et de Gênes surpasse de beaucoup le nombre que vous désirez réunir à Tarente. Je vous prie de me faire connaître le plus tôt possible si vous approuvez ces dernières dispositions.
Le général Soult met une activité incroyable dans l’exécution de mes instructions, je lui dois des éloges particuliers sur sa conduite politique. Le citoyen Alquier nous seconde de tous ses moyens auprès du ministre Acton.
Je vous réitère que je ne puis envoyer que les 25 caissons chargés de différentes munitions dont je vous ai déjà annoncé le départ. Je vous ai demandé un ordre pour que le général en chef de l’Armée d’Italie expédie sur Tarente les autres soixante-quinze, avec une compagnie d’ouvriers, 6,000 fusils, 6 forges de campagne et au moins 200 sapeurs, car, au lieu de nous en donner, comme vous le lui aviez prescrit, 400, il ne m’en a envoyé que 150. Vous sentez combien ces sapeurs nous sont nécessaires dans un moment où vous commandez tant de travaux sur Tarente.
J’ai demandé par ma dernière lettre au ministre de la Guerre la rentrée de quelques détachements ou compagnies isolées dont les corps se trouvent en France. Permettez-moi de vous réitérer cette demande.
Je vous ai prié de me faire connaître vos intentions sur Lucques ; je vous répète que ce pays me demande à grands cris le changement de son gouvernement ; malgré toute la peine que j’éprouve en me voyant le témoin de ses malheurs, je ne me permettrai aucun changement, parce que je présume que le sort politique de ce pays doit changer à l’arrivée du nouveau duc de Toscane.
Je vous ai mis sous les yeux l’état affreux où se trouve la légion polonaise, je ne puis voir plus longtemps ces soldats faire leur service nu-pieds et sans vêtements ; si je trouve quelqu’un qui veuille faire des avances pour l’habillement de ce corps, j’ai l’honneur de vous prévenir que j’autoriserai l’ordonnateur à passer un marché pour cet objet ; les fonds du ministre de la Guerre devront acquitter cette dépense.
Salut et respect.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. II, p. 2, et Archives de la Guerre.]
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que ne pouvant obtenir aucun service du général Dulauloi, ni lui faire exécuter aucun de vos ordres ni des miens, et ne pouvant lui donner de congé pour se rendre près de vous, je lui ai déclaré qu’il ne faisait plus partie de l’armée dont vous m’aviez confié le commandement. L’importance des travaux que vous avez ordonnés sur Tarente vous fera sentir la nécessité de le faire remplacer sur le champ dans son commandement. J’ai chargé le général L. Berthier de vous faire connaître plus particulièrement les motifs qui m’ont fait prendre cette détermination.
[R. II, p. 6.]
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801).
Le général Tharreau me demande un congé de trois mois, citoyen ministre, pour aller rétablir sa santé. Les attestations les plus régulières constatent le besoin qu’il a de l’obtenir, je verrai avec plaisir que vous veuillez le lui accorder. Si vous vous y déterminez, comme je l’espère, je vous prie de laisser près de moi le général Muller ; c’est le seul général de division qui me reste en Toscane et il m’est d’autant plus nécessaire que je me trouve, comme vous le savez, sans chef d’état-major.
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801).
Je réponds, mon cher général, à votre lettre datée de Naples, le 4 prairial. J’ai vu avec plaisir le résultat de votre voyage dans cette ville. J’approuve complètement les deux conventions que vous y avez passées relativement au service des hôpitaux et à celui de la poste et à l’armement du golfe de Tarente. Celles qui se rapportent à ce dernier objet m’ont paru surtout parfaitement bien conçues et très propres, si elles étaient exécutées de bonne foi de la part des Napolitains, à remplir les vues du Gouvernement sur Tarente et sur toute la côte que vous occupez. J’ai des motifs particuliers de soupçonner la loyauté de la Cour de Naples et de douter de sa confiance en nous. Je vous invite en conséquence à prendre des mesures pour n’être pas trompé. Si les bonnes dispositions qu’on vous montre sont sincères, profitez-en avec promptitude dans la crainte qu’elles ne changent. Hâtez le départ des canons qu’on doit vous envoyer de Naples. Il serait fort malheureux qu’au lieu de les porter à Tarente, on les portât à Palerme ou qu’on les livrât aux Anglais. J’aurais désiré qu’il eût été possible de les faire escorter par quelques Français. S’il était temps encore de prendre une semblable mesure sans occasionner du retard, il ne faudrait pas la négliger. Hâtez tous les travaux avec les moyens napolitains, tant qu’ils vous en fourniront et avec tous ceux qui seront en votre pouvoir. Tenez-vous toujours en garde contre toute espèce de surprise. Je pense par exemple qu’à l’égard de l’exécution de l’article 5 de votre traité relatif aux fortifications, qu’il ne faut pas laisser retirer de Tarente et des autres forts les affûts susceptibles de réparations, avant l’arrivée de ceux qui doivent être envoyés des arsenaux de Naples. Peut-être vous exposeriez-vous, si on commençait à enlever les affûts en mauvais état, à ne pas les voir remplacés.
J’approuve aussi, mon cher général, les bases de votre convention relative aux subsistances de l’avant-garde ; seulement je ne trouve pas convenable qu’au lieu de recevoir en nature la viande, le vin, le bois et le vinaigre, nous en recevions le prix en argent. Pourquoi faire payer aux Napolitains ce qu’il nous faudra acheter ensuite? Pourquoi prendre sur nous la charge et la responsabilité des approvisionnements, lorsque nous pouvons les obtenir tous directement du Gouvernement napolitain? Si les denrées augmentaient, nous nous trouverions forcés ou de perdre ou de demander un supplément de prix ; si elles diminuaient, les Napolitains pourraient se plaindre de nous payer plus qu’ils nous devraient. Tous ces inconvénients disparaissent en exigeant la fourniture en nature. Le service d’ailleurs en sera moins compliqué et plus assuré. Vous pourrez aussi faire faire quelques réserves sur le bois, le vin, le vinaigre, comme vous vous proposez de le faire sur le grain pour les magasins de Tarente. J’écris en conséquence à Alquier pour l’engager à tout arrêter sur les bases que vous avez posées, avec cette modification seulement que tout sera remis en nature, c’est-à-dire que je le charge de demander à M. Acton l’approbation de tout ce qui a été fait par vous avec M. de Bourcard, avec seulement la modification ci-dessus.
Je dois vous observer encore que l’article laisse incertain, si la somme de 6,000 ducats pour la manutention doit être payée une seule fois, ou si elle doit être payée chaque mois? Donnez-moi une explication positive à cet égard. Au reste, mon cher général, ma confiance en vous est entière, et je m’en rapporte entièrement à tout ce que vous ferez pour les intérêts de la troupe que vous commandez. Avec les moyens que vous avez obtenus, la solde devra être parfaitement régulière. Je vous prie surtout, mon cher général, de veiller avec sévérité à ce que celle du vin soit faite exactement chaque jour. Faites faire aussi régulièrement celle du vinaigre. Dans le climat où vous vous trouvez, cette double exactitude intéresse exactement la santé du soldat.
Je vous engage à faire fabriquer avec les premiers grains qui vous seront livrés, non seulement 150,000 rations de biscuit, mais 300,000 et davantage, s’il est possible. Vous les mettrez en magasin, je n’ai pas besoin de vous exprimer combien cet approvisionnement peut devenir important. On vous a promis, mais de parole seulement, un approvisionnement de médicaments pour cinq mois. Cet objet étant assez important pour occuper une place dans vos transactions, faites-vous les livrer le plus tôt possible.
Ayant été instruit que les ingénieurs géographes destinés pour l’avant-garde étaient encore dans la division Mathieu, je leur ai envoyé l’ordre de se rendre en poste auprès de vous. Vous avez bien fait de laisser l’adjudant-commandant Dampierre à Naples pour activer le départ de l’artillerie. Cet officier a beaucoup de zèle et de talent ; s’il vous est nécessaire, vous pouvez l’employer avec confiance.
Vous ne parlez pas des boulets que vous avez dû demander et qu’on a dû vous accorder avec les canons ; vous ne me parlez pas non plus de bombes pour les mortiers. Je pense bien que vous n’aurez pas oublié que je vous ai demandé un approvisionnement à 1,000 coups pour les canons et à 500 pour les mortiers.
Les bases de vos conditions, soit pour les subsides, soit pour les hôpitaux, me paraissent avantageuses ; je désire les faire adopter pour la division Mathieu ; j’ai chargé en conséquence d’organiser sur ces bases le service des deux divisions.
Le citoyen Alquier me marque qu’il fera, si cela me convient, un traité avec le ministre napolitain, d’après vos conventions avec M. de Bourcard. Je vais lui écrire qu’un traité ne me paraît pas nécessaire et que je crois suffisant de faire sanctionner les stipulations de M. Bourcard par M. Acton, comme je sanctionne les vôtres, en faisant étendre ces mêmes dispositions au corps sous les ordres du général Mathieu, d’après le nombre de rations.
Vous aurez remarqué dans la lettre de Mathieu que vous m’avez transmise, qu’il a soldé sa division, depuis le 7 germinal jusqu’au 1er prairial, avec 30,000 ducats, cela ne soupçonne à peu près que 60,000 francs par mois. Il a 4,000 et quelques cents hommes. Vous qui devez en avoir plus du double, pouvez-vous donc les solder avec 120,000 francs? Vous voyez par là qu’avec les 240,000 francs que je vous ai attribués, vous devez avoir beaucoup plus d’argent qu’il ne vous en faut pour les dépenses extraordinaires. Aussi, mon cher général, je vous prie de ne plus rien demander. Je suis loin de me trouver aussi riche que vous l’êtes. J’ai en Toscane à peu près 13,000 hommes et ce pays ne doit me fournir que 100,000 francs par mois. Encore sur cette somme qui m’aurait dû être payée le 30 floréal pour le mois expiré, n’ai-je pas touché un sol aujourd’hui, 12 prairial!
J’écris à Alquier que les Napolitains ayant reconnu la nécessité d’armer Tarente doivent aussi reconnaître celle de l’approvisionnement. L’armement d’une ville est très incomplet et ses moyens de défense sont nuls, lorsqu’il n’y a point de vivres, je le charge de demander en conséquence l’établissement des magasins nécessaires. Si les propositions qu’il fera ont du succès, je l’engage à vous envoyer un courrier pour vous demander la note des approvisionnements de toute espèce dont vous aurez besoin. Vous devez calculer sur la garnison la plus considérable que Tarente puisse contenir et même sur la présence d’une escadre qui serait réfugiée dans le port.
Faites de votre côté à ce sujet quelques ouvertures à M. de Bourcard et, si vous en voyez des moyens, terminez cette affaire avec toute la promptitude possible. Continuez d’ailleurs, mon cher général, toutes vos opérations avec votre zèle ordinaire, on ne saurait vous demander mieux. J’ai écrit aujourd’hui au Premier Consul et c’est avec la plus vive satisfaction que j’ai rendu justice auprès de lui et à votre conduite politique et à votre activité pour l’accomplissement de ses vues.
[R. II, p. 6.]
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801).
Je vous fais passer, mon cher général, une copie de deux conventions passées entre le général Soult et M. de Bourcard pour la subsistance des troupes de l’avant-garde et pour le service des hôpitaux. Les bases de ces deux traités me paraissent avantageuses, je désire, en conséquence, qu’elles soient adoptées pour votre division. Il suffira pour cela que vous écriviez au citoyen Alquier quel nombre de rations doit vous être nécessaire et quel nombre de malades vous devez supposer pour les hôpitaux. D’après ces deux données, il devra obtenir les mêmes conditions qui ont été accordées pour les troupes de Soult ; il ne doit y avoir rien à changer dans les conventions que les proportions en raison du nombre de troupes. Le général Soult ayant 14,700 rations de vivres pour environ 9,500 hommes, je crois que vous pouvez en demander de 6,000 à 6,500 pour vos 4,000 et quelques hommes. Le général Soult ayant supposé 1,500 malades, je pense que vous pouvez en supposer 800. J’ai chargé l’ordonnateur en chef d’organiser le service des deux divisions d’après les stipulations qui seront définitivement arrêtées avec le ministre napolitain ; j’écris à Alquier pour qu’il termine de suite cette affaire, après que vous lui aurez fait passer les renseignements que vous avez à lui fournir. Je dois vous observer relativement aux hôpitaux, que les Napolitains, d’après une promesse verbale, doivent fournir à Soult outre les objets énoncés dans la convention, un certain nombre de caisses de médicaments qui fourniront un approvisionnement nécessaire pour cinq mois. Il faut exiger très positivement une fourniture proportionnellement équivalente.
Vous persistez, mon cher général, à demander 150,000 francs pour la solde, mais vous oubliez, lorsque vous soutenez qu’une telle somme vous est nécessaire, que vous avez soldé votre division, depuis le 7 germinal jusqu’au 1er prairial, avec 30,000 ducats, ce qui ne suppose guère que 60,000 francs de solde par mois. J’ai parfaitement calculé et j’ai la certitude que 120,000 francs que je vous ai attribués, doivent surpasser vos besoins et pour la solde et pour les dépenses extraordinaires. Ainsi, je vous en conjure, ne me faites plus aucune demande, on vous a fait passer des fonds pour la réparation de votre artillerie, mais on ne vous en enverra plus ; vous avez de quoi pourvoir à tout. Quant à vous personnellement, avec les 5,000 francs que le Gouvernement napolitain vous passe chaque mois, avec vos frais de table, vous ne devez pas certainement vous trouver à plaindre.
Les chemises et les souliers qui vous avaient été expédiés vous sont sûrement arrivés ; sur 10,000 habits que j’ai fait acheter à Milan, 2,000 vous sont destinés et vous parviendront le plus promptement possible. Votre division se trouvera par conséquent parfaitement habillée et vous n’aurez plus rien à désirer.
Vous m’avez fait de nouvelles observations sur le pays que vous devez occuper. Vous avez dû voir par les instructions qu’a dû vous laisser le général Monnier que vous pouvez vous étendre jusque sur le Sangro.
Vous continuez de me demander un congé; je suis fâché qu’une lettre du ministre de la Guerre m’ôte la faculté de vous l’accorder, lui seul peut vous donner la permission de vous éloigner de l’armée. Si vous persistez dans le désir que vous m’avez manifesté, il faut que vous m’adressiez une demande bien en règle, je la transmettrai au ministre en l’engageant à vous satisfaire. Ce serait avec le plus grand regret que je vous perdrais, mais je conserverais l’espoir de vous revoir bientôt à votre poste ; je ne pense pas que vous veuillez m’abandonner entièrement.
Instruisez-moi le plus tôt possible de ce que vous aurez fait pour la subsistance et pour les hôpitaux. Je vous préviens qu’il est urgent que vous écriviez à Alquier, afin qu’il puisse terminer cette affaire avant le départ prochain de M. Acton pour Palerme. Ce ministre doit faire une absence d’une vingtaine de jours ; un tel délai vous mènerait trop loin.
Je donne l’ordre au citoyen Chevrier, ingénieur géographe, de se rendre sur le champ et en poste auprès du général Soult ; je vous prie d’activer son départ, sa présence est presque indispensable auprès du général Soult.
[R. II, p. 10.]
Pise, le 11 prairial an IX (31 mai 1801)
J’ai reçu en même temps que vos dépêches des 5 et 6 prairial, mon cher ambassadeur, trois conventions passées entre le général Soult et Mr de Bourcard, relativement à la subsistance de l’avant-garde, à ses hôpitaux et à l’armement de Tarente. Les copies de ces transactions doivent être entre vos mains. J’approve entièrement les deux dernières. Les bases de celles relatives aux subsistances me paraissent bonnes aussi. Seulement je ne trouve pas convenable que le vin, la viande, le bois, etc., soient payés en argent, au lieu d’être fournis en nature. Pourquoi faire payer aux Napolitains ce qu’il nous faudrait acheter ensuite? Il convient d’ailleurs de nous affranchir, puisque nous le pouvons, de l’embarras et de la responsabilité de l’approvisionnement. Je vous prie, en conséquence, de demander que tout soit livré en nature.
Vous me dites que, pour en finir, vous ferez un traité avec Mr Acton sur les diverses demandes que nous formons. Peut-être dans les circonstances où nous nous trouvons, ne nous convient-il pas de nous lier par des stipulations positives et qui nous interdisent de nouvelles prétentions. Nous ignorons l’étendue des besoins que nous pourrons avoir et je crois que nous devons éviter de nous enchainer, lorsque nous ne savons pas si nous ne nous trouverons pas forcés d’être indiscrets. Je vous prie de vous borner à faire approuver par Mr Acton les stipulations de M. Bourcard, comme j’approuve celles de Soult, en ajoutant seulement que la fourniture totale sera faite en nature. Le général Soult pourrait voir avec peine ses conventions entièrement mises de côté et un nouveau traité substitué; je ne veux donner aucun désagrément à ce général, dont je n’ai qu’à louer la conduite.
Je désire que la convention relative aux subsistances et celle relative aux hôpitaux soient étendues à la division Mathieu. Toutes les bases étant posées d’avance, il n’y a qu’à s’accorder avec le Gouvernement napolitain sur le nombre des rations nécessaires à cette division et sur le nombre des malades qu’on y doit habituellement supposer. Je crois que les rations devront se porter de 6,000 à 6,500 et les malades de 7 à 800. J’écris à Mathieu pour qu’il me donne à cet égard des renseignements positifs. Il suffira en faisant approuver pour la division de l’avant-garde, de faire ajouter que les mêmes fournitures auront lieu pour la division Mathieu, à raison de tant de rations et de tant d’hommes pour les hôpitaux.
Vous allez voir que tous nos besoins ne sont pas encore remplis : les Napolitains ont reconnu la nécessité d’armer Tarente, mais une ville n’est pas armée lorsqu’elle n’a pas d’approvisionnements ; c’est inutilement qu’on aurait la meilleure artillerie pour se défendre, si on manquait de vivres. Il faut donc des magasins pour compléter l’armement. La dépense de cet établissement doit être sans doute considérable et ne doit pas retomber sur les Français, qui, à moins de s’y trouver investis, ne doivent rester à Tarente qu’un espace de temps limité. Il est bien plus convenable que les Napolitains en fassent les frais, parce que les magasins leur resteront à notre départ.
Je vous prie, mon cher ambassadeur, de leur en faire la demande, en leur assurant de la manière la plus positive et en prenant l’engagement que nous leur laisserons les magasins dans l’état où ils les auront remis. Si vos propositions ont du succès, comme je ne doute pas que votre zèle saura leur en obtenir, vous voudrez bien envoyer de suite un courrier à Soult, pour qu’il vous fasse passer la note de la quantité d’approvisionnements nécessaires pour Tarente, en calculant sur la garnison la plus forte que la ville soit en état de contenir et sur la présence d’une escadre dans le port. Ce sera un service bien essentiel ajouté à ceux que vous nous avez déjà rendus et que j’ai fait connaître au Premier Consul. Faites que tout ce que vous pourrez obtenir soit expédié avec la plus grande promptitude.
Je ne puis me confier à la bonne foi des Napolitains et, si les dispositions qu’ils nous montrent en ce moment sont loyales, je crains qu’elles ne cessent bientôt. Je ne serai tranquille sur le sort de l’artillerie et des frégates qu’ils doivent nous livrer, qu’au moment où j’en aurai appris l’arrivée à Tarente. Ne seraient-ils pas capables de les envoyer à Palerme ou de les faire tomber dans les mains des Anglais ? Le départ de Mr Acton pour Palerme m’inspire des soupçons. Je souhaiterais que si cela se pouvait sans occasionner de retard, l’artillerie que l’on doit envoyer à Tarente fût escortée par quelques Français. Veuillez dire à l’adjudant-commandant Dampierre de prendre cette mesure, s’il en a les moyens, c’est-à-dire s’il se trouve à Naples quelques hommes disponibles.
Je suis fâché que le passage de quelques fourgons chargés d’effets d’habillement ait porté l’alarme dans le royaume de Naples. Au reste, l’ordre est donné pour que vous soyez désormais toujours prévenu des passages qui pourraient avoir lieu. Dans tous les temps on a dû en prévenir les administrations du pays, j’ignore pourquoi on a négligé de le faire dans cette occasion.
J’ai ri, mon cher ambassadeur, de vos menaces de vous plaindre à Paris relativement à la poste. Je n’ai pu voir qu’une plaisanterie dans ce que vous me dites à ce sujet. Je vous prie néanmoins de ne pas m’en écrire officiellement de semblables ; isolées de nos relations particulières, et telles qu’elles doivent être transcrites sur vos registres, elles pourraient avoir l’air de quelque chose de très sérieux. Je ne serais pas bien aise que vous parussiez vous être cru en droit de vous plaindre de moi, surtout pour un objet sur lequel je ne devais rien. Votre correspondance avec le Gouvernement pourrait fort bien se faire comme la mienne, par des courriers extraordinaires.
Je vous observe relativement aux hôpitaux que les Napolitains, d’après une promesse verbale, doivent fournir au général Soult, outre les objets énoncés dans la convention, un certain nombre de caisses de médicaments, formant un approvisionnement suffisant pour cinq mois. Il faut stipuler très positivement une fourniture proportionnellement équivalente pour la division Mathieu.
[R. II, p. 13.]
Pise, le 13 prairial an IX (2 juin 1801).
Je vous annonce avec plaisir, mon cher général, que vous allez recevoir du ministre de la Marine 20,000 francs pour la marine de Tarente ; il envoie en même temps 9,000 francs pour celle d’Ancóne. Ces fonds doivent arriver prochainement. Je pense qu’en attendant, les 30,000 francs par mois, que je vous ai assignés sur la caisse de Naples, doivent vous donner une assez grande aisance. Employez-les à activer tous les travaux et toutes les expéditions dont vous êtes chargé.
Ma dernière lettre vous aura fait sentir toute l’étendue des vues du Gouvernement sur le port de Tarente et toute l’importance qu’il attache à son armement. Je vous prie au reste de ne considérer que comme un prêt les fonds que je vous fais fournir ; mon intention est qu’ils soient restitués à la caisse de l’Armée sur les premiers envois qui vous seront faits de Paris.
J’aurai grand plaisir d’apprendre l’arrivée à Tarente des trois frégates que vous attendez de Naples ; quand vous les aurez reçues, veuillez m’en informer de suite. J’ai des raisons particulières pour attendre cette nouvelle avec impatience.
J’apprends avec peine que les marins des lacs d’Italie se rendent lentement et en petit nombre à Ancône. J’ai écrit au général Moncey pour l’inviter à presser et à assurer leur arrivée. Le contre-amiral Ganteaume a laissé à Livourne environ 260 ou 300 marins que les maladies ont forcé à débarquer, je les ferai filer sur Tarente à mesure qu’ils seront rétablis, il en partira 80 ou 100 dans quatre jours.
Je vous envoie un rapport que j’ai reçu hier d’Ancône ; vous verrez que les Anglais nous avaient enlevé le Bouledogue, et que ce bâtiment eût été entièrement perdu sans l’activité et le courage de quelques officiers et le calme qui l’empêcha de s’éloigner. C’est à vous qu’il appartient de sévir contre ceux dont la négligence a compromis cette corvette et de rendre justice à ceux qui l’ont reprise.
[R. II, p. 16.]
Pise, le 13 prairial an IX (2 juin 1801).
Je vous ai envoyé, citoyen ordonnateur, la copie d’un accord passé entre le général Soult et M. de Bourcard pour la subsistance des troupes de l’avant-garde. Cet accord, avec quelques modifications que je vous ai indiquées, me paraissant également favorable aux intérêts de la troupe dont il assure le service exact et au Gouvernement napolitain qui est chargé de la fournir, je désirerais qu’il fût fait un traité à peu près semblable avec le Gouvernement provisoire de la Toscane, pour les troupes que nous avons dans ce pays.
Je vous charge de vous faire remettre un état bien exact du nombre d’hommes qui composent les troupes, et lorsque vous aurez fixé avec précision la quantité de rations qui devra être fournie, vous proposerez au Gouvernement le versement chaque mois d’une somme suffisante pour y pourvoir.
Vos propositions basées sur le prix exact des denrées devront lui présenter une économie considérable comparée avec les sommes qu’il paye aux fournisseurs actuels. Les membres du Gouvernement m’ont assuré plusieurs fois que la subsistance de l’armée leur coûtait au delà de 1,500,000 francs par mois. Je vois d’après l’accord fait avec Naples que la dépense ne devrait pas s’élever au-dessus de 600,000 francs. Si vos calculs vous démontrent en effet que cette dernière somme soit suffisante, vous devrez demander le versement d’un million. La Toscane par ce moyen gagnera 500,000 francs et la caisse de l’armée aura 400,000 francs que je destine à la solde.
[R. II, p. 17.]
Pise, le 13 prairial an IX (2 juin 1801).
Je vous préviens, citoyen commandant, que pour vous mettre à même de secourir les marins qui arrivent des lacs d’Italie, le payeur de la division Watrin tiendra à votre disposition une somme de 2,000 francs. Vous êtes également prévenu que le ministre de la Marine a fait un fonds de 9,000 francs pour la marine d’Ancône et un de 20,000 pour celle de Tarente. Je suis persuadé que ces fonds ne tarderont pas à vous arriver.
J’apprends que le citoyen Mesnard n’est pas encore parti pour Tarente ; son séjour à Ancône est inconcevable, il ne peut s’y prolonger ; vous voudrez bien en conséquence lui ordonner de ma part d’en partir sur le champ et de se rendre à sa destination. Le général Villeneuve me témoigne sa surprise de ce qu’il n’y soit pas encore arrivé.
Votre rapport sur l’enlèvement du Bouledogue m’a vivement surpris ; je le renvoie au général Villeneuve et le laisse le maître de punir ceux qu’il croira coupables. En attendant, vous ordonnerez à tous les officiers du Bouledogue de coucher à bord. L’officier qui commande la balancelle stationnée devant le port devrait être destitué. Le service tant de terre que de mer se fait on ne peut pas plus mal, à Ancône.
Faites réparer le plus promptement possible la corvette, j’espère qu’elle pourra se charger de 5,000 habits que je destine à la division Mathieu et à celle de Soult. J’espère qu’ils seront arrivés à Ancône aussitôt que les marins des lacs d’Italie. Dans tous les cas, ne la faites partir que lorsque ces habits seront arrivés.
[R. II, p. 18.]
Pise, le 13 prairial an IX (2 juin 1801).
Vous suspendrez jusqu’à nouvel ordre, mon cher général, l’expédition des canons que je vous avais demandés pour Tarente ; peut-être cet envoi deviendra-t-il inutile. Vous devez néanmoins faire partir tous les autres objets que je vous ai demandés. La Cour de Naples est plus généreuse que je ne l’aurais pensé, elle nous donne pour armer Tarente 72 pièces de gros calibre, 12 mortiers et 100 milliers de poudre. Les 40 premières pièces sont déjà parties de Naples et je présume qu’elles doivent même être déjà arrivées. Le Gouvernement n’avait nullement compté sur cette ressource lorsqu’il m’a ordonné d’envoyer de l’artillerie d’Ancône. Voyez si le Bouledogue ne pourrait pas se charger de vos cartouches, grils, chèvres, etc.; dans le cas contraire, vous les enverriez par le bâtiment que vous avez déjà frêté.
Je ne suis nullement satisfait, mon cher général, de la manière dont se fait le service dans la place d’Ancône. Je suis indigné de ce que de tous ces Anglais qui sont entrés dans le port, il en soit sorti un seul. Je devrais destituer le commandant de la place, l’officier qui commande la corvette, et surtout celui qui commande la balancelle stationnée devant le port. Je renvoie votre rapport et celui du commandant de la Marine au contre-amiral Villeneuve, qui prononcera sur la punition à infliger aux deux derniers.
J’ai ordonné au chef d’état-major d’artillerie de mettre à votre disposition quelques fonds. En attendant, je vous fais expédier une ordonnance de 2,000 francs sur le payeur de la division d’Ancône.
La corvette ne devra partir d’Ancône qu’après l’arrivée de 5,000 habits que je destine aux divisions Mathieu et Soult ; je pense qu’ils seront rendus aussitôt à Ancône que les marins qui doivent arriver des lacs d’Italie.
J’ai reçu des nouvelles de votre aide de camp Lagé; il a été fait prisonnier à deux lieues d’Alexandrie et reconduit à Marseille où il attend vos ordres.
Faites fabriquer le plus de cartouches que vous pourrez, activez le départ de tous les objets que vous devez expédier sur Tarente ; donnez des ordres pour qu’à l’avenir le service se fasse plus exactement dans la place d’Ancône. J’approuve la gratification que vous avez fait donner aux braves qui ont sauvé le Bouledogue, je ferai expédier une ordonnance de 600 francs par l’ordonnateur et je ferai connaître par l’ordre du jour et au Gouvernement leur courage et leur intrépidité.
[R. II, p. 19.]
Pise, le 13 prairial an IX (2 juin 1801).
Au commissaire français près le Gouvernement provisoire de la Toscane.
Le Gouvernement toscan, citoyen commissaire, devait verser le 30 floréal une somme de 120,000 francs dans la Caisse de l’armée, il n’a encore effectué aucun payement. Le besoin de ces fonds est urgent, je vous charge d’en presser la remise. Vous déclarerez au Gouvernement que si l’entière somme n’est pas versée d’ici au 20 courant, la contribution sera augmentée d’un vingtième par jour de retard et que je saurai employer les moyens nécessaires pour en assurer la plus prompte rentrée.
J’ai appris avec la plus grande peine que les fournitures nécessaires pour le casernement n’avaient pas été complétées : le soldat souffre et les maladies se multiplient. Vous demanderez au Gouvernement de faire fournir dans deux jours les effets qui manquent encore ou d’indiquer, dans le même délai, le logement chez les bourgeois pour les soldats à qui ces effets manqueront.
Je ne trouve pas fondée la réclamation de la commune de Livourne que vous m’avez communiquée. Elle devait 2,000 sacs de grains, elle n’en a versé que 1,510. Si les grains ont augmenté de valeur depuis l’époque où sa dette fut contractée jusqu’au moment où elle en a fait la livraison, c’est à elle seule qu’elle doit imputer de n’avoir pas livré plus tôt. Au lieu qu’il lui soit dû 19,840 francs, comme elle le prétend, elle doit encore 490 sacs de blé. Tout ce que je puis consentir à faire en sa faveur, c’est de lui en faire la remise.
J’ai donné des ordres pour que la cavalerie de Prato soit envoyée à Florence.
La commune de Livourne ne doit rien payer à qui que ce soit, que sa dette ne soit régulièrement constatée et sur des états visés par l’ordonnateur en chef.
[R. II, p. 20.]
Florence, le 18 prairial an IX (7 juin 1801).
Porto Ferrajo tient plus longtemps que nous ne l’aurions dû penser, sa résistance nécessite pour la sûreté de nos troupes des précautions et une surveillance qui les mettent à l’abri de toute atteinte de la part des Anglais. Porto Longone est le seul point qui puisse nous offrir un asile du côté de la terre et de la mer. Il s’agit donc d’employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour mettre cette place en état de soutenir un siège. Il faut y faire rétablir les batteries qui sont en mauvais état, y en établir de nouvelles, s’il est nécessaire ; enfin il faut l’armer et l’approvisionner. Le Gouvernement attache la plus grande importance à la conservation de cette île. Vous me rendrez compte des mesures que vous aurez prises pour assurer l’exécution de ses intentions. J’ai la plus grande confiance à votre zèle et à votre activité.
Le général Tharreau me prévient qu’il avait fait mettre à votre disposition les étamines pour faire des cartouches. Comme ces marchandises ne sont point propriétés anglaises, vous me ferez connaître si véritablement elles sont vendues et si vous y avez été autorisé.
Je reçois rarement de vos nouvelles, je vous prie de m’en donner le plus souvent qu’il vous sera possible et extraordinairement si vous en receviez d’Égypte.
Si les 100,000 rations de biscuit et de vin ne vous sont pas encore parvenues, je vais donner les ordres pour qu’elles soient promptement expédiées.
[R. II, p. 21.]
Florence, le 18 prairial an IX (7 juin 1801).
La réclamation que vous me faites par votre lettre du 10 prairial et que vous appuyez de l’arrêté des Consuls du 3ᵉ jour complémentaire an VIII, ne me paraît pas fondée. Les fonds que me fournit la Cour de Naples ne peuvent point être considérés comme contribution militaire. Ils sont le résultat d’un traité de paix avec le Roi des Deux Siciles qui s’est engagé à nourrir et à solder les troupes qui étaient dans ses États, car aux termes de ce même traité nos quartiers maîtres pourraient se présenter à la trésorerie de Naples sans aucun intermédiaire, et ce n’est que pour régulariser cette comptabilité et prévenir toute espèce d’abus que j’ai envoyé à Naples un préposé du payeur général. Ne voulant cependant pas prendre une décision qui peut blesser vos intérêts, je vous autorise à vous adresser à Paris auprès du ministre compétent.
L’officier d’habillement des grenadiers de la Marine qui avait reçu 3,000 francs à Turin pour le transport de l’habillement de ce corps, m’a assuré les avoir rendus à son passage dans cette ville.
[R. II, p. 22.]
Florence, le 19 plairial an IX (8 juin 1801).
J’ai demandé au général Moncey, mon cher général, une quantité assez considérable d’effets d’artillerie qui me sont nécessaires pour l’armement du port de Tarente. Il m’a fait annoncer par son chef d’état-major que tous ces effets me seraient envoyés. Pressé de les recevoir pour pouvoir accomplir avec la célérité qui m’est prescrite les ordres du Gouvernement, je me détermine à vous envoyer un officier d’artillerie. Je vous prie de l’accueillir avec bonté et comme un homme qui m’intéresse ; il parcourra les divers arsenaux que vous voudrez bien lui indiquer et vous désignera les objets qui nous sont le plus essentiellement nécessaires ; il activera le départ de tout ce que vous pourrez me fournir.
J’espère que vous favoriserez la mission dont je l’ai chargé et que vous la lui rendrez agréable autant que vous pourrez.
[R. II, p. 23.]
Florence, le 19 prairial an IX (8 juin 1801).
Je désirerais, mon cher général, pouvoir me conformer au désir que vous me témoignez, en vous renvoyant les deux compagnies de guides que j’ai près de moi.
J’apprends les motifs politiques qui vous portent à éloigner ceux que vous voudriez approcher de moi, mais je ne puis me déterminer à faire partir des soldats qui m’ont témoigné le plus grand attachement et qui m’ont fait exprimer combien ils seraient affligés en recevant l’ordre de me quitter. Tout ce que je puis faire est de recevoir la compagnie des guides des Alpes, mais je vous prie de faire rétrograder la compagnie des guides de Brune. La Toscane est déjà surchargée de cavalerie et ne peut en contenir davantage.
[R. II, p. 23.]
Florence, le 19 prairial an IX (8 juin 1801).
J’ai été bien fâché, mon cher général, que mon départ un peu précipité de Pise m’ait privé du plaisir de vous voir. J’ai reçu vos mémoires, je les enverrai au ministre de la Guerre avec une lettre de recommandation, je désire qu’ils obtiennent le succès que vous en attendez. Je vous prie de faire passer, par la voie la plus prompte, la lettre ci-jointe dans l’île d’Elbe au chef de brigade Mariotti ; ce sont des instructions que je lui envoie pour la défense de Porto Longone.
Je vous prie, mon cher général, de presser l’envoi de 100,000 rations de biscuit que nous devons lui fournir ainsi que celles du vin. Surveillez, je vous prie, mon cher général, les Polonais ; je sais qu’on cherche à les travailler.
[R. II, p. 23.]
Florence, le 19 prairial an IX (8 juin 1801).
Monsieur le général, j’ai l’honneur de vous envoyer un extrait de deux lettres que je reçois d’Ancône par un courrier extraordinaire. Vous verrez qu’on m’y annonce comme officiels les détails qu’elles renferment. Je ne puis néanmoins me persuader qu’au préjudice des relations d’amitié qui existent entre nos gouvernements, les ennemis de la France trouvent dans un port de Sa Majesté Impériale des secours et une protection déclarée contre nos intérêts.
Si des troupes à la solde de l’Angleterre s’embarquent à Trieste, il est évident qu’elles sont destinées à nous faire la guerre en Égypte. Souffrir cet embarquement ce serait favoriser une expédition contre un pays que nous occupons, leur fournir des vivres et des moyens de transport serait concourir à cette même expédition, et la France ne pourrait que voir dans ces procédés une violation manifeste de l’article 1er du traité de Lunéville, où il est dit en termes exprès : Il ne sera donné aucun secours ni protection, soit directement, soit indirectement, à ceux qui voudraient porter préjudice à l’une ou à l’autre des parties contractantes.
Je n’ai rien voulu communiquer à mon Gouvernement, M. le général, sur un objet si important, avant de vous avoir demandé des éclaircissements positifs. Je vous prie de m’apprendre par le retour de mon courrier s’il est vrai que les Anglais aient eu le dessein de faire embarquer des troupes à leur solde dans le port de Trieste, et je vous invite, au nom de la bonne harmonie qui existe entre les deux nations, à vous opposer à l’exécution de tout dessein semblable, en attendant les explications qui pourront avoir lieu, s’il est nécessaire, entre nos Gouvernements respectifs. J’attends de la loyauté qui vous caractérise, Monsieur le général, une déclaration précise sur l’objet de ma lettre.
Je vous prie de ne voir dans ma démarche que le désir de maintenir à l’abri de toute atteinte les sentiments et les intérêts qui ont fait poser les armes à l’Allemagne et à la France.
[R. II, p. 24.]
(S. I.) 8 juin (1801).
Comblé des nouvelles bontés de la part de V. E.275, je lui dois des nouveaux remerciements. Je la prie de vouloir bien les agréer. Je pars plein de reconnaissance et je m’en rappellerai toujours. Le S. Père m’a ordonné de témoigner au Premier Consul combien il doit à V. E. Je m’acquitterai de ces ordres avec les sentiments dont mon cœur est pénétré. Je prie V. E. de vouloir bien envoyer à Paris l’incluse. Je la prie aussi de présenter mes respects à Mme Murat et de me employer toujours pour servir V. E., à laquelle je suis très attaché. Je ai l’honneur d’être avec la plus haute considération
H. Cardinal CONSALVI.
[Archives du prince Murat. D. 60 (19).]
Florence, du 20 prairial an IX (9 juin 1801).
Je m’empresse de vous faire parvenir, mon général, les nouvelles que je reçois à l’instant du général Soult par un courrier extraordinaire, sa lettre est du 13 ; la barque qui les portait de Corfou n’était partie de cette île que le 8 et elle était arrivée le 11 à Otrante.
D’après le rapport du commandant de cette barque, les Anglais ont été entièrement défaits sous les murs d’Alexandrie et se sont rembarqués dans le plus grand désordre ; 500 de leurs blessés sont arrivés à Modon en Morée où une partie de leurs transports a déjà paru.
Depuis deux jours, m’écrit le général Soult le 14, le bruit de la défaite des Anglais en Égypte court dans tout le pays, sans qu’on puisse dire comment y est parvenue la première nouvelle. Voici le détail de ces bruits.
Dans une attaque générale, les Français firent à dessein un mouvement rétrograde et évacuèrent les ouvrages situés en avant d’Alexandrie. Les Anglais s’y précipitèrent en foule, mais ils furent dans un instant enlevés dans les airs par l’effet des mines et fougasses qui étaient préparées dans ces ouvrages. La garnison d’Alexandrie, profitant de ce moment de désordre, fit une sortie et poursuivit les Anglais jusqu’à leurs embarcations, en leur faisant éprouver une perte considérable. Le rembarquement, annoncé par la voie de Corfou, est la suite et la conséquence de cette affaire meurtrière. Cinq vaisseaux chargés de leurs blessés sont arrivés à Malte.
L’ambassadeur Alquier m’informe par sa lettre du 15 que M. Jackson, ministre d’Angleterre auprès du roi de Sardaigne, a reçu de l’amiral Keith une lettre qui lui annonce que les Anglais sont définitivement maîtres de Rosette, que les Turcs occupent Damiette, mais que les Français sont retranchés dans un poste inattaquable ; ce sont les propres termes de la lettre. Le citoyen Alquier aurait dû me donner la date de la lettre de l’amiral Keith. Cet amiral ne parle pas des troupes arrivées de l’Inde et qu’on disait débarquées à Suez, il dit seulement qu’il paraît vraisemblable que l’amiral Blanquet a pénétré dans la mer Rouge.
Ganteaume a été vu le 8 prairial de Naples et l’on assure qu’il paraissait faire route vers la Calabre, il paraît qu’il ne marche qu’en tremblant.
Un courrier de Constantinople a apporté à Corfou la nouvelle qu’Alexandre Ier a déclaré la guerre à la Porte. Ce même courrier a été tué dans Corfou à la suite d’une révolte des habitants contre les Turcs qui y ont perdu une vingtaine d’hommes. D’après cet événement qui a exposé à de grands dangers plusieurs personnes de marque et d’après la nouvelle de la déclaration de Guerre par Alexandre Ier à la Porte, les Russes ont occupé exclusivement les deux forts principaux et sont, par ce moyen, maîtres absolus de Corfou.
La barque qui a apporté ces nouvelles était chargée d’une dépêche du consul russe à Corfou pour son ministre à Naples, on croit qu’elle renferme des détails circonstanciés de ces événements. J’envoie à Alquier un courrier extraordinaire pour lui demander la date de la lettre de Keith et pour l’engager à tâcher de savoir auprès du ministre russe le contenu de la dépêche de son consul à Corfou. Je vous ferai connaître le plus promptement possible sa réponse.
Le citoyen Meuron m’écrit d’Ancône, sous la date du 13, que des troupes à la solde de l’Angleterre, qui ont servi dans les troupes impériales jusqu’au traité de Lunéville, se rendent à Trieste, où l’on attendait sous deux ou trois jours 2,000 Suisses. Toutes ces troupes doivent s’y embarquer sur des bâtiments de commerce pour Malte. Cependant on ne se trompe pas sur leur véritable destination, elle est très certainement pour l’Égypte. Une frégate et un brick anglais arrivèrent à Trieste le 7e prairial, une autre frégate de 42 canons y arrivera le 8. Ces bâtiments de guerre doivent convoyer ces troupes. Tous les officiers anglais assurent qu’un vaisseau de 86 canons doit se joindre à eux à la hauteur d’Ancône. On mande également de Trieste qu’on y attend dans quinze jours de nouvelles troupes pour les y embarquer pour la même destination.
Comme le citoyen Meuron me donne toutes ces nouvelles comme officielles, j’ai cru devoir pouvoir faire des réclamations à M. de Bellegarde. Je lui ai expédié en conséquence par un courrier extraordinaire la lettre dont vous trouverez ci-joint copie. Sa réponse qui m’instruira sur l’existence de ces nouvelles vous sera envoyée aussitôt qu’elle me sera parvenue.
Le citoyen Meuron par sa même lettre m’informe que, d’après le rapport du commandant d’une prise destinée pour Scutari en Albanie, on y a reçu la nouvelle que les Anglais avaient été complètement battus en Égypte par les Français aidés par les naturels du pays. On a assuré aussi au citoyen Meuron qu’un convoi de bâtiments anglais venant du Levant s’est rendu à Trieste, sous l’escorte de six à huit bâtiments armés, parmi lesquels se trouvent plusieurs frégates.
L’apparition d’une division anglaise m’empêche de faire sortir d’Ancône les trois frégates napolitaines qui sont entrées dans ce port le 14. Il est fort étonnant qu’ayant fait demander officiellement à M. Acton que ces frégates fussent envoyées à Tarente et non à Ancône, M. le chevalier de Micheroux n’ait pas voulu rétrograder, d’après la demande qui lui en a été faite par le général Villeneuve à Manfredonia où il avait relâché. Les faire sortir aujourd’hui d’Ancône et les renvoyer à Tarente, ce serait certainement les exposer ; exiger qu’elles y soient conduites par les Napolitains, c’est courir les mêmes dangers, car il paraît que les Anglais ne respectent plus les pavillons napolitain et papal. Si elles venaient à être prises, Naples n’en a pas pour les remplacer. Je vais donc ordonner qu’elles restent à Ancône jusqu’au moment où nous pourrons les remettre à la mer sans danger. Comme nous n’avons pas assez de matelots pour former leurs équipages, je fais rester ceux des Napolitains, sous le prétexte qu’ils vont recevoir de leur Gouvernement un ordre de les reconduire eux-mêmes à Tarente. Je fais demander par le citoyen Alquier des explications à M. Acton sur le refus qu’a fait M. de Micheroux de se rendre à Tarente, d’après la demande que lui en a faite le général Villeneuve.
Sur les marins qu’a jetés dans Livourne l’amiral Ganteaume, quatre-vingts sont aujourd’hui convalescents, je vais les faire partir un de ces jours pour Tarente, les autres partiront pour la même destination aussitôt qu’ils seront en état de supporter la route. Le général Villeneuve me mande qu’il ne peut se procurer aucun marin dans la presqu’île d’Otrante, aucun ne veut se servir sur nos vaisseaux. Nous ne pouvons donc compter que sur ceux qui nous arriveront des lacs d’Italie et de Toulon, j’ai bien peur qu’ils ne soient pas en grand nombre.
Les malveillants se remuent dans toute l’Italie avec une activité incroyable, ils y répandent les bruits les plus absurdes. A Milan on crie : « Vive Robespierre »; en Romagne, on incarcère presque tous les nobles ; à Florence, on a trouvé inscrit sur des croix Vespre Siciliane ; à Rome, on proclame la rupture entre la France et le Saint-Siège, et sans le voisinage de mes troupes, je n’oserais pas répondre de la personne du Saint-Père. Mais je suis sans inquiétude, l’armée est animée d’un excellent esprit, je dois compter sur elle.
Le citoyen Cacault est arrivé hier matin avec le cardinal Consalvi. Ce dernier est parti ce matin pour Paris où je pense qu’il arrivera vers le 30. Il se rend près de vous avec confiance et le Saint-Père attend tout des sentiments de bienveillance que vous ne cessez de lui montrer. Je vous assure qu’ils sont de bonne foi. Au reste le cardinal Consalvi, a ordre de faire tout ce qui est possible en matière de religion. Ne vous laissez pas prévenir contre le cardinal Consalvi, tous les Français n’ont qu’à se louer de lui.
De grâce, renvoyez-moi mes courriers, je les ai tous à Paris depuis quinze jours.
J’ai beaucoup à me louer du général Soult, qui sert avec le plus grand zèle ; toute l’armée en général se comporte à merveille, malgré l’état de nudité où elle se trouve.
Dans quinze jours, vous ne recevrez plus de courriers de moi, faute de fonds pour vous les expédier, par conséquent, vous n’entendrez plus de mes plaintes.
Je vais faire connaître au ministre de la Guerre l’organisation administrative de l’armée. J’ai été obligé de déclarer au général Dulauloi qu’il ne faisait plus partie de l’armée que je commande ; vous devez sentir combien il est instant de le faire remplacer. Le général Chasseloup276 qui devait se rendre à Tarente n’a pas encore paru, cependant les travaux sont continués avec la plus grande activité; le 30, les batteries qui défendent la rade seront achevées.
J. M.
[Archives du prince Murat, R. II, p. 25, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 20 prairial an IX (9 juin 1801).
M. le général, j’ai reçu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 23 et le 28 mai. Je suis très sensible aux soins que vous avez bien voulu donner relativement au corsaire l’Achille. J’ai regret d’avoir sollicité inutilement votre sollicitude pour un objet qui est en lui-même d’une si petite importance. Les détails que vous me donnez me paraissent établir que le bâtiment fut capturé dans une rade de la dépendance de Sa Majesté Impériale, et que par conséquent on serait fondé de réclamer contre la violation de son territoire, mais il suffit que le corsaire porte le nom de mon fils pour que je cesse toute demande au sujet de cette affaire. Cet intérêt semble trop m’être personnel pour que je le poursuive avec chaleur.
Par votre lettre du 28, vous vous plaignez, monsieur le général, d’une violence faite à la polaque impériale le Printemps par un corsaire français. J’ai donné les ordres les plus sévères pour assurer le respect du pavillon impérial et vous aurez été instruit sans doute que plusieurs bâtiments amenés à Ancône ont été déclarés illégalement capturés et relachés sur le champ. Je ferai connaître à mon Gouvernement, puisque vous le désirez, la réclamation que vous m’avez adressée et certainement il prendra des mesures pour réprimer les désordres que pourraient se permettre des capitaines de corsaires. Au reste, M. le général, le pavillon impérial couvre souvent des cargaisons appartenant à nos ennemis. J’ai été informé qu’on avait conduit à Ancône un bâtiment sous ce pavillon, mais qui avait été chargé à Trieste et expédié pour Scutari, pour le compte de négociants sujets de la Porte. Toutes les prises sont jugées dans les ports où nous commandons avec la plus grande impartialité.
[R. II, p. 29.]
Florence, le 20 prairial an IX (9 juin 1801).
Monsieur le général, j’ai l’honneur de répondre à votre lettre du 11 du mois dernier. Lorsque j’arrêtai à Ancône, dans le mois de ventöse, des vivres nécessaires pour la subsistance des troupes que je commandais, j’étais sous les ordres du général en chef de l’Armée d’Italie et je me conformais aux instructions que j’en avais reçues. C’est à ce général plutôt qu’à moi à qui vous devez adresser la réclamation du paiement de ces vivres. Je commande en chef aujourd’hui une armée distincte de celle dans laquelle je servais alors. Je crois, au reste, M. le général, qu’aux termes de l’armistice de Lunéville, les subsistances que vous aviez laissées à Ancône durent nous appartenir, comme celles qui se trouvaient dans toutes les places dont nous primes possession. Je n’ai pas, dans ce moment, cet armistice sous les yeux. Je pense que le moyen le plus sûr de faire statuer sur votre demande est de la faire présenter au Gouvernement français par M. de Cobentzel. Le Gouvernement s’empressera certainement d’y faire droit, si elle est fondée.
Je vais transmettre au ministre de la Guerre la pièce que vous m’avez envoyée relativement à cette affaire.
[R. II, p. 30.]
Florence, le 20 prairial an IX (9 juin 1801).
Conformément aux instructions que vous m’avez données, j’envoyai le citoyen Hawslaer en qualité d’agent des Relations commerciales à Civita Vecchia, je vous écrivis pour vous prier de le confirmer dans cet emploi, mais vous en eûtes disposé au moment où ma lettre parvint. Le citoyen Haslawer se trouve aujourd’hui sans place. Je vous demande pour lui celle d’agent des Relations commerciales à Palerme. Je vous préviens qu’en attendant, je l’envoie dans cette ville où nous avons besoin de quelqu’un qui nous instruise de ce qui s’y passe. Le citoyen Haslawer a du zèle et du talent, il est recommandable par sa probité, il a droit à votre intérêt et à votre confiance. Dans le cas où vous ne pourriez pas lui donner la place de Palerme, je vous en demande pour lui une autre d’un égal avantage.
[R. II, p. 31.]
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
Je reçois, citoyen, votre lettre du 20 prairial avec les réclamations qu’elle renferme en faveur de M. Backri. Voici ma réponse : « Sommes-nous en guerre ou en paix avec le Dey d’Alger? Si nous sommes en paix, M. Backri doit jouir de tous les privilèges des agents des puissances amies. Si nous sommes en guerre, il ne peut avoir aucun droit à ces avantages. Le Dey en se déclarant contre nous aurait perdu ses droits à l’intérêt que le Gouvernement français lui a exprimé par l’organe de son ministre des Relations commerciales.
[R. II, p. 31.]
Florence, le 21 prairial an IX (9 juin 1801).
Je vous fais passer, mon cher général, la seule réponse que je puisse faire aux réclamations de Mr Backri. Le citoyen Belleville doit savoir que les Barbaresques ne respectent plus notre pavillon.
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
Vous voudrez bien, citoyen commandant, faire les dispositions nécessaires pour faire passer sur le champ à l’Armée d’Italie le 11e régiment de hussards ainsi que les 7ᵉ et 12ᵉ régiments de dragons. Les dépôts de ces corps devront les suivre. Vous préviendrez de ce mouvement le commissaire ordonnateur et les généraux sous les ordres desquels se trouvent les corps que vous devez faire partir. Vous me ferez connaître l’itinéraire de leur marche et vous en instruirez aussi le général en chef de l’Armée d’Italie.
Vous mettrez à l’ordre du jour que la solde étant la première dette et devant être acquittée avant tout, il ne sera plus payé à l’avenir de frais de poste qu’aux courriers et aux officiers d’état-major envoyés en mission par le général en chef. Tout payement cessera également pour les frais d’entretien des fourgons des officiers généraux. L’ordonnateur est autorisé à délivrer des ordonnances pour cet objet sur le ministre de la Guerre. Les frais de table, même ceux du général en chef, seront portés dans l’arriéré; l’ordonnateur délivrera provisoirement des ordonnances qui seront acquittées sur les premiers fonds disponibles.
[R. II, p. 32.]
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
J’ai reçu, mon cher général, et communiqué au Gouvernement par un courrier extraordinaire toutes les nouvelles que vous venez de me donner sur la défaite des Anglais en Égypte, celles que je reçois d’Ancône s’accordent parfaitement avec ce que vous m’écrivez, puissiez-vous bientôt me les confirmer.
Par un arrêté des Consuls et les ordres réitérés du ministre de la Guerre, il ne doit y avoir aucun officier à la suite des corps ; en conséquence, vous devez renvoyer tous ceux qui se trouvent dans vos troupes. Je ne crains pas que cette mesure se trouve plus injuste envers les officiers des détachements qui viennent de Malte qu’envers ceux de toutes les autres armées.
Je vous ai déjà annoncé 3,000 habits, ils sont en route pour votre quartier général ; vous devez en avoir reçu 1,400. La Marine est habillée à neuf. L’ordonnateur vous a également envoyé des chemises et des souliers. Voilà, mon cher général, tout ce qu’il nous est possible de faire pour vos troupes et je vous déclare que vous êtes cent fois plus à votre aise que moi, le Gouvernement m’ayant écrit qu’il ne pouvait pas m’envoyer un écu. Vous savez combien la Toscane est épuisée.
J’espère que la mesure qu’à votre demande vient de prendre le Gouvernement napolitain contribuera puissamment à maintenir la tranquillité dans les pays que vous occupez ; j’ai toujours été d’ailleurs sans inquiétude, votre zèle me répond de tout.
Je ferai payer à l’officier que vous enverrez résider à Naples une gratification de 400 francs par mois.
Les frégates napolitaines dont vous m’annoncez le départ de Manfredonia pour Ancône, y sont arrivées le 14 au matin. La conduite de M. de Micheroux est certainement répréhensible, je m’en plaindrai vivement à son Gouvernement. En attendant, je vais le retenir à Ancône avec les équipages de ces frégates afin que dans le cas où le Roi de Naples consente à les faire reconduire à Tarente, il soit en mesure d’exécuter cet ordre. Dans aucun cas, elles ne sortiront que lorsque je jugerai qu’elles le pourront sans danger.
Vous pouvez accepter, mon cher général, les démissions du citoyen Duplaquet, quartier-maitre du bataillon complémentaire de la 25ᵉ demi-brigade, et celle du citoyen Duretel, lieutenant de la 86ᵉ. J’autorise également le chef de brigade Courtel à se retirer dans ses foyers, son régiment sera commandé provisoirement par le chef d’escadron Langlois. Je suis trop heureux, mon cher général, de trouver l’occasion de vous prouver combien je désire faire quelque chose qui vous soit agréable, en rendant un acte de justice. Je vais demander ce régiment pour votre frère, je désire que le ministre reçoive favorablement ma demande.
J’attendrai avec bien de l’impatience les plans et rapports que je vous ai demandés pour le ministre de la Guerre ; je pense que le citoyen Chabrié est déjà auprès de vous.
Je pense comme vous que pour effrayer les auteurs des assassinats commis sur les Français, il faut les faire juger par la Commission militaire.
Quant à vos dépenses extraordinaires, quoique je sois cent fois plus gêné que vous, j’autorise le préposé du payeur à Naples à vous verser tous les mois une somme de 4,000 francs.
Les besoins de la Marine n’étant pas aussi grands que je l’avais pensé et le ministre m’ayant annoncé des fonds pour son service, la caisse de la Marine n’en recevra à l’avenir, à compter de prairial, que 15,000 francs. Les autres 15,000 seront versés dans votre caisse, ce qui vous formera un total de 255,000 francs. Je vous déclare, mon cher général, que c’est tout ce que je puis vous faire donner, vous aurez d’ailleurs le bataillon de la 19ᵉ de moins.
Je suis extrêmement satisfait de la conduite que vous tenez et c’est avec plaisir que j’ai fait connaître au Premier Consul votre zèle et votre activité277. Faites connaître par l’ordre du jour la satisfaction que j’éprouve sur celle de vos troupes. Je suis très impatient d’apprendre l’arrivée à Tarente des canons que vous attendez de Naples ; j’en témoigne toute mon inquiétude au citoyen Alquier. Je ne le suis pas moins que vous m’envoyez la confirmation des nouvelles intéressantes que vous m’avez données d’Égypte.
[R. II, p. 32.]
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
J’ai reçu, mon cher ambassadeur, votre lettre du 15 prairial, avec l’extrait de celle que vous avez adressée au ministre des Relations extérieures. J’aurais désiré qu’en me parlant de la lettre écrite à M. Suchser par l’amiral Keith, vous m’en eussiez fait connaître la date. J’aurais pu comparer les nouvelles annoncées par cette lettre avec celles que je reçois à l’instant du général Soult par un courrier extraordinaire. Il me marque avoir appris, par une barque partie de Corfou le 8 de ce mois et arrivée à Otrante le 11, que les Anglais ont été entièrement défaits sous les murs d’Alexandrie et se sont rembarqués dans le plus grand désordre. Il ajoute que le bruit de la défaite des Anglais est généralement répandu dans le pays, sans qu’on puisse dire comment la nouvelle est parvenue. Le général Soult m’écrit encore qu’un courrier de Constantinople a porté à Corfou la nouvelle que l’empereur de Russie Alexandre Ier avait déclaré la guerre à l’empereur ottoman. La barque arrivée à Otrante était chargée d’une dépêche du consul russe à Corfou pour son ministre à Naples. Vous serez à portée d’apprendre par ce ministre si la guerre existe en effet entre la Porte et la Russie. Je vous prie de me faire connaître le plus promptement possible ce que vous aurez appris à cet égard ; veuillez me donner en même temps la date de la lettre de l’amiral Keith.
Vous avez dû recevoir, il y a déjà plusieurs jours, une décision sur les moyens de subsistance proposés par le général Soult pour l’avant-garde. Je vous écrivis pour cet objet par un courrier extraordinaire. Je désire que vous profitiez de ce courrier pour m’envoyer les renseignements que je vous demande.
Je viens d’apprendre que les trois frégates napolitaines, que M. Acton vous a promis de faire arriver à Tarente, sont mouillées dans le port d’Ancône. Le contre-amiral Villeneuve a dû vous apprendre que c’est malgré ses réclamations et par un ordre du commandant du département de la Marine que M. de Micheroux a refusé de les amener à Tarente. Je ne puis que me plaindre très vivement de cette violation de la convention faite entre vous et M. Acton, et je ne reconnais pas à ce procédé les dispositions loyales que nous a montrées jusqu’à présent la Cour de Naples. Je vous prie d’exprimer à M. Acton tout le mécontentement que j’éprouve à lui demander que M. Micheroux conduise, avec les équipages napolitains, ses trois frégates à Tarente, lorsque le contre-amiral Villeneuve jugera que ce trajet peut se faire sans danger.
Vous voudrez bien déclarer au ministre que je ne regarderai les frégates comme reçues qu’au moment où elles seront à Tarente et que, si elles tombaient entre les mains des Anglais, je les regarderais comme perdues pour le compte de Sa Majesté Sicilienne et non pas pour la France, notre Gouvernement en exigerait certainement trois autres.
Je suis bien impatient d’apprendre que les canons soient arrivés à Tarente.
Je vous rappelle que vous avez bien voulu vous charger de quelques intérêts du général Broussier auquel je m’intéresse infiniment. Je vous prie de me faire connaître le résultat de vos démarches à cet égard.
[R. II, p. 35.]
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
Les trois frégates napolitaines sont arrivées à Ancône, mon cher général ; je suis comme vous extrêmement mécontent de la conduite du département de la Marine à Naples. J’écris au citoyen Alquier pour l’engager à faire à cet égard les plaintes et les réclamations les plus vives. Je retiendrai à Ancône M. de Micheroux avec les équipages des frégates, en lui annonçant qu’il recevra l’ordre de les amener à Tarente. Je pense néanmoins comme vous qu’il serait dangereux de les faire sortir d’Ancône dans ce moment où les Anglais paraissent avoir des forces dans l’Adriatique. Je charge, en conséquence, le commandant de la Marine à Ancône de ne leur laisser reprendre la mer que sur vos ordres.
Le ministre de la Marine m’ayant annoncé qu’il vous envoyait 20,000 francs, vos besoins ne me paraissent pas extrêmement urgents et ceux de l’armée me pressent de toute part. J’ai déterminé qu’à compter du 1er prairial, la caisse du payeur de Naples ne vous fournirait plus que 15,000 francs par mois. Je dispose des 15,000 francs que je vous retranche en faveur de la division du général Soult. J’espère que votre service ne souffrira pas de cette mesure. Dans tous les cas, soyez certain que vous me trouverez toujours prêt à venir à votre secours.
Je présume que vous aurez donné vos instructions sur la destination des frégates napolitaines.
Je vais diriger sur Ancône les marins sortis des hôpitaux de Livourne et de Pise que je vous avais annoncés pour Tarente. Je pense que dans la circonstance actuelle, ils se trouveront plus utiles dans le port d’Ancône ; ils seront d’ailleurs sur la route de Tarente, si vous voulez les y faire venir.
[R. II, p. 36.]
Florence, le 21 prairial an IX (10 juin 1801).
Je reçois à l’instant des dépêches de mon Gouvernement qui m’annoncent le départ de tous les prisonniers napolitains qui se trouvent en France pour retourner au sein de leur patrie. Je me fais un plaisir de vous transmettre cette nouvelle et je trouverai toujours agréable de vous communiquer tout ce qui tiendra à prouver ou à affermir la bonne harmonie qui règne si heureusement entre nos gouvernements respectifs.
[R. II, p. 37.]
Florence, le 22 prairial an IX (11 juin 1801).
Votre arrivée à Ancône, M. le commandant, m’a vivement étonné, votre destination étant pour Tarente, d’après les dernières conventions faites avec votre Gouvernement. Le contre-amiral Villeneuve vous a fait connaître ces dernières dispositions à Manfredonia. Je viens de faire adresser de fortes réclamations à M. Acton par notre ambassadeur, et comme je suis sûr que vous allez recevoir de nouveaux ordres, je vous prie, M. le commandant, de rester à Ancône avec vos équipages. Je vous déclare que je ne recevrai vos frégates qu’à Tarente et que ce n’est qu’après la remise qui en aura été faite dans ce port, que la Cour de Naples aura rempli ses engagements consignés dans un article secret du traité de paix, qui a été modifié depuis par une nouvelle convention avec notre ambassadeur.
Je m’empresserai de vous faire savoir, Mr le commandant, la réponse de votre Cour.
II, R. p. 37.
Florence, le 22 prairial an IX (11 juin 1801).
Au commandant de la Marine, à Ancône.
Je vous envoie sous cachet volant, mon cher commandant, la lettre que j’écris au commandant des frégates napolitaines. Je suis extrêmement fâché qu’elles soient arrivées à Ancône, il n’y a pas de bonne foi dans le procédé de la Cour de Naples. Il est vrai que la première destination de ces frégates était pour Ancône, mais, après la reconnaissance du port de Tarente, leur destination fut changée et il fut convenu qu’elles seraient envoyées dans ce dernier port. Des ordres durent être expédiés même en conséquence, mais il paraît qu’ils arrivèrent trop tard à Messine. Lorsque le contre-amiral Villeneuve apprit que les frégates étaient mouillées à Manfredonia, il dépêcha un officier à Mr de Micheroux pour le prévenir des nouvelles dispositions qui avaient été faites et pour l’engager à venir à Tarente. M. de Micheroux expédia un courrier à Naples et reçut l’ordre de continuer sa marche sur Ancône. J’ai fait faire à Naples les plaintes les plus vives, et comme je présume que le commandant des trois frégates sera chargé de les conduire à Tarente aux périls et risques des Napolitains, je vous engage à le retenir avec ses équipages, jusqu’à ce que j’aie reçu une réponse de sa Cour. Au reste, le capitaine Trullet est en route pour se rendre à Ancône avec les instructions du contre-amiral auxquelles vous devrez vous conformer. Dans tous les cas, si Mr Micheroux recevait l’ordre de partir pour Tarente, ne le laissez sortir qu’autant que vous jugerez qu’il ne sera pas exposé à tomber entre les mains des Anglais.
Je vous envoie 80 à 100 marins débarqués à Livourne par Ganteaume. Retirez des corsaires tous ceux qu’ils vous ont enlevés et de plus tous ceux qui sont Français. Empêchez tous les corsaires de sortir ; vous les emploierez à escorter les habits qui arriveront de Milan et que je veux envoyer à Tarente. Je reçois chaque jour des plaintes contre ces corsaires ; ils insultent continuellement le pavillon impérial. Dites aux capitaines de ma part que si ces insultes se renouvellent, je leur retirerai leurs lettres de marque.
Je connais votre zèle, mon cher Étienne, j’aime à croire et j’ai toujours été persuadé qu’il n’y eut pas de votre faute dans l’enlèvement du Bouledogue. Soyez bien tranquille, je me plairai toujours à rendre justice à mon ancien hôte.
Aussitôt que les habits de Milan seront arrivés, faites-les partir sur le Bouledogue, faites partir en même temps le brick le Général Murat que je renvoie au général Saint-Cyr.
[R. II, p. 38.]
Florence, le 22 prairial an IX (11 juin 1801).
Le ministre de la Guerre m’annonce, mon cher général, qu’il a donné l’ordre au général Moncey de faire partir de la Cisalpine tous les réfugiés napolitains et romains. J’ai écrit au général Moncey pour le prier de les diriger tous sur Senigallia. Je vous prie de prendre toutes les mesures nécessaires pour leur faire délivrer des passeports lorsqu’ils y seront arrivés. Vous ferez en sorte que les Napolitains ne fassent aucun séjour dans les États du Pape et vous donnerez l’ordre aux Romains de se rendre directement dans le lieu de leur ancien domicile.
[R. II, p. 39.]
Florence, le 22 prairial an IX (11 juin 1801).
Le ministre de la Guerre me prévient, mon cher général, des ordres qu’il vous a donnés pour le départ des Napolitains et Romains réfugiés dans la République Cisalpine, il me charge de leur donner des passeports lorsqu’ils seront entrés dans l’arrondissement où je commande. Je vous prie de les diriger tous sur Senigallia où j’ai donné des ordres pour l’exécution de la mesure qui m’est prescrite. Je vous félicite bien sincèrement, mon cher général, vous allez respirer, car je respire moi-même depuis que je suis débarrassé de ces messieurs278.
Le ministre de la Guerre a dû vous écrire comme à moi que nous devions nous conformer rigoureusement, relativement aux possessions du Saint-Siège, au traité de Tolentino. Il n’y a point de doute alors que la République Cisalpine ne peut avoir aucun droit sur Montefeltro et le fort San-Leo qui furent toujours une dépendance de la Légation d’Urbino. Je vous prie, en conséquence, de donner vos ordres au général Debelle pour l’évacuation de cette province et de ce fort. Veuillez me prévenir de l’époque précise où cette évacuation aura lieu.
Je vous préviens que d’après les ordres du ministre, je fais passer dans votre armée les 7ᵉ et 12ᵉ de dragons et le 11ᵉ de hussards ; mon chef d’état-major doit faire connaître au vôtre l’itinéraire de ces troupes.
[R. II, p. 39.]
Florence, le 22 prairial an IX (11 juin 1801).
Vous voudrez bien, citoyen ordonnateur, fournir une ordonnance de 12,000 francs au profit du Conseil d’administration de la Légion polonaise, pour servir aux frais de confection de l’habillement. Cette somme sera prise sur le fonds de 10,000 francs mis à votre disposition.
[R. II, p. 40.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
J’ai lu les notes que vous m’avez adressées, datées du 22 courant, elles m’ont fait connaître les intentions du Gouvernement à l’égard du Bey d’Alger, de Tunis et de Tripoli. J’avais besoin de cet éclaircissement, car d’après la conduite des corsaires barbaresques qui insultent journellement notre pavillon, je n’aurais pas hésité à les traiter en ennemis.
D’après votre lettre et nos notes, j’écris au général Tharreau que Mrs Backri, Bits et Pauviancre doivent être traités en amis.
[R. II, p. 40.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que le Gouvernement français étant en bonne amitié avec les Beys d’Alger, de Tunis et Tripoli, Mr Backri, Bits et Pauviancre ne doivent être compris dans aucune des contributions extraordinaires que j’ai imposées sur la Toscane.
[R. II, p. 40.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
Au chef d’état-major
D’après le désir du général Moncey, vous dirigerez sur Bologne les trois régiments de cavalerie qui doivent passer dans le corps de troupes sous ses ordres. Je ne vois donc pas d’inconvénient à diriger par Florence le 7ᵉ et le 12ᵉ de dragons sur Bologne, où ces régiments recevront de nouveaux ordres. Vous dirigerez le 11ᵉ de hussards sur Modène où il devra rester jusqu’à de nouveaux ordres. Vous donnerez des ordres pour que les conseils d’administration de ces trois corps se rendent sur le champ à Florence, pour y arrêter leur comptabilité avec l’inspecteur aux revues que vous préviendrez de cette disposition. Vous m’enverrez sur le champ un nouvel itinéraire de la marche de ces trois régiments, afin que je l’envoie par un courrier extraordinaire au général Moncey.
Vous ferez connaître par l’ordre du jour de demain que le rappel de la solde pour journées d’hôpitaux n’est pas au profit des soldats malades, mais doit bien entrer dans la masse des corps. Vous témoignerez au bataillon des grenadiers réunis ma satisfaction sur la bonne conduite qu’ils ont tenue pendant le temps qu’ils ont fait partie de l’armée que je commande et les regrets que j’éprouve de les perdre.
[R. II, p. 40.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
Je reçois votre lettre du 19, mon cher Étienne, je connaissais déjà le rapport que vous a fait le patron Desroti, c’est ce qui m’a fait faire sur le champ de vives réclamations sur l’embarquement de troupes à la solde de l’Angleterre dans le port de Trieste. Le général de Bellegarde à qui je les ai adressées, me répond qu’il s’est empressé de les faire connaître au Conseil aulique et qu’il s’empressera de me faire connaître sa réponse, dès qu’elle lui sera parvenue. J’en ai également informé le Premier Consul.
Les habits ne seront plus dirigés sur Ancône, j’ai craint qu’ils ne soient enlevés par la division anglaise qui se trouve dans le golfe. On charge dans ce moment à Pontelagoscuro de l’artillerie destinée pour Tarente. Je pense que vous devez envoyer sur ces parages les corsaires qui sont dans le port d’Ancône, afin de la protéger et l’escorter jusqu’à Ancône, où le Bouledogue la prendrait alors sous son escorte jusqu’à Tarente.
Je vous recommande la plus grande surveillance pour la sûreté du port d’Ancône ; vous devez être en garde contre l’insolente témérité des Anglais. Informez-moi exactement de tous les mouvements des Anglais dans le golfe Adriatique.
[R. II, p. 41.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
Je reçois, citoyen commandant, votre lettre du 17 courant. J’ai des raisons pour croire que Porto Ferrajo est dans ce moment-ci en notre pouvoir. Cette première démarche annonce l’état de détresse de la place, en conséquence, ne consentez à aucun arrangement avec eux, si le commandant de cette place ne consent préalablement à vous livrer le fort principal de la ville, et s’il ne met l’embargo sur tous les bâtiments et propriétés des puissances ennemies et si le port ne leur est fermé. Je ne vois aucune nécessité d’envoyer un officier toscan au ci-devant duc de Toscane ; cette démarche compromettrait la dignité de notre Gouvernement. Le commandant de Porto Ferrajo doit regarder comme officielle la déclaration que lui a faite le Gouvernement provisoire de la Toscane de la renonciation de Ferdinand III en faveur de l’Infant Duc de Parme.
Une partie des 100,000 rations de biscuit que je vous avais annoncées est déjà partie de Livourne ; le restant vous sera envoyé incessamment. Je fais aussi donner des ordres à la commune de Livourne de faire compléter les 2,000 sacs de blé qu’elle devait vous faire parvenir à Longone, mais je dois vous demander auparavant, si cet inventaire a été fait à l’époque du versement du blé dans le magasin de Longone, ou bien lorsque vous avez pris le commandement de l’île d’Elbe.
Si cependant le gouverneur de Porto Ferrajo voulait consentir à nous livrer la place, je vous autorise à regarder comme non avenu l’article de cette lettre qui porte embargo sur les marchandises et bâtiments. Votre but le plus urgent doit être d’avoir la place, faites tout pour l’atteindre.
Écrivez-moi le plus souvent, mon cher commandant, en m’instruisant de tous les mouvements des Anglais dans vos parages et du progrès des fortifications dans Longone.
[R. II, p. 42.]
Florence, le 24 prairial an IX (13 juin 1801).
J’ai reçu, mon cher général, par le courrier que vous m’avez envoyé, votre dépêche du 22 courant.
La lettre ci-jointe de mon chef d’état-major contient l’itinéraire de la marche des trois régiments de cavalerie que je vous envoie. Par le prochain courrier, vous recevrez celui de la demi-brigade que je dois vous faire passer. J’ai fait remettre au général Muller votre lettre ; vous dire que je verrais avec plaisir cet officier général passer sous votre commandement, serait mentir, cependant je regrette infiniment que le silence du ministre de la Guerre sur une provocation que je lui ai faite pour une destination définitive pour ce général, m’empêche de vous annoncer son départ pour vous rejoindre. Vous savez qu’il commandait en Corse la 23e division militaire. Croyant rentrer en France moi-même à l’époque de la paix, je l’avais appelé près de moi pour lui laisser le commandement de l’armée. Le ministre, en me refusant le congé que je sollicitais, m’ordonna de renvoyer le général Muller en Corse. Ce général m’offrit sa démission plutôt que de reprendre ce commandement. Je demandai alors au ministre de la Guerre des lettres de service pour lui dans mon armée. J’attends sa réponse. En attendant, je m’étais décidé à le faire mon chef d’état-major. Votre démarche ne fait qu’augmenter l’estime que j’ai conçue pour ce respectable militaire ; sa réponse va vous faire connaître les regrets qu’il éprouve certainement lui-même de ne pas servir sous vos ordres.
Personne ne voit avec plus de plaisir que moi, mon cher général, le choix que le Gouvernement vient de faire en vous confiant le commandement des troupes en Cisalpine. En réunissant la modération à la fermeté, la moralité à la prudence, les talents militaires à une expérience consommée, personne ne convenait mieux que vous à la République cisalpine. J’en fais mon bien sincère compliment aux troupes destinées à servir sous vos ordres, au Gouvernement français que vous saurez faire respecter et à la République cisalpine qui trouvera en vous son restaurateur et son soutien.
Je vous ai fait connaître les motifs qui m’ont privé du plaisir de vous renvoyer les Guides du général Masséna ; je pense que vous aurez donné des ordres au général Debelle pour l’évacuation du fort San-Leo et de la province de Montefeltro. Je ne cesserai de réclamer, mon cher général, de votre amour pour le Gouvernement la prompte expédition que je vous ai demandée de tous les objets pour Tarente.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 43, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 26 prairial an IX (15 juin 1801).
J’ai reçu, M. le commandant, la lettre par laquelle vous m’annoncez que vous êtes prêt à consigner aux troupes françaises les Présides. J’ai l’honneur de vous prévenir que les troupes destinées à vous remplacer partiront demain matin de Sienne. J’envoie également un officier d’état-major, un commissaire des guerres et un officier d’artillerie.280
[R. II, p. 45.]
Florence, le 26 prairial an IX (15 juin 1801).
Le Premier Consul à qui je fis passer les lettres que vous me remêtes pour lui, mon cher général, n’a pas cru devoir céder au désir que vous lui montriez de ne pas retourner en Corse, ni à celui que je lui exprimais de vous conserver près de moi, il sait quels importants services vous avez rendus dans l’île où vous commandiez, il sait combien vous y avez inspiré d’attachement et de confiance. Persuadé que vous pouvez encore y faire le plus grand bien, il désire que vous alliez y reprendre votre premier poste. Vous voudrez bien, mon cher général, vous conformer à ses intentions le plus promptement possible. Recevez l’expression des regrets que j’ai de vous perdre, ils sont aussi vrais que le plaisir que je trouvai à vous appeler auprès de moi. Comptez toujours sur mon attachement comme sur mon estime.
[R. II, p. 45.]
Naples, le 27 prairial l’an 9 de la République française (16 juin 1801).
L’Ambassadeur de la République Française près S. M. Sicilienne.
J’ai à vous remercier, mon cher Murat, de la grâce charmante que vous avez mise à terminer l’affaire de notre ami. Tout a été le mieux du monde et nous devons être rassurés sur l’exactitude du service.
Comment avez-vous pu croire que j’avais eu l’intention de vous blesser, en vous écrivant sur l’établissement de la poste? En vérité, je ne sais pas si je dois répondre sérieusement au reproche que vous m’avez fait. Au reste, j’ai tort sans doute, puisque vous l’avez cru, mais je vous proteste que je n’ai pas mis dans cette affaire un seul mouvement d’humeur, et que je suis encore à concevoir comment j’ai pu affecter votre susceptibilité. J’ai relu ma lettre et j’ai moi-même effacé la mauvaise plaisanterie qui vous a choqué. Ainsi, mon cher, accordez-moi un armistice, vous devez être accoutumé à ce genre de bon office.
On me fait espérer que vous viendrez à Naples avec Madame Murat. Vous m’en préviendrez, n’est-ce pas? J’espère que vous ne prendrez pas un logement ailleurs que chez moi, cela ne serait ni convenable, ni commode pour vous et vous ne me dérangerez en rien. Je vous préviens que tout autre projet serait contrarié par moi et que je le regarderais comme un procédé peu obligeant. Ainsi je compte sur vous, dites-moi à quelle époque vous viendrez.
Je vous prie, mon ami, de me répondre le plus tôt possible sur les observations que je vous ai faites sur le mode de versement de la solde, je les crois justes et fondées en bonnes raisons.
Vous me ferez plaisir aussi d’accorder les passeports, si vous n’y voyez pas d’inconvénients et j’avoue que, selon moi, il n’y en a pas un seul281.
Le général Watrin est ici avec sa jolie femme depuis quelques jours, il partira vraisemblablement sous deux ou trois.
Parlez-moi donc un peu de Paris et dites-moi des nouvelles de l’intérieur. A Londres, on croit à la paix, toutes les lettres récemment arrivées sont d’accord sur ce point, la paix est en Égypte.
Entre nous seulement (et je vous prie de n’en pas parler à Cacault) on a laissé à Rome un secrétaire de légation qui est un fou et qui répand les bruits les plus alarmans, il n’y a pas de termes pour vous dire le tort que cela nous fait.
Cette lettre, mon cher Murat, n’est point officielle et conséquemment elle est bonne à supprimer. Convenons une fois pour toutes de prendre mutuellement cette précaution pour les lettres particulières que nous nous écrirons.
Adieu, mon ami, je vous embrasse. Soyez sage autant qu’on peut l’être avec une santé vigoureuse et une femme charmante. Je vous prie de faire agréer à Madame Murat mes hommages les plus respectueux. J’embrasse votre petit Achille.
Ne manquez pas de m’annoncer l’époque à laquelle vous viendrez. Adieu, recevez mille tendres hommages.
ALQUIER.
[Archives du prince Murat. D. 32. 18.]
Du 1ᵉʳ messidor an IX (20 juin 1801).
J’ai l’honneur de vous prévenir que d’après un ordre du ministre de la Guerre, le général Debelle a reçu celui d’évacuer le fort San-Léo et le district de Montefeltro qui, suivant le traité de Tolentino, appartient à Sa Sainteté comme dépendance du duché d’Urbin.
[R. II, p. 46.]
Du 1er messidor an IX (20 juin 1801).
Le commandant de l’île d’Elbe me prévient, citoyen commandant, que Porto Ferrajo est alimenté par des bâtiments légers expédiés de Livourne, il m’indique quelques négociants soupçonnés d’être les agents des Anglais et les expéditionnaires des secours que reçoit Porto Ferrajo. En conséquence, jusqu’à la reddition de cette place, vous ne laisserez sortir du port de Livourne aucun bâtiment, sous quelque prétexte que ce soit, et vous ferez escorter par des soldats français tous ceux que vous expédierez sur Longone. Vous ferez également surveiller la côte autant que possible, jusqu’à Piombino. Tâchez de découvrir les négociants qui correspondent avec les commissaires anglais, Grant et Wick.
[R. II, p. 46.]
Du 1er messidor an IX (20 juin 1801)
Je vous préviens, Messieurs, que je suis informé que Porto Ferrajo reçoit de Livourne des approvisionnements en tout genre. Dernièrement il a été expédié de votre ville vingt sacs de poudre et trois paniers de pierres à fusil.
En conséquence, j’ordonne au commandant de la place de ne laisser sortir de ce port, jusqu’à la reddition de Porto Ferrajo, aucun bâtiment. Je suis d’autant plus fondé à croire l’existence de ces nouvelles, que toutes les marchandises anglaises qui se trouvent à Porto Ferrajo appartiennent à des négociants de Livourne, et que, par conséquent, ils sont intéressés à ce que les Français n’entrent point dans cette place.
Je déclare hautement que si c’est le seul motif de la résistance de cette place, je suis prêt à en laisser sortir tout ce que l’on voudra, je ne demande que la place. Je sens combien il est désagréable que la ville entière de Livourne souffre de cette mesure pour les intérêts de quelques-uns de vos habitants.
[R. II, p. 46.]
Du 1er messidor an IX (20 juin 1801).
Au commandant de la corvette stationnée devant Porto Ferrajo.
Je suis informé, citoyen commandant, que les corsaires ou balancelles armées s’occupent à faire des prises et ne vous secondent point dans le blocus que vous devez faire de Porto Ferrajo. En conséquence, je vous autorise à leur donner des ordres ou à leur déclarer de ma part, sur le refus qu’ils feraient de les recevoir, que vous avez ordre de retirer leurs lettres de marque.
[R. II, p. 47.]
Florence, 3 messidor an 9 (22 juin 1801).
Le général en chef de l’Armée d’observation du Midi, au général Bonaparte, Premier Consul de la République.
J’ai l’honneur de vous adresser par un courrier extraordinaire les dépêches que j’ai reçues de Naples pour le ministre des Relations, elles contiennent une lettre de Gantaume qui étoit le 11 prairial à la hauteur du cap Matapan en Morée, sud, 30 lieues au large, il espérait débarquer dans quelques jours sur les côtes de Barbarie.
Ce n’est pas asés de mes dépenses, il faut encore que je me charge d’une partie de celles de la légation française à Naples. M. Alquier pourrait bien vous envoyer ou au moins payer les courriers que je suis obligé de vous envoyer.
Les Anglais ont renoncé à Alexandrie qu’ils regardent comme inexpugnable ; ils ont porté toutes leurs forces sur Rhahmanie. C’est l’extrait d’une lettre du frère du ministre anglais, M. Paget, qui nous donne cette nouvelle. Au reste, je persiste à croire que nous devons bien augurer du silence des Anglais.
Soyés sans inquiétude sur la défense de Tarante : 40 bouches à feu de 33 y sont arrivées le 16 prairial, autres 40 y sont envoyées par terre, j’ai craint que ces convois ne fussent interceptés par les Anglais, en les y faisant parvenir par mer. M. Alquier, qui avait désiré d’être l’interprète de toutes les demandes que j’aurais à faire à la Cour de Naples, vient de m’écrire qu’il ne veut plus l’être, il craint de devenir indiscret, parce que je l’ai prié de demander 80 pièces de gros calibre et qu’il a obtenues, et parce qu’aujourd’hui, me trouvant sans moyens pour l’approvisionnement de Tarante, je l’engage à demander les denrées nécessaires à former les magasins que vous désirés y établir, et parce que je lui ai observé que l’armement d’une place devenait nul, quand cette place n’était pas approvisionnée. Il est bon d’observer que je lui ai dit que nous nous engagerions à rendre la place dans l’état où elle se trouverait quand nous la quitterions, c’est à dire que nous n’en enlèverions rien. Quand j’ai consenti à le prendre pour notre interprète auprès de cette Cour, j’avois pensé que l’ambassadeur de France avait besoin d’y paraître investi de la confiance du général en chef que cette Cour avait intérêt à ménager, aujourd’hui qu’il la regarde comme superflue, parce qu’il a déjà reçu le fruit de ses négociations, je corresponderai directement avec le ministre Acton. Cependant pour vous convaincre que je mets dans ma réponse au C° Alquier tout ce liant qui convient et toute la dignité de ma place, je vous envoie copie de ma lettre à cet ambassadeur.
Puisque je ne puis rien obtenir de vous, je vous déclare que l’armée est habillée à neuf, qu’il me reste 3,000 habits en magasins, qu’elle est payée jusqu’au 1er messidor et que tous les services sont assurés.
Il paraît, d’après les rapports que j’ai reçus, que le convoi anglais est parti de Trieste. Je vous envoie copie de la réponse de M. de Bellegarde. Je vais me mettre en communication avec les consuls de Venise et de Trieste, envoyés-en bien vite en Sicile. Je serais que ce sont les bâtiments raguais qui alimentent Malthe.
Je pense que vous ne désaprouveriez pas mes démarches auprès de la Cour de Naples relativement à l’armement de Tarente. Il n’est pas sûr que l’artillerie expédiée de l’Armée d’Italie et de Gênes y arrive.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, 3 messidor an 9, à 10 h. du soir (22 juin 1801).
Le général en chef de l’Armée d’observation du Midi au Premier Consul de la République.
J’apprends à l’instant, mon général, que 2,000 Suisses se sont embarqués à Trieste. On a signalé du haut du mont d’Ancône 12 voiles sortant de l’Adriatique, on m’assure que c’est le convoi de ces troupes. Comme je présume que tous les croiseurs se sont réunis pour escorter ce [convoi], j’ordonne au commandant de la marine de faire partir sur le champ pour Tarente le Bouledogue, le convoi d’artillerie et les trois frégates napolitaines ; et pour m’assurer que les équipages n’iront pas les livrer aux Anglais, je fais mettre vingt-cinq soldats sur chaque. J’espère que le tout arrivera heureusement. On me mande d’Ancône que c’est les exposer à être brûlés, en les laissant plus longtemps dans ce port. Il y a eu bien de la mauvaise foi de la part de la Cour de Naples.
Salut et respect,
J. MURAT.
[Archives de la guerre.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Au citoyen Étienne, commandant à Ancône.
J’ai reçu, citoyen commandant, vos lettres des 25 et 28. Par votre dernière, vous m’annoncez le mouvement des forces anglaises sortant de l’Adriatique : c’est vraisemblablement, comme vous me l’avez fort bien observé, le convoi de Trieste [qui se rend] dans la Méditerranée ; ainsi je pense que ce serait maintenant le moment favorable d’envoyer à Tarente les frégates napolitaines. Par ma lettre du 21, dont vous ne m’avez pas encore accusé réception, je vous annonçais l’arrivée du capitaine Trullet, envoyé par le contre-amiral Villeneuve, avec des instructions auxquelles vous devez vous conformer. Je vous annonçais aussi le départ de Florence pour Ancône d’une centaine de marins auxquels j’ai fait donner tous les secours qu’il m’a été possible. J’imagine qu’en les répartissant sur les trois frégates napolitaines et en y mettant des officiers français, ainsi que les hommes qui escortent ces marins et qui sont destinés pour Tarente, la frégate anglaise ne pourra nullement vous empêcher de les faire sortir. Observez que bien entendu les équipages napolitains doivent toujours rester à bord, et que les marins, que je vous ordonne de faire embarquer, ne sont destinés qu’à les forcer à se battre au besoin, et à les empêcher de livrer les frégates aux Anglais sans coup férir. Le Bouledogue d’ailleurs qui partirait avec elles faciliterait cette opération, et alors le convoi qui doit vous arriver d’Italie par le Pô, parviendrait également à sa destination sans danger, sous l’escorte de ces frégates.
Vous ne devez plus attendre les 5,000 habits, ils seront portés à leur destination par terre. Vous devez envoyer, comme je vous l’ai déjà marqué par ma lette du 21, tous les corsaires qui se trouvent dans le port vers Pontelagoscuro, pour éclairer la marche du convoi d’artillerie, qui doit en partir pour se rendre à Ancône et de là à Tarente. C’est celui que le frégates prendraient sous leur escorte.
Si cependant ce convoi n’était pas rendu à Ancône à l’arrivée des marins que je vous envoie, et que la croisière anglaise fût la même, vous n’attendrez pas plus longtemps pour faire mettre à la voile les trois frégates et les envoyer à Tarente, ainsi que le Bouledogue et le convoi d’artillerie que le général Seroux fait partir d’Ancône.
J’envoie un officier à Pontelagoscuro282 pour prévenir le commandant du convoi qui doit en partir de ces différentes dispositions.
Lorsque les autres marins qui se trouvent à Ancône seront en état de supporter la route, vous les enverrez à Tarente. Écrivez-moi souvent, mon cher Étienne, car je ne suis pas sans inquiétude sur le sort des frégates napolitaines, tant que je saurai les Anglais voisins des ports d’Ancône. Instruisez-moi aussi de l’arrivée du capitaine Trullet.
[R. II, p. 47.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Je vous préviens, citoyen général, que le général Watrin reçoit l’ordre de venir prendre le commandement de la division de Toscane, que la 6ᵉ demi-brigade passe à l’Armée d’Italie, que la division d’Ancône est supprimée, et que je vous donne le commandement de la Marche d’Ancône, du duché d’Urbino et des troupes qui y sont stationnées.
Le général Vouillemont passe à la division du général Mathieu, le général Solignac sera employé en Toscane, l’adjudant-commandant Saqueleux sera chargé du détail des troupes auprès de vous, l’artillerie de cette division restera aussi à Ancône.
Le service étant fait par les agents du Pape, aucun agent français ne sera plus payé.
Je donne l’ordre au commandant de la marine de faire mettre à la voile les trois frégates napolitaines, aussitôt que les marins que j’envoie à Ancône seront arrivés. Elles prendront sous leur escorte votre convoi d’artillerie, ainsi que celui qui doit vous arriver de Pontelagosuro. J’ai pensé qu’en mettant sur ces frégates une garnison française et en y répartissant les marins que j’y envoie, nous viendrons à bout de forcer les équipages napolitains à se battre au besoin, et de les faire arriver ainsi sûrement à leur destination.
La Cour de Rome fera verser tous les mois dans la caisse de votre payeur 22,000 francs, à commencer de celui de prairial, cette somme est destinée à la solde de la 81°. Le payeur vous fait passer de son côté quelques fonds.
Je vous réitère l’ordre de ne laisser rien exporter ; surveillez tous les malveillants et que les principes de sagesse et de modération de notre Gouvernement soient la règle des vôtres dans toutes vos opérations.
Le district de Montefeltro et le fort San-Leo, d’après les ordres du ministre de la Guerre, doivent être évacués par l’Armée d’Italie et feront partie de votre commandement.
[R. II, p. 49.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
J’ai l’honneur de vous rendre compte, citoyen ministre, que d’après vos ordres, le 11e régiment d’hussards, 7ᵉ et 12ᵉ de dragons et la 6ᵉ demi-brigade de ligne sont déjà en route pour se rendre à l’Armée d’Italie ; mon chef d’état-major est chargé de vous adresser l’itinéraire de la marche de ces corps.
Le général Muller est parti hier pour retourner en Corse, le général Tharreau va profiter du congé que vous venez de m’adresser pour lui ; le général Monnier est déjà en permission ainsi que le général Broussier. L’absence de ces divers généraux m’a décidé à réduire les divisions de l’armée ; en conséquence, il n’y en aura plus qu’une en Toscane, une dans les Abruzzes et une dans la Pouille. Le général Watrin vient commander en Toscane, le général Seroux le remplace dans son commandement dans la Marche d’Ancône. Le général Mathieu qui souffre beaucoup de ses blessures, me tourmente pour avoir un congé, je ne puis le lui accorder, à moins de rester seul à l’armée, il a cependant réellement besoin d’aller prendre les eaux pour rétablir sa santé.
Votre frère, le général Léopold Berthier, m’informe qu’il ne fait plus partie de l’armée et qu’il a déjà repris ses fonctions dans la 1re division militaire ; n’ayant aucun général pour le faire remplacer, l’adjudant-commandant Gauthier remplira provisoirement les fonctions de chef d’état-major.
Le général Soult me rend compte que les batteries destinées à défendre l’entrée de la rade du port de Tarente sont achevées. De son côté, l’adjudant-commandant Dampierre m’écrit de Naples que les 40 pièces de canon, avec leur approvisionnement, sont entrées, le 16 prairial, dans le port de Tarente et qu’autres 40 pièces de gros calibre, avec 60 milliers de poudre, ont été expédiés de Naples par terre. Ainsi je présume que dans ce moment-ci tous les moyens de défense pour la ville et le port de Tarente y sont réunis.
Le général Dejean me prévient de Gênes, par sa lettre du 21 prairial, que conformément à vos ordres, il a fait expédier de Gênes un bâtiment chargé de six pièces de 24 liguriennes et trois mortiers de 11 aussi liguriens, chaque pièce et mortier approvisionné à 300 coups. Ce ministre me prévient aussi que ce sont les seuls objets qu’il ait pu se procurer en Ligurie ; il m’annonce de nouvelles expéditions au moyen de différents objets d’artillerie qui lui arrivent de Tortone.
Le général Lacombe St Michel m’a informé que tous les objets demandés étaient déjà rendus et embarqués à Pontelagosuro et qu’il n’attendait pour les faire partir que la disparition des Anglais et Barbaresques qui croisent dans ces parages. Pour faciliter le départ de ce convoi et son arrivée à Tarente, j’ai ordonné au commandant de la marine à Ancône de faire sortir de ce port tous les corsaires qui s’y trouvent et de les diriger sur l’embouchure du Pô, pour éclairer ce parage et donner au commandant du convoi le signal du départ pour Ancône ; là, les trois frégates napolitaines et le Bouledogue le prendront sous leur escorte. Ayant dirigé sur Ancône une centaine de marins que Ganteaume avait jetés à Livourne, j’ai ordonné qu’ils seraient répartis sur ces trois frégates, qui, au moyen d’une garnison française et des équipages napolitains, pourront arriver à leur destination, en dépit d’une frégate anglaise qui bloque le port d’Ancône. Que le général Chasseloup arrive vite et je vous réponds que l’établissement que vous désirez former à Tarente sera bientôt achevé.
J’attends avec impatience les différents rapports que vous m’avez demandés sur la péninsule d’Otrante. Je les remettrai à votre aide de camp Arrighi, aussitôt qu’ils me seront parvenus. Croyez, citoyen ministre, que rien n’est négligé pour parvenir au but que le Gouvernement se propose d’atteindre sur ce point.
Je suis informé officiellement que les Anglais ont renoncé au projet de forcer les lignes devant Alexandrie qu’ils regardent comme inexpugnables et qu’ils ont dirigé tous leurs efforts contre Rhamanié.
L’amiral Ganteaume était le 11 prairial à la hauteur du cap Matapan en Morée, au sud, à 30 lieues au large, il espérait débarquer dans quelques jours sur les côtes de Barbarie.
J’ai l’honneur de vous saluer,
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 50, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Le chef de brigade du 2ᵉ régiment de chasseurs accablé par l’âge et les infirmités, fruits de dix campagnes, m’a demandé une permission de se retirer dans ses foyers, pour y solliciter du Gouvernement une retraite à laquelle ses longs services lui donnent des droits incontestables ; je n’ai pas cru pouvoir la lui refuser. Ce corps se trouvant sans chef, et aucun de ses chefs d’escadron ne réunissant les qualités nécessaires pour le commander, j’ai fait remplacer le citoyen Croutel par le chef d’escadron Soult, frère et aide de camp du général de ce nom. Je vous demande, citoyen ministre, la confirmation de cette promotion, vous la devez à ses services et au zèle infatigable que met le général dans l’exécution des ordres qui lui sont transmis au nom du Gouvernement.
J’ai l’honneur de vous saluer,
J. MURAT.
[R. II, p. 52.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Je suis informé, citoyen ministre, que le Gouvernement n’a pas applaudi entièrement à la conduite que j’ai tenue envers la 60ᵉ demi-brigade, j’en suis fâché, l’exemple de la révolte arrivée il y a trois ans à Rome, a dicté les mesures que j’ai prises et je les prendrais encore aujourd’hui, si une pareille scène venait à se renouveler.
Recevant néanmoins tous les jours des lettres de ces deux compagnies de grenadiers que j’ai envoyées dans la citadelle de Turin, et le châtiment qu’elles ont subi devenu la caution de leur sincère repentir, je ne puis m’empêcher de vous demander l’autorisation de les rappeler et de les rendre à leur corps qui les demande.
J’ai l’honneur de vous saluer,
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 52, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Un million de contributions frappé sur la Toscane par ordre du général Brune a été perçu par le receveur des contributions de l’armée que je commande. La ville de Livourne a payé 300,000 francs ; la vente des canons de cette ville nous a produit pareille somme. Le Gouvernement français n’a rien envoyé, cependant l’armée est soldée jusqu’au 1er messidor, 10,000 habits ont été achetés et payés comptant, 100,000 francs vont être versés dans la caisse de la Légion polonaise pour son habillement. Tous les employés des différentes administrations se trouvent payés, (des dépenses énormes secrètes et imprévues ont été faites,)283 tous les services sont assurés d’une manière invariable, des expéditions ont été faites en Égypte ainsi que des avances considérables aux armes du génie, de l’artillerie et de la marine.
D’après cet exposé, citoyen ministre, il vous sera facile de vous convaincre que je me trouve absolument sans le sol et je vous déclare que ce ne sera que, d’après l’ordre formel que vous m’en donnerez, que je frapperai de nouvelles contributions, soit sur la Toscane, soit sur les États du Pape. C’est donc à vous à l’avenir à pourvoir à la solde de l’armée.
J’ai l’honneur de vous saluer,
J. MURAT.
[Archives du prince Murat, R. II, p. 53, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
J’ai reçu, mon cher ambassadeur, votre lettre du 27 prairial ; vos observations et celles des généraux Soult et Mathieu m’ont convaincu qu’il y aurait de graves inconvénients à faire recevoir à Naples l’entière somme destinée à la solde des troupes. Je désire, en conséquence, que le directeur des finances de S. M. Sicilienne fasse payer directement chaque mois à la caisse de la division Soult 259,000 francs, à celle de la Marine aux ordres du général Villeneuve 15,000, à celle de la division Mathieu 120,000 ; le restant de la somme de 420,000 sera payé jusqu’à nouvel ordre chez le payeur établi à Naples, je préviens les généraux et le payeur de ces dispositions.
La répugnance que vous me témoignez, mon cher ambassadeur, à vous occuper désormais des demandes que je pourrais vous prier de faire pour l’intérêt de l’armée, me fait regretter de vous avoir donné le désagrément de négocier l’arrangement relatif aux subsistances. Je n’ai jamais entendu vous donner des ordres, ni être en droit de vous en donner. Lorsque je vous ai engagé à être mon interprète auprès de la Cour de Naples, j’ai cru me conformer au désir que vous m’aviez montré; je vous avoue même que j’aurais craint, en employant un autre intermédiaire, de porter atteinte à la considération qui doit environner l’Ambassadeur de la République. J’aurai maintenant une correspondance directe avec M. Acton et je laisse à Naples l’adjudant-commandant Dampierre, pour veiller à l’exécution des engagements pris envers nous. Je ne craindrai jamais de déconsidérer mon caractère, ni de céder aux mouvements d’un zèle irréfléchi, lorsque je remplirai les ordres de mon Gouvernement, ou lorsque je proposerais des mesures conformes à ses intentions. Puisque vous n’avez pas jugé convenable de demander l’approvisionnement de Tarente, je ferai cette demande moi-même.
[Les citoyens Livron et Hamelin284 doivent tout à l’intérêt que vous prenez à leurs affaires ; c’est principalement sur votre recommandation que je les ai accueillis dernièrement285.]
Malgré les mauvaises excuses de M. Acton, je persiste à croire que nous sommes très fondés à nous plaindre au sujet de la destination donnée aux trois frégates napolitaines. Le ministre ne pourra jamais expliquer d’une manière satisfaisante pourquoi il fit envoyer à Manfredonia à M. de Micheroux l’ordre de continuer sa route pour Ancône, au mépris de la demande formelle du contre-amiral Villeneuve qui réclamait les frégates à Tarente. Je déclare bien positivement que la stipulation du traité de paix ayant été modifiée par la nouvelle convention, par laquelle on devait envoyer les frégates à Tarente, je ne la tiendrai pour accomplie qu’au moment où ces bâtiments seront rendus dans ce dernier port. Jusque-là ils restent à la charge et aux risques de la Cour de Naples. Telle est l’intention du Gouvernement français.
Je partage bien le plaisir que vous avez eu en apprenant l’arrivée à Tarente de l’artillerie et des munitions expédiées de Naples ; j’étais fort inquiet sur le sort de tous ces objets.
Ce que vous me dites de l’adjudant-commandant Dampierre ne fait que confirmer l’opinion que j’avais de lui, je connais son zèle, j’apprécie ses services et je serai juste à son égard.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de l’Égypte et du contre-amiral Ganteaume, j’espère que le débarquement de nos troupes se sera heureusement effectué et que ce renfort aura mis l’armée d’Égypte en état d’achever la défaite et l’expulsion de nos ennemis.
J’ai donné des ordres dans l’étendue de mon commandement pour le libre passage du ministre anglais Paget, allant à Vienne ; je vous préviens en conséquence que sur votre passeport, il n’éprouvera aucun obstacle.
Je n’ai pas appris avec plaisir le départ de M. Acton avec M. d’Italinsky pour Palerme ; dans les circonstances actuelles, ce double voyage m’est très suspect. Vous êtes beaucoup mieux placé que moi pour en apprécier l’importance et même pour en découvrir l’objet.
Je vous salue, mon cher ambassadeur, et vous embrasse.
J. MURAT.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 53 et Archives de la Guerre.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
J’ai eu grand plaisir, mon cher commandant, d’apprendre par votre lettre du 27 prairial, l’arrivée à Tarente du convoi d’artillerie expédié de Naples, je me plais à vous témoigner ma satisfaction pour le zèle avec lequel vous avez rempli votre mission, je ne l’oublierai pas. Vous voudrez bien rester encore à Naples, pour y veiller à l’exécution de tous les engagements pris envers nous par le Gouvernement napolitain et pour y attendre les ordres ultérieurs que je pourrai vous y adresser287. Je vous y attribue, pour tout le temps que vous y resterez, mille francs par mois pour vos dépenses extraordinaires. Cette somme vous sera comptée par le payeur établi à Naples.
Je vous prie de me donner des renseignements sur l’esprit des habitants du pays et celui du Gouvernement. Je désirerais que vous puissiez trouver quelques moyens de connaître les vues et les démarches secrètes d’un ministère dont on assure que nous devons nous défier. Vous sentez de quelle importance il est pour nous de connaître ses véritables intentions, faites en sorte de les découvrir pour m’en instruire. Si pour y parvenir, il faut faire des dépenses, je vous en fournirai les moyens.
[R. II, p. 55.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Au chef d’état-major général.
Les plaintes m’arrivent de toute part, citoyen commandant, au sujet des jeux de hazard qui se multiplient dans Florence et deviennent la ruine d’une infinité de familles. Vous voudrez bien donner des ordres au commandant de la place pour les faire fermer.
[R. II, p. 56.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Je reçois à l’instant votre lettre du 29, par laquelle vous m’annoncez la destination du Furet sur Pontelagosouro. Persuadé d’avance que votre conduite est constamment dirigée vers le bien du service, j’approvve d’avance tout ce que vous ferez concernant l’emploi des deux mille francs que je mets à votre disposition.
Comme je présume que tous les croiseurs anglais se sont réunis pour escorter le convoi de troupes parti de Trieste, je crois que c’est maintenant le moment favorable d’envoyer à Brindisi ou à Tarente les trois frégates napolitaines ainsi que le Bouledogue, et comme les marins que je vous annonçais ne seront arrivés que vers le 10, vous vous concerterez de mettre à bord de ces frégates 25 à 30 hommes de garnison sur chaque. J’ordonne au général Seroux de mettre ce détachement à votre disposition, ne perdez pas une minute, profitez du premier vent favorable pour les faire mettre à la voile. Instruisez-moi du jour de leur départ. Je vous autorise à faire armer tous les bâtiments légers. Vous remettrez à M. de Micheroux la lettre ci-jointe.
[R. II, p. 56.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
J’ai eu l’honneur de vous prévenir, monsieur le commandant, par ma lettre du 12 prairial que j’allais porter à M. Acton des réclamations sur l’arrivée à Ancône des frégates que vous commandez. Le citoyen Alquier, notre ambassadeur auprès de votre Cour, m’informe que M. Acton consent à ce que vous rameniez les frégates à Tarente, et, comme je présume le moment favorable pour les y faire arriver sûrement, je vous invite très instamment, monsieur le commandant, à mettre à la voile pour cette destination, en vous priant en même temps de recevoir à bord 25 à 30 militaires français que j’envoie à Tarente et que je vous confie avec le plus grand plaisir.
Je vais m’empresser de faire connaître à votre Cour l’invitation que je vous fais. Je vous déclare, monsieur le commandant, que mon Gouvernement verrait avec la plus grande peine le refus que vous pourriez faire de ramener vos frégates à Tarente, comme il regardera comme une marque du désir que vous avez d’entretenir l’harmonie si heureusement rétablie avec votre Cour l’exécution de l’invitation que je vous fais.
Recevez, monsieur le commandant, l’assurance de ma considération.
[R. II, p. 57.]
Florence, le 3 messidor an IX (22 juin 1801).
Je donne l’ordre au commandant de la Marine, mon cher général, de faire partir sur le champ le Bouledogue et votre convoi d’artillerie, sans attendre celui qui doit vous être expédié de l’Armée d’Italie. J’écris à M. de Micheroux de ramener sans délai ses frégates à Tarente. Employez de votre côté tous les moyens de persuasion possible. Dans le cas contraire, vous ferez mettre à bord de chaque frégate 25 ou 30 hommes de garnison, qui seront ramenés de Tarente à Ancône, par le Bouledogue. Si les marins arrivent à Ancône après le départ de ces frégates, vous les dirigerez sur Tarente par la route de Tronto.
Vous ferez fournir tous les moyens de transport au citoyen Doré que je charge de la conduite d’un convoi d’habits pour les divisions Mathieu et Soult.
[R. II, p. 57.]
Florence, le 5 messidor an IX (24 juin 1801).
Par ma lettre du 3 messidor, je me trouve avoir répondu d’avance à votre lettre du 2. Je ne puis que vous réitérer l’ordre de profiter du premier vent favorable pour faire mettre sous voiles les trois frégates napolitaines, le Bouledogue avec le convoi d’artillerie. Je vous répète que je pense que c’est le moment favorable pour faire arriver sûrement cette division à Tarente, puisque depuis quelques jours les croiseurs anglais ne bloquent plus votre port. Mettez à bord de chacune de ces frégates les officiers français désignés pour les commander, avec une garnison de 25 à 30 hommes que le général Seroux a ordre de mettre à votre disposition. Je pense que cette précaution est suffisante pour prévenir les effets des mauvaises intentions qui paraissent, dans cette circonstance, diriger la Cour de Naples. Observez que ces frégates ne devant être reçues qu’à Tarente, les officiers français n’y sont embarqués que pour surveiller les mouvements des officiers napolitains et qu’ils ne doivent avoir aucun commandement.
Je suis très fâché qu’on ait touché aux vivres de campagne de ces frégates. Je donne l’ordre au général Seroux de faire fournir aux équipages napolitains les vivres pendant tout le temps qu’ils passeront encore à Ancône.
L’officier que je vous expédie n’arrivera que le 17. Les marins que je vous ai annoncés doivent y arriver le 10. J’espère que vos frégates ne seront pas parties avant leur arrivée et qu’elles pourront s’en charger.
Le contre-amiral Ganteaume était le 11 prairial au travers du cap Matapan en Morée, au sud, à 30 lieues au large, et il espérait faire son débarquement quelques jours après sur les côtes de Barbarie. Comme je présume qu’après son débarquement, il rentre à Tarente, il pourrait fort bien rencontrer et intercepter le convoi parti de Trieste. Ayez soin de me faire connaître le jour du départ des frégates, ainsi que les mesures que vous aurez prises pour assurer leur arrivée à Tarente. Je vais faire donner à l’officier porteur de ces dépêches des fonds pour se rendre à Ancône.
[R. II, p. 59.]
Florence, le 5 messidor an IX (24 juin 1802.)
Je pense comme vous, citoyen commandant, sur le danger qu’il y aurait de recevoir les frégates napolitaines à Ancône. Les y recevoir, ce serait nous exposer à n’en tirer aucun parti : ou elles y seraient brûlées, ou nous ne pourrions jamais réunir les marins nécessaires pour compléter leurs équipages. D’un autre côté, les Anglais ne bloquent plus Ancône et paraissent occupés à escorter le convoi de troupes parti de Trieste. Vous penserez donc, d’après toutes ces considérations, qu’il y aurait de la maladresse à ne pas exiger que M. de Micheroux reconduisit sa division à Tarente. En conséquence, vous vous embarquerez à bord d’une de ces frégates, vous distribuerez sur les trois les officiers destinés à les commander, ils ne devront néanmoins se présenter que comme passagers et leur unique mission sera de surveiller les manœuvres des Napolitains. Le général Seroux vous donnera 25 ou 30 hommes de garnison pour chacune d’elles. Dans le cas où Mᵉ de Micheroux persisterait à vouloir exécuter les ordres de son Gouvernement et remettre absolument les frégates à Ancône, je vous y autorise, à condition qu’il vous laissera les équipages complets jusqu’à Tarente ; je ne crois pas qu’il puisse se refuser à cette proposition, puisqu’elle lui offre les moyens de ramener ses équipages dans leur pays. Ayez soin de me faire connaître le jour du départ et tous les arrangements pris avec Mᵉ de Micheroux.
[R. II, p. 58.]
Florence, le 5 messidor an IX (24 juin 1801).
Vous voudrez bien, citoyen général, faire pourvoir à la subsistance des équipages des frégates napolitaines par le délégué du Saint-Père à Ancône, pendant tout leur séjour dans ce port. Je suis très fâché qu’on ait touché aux vivres de campagne de ces trois frégates.
L’adjudant général Saqueleu rejoint le général Watrin.
[R. II, p. 59.]
Florence, le 5 messidor an IX (24 juin 1801.)
Je vous autorise, citoyen commandant, à permettre la sortie des bateaux pêcheurs de Livourne, à condition qu’ils ne franchiront pas la ligne de stationnaires que vous devez établir. Vous prendrez toutes les mesures nécessaires pour qu’on n’abuse pas de cette permission et vous annoncerez une punition sévère et la confiscation des bateaux à ceux qui auraient dépassé la ligne. Vous devez laisser sortir également les bâtiments qui, n’ayant relâché qu’à cause du mauvais temps, n’ont rien chargé dans le port. Les bâtiments pour la Corse devront aussi être autorisés à prendre la mer, mais vous devez vous assurer que leur destination soit bien réellement pour cette île ; il faudra que les capitaines vous présentent un certificat des Relations commerciales.
Vous permettrez le départ du bâtiment tunisien qui est dans le port. Vous laisserez enfin sortir les bâtiments français destinés pour les ports de la République, mais je vous charge expressément de veiller à ce qu’il n’y soit embarqué aucun marin, soit officier soit matelot, débarqué de l’escadre du général Ganteaume.
Je n’ai eu aucun rapport au sujet du bâtiment anglais que vous dites avoir échoué sur la côte, envoyez-moi des détails à ce sujet. Je vous autorise en attendant à profiter de la première occasion pour envoyer à Toulon, ou dans un autre dépôt, les 52 hommes d’équipage faits prisonniers. Faites-moi connaître également ce que sont les 400 prisonniers napolitains dont il est question dans votre lettre et dont j’entends parler pour la première fois.
Paris, 5 messidor an IX (24 juin 1801).
J’ai reçu, mon cher Murat, votre lettre du 20 prairial. J’ai fermé votre cuisine, j’ai accordé 25 sols par jour à vos gens, chacun d’eux vivra comme il voudra ; au piqueur, vous ajouterez un supplément à votre retour. Ma dernière lettre du 22 prairial vous aura instruit de vos affaires.
Ma sœur n’a pas le temps de vous écrire, le courrier étant pressé. Les peintres travaillent un peu plus à votre maison, le 10, elle sera achevée, j’y ferai mettre les meubles ; le 20, la gallerie sera fermée, on la peindra deux mois après.
Je n’ai point le temps d’écrire à Caroline, embracez-la de ma part. Veuille bien faire mes complimens à M. Cacault, je répondrai à sa lettre du 20 à la première occasion.
J’ai reçu votre lettre en faveur d’Haslawer, la place de Palerme étoit donnée. Je crois qu’on ne ferai pas grande chose ici pour lui. Vous scavez ce que c’est que Paris.
Je vous embrace avec Achille.
FESCH.
Ecrivez-moi par tous les courriers et recommandez qu’à leur retour, ils m’avertissent, pour que j’ai le temps de vous répondre bien en détail. Aujourd’hui je n’avais rien autre à vous dire.
Au citoyen Murat, général en chef de l’Armée d’Observation à Florence.
[Archives du prince Murat. D. 48. 10.]
Florence, le 6 messidor an IX (25 juin 1801).
Je vous préviens, mon cher général, que je viens d’inviter le Gouvernement toscan a donné des ordres à l’inspecteur des haras de Pise, pour qu’il vous délivre deux chevaux. Vous pourrez en conséquence les faire réclamer, je désire que vous les trouviez dignes de vous.
[R. II, p. 61.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
Je reçois, mon cher général, votre lettre du 25 prairial. Si vous m’eussiez fait connaître à temps les raisons particulières qui vous avaient déterminé à demander aux Napolitains le prix d’une portion des fournitures nécessaires à votre division, au lieu de les exiger toutes en nature, j’eusse donné une approbation complète à vos conventions avec M. Bourcard. Le citoyen Alquier m’écrit de Naples avoir terminé définitivement avec le ministre napolitain, en faisant approuver vos traités sous les modifications que je vous indiquais par ma lettre du 11 prairial. Il me paraît, en conséquence, difficile de revenir à vos premières mesures, cependant, mon cher général, n’ayant rien tant à cœur que le bien-être des soldats et l’intérêt de l’armée, ma confiance en vous étant d’ailleurs sans bornes, je vous autorise à faire tels arrangements que vous jugerez convenables. Je verrai avec plaisir tout ce qui rendra le service plus exact et mieux assuré, j’attacherai surtout un grand prix à toutes les économies que vous pourrez faire servir à l’approvisionnement de Tarente. Je n’ai pas besoin néanmoins de vous observer que si les conventions arrêtées par Alquier conviennent aux ministres de Naples, en sorte qu’ils dussent être mécontents de les voir changer, il ne faudrait pas les fatiguer par de nouvelles propositions à ce sujet et vous exposer aux reproches d’une véritable tracasserie. Je me repose entièrement sur votre prudence et votre bon esprit.
Le citoyen Alquier m’ayant témoigné qu’il ne se chargerait pas avec plaisir de nos demandes auprès de la Cour de Naples, je correspondrai désormais directement avec M. Acton. J’avais écrit à l’adjudant-commandant Dampierre de rester à Naples pour y être mon intermédiaire auprès du ministre, mais il était déjà près d’arriver à Florence lorsque ma lettre en est partie. Je me déterminerai peut-être à le renvoyer dans quelques jours au poste que je lui avais indiqué. Je vous invite à vous adresser de votre côté directement au ministre de Naples pour tous les intérêts que vous aurez à régler avec lui. J’ai eu grand plaisir d’apprendre l’arrivée à Tarente de l’artillerie expédiée de Naples, il me tardera d’apprendre également que vous avez reçu celle qu’on vous envoie soit par terre, soit par mer.
Ayant été instruit que toutes les forces des Anglais dans le golfe Adriatique étaient employées à escorter un convoi de troupes qu’ils ont embarquées à Trieste et qu’ils conduisent à Malte, pour les employer sans doute ensuite contre l’Égypte, j’ai cru que le moment était favorable pour faire partir d’Ancône les trois frégates napolitaines. Le Bouledogue en partira en même temps et vous recevrez sous cette escorte 100,000 cartouches, une chèvre, un gril à rougir les boulets et d’autres objets d’artillerie. Les canons qui devaient vous être envoyés de l’Armée d’Italie sont partis de Pontelagoscuro avec 75 caissons ; on vous a expédié de Gênes douze pièces de canon avec des munitions ; vous aurez là tous les moyens nécessaires pour les fortifications de Tarente et, avec l’activité que vous mettez dans vos travaux, je compte que cette place sera bientôt dans un état respectable. Je ne puis espérer de vous envoyer du fer, ni de Livourne, ni d’Ancône, je n’ai pour cela aucune ressource.
Le tabac pris à la hauteur du cap St-Ange ne nous appartenait pas, je n’ai donné aucun ordre pour vous expédier par mer ni du drap, ni des habits. Jusqu’ici on ne vous avait envoyé que des chemises et des souliers et le transport s’en fait par terre, j’ai même été informé que le convoi avait été arrêté à Boboli par l’effet d’un orage affreux qui a entièrement détruit les chemins, vous en aurez eu sans doute avis. Quant aux 3,000 habits que je vous annonce depuis longtemps, ils sont partis de Milan d’où on les a dirigés sur Ancône et vous les recevrez prochainement ou par terre, ou sous l’escorte du Bouledogue et des frégates napolitaines. J’attends avec impatience les plans que vous devez m’envoyer, l’aide de camp du ministre de la Guerre ne partira pas sans les avoir reçus.
Je vous annonce que le général Campredon a reçu ordre de se rendre à Tarente à la place du général Chasseloup. Le ministre de la Guerre m’écrit aussi avoir ordonné, sous les peines militaires, au général Dulauloi de retourner à son poste près de vous.
Si vous croyez absolument nécessaire d’avoir dans vos mains la police du pays que vous occupez, je vous autorise à vous en emparer. Je vous engage à ne prendre cette mesure, qu’autant qu’elle vous paraîtra impérieusement commandée par les circonstances.
Je ne vous parle plus, mon cher général, de ma satisfaction et je ne crois plus avoir besoin de vous l’exprimer, j’aimerai toujours à vous parler de mon attachement.
[R. II, p. 61.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
J’ai été informé, mon cher général, que les Anglais ayant embarqué à Trieste 1,200 hommes environ qu’ils transportent à Malte et que, sans doute, ils veulent employer contre l’Égypte, toutes les forces qu’ils avaient dans le golfe Adriatique étaient employées à escorter ce convoi. J’ai cru que le moment était favorable pour vous envoyer les trois frégates napolitaines et le Bouledogue. J’ai écrit en conséquence à M. Micheroux pour l’engager à mettre à la voile sur le champ, en lui déclarant que les frégates ne seraient reçues par nous qu’à Tarente. Comme je n’ai pas la plus grande confiance dans la loyauté des Napolitains, j’ai ordonné d’embarquer sur chacun de ces bâtiments 25 hommes qui serviront de garnison. On y embarquera aussi les officiers que vous avez envoyés pour les commander, mais ils n’y seront que comme passagers et sans autorité, pour que nous ne paraissions pas en avoir pris possession. Leur mission sera de surveiller les manœuvres des Napolitains. Ces trois frégates porteront encore environ 100 marins débarqués de l’escadre de Ganteaume que j’ai fait passer de Livourne à Ancône. J’espère que vous verrez bientôt arriver ce convoi à Tarente. Aussitôt qu’il y sera, je vous prie de m’en instruire par un courrier extraordinaire.
Le payeur de mon armée a reçu pour le service de la Marine sous vos ordres une somme de 20,000 francs envoyée par le ministre, il va vous la faire parvenir. Si la Fortune nous avait accoutumés à compter sur ses faveurs à la mer, j’espérerais que le contre-amiral Ganteaume, après avoir effectué son débarquement sur la côte de Barbarie, rencontrerait le convoi anglais et s’en rendrait maître.
[R. II, p. 63.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
Je vous préviens, citoyen commandant, que sur les représentations et la demande du commerce de Livourne, j’ai consenti à la sortie des bâtiments marchands du port de Livourne, aux conditions énoncées dans le projet de notification ci-joint qui sera publié par M. le gouverneur La Villette, au nom du Gouvernement toscan. Vous voudrez bien veiller avec soin à l’exécution de toutes les dispositions que j’ai arrêtées et si vous découvrez quelques abus, les réprimer avec sévérité; quand vous jugerez convenable de visiter les bâtiments qui devront sortir, il faudra le faire, après avoir reçu une déclaration d’une maison de commerce connue, qui doit se rendre responsable, afin que, voyant bien que cette responsabilité ne doit pas être illusoire, les maisons de commerce soient bien positivement intéressées à empêcher toute contravention.
[R. II, p. 64.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
Je reçois, monsieur le général, votre lettre du 24 juin et je m’empresse de vous exprimer combien je suis sensible à l’empressement de son S. A. R. l’archiduc Charles pour arrêter le cours d’une expédition que mon Gouvernement n’aura pu voir avec satisfaction. Il est fâcheux que ces ordres soient arrivés trop tard à Trieste, et j’ai regret d’apprendre que, contre ses intentions et malgré vos soins, il soit sorti d’un port appartenant à S. M. I. des troupes évidemment destinées à agir contre nos intérêts.
Je n’en apprécie pas moins, M. le général, les procédés de S. A. R. et les vôtres, je vais les faire connaître à mon Gouvernement en lui transmettant la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je puis vous assurer qu’il ne désire pas moins que votre Cour le maintien des relations d’amitié et de bonne intelligence qui unissent les deux nations.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 65, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
J’ai l’honneur de vous prévenir que je viens de faire mettre à la disposition de la Légion polonaise les 30,000 francs que vous avez à verser dans la caisse du trésorier des contributions pour le mois de prairial.
Je mets également à la disposition de cette légion les 60,000 francs que devra fournir la République de Lucques pour les mois de messidor et thermidor. Je vous prie de vous entendre avec le receveur pour faire rentrer cette somme, soit en argent ou en marchandises, attendu qu’elle est destinée à l’habillement des troupes.
[R. II, p. 65.]
Florence, le 7 messidor an IX (26 juin 1801).
Je vous préviens, citoyens, que je viens d’écrire au chargé d’affaires de la République de Lucques pour faire mettre à votre disposition une somme de 90,000 francs que doit fournir cette République pendant les mois de prairial, messidor et thermidor, à raison de 30,000 francs par mois.
Cette somme étant destinée à l’habillement de vos troupes, vous vous entendrez avec ce chargé d’affaires pour la faire rentrer le plus tôt possible soit en nature ou en marchandises.
Florence, le 8 messidor an IX (27 juin 1801).
Au citoyen Miot, en Corse.
Vous avez très certainement connaissance, citoyen administrateur, de l’arrêté des Consuls qui porte que l’île d’Elbe fait partie de la 23ᵉ division militaire. D’après ce même arrêté, le commandant de cette île doit correspondre avec le général commandant la 23ᵉ division, il se trouve ainsi que ces troupes sont sous ses ordres immédiats ; de là point de doute que la garnison de l’île d’Elbe doive être soldée par votre caisse ; il serait absurde de vouloir prétendre qu’elle dût l’être par celle de l’armée que je commande, car vous ne devez pas regarder les secours que j’ai fait passer en Corse et que je fais passer journellement dans l’île d’Elbe comme une obligation, mais bien comme une preuve du désir que j’ai de vous obliger. Ainsi je vous déclare que je ne payerai nullement aucune des troupes stationnées dans l’île d’Elbe. J’y enverrai néanmoins le biscuit, le vinaigre et le vin que j’y ai promis. J’envoie également 1,200 habits complets à la 60e demi-brigade.
Je vous préviens que j’ai fait connaître depuis longtemps au Gouvernement cette détermination qu’il a approuvée.
[R. II, p. 66.]
Florence, le 8 messidor an IX (27 juin 1801).
J’ai reçu, citoyen commandant, votre dernière lettre du 4 messidor, je vous réitère que vous devez vous borner au simple blocus de Porto Ferrajo et employer tous vos moyens pour mettre Porto Longone en état de soutenir un siège. Le biscuit, le vin et le vinaigre que je vous ai promis vous seront certainement envoyés, ainsi que 1,200 habits pour la 60e.
Vous voudrez bien à l’avenir, en vous conformant à l’arrêté des Consuls qui porte que l’île d’Elbe fera partie de la 23e division militaire, correspondre directement avec le général qui la commande et exécuter tous les ordres qu’il vous donnera.
Je recevrai néanmoins avec plaisir tous les rapports que vous voudrez bien me faire parvenir sur votre situation dans l’île d’Elbe.
[R. II, p. 66.]
Florence, le 8 messidor an IX (27 juin 1801).
En comparant l’inventaire dressé à bord du corsaire anglais la Fortune par le citoyen Litren, avec les déclarations fournies chez le commissaire des Relations commerciales par les officiers de ce même corsaire, je me suis convaincu qu’il a été commis des dilapidations, on a soustrait du vin, des munitions et d’autres objets.
A la réception de ma lettre, vous consignerez aux arrêts forcés le citoyen Litren et vous l’interrogerez sur tout ce qui s’est passé relativement au corsaire échoué. Vous demanderez principalement par quels moyens et pour quelle destination ont été détournés les effets dont on n’a pas rendu compte dans l’inventaire. Vous interrogerez également l’officier qui fut envoyé à bord du bâtiment, pour y être de garde, par le général Tharreau ; vous demanderez au commandant de la marine de vous faire connaître tous les ordres qu’il a donnés, toutes les dispositions qu’il a faites ; en un mot, citoyen commandant, vous prendrez toutes les mesures que vous jugerez convenables pour connaître les auteurs et les circonstances d’un délit que l’opinion publique a dénoncé et dont je vois la preuve dans les papiers que vous m’avez adressés. Je vous recommande une sage circonspection, mais la plus sévère impartialité, bien décidé à traduire devant une Commission militaire ceux qui auront préva-riqué dans cette affaire.
Les moyens d’envoyer les officiers napolitains dans leur pays par mer nous manquant, vous les ferez partir sur le champ par terre. Vous leur marquerez leur itinéraire par la route la plus courte, c’est-à-dire par Sienne, etc. Vous me rendrez compte le plus prochainement possible de l’exécution des ordres contenus dans cette lettre.
[R. II, p. 67.]
Florence, le 9 messidor an IX (28 juin 1801).
J’ai reçu vos différentes lettres, mon cher général. 2,000 habits complets sont dirigés sur votre division et escortés par un adjoint à l’état-major ; j’espère que par ce moyen ils vous arriveront. Je viens de donner ordre qu’on arrête le fournisseur des souliers et des chemises, et je vous assure que, s’il est reconnu coupable, il sera sévèrement puni.
Les fonds destinés à votre division seront à l’avenir, puisque vous le désirez, versés directement dans la caisse de votre payeur. Je vous laisse absolument le maître, mon cher général, de prendre pour assurer la subsistance de vos troupes les arrangements que vous jugerez les plus convenables. Je suis persuadé que vous ne chercherez qu’à améliorer le sort des soldats. Il est impossible, à ce que m’ont répondu l’ordonnateur et le directeur de la Poste, de mieux organiser celle de votre division, vous savez que nous ne sommes pas riches.
Je crains bien, mon cher général, que le ministre se décide difficilement à vous accorder le congé que vous demandez, à cause de l’absence de l’armée des deux généraux de division Tharreau et Monnier.
J’espère qu’au moyen des envois qui vous sont faits, vos troupes vont se trouver à leur aise. Quant aux armes qui vous manquent, je ne pourrai vous en faire passer que lorsque celles que j’ai demandées à l’Armée d’Italie me seront parvenues.
Je suis extrêmement satisfait, mon cher général, de la conduite de vos troupes, j’ai fait connaître au Gouvernement la vôtre.
[R. II, p. 68.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Le général Soult me rend compte, citoyen ministre, par sa lettre du 29 prairial qu’un brick napolitain armé de 12 canons, escortant un bâtiment de la même nation chargé de blé, vivement poursuivi par un brick et une frégate anglais, n’ayant pas eu le temps de rentrer à Brindisi, s’est jeté à la côte et a échoué avec son convoi, à cinq milles du port, près de la tour dite della Testa.
Pendant la nuit et sous la protection d’une vive canonnade, les Anglais ont débarqué au même endroit pour en enlever le brick et le convoi. Voyant qu’ils ne pouvaient y réussir, ils ont mis le feu au convoi et allaient en faire autant du brick, lorsqu’une compagnie de grenadiers de la 2° de ligne provisoire, envoyée de Brindisi, les a forcés de se rembarquer dans le plus grand désordre. Les Anglais ont eu plusieurs blessés, un d’eux est resté prisonnier, nous avons eu un grenadier tué et deux légèrement blessés. L’officier napolitain qui commandait le brick a été fait prisonnier avec son état-major, l’équipage s’est sauvé à terre, le brick ne peut être relevé, la troupe s’est parfaitement conduite, vous lui devez des éloges.
A la pointe du jour, au moment où l’action finissait, deux cents habitants de Brindisi très bien armés, se sont présentés pour participer à l’honneur de la défaite des Anglais, le chef de brigade Miquel qui commandait cette place les a remerciés, après avoir donné les plus grands éloges à leur courage et à leur zèle.
D’après tous les rapports, les Anglais doivent avoir dans l’Adriatique deux vaisseaux de ligne, quatre frégates, et quelques bricks, ils ont avec eux deux frégates turques, ils interceptent absolument tout ; deux frégates et une corvette de cette division sont toujours en station devant Otrante et au cap Leuca. Si, comme il paraît certain, Ganteaume a effectué son débarquement et qu’il cherche à rentrer dans le port de Tarente, j’espère qu’il nous débarrassera de tous ces messieurs et rendra parfaitement libres nos communications avec Ancône.
P.-S. — Le général Soult m’a déjà rendu compte, il y a quelques jours, de l’arrivée à Tarente de l’artillerie que j’ai obtenue de la Cour de Naples, ainsi quand bien même, et ce qui est probable, celle expédiée de Gênes et d’Italie n’y arriverait pas, vous pouvez regarder dès ce moment le port de Tarente en état de défense.
J. M.
[Archives du prince Murat. R. II, p. 70, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Je m’empresse, citoyen ministre, de vous envoyer par un courrier extraordinaire les nouvelles que je reçois à l’instant du général Soult. Par sa lettre du 30 prairial, il m’annonce que six bâtiments grecs, arrivés à Otrante depuis le 13 prairial, ont pleinement confirmé l’entière défaite des Anglais en Égypte. Ces nouvelles sont répandues dans toute la Grèce et les îles de l’Archipel ; on y sait aussi que les Turcs ont été également battus. Le vaisseau de ligne monté par le chef de division, Patrone bey, a échoué sur la côte d’Égypte, son équipage a été fait prisonnier par les Français et le vaisseau est resté en notre pouvoir.
Le convoi parti de Trieste a été rencontré dans les parages d’Agostoli. Des officiers du génie anglais sont arrivés à Trippoliza, capitale de la Morée, étant annoncés devoir y tracer des fortifications.
Le consul russe à Corfou a prévenu les patrons grecs qu’ils pourraient à l’avenir voyager en toute sûreté sous le pavillon russe.
Ali Pacha a été autorisé par un firman du Grand Seigneur à former une ligne militaire sur les bords maritimes de la Thesprotie et à mettre garnison dans les villes de Prévesa, Parga et Butrinto ; en conséquence, il a mis en marche les troupes qu’il avait rassemblées à Janina. Cette nouvelle a répandu la consternation parmi les habitants de ces cantons. Le général Soult est instruit qu’on doit lui envoyer une députation pour lui demander un secours d’armes et de munitions de guerre. Ce général me demande des instructions sur la conduite qu’il doit tenir, j’ai besoin moi-même de celles du Gouvernement et, en attendant, je me borne à lui prescrire de profiter des bonnes dispositions dans lesquelles paraissent être ces peuples pour avoir des nouvelles positives de l’Égypte, j’attendra donc vos ordres à cet égard.
[R. II, p. 69.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Par sa lettre du 2 messidor, le général Soult me fait le rapport suivant :
Deux bâtiments grecs partis depuis peu de jours de Cephalonia ont été visités le 1er messidor, dans le golfe Adriatique, par une frégate anglaise. Un d’eux destiné pour Manfredonia a été pris, l’autre qui s’est dit chargé pour Sienne a été relâché et est arrivé à Brindisi où il a déclaré qu’à son départ de Cephalonia, il était connu que les Anglais, après avoir perdu 5 à 6,000 hommes en Égypte, s’étaient rembarqués et que leur escadre s’était retirée à Rhodes avec une grande quantité de malades.
Je désire pouvoir bientôt vous confirmer ces nouvelles et y ajouter quelques détails.
[R. II, p. 70.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Je m’empresse, citoyen ministre, de vous faire parvenir la réponse du Conseil aulique à la note que j’avais adressée à M. de Bellegarde sur l’embarquement à Trieste des troupes au service de l’Autriche à la solde de l’Angleterre, j’y joins ma réponse.
L’empressement qu’a montré dans cette circonstance la Cour de Vienne pour empêcher le départ de ces troupes devrait entièrement satisfaire le Gouvernement et dissiper toute espèce de soupçon sur la loyauté de ses sentiments à son égard, si je n’étais intimement convaincu que les Anglais ont été informés assez à temps de la détermination du Cabinet de Vienne pour exécuter leur projet.
Je ne me permettrai pas d’autres réflexions, il ne m’est pas permis d’entrer dans aucun détail politique, puisque je suis ici à 400 lieues de la scène politique de l’Europe.
[Archives du prince Murat, R. II, p. 71, et Archives de la Guerre.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Par votre lettre du 22 prairial, vous avez la bonté, citoyen ministre, de me prévenir des instructions que vous venez de transmettre au général d’artillerie en Italie.
Vous paraissez, citoyen ministre, vous élever contre les demandes que je lui ai faites pour les besoins de l’armée que je commande, elles ont toutes été commandées par vos instructions concernant l’armement de Tarente. Je vous prie de croire, citoyen ministre, qu’il n’y a nullement de ma faute, si le Corps d’observation a abandonné à Amiens ou à Versailles les effets d’artillerie dont vous me parlez ; vous devez vous en prendre à la mauvaise organisation qui fut faite de l’arme d’artillerie sous mes ordres, elle fut faite par l’un de vos chefs de bureau.
Je conviens que l’Armée d’observation n’a pas eu d’affaires, mais je ne conviens pas qu’elle soit la moins nombreuse et que je n’aie pas besoin de 6,000 fusils. Je ne vous en demande pas un seul pour le corps d’élite, il n’en a nullement besoin, mais je vous en demande environ 3,000 pour la Légion polonaise qui en a un besoin indispensable ; cette légion se trouvant nouvellement formée, venant de faire une route de trois mois, il n’est pas étonnant qu’elle éprouve de grands besoins en tout genre.
Si le Corps d’observation ne s’est pas battu, 12,000 hommes passés de l’Armée d’Italie dans celle que je commande venaient de finir une campagne très active, je les ai reçus nus, avec dix ou douze mois de solde arriérée, ils éprouvaient surtout de grands besoins en armes. Il faut ensuite songer à armer 1,500 hommes revenus des prisons d’Autriche, et il serait absurde de vouloir laisser une armée sans un dépôt d’armes.
Je me ferai un plaisir de faire surveiller les mesures prescrites par votre lettre du 4 pluviôse, et je vous ferai connaître le nombre et la nature des objets d’artillerie qui seront mis à ma disposition par le général qui commande cette arme en Italie, aussitôt que ce général m’en aura fait parvenir les différents états. Il n’est pas étonnant que vous n’ayez pas reçu, il y a deux mois, l’état de situation de l’artillerie, on a autorisé les différents généraux de cette arme à se croire autant de généraux en chef. Quant à moi, je vous déclare que je ne partage pas cette bonté et j’imagine que vous ne devez attribuer le retard dont vous vous plaignez qu’au départ du général Dulauloi.
Le général Chasseloup n’a pas paru.
[R. II, p. 72.]
Florence, le 11 messidor an IX (30 juin 1801).
Vous venez d’accorder, citoyen ministre, un congé de convalescence au général Mathieu ; d’après votre autorisation, le général Tharreau s’est absenté de l’armée et le général Muller est repassé en Corse ; des raisons politiques me forcèrent à permettre au général Monnier de s’éloigner, je reste donc à l’armée avec deux généraux de division, ce qui me fait présumer la dissolution de l’armée. Je la désire d’autant plus ardemment que ma santé ne me permet pas plus longtemps de rester à un poste où ma présence devient absolument inutile, l’armée se trouvant disséminée sur des points très éloignés les uns des autres. Dans tous les cas, je remplirais aussi bien les fonctions de ma place à Paris qu’ici.
Ainsi, si à la fin du mois, le comte de Livourne n’est pas arrivé, je vous demande officiellement la permission de rentrer en France, je vous le répète, ma santé ne me permet plus de rester ici.
[R. II, p. 73.]
(S. l. n. d. Messidor? an IX.)
Le citoyen Hamelin c’étoit chargé de différentes petites commissions pour moi, mon cher petit frère, il les remplit et il est question maintenant d’acquitter cette dette, je m’adresse avec confiance à vous pour arranger tout cela avec le citoyen Hamelin. A votre retour à Paris, qui j’espère sera bientôt, je m’arrangerai avec vous, vous ne serai pas un créantier bien méchant.
J’embrasse votre femme et votre petit enfant, ramenez-nous les bientôt, nous nous ennuyons de leur absence.
Adieu, mon cher petit frère, je vous embrasse et vous aime de tout cœur.
Josephine BONAPARTE.
Au général en chef Murat à Florence.
[Archives du prince J, Murat. D. 402. 3.]
FIN DU TOME PREMIER
Lettre-préface de M. Henri Houssaye publiée par M. A. Lumbroso, dans son ouvrage intitulé Correspondance de Joachim Murat. M. Lumbroso a réuni sous ce titre un peu prétentieux, environ 550 lettres de Murat, pour la période qui s’étend de 1791 à 1809. Beaucoup de ces lettres avaient déjà été publiées par le comte Murat, M. Boulay de la Meurthe, etc. ↩
Mémoires du général R. Desvernois, publiés par M. Albert Dufourco, p. 510 et s. ↩
Le 26 brumaire an XIII (17 novembre 1805), Murat écrivait au commandant du château de Joux, où M. de Rivière était incarcéré. « M. de Rivière, détenu dans le château que vous commandez, désire, M. le Commandant, me faire parvenir directement et sans l’intermédiaire de la police, quelques renseignements utiles au gouvernement. Je vous prie de recevoir le paquet qu’il vous remettra et de me l’envoyer, ma lettre couvrira votre responsabilité. » (Archives du prince Murat, R. VI, p. 186.) ↩
« Par qui fut livré le général Pichegru, d’après des documents entièrement inédits. » Communication de M. Léonce Grasilier à la Société d’histoire contemporaine. 16ᵉ assemblée générale, 13 juin 1906, p. 50 et suiv. ↩
Souvenirs de Mme Récamier. Paris, Michel Lévy, 1873. In-16, t. II, p. 145. ↩
Archives du prince Murat, D. 566. 66 bis. La lettre de la Reine à laquelle le Roi répond est datée de Naples, le 5 août 1810. Le Roi s’est trompé en indiquant la date du 3. (Note du comte de Mosbourg.) ↩
DRIAULT, Napoléon en Italie. — Paris, Alcan, 1906. In-8°. ↩
Extrait des actes de l’état civil de la commune de la Bastide Murat. ↩
Mme la comtesse Murat possède dans ses Archives, au château de La Bastide Murat, deux curieux documents que nous nous contenterons d’analyser. C’est d’abord le contrat de mariage du grand-père paternel de Murat. Contrat passé le 22 février 1718, au lieu de La Bastide Fortonière-en-Quercy, devant M. Bastit, notaire royal, entre Guillaume Murat-Jordy, brastier, fils à feu Pierre et de Catherine de Badoures, d’une part, et Marguerite d’Herbail, fille à Bertrand et d’Anne de Rocques, de La Bastide, d’autre part. Bertrand Herbail père constitue en dot à sa fille la somme de vingt livres payable en quatre ans et la future épouse se constitue le somme de soixante-quinze livres, fruit de son travail, « plus un coffre fermé à clef, fait en menuiserie, estimé quatre livres. » Le futur époux se constitue la somme de quatre-vingt-dix livres, et la seconde femme de son père, « Jeanne de Roquebain, vefve de feu Pierre Murat » lui assure la moitié de ses biens qu’elle déclare pouvoir être de la valeur de trente-neuf livres. — Le second document est le contrat de mariage du père et de la mère de Murat. Contrat passé le 10 janvier 1746, devant M. Martin, notaire royal, à La Bastide-en-Quercy, par Pierre Murat « fils à Guillaume et Marguerite l’Herbel, mariés, habitants du présent lieu d’une part, et Jeanne Loubières, fille à feu Pierre et Jeanne Vieillescazes, mariés du présent lieu. » Le futur époux reçoit de ses parents la moitié de tous leurs biens, meubles et immeubles, sous la réserve des usufruits leur vie durant, et la future épouse reçoit de son frère aîné, Pierre Loubières, en conformité des testaments de leurs parents, une dot de 420 livres « six linseuls toile mescladis, quinze canes toile mescladis, une écuelle, une assiette, une culière d’étain, une brebis avec son aniau et un coffre… Présents à ce noble Durand de Soyris, seigneur de Soyris, Saint-Geri, Las Cabanes et autres lieux, habitant dans son chateau de Soyris, et le s’ Géraud Dardene, bourgeois, habitants de La Bastide. Sousiniés après ledit futur époux Loubières, frère ayné et autres parans ou amys et non ladite future épouse, ni les autres contratans, pour ne sçavoir de ce requis… » ↩
Extrait des registres de l’état civil de la commune de la Bastide-Murat. ↩
S’il faut en croire les derniers historiens de Murat, celui-ci s’était engagé, malgré ses parents, le 23 février 1787, dans la compagnie de Niel, appelée plus tard les Chasseurs à cheval de Champagne, puis 12ᵉ régiment de chasseurs à cheval. De Carcassonne, le régiment fut envoyé à Schlestadt, et Murat ne tarda pas, grâce à son instruction, à y devenir maréchal des logis. Une mauvaise affaire, à laquelle on veut bien ne rien attribuer de déshonorant, le força, dit-on, à rentrer dans ses foyers en 1789. C’est alors qu’il fut choisi par la garde nationale du canton de Montfaucon pour la représenter à la fête de la Fédération, à Paris, le 14 juillet 1790. On voit par la requête de Murat aux administrateurs du Lot, qu’il partait, dès le 4 janvier 1791, pour rejoindre son régiment à Schlestadt. ↩
Cette lettre prouve, comme la pièce précédente, que Murat était bien en 1791, à Toul, au 12ᵉ régiment de chasseurs à cheval. Le 8 février 1792, il fut choisi, ainsi que son compatriote Bessières, pour être garde à cheval dans la garde constitutionnelle que l’Assemblée législative donnait au roi Louis XVI. Le 4 mars 1792, il donnait sa démission, prétextant qu’il ne voulait pas se rendre à la salle de discipline, à laquelle il avait été condamné, pour avoir manqué un appel, en réalité parce que des agents royalistes avaient tenté de l’embaucher pour l’armée de Coblentz. Il écrivit le fait au Comité de surveillance de l’Assemblée législative, aux administrateurs du département du Lot, ce qui provoqua la fureur des royalistes. On peut s’en rendre compte en lisant une lettre curieuse de Lachèze, ancien député, publiée dans l’Ami du Roi du 20 avril 1792, et que M. Maurice Tourneux a eu l’obligeance de nous indiquer.
MM. SAINT-YVES et CHAVANON (Joachim Murat, 1767-1815, p. 7), supposent que Murat n’était pas rentré dans l’armée régulière depuis 1789 et ils ont tort d’affirmer que « grâce à cette sortie tapageuse, Murat obtint de rentrer dans son ancien régiment, le 12ᵉ régiment de chasseurs. » Depuis au moins seize mois, cette rentrée était un fait accompli. ↩
M. A. LUMBROSO cite à la date d’octobre 1792, une lettre de Murat à un ami d’enfance, dans laquelle il annonce qu’il est enfin sous-lieutenant. M. Lumbroso ajoute en note : « Aux hussards-braconniers de Landrieux. Cela prouve que la lettre ne peut être écrite en mai 1792, ainsi que le dit le général THOMAS (Les Grands Cavaliers, 1890. I, p. 338.) » C’est le général Thomas qui a raison, Murat n’a jamais été sous-lieutenant aux Hussards-braconniers. M. Lumbroso confond le 12ᵉ régiment de chasseurs à cheval avec le 21ᵉ régiment de chasseurs à cheval (anciens Hussards-braconniers de Landrieux). Nous renvoyons M. Lumbroso au livre si documenté de M. Léonce GRASILIER. (L’Adjudant général Jean Landrieux. Paris, Savine, 1893. In-8°) qu’il paraît pourtant bien connaître. ↩
Le colonel du 12ᵉ régiment de chasseurs était M. d’Urre de Molans ; dès qu’il fut fait général de brigade, il prit en effet Murat pour aide de camp. Celui-ci lui en fut toujours reconnaissant, comme on le verra par la suite de cette publication. ↩
Bouygues (Jean-Pierre), membre du Directoire du département du Lot, puis membre de la Convention. Né à Saint-Céré (Lot) le 13 novembre 1756. Il vota contre la mort de Louis XVI et pour la réclusion. ↩
Suivant M. L. GRASILIER (Jean Landrieux, p. 91). « Murat avait été, dès 1792, inquiété par Pache qui le taxait d’aristocratie, le croyant de la famille des Murat d’Auvergne, et il avait dû, pour se disculper, mettre en jeu de nombreuses influences et prouver : qu’il était roturier, fils de roturiers ». Jusqu’en 1794, tous les ennemis de Murat reprirent cette accusation. ↩
Albouy (Barthélemy), membre de la Convention pour le département du Lot, né à Cahors, le 9 juin 1750, mort à Paris le 1er juin 1795. Il ne vota pas la mort de Louis XVI, mais seulement la prison temporaire. ↩
Pierre Murat était mort le 8 octobre 1792 à l’âge de 44 ans. ↩
La veuve de Pierre Murat avait à ce moment quatre enfants, elle venait d’accoucher, le 3 janvier 1793, d’une fille posthume, Marie-Antoinette Murat. Murat tint les promesses qu’il exprimait dans cette lettre et fit élever et instruire les enfants de son frère Pierre comme les siens propres. L’aîné Jean Adrien Murat, né à La Bastide, le 26 octobre 1785, fut tué au combat du cap Ortegal, le 4 novembre 1805, aspirant de marine à bord du Formidable.
Antoinette Murat, créée Princesse par l’empereur Napoléon, épousa à Paris, le 4 février 1808, Charles, prince de Hohenzollern-Sigmaringen. (Voir Léonce DE BROTONNE. Les Bonaparte et leurs alliances, p. 41.) ↩
Dampierre (Auguste-Henri Picot, marquis de), né à Paris le 19 août 1756, avait pris une part brillante aux batailles de Valmy et de Jemmapes. Après la trahison de Dumouriez, il devait prendre le 24 avril 1793 le commandement de l’Armée de Belgique. ↩
Murat reçut le brevet de capitaine le 14 avril 1793. C’est à cette époque qu’il fit à Hesdin la connaissance de Jean Landrieux, le créateur des Husards-braconniers. Ce corps franc, créé en septembre-octobre 1792, s’était acquis la plus détestable réputation à Meaux et à Douai où il avait tenu garnison. Pour effacer ce fâcheux renom, il fut décidé par le ministre de la guerre, Bouchotte, que les husards-braconniers deviendraient 16° chasseurs et Landrieux fut envoyé à Hesdin, avec son régiment à peine réorganisé. Là, il proposa à Murat le poste de deuxième chef d’escadron. Le 8 mai, il lui écrivait : « Je vous préviens, citoyen, qu’en vertu de l’ordre du ministre, dont je suis porteur, et de l’invitation du général Dampierre, vous avez été nommé provisoirement à la place de deuxième chef d’escadron du régiment que je commande. Vous voudrez bien, en conséquence, prévenir de cette disposition le général auquel vous êtes attaché, afin qu’il vous rende à votre poste le plus tôt possible, vous me ferez passer sa décision. » (Léonce GRASILIER. L’adjudant-général Jean Landrieux. Introduction à ses Mémoires, p. 54 et s.) ↩
Pièce imprimée. Les mots en italique sont manuscrits. ↩
Quand Murat reçut sa nomination définitive de chef d’escadron, le 16° chasseurs était devenu 21° chasseurs, en vertu d’un arrêté du Comité du Salut Public, autorisant le ministre à former les 21° et 22° régiments de chasseurs à cheval avec les corps francs de cavalerie. Au moment de cette transformation, le 12 juin 1793, Murat figure sur les rôles du 16° chasseurs. ↩
Au sujet des démêlés de Murat avec Landrieux, nous renvoyons le lecteur au livre de M. Léonce GRASILIER, déjà cité. ↩
Probablement le représentant du peuple André Dumont, ami et protecteur de Landrieux. ↩
Il n’y a dans les Archives du prince Murat aucun document concernant les années 1795 et 1796. En prairial an III, Murat avait, à la tête du 21e chassers, rendu à la Convention des services signalés ; en vendémiaire il avait prêté à Barras et à Bonaparte le concours le plus actif contre les Sections, il fut créé chef de brigade le 2 février 1796, et Bonaparte qui avait reçu le commandement de l’Armée d’Italie le prit pour aide de camp. Grâce à lui, dès le début de la campagne, Murat était nommé général de brigade, le 10 mai 1796. Si les historiens les plus récents de Murat ont pu, grâce aux documents déjà publiés, le suivre pendant les deux premières parties de la campagne, c’est-à-dire dans la lutte contre Beaulieu et contre Wurmser, par contre, pendant la troisième partie de la campagne, l’absence de documents, particulièrement des lettres de Bonaparte à Murat, a été interprétée par eux comme un signe de la disgrâce où le jeune général avait dû tomber, et leur imagination, toujours malveillante pour Murat, s’est exercée pour en découvrir les causes. Nous donnons ici les lettres de Bonaparte à Murat, entièrement inédites, qui permettront à l’histoire de prendre la place du roman. ↩
MM. J. CHAVANON et G. SAINT-YVES (Joachim Murat, p. 26) attribuent à Murat l’initiative de ce mouvement sur les flancs d’Alvinzi, à la fin de la bataille de Rivoli ; on voit par cette lettre que Bonaparte, loin d’être mécontent de Murat, comme ils le prétendent, l’avait chargé spécialement de cette opération délicate et importante. ↩
Nous trouvons dans le Journal de voyage du général Desaix. Suisse et Italie, 1797, publié par M. Arthur CHUQUET, le portrait suivant de Murat, tracé à cette époque : « Murat, grand jeune homme du Midi, sortant du 21ᵉ chasseurs à cheval ; très employé par le général (Bonaparte); pris à Brescia ; aimant Mme Ruga ; ayant une inclination prononcée à Brescia ; brave, employé souvent aux avant-gardes, distingué. » Ailleurs Desaix nous donne le portrait de Mme Ruga, « jeune, jolie, femme d’un avocat ; comme toutes les Milanaises, aimant les plaisirs… amie du général Murat. » Il la classe parmi les Italiennes dont la beauté est célèbre. L’ « inclination » de Murat à Brescia était la comtesse Gerardi, sœur des généraux Lechi, qui passait pour la plus jolie femme de Lombardie et dont Stendhal a vanté les beaux yeux, les plus beaux yeux de Brescia. « Combien de fautes, s’écriait Napoléon, Murat a commises pour établir son quartier dans un château où il y eût des femmes!… » (A. CHUQUET. Introduction du Journal de Desaix, p. LXIV). ↩
Signature autographe. Le destinatire est inconnu. ↩
Bonaparte avait chargé Murat de rétablir l’ordre troublé par les Grisons et les Valtelins. A la suite des opérations de Murat, le 11 octobre 1797, Bonaparte ordonna la réunion de la Valteline à la République Cisalpine. ↩
Ces lettres inédites de Bonaparte contredisent formellement tout ce qu’ont écrit M. F. Masson et plus récemment MM. Saint-Yves et Chavanon au sujet de la froideur que le général en chef aurait témoignée à Murat, pendant cette campagne d’Italie.
Bonaparte, écrit M. F. Masson, n’admet point les partages, avec Barras moins qu’avec tout autre ; aussi vainement Murat se prodigue, se montre superbe d’audace… Napoléon ne lui rend pas ses bonnes grâces… Ce qui est sûr, c’est qu’il ne suit Napoléon ni à Rastadt, ni à Paris, qu’il reste à l’Armée d’Italie, qu’il est employé à l’Armée de Rome, qu’il n’est point au début désigné pour l’Armée d’Angleterre, à laquelle il ne parvient à se faire attacher qu’à grand’peine et peut-être contre le gré de Napoléon. » Et MM. Saint-Yves et Chavanon ajoutent (Joachim Murat, p. 30) : « Tandis que Lannes, Marmont, Bourrienne, Duroc, La Valette étaient du voyage (à Rastadt) et participaient au triomphe du maître, Murat devait se morfondre en Italie. » Ces historiens se trompent. Murat précéda Bonaparte à Rastadt et n’était nullement en disgrâce ; il ne revint en Italie qu’à la fin de janvier 1798, après un séjour à Paris. ↩
Dans une lettre adressée le même jour au Directeur Barras, Murat expose toutes les raisons qui le poussent à demander un congé à Bonaparte. (A. Lumbroso, Correspondance de Murat, p. 18, lettre XVI.) ↩
Jean-Adrien Murat, fils de Pierre Murat. ↩
Murat avait été nommé au commandement de la province de Kelioub, le 9 thermidor an VI (27 juillet 1798). ↩
Pièce originale acquise par le prince J. Murat en 1901. ↩
Montmayou (Hugues-Guillaume), né à Lauzerte (Tarn-et-Garonne) en 1757, était administrateur du département du Lot depuis le 8 septembre 1791, quand il fut élu, le 6 septembre 1792, député de ce département à la Convention. Il fit partie ensuite du Conseil des Cinq-Cents, puis du Conseil des Anciens. ↩
Dans son rapport au Directoire, Bonaparte rendait pleinement justice à Murat : « Le gain de la bataille qui aura tant d’influence sur la gloire de la République, disait-il, est dû principalement au général Murat ; je vous demande pour ce général le grade de général de division, sa brigade de cavalerie a fait l’impossible. » ↩
Cette lettre a été publiée en partie pour la première fois par le comte MURAT (Murat en Espagne, p. 44). La signature et le post-scriptum sont de la main de Murat. ↩
Citée par C. DE LA JONQUIÈRE. L’Expédition d’Égypte, t. V, p. 591. ↩
Charles-François-Joseph Dugua, chef d’escadron de gendarmerie en 1793, général de division à l’Armée des Pyrénées-Orientales. Murat avait servi sous ses ordres en Italie, en 1797. En Égypte il était inspecteur de la cavalerie, commandant une division. Il avait été nommé gouverneur de la province du Caire. ↩
Les lettres de Murat aux Administrateurs de la commune de Cahors furent envoyées, le 17 mai 1861, au prince Lucien Murat par M. Soulié, ancien gardien chef des prisons de Cahors, qui les avait trouvées dans des papiers de famille. ↩
Le post-scriptum est autographe. ↩
Le mariage civil de Murat eut lieu dans le temple décadaire du canton de Plailly (Seine-et-Marne). L’acte de mariage a été publié par M. LEMBROSO (Correspondance de Murat, n. CCCLVII). Marie Annonciate Bonaparte y est portée comme domiciliée en droit à Paris, chez sa mère, rue d’Erancis, division du Roule, et de fait, en la commune de Mortefontaine, chez le citoyen Joseph Bonaparte. Murat se trompe donc en parlant d’une terre du consul Bonaparte. ↩
M. A. LUMBROSO (Correspondance de Murat, p. 24-25) publie deux autres lettres de Murat aux Administrateurs de la commune de Cahors, du 14 et du 22 pluviôse an VIII (3 et 11 février 1800). ↩
Il n’y a, dans les Archives du prince Murat, aucune lettre de Murat, aucun document se rapportant à la campagne de l’Armée de réserve en 1800. Les lettres de Murat qui appartiennent à cette période et qui se trouvent à Paris, aux Archives de la Guerre, ont été publiées par le capitaine de Cugnac. (Campagne de l’Armée de réserve en 1800. Paris, R. Chapelot, 1900-1901. 2 vol. in-8°). En voici la liste :
Joachim Murat, lieutenant-général du général en chef, au Premier Consul. Dijon, 5 floréal an VIII (25 avril 1800). CUGNAC. T. I, p. 171.
Joachim Murat au Premier Consul. Dijon, 11 floréal an VIII (1er mai 1800). T. I.
Le lieutenant-général Murat au général de division Moncey. Novare, 9 prairial an VIII (29 mai 1800). T. II, p. 37.
Joachim Murat, lieutenant-général, au général Moncey, à Viglisione. Novare, le 10 prairial an VIII (30 mai 1800). T. II, p. 50.
Le lieutenant-général Murat, au général Moncey, lieutenant-général commandant la colonne du Saint-Gothard. Buffalora, le 12 prairial an VIII (1er juin 1800). T. II, p. 75.
Joachim Murat, lieutenant-général, au général en chef. Plaisance, le 18 prairial an VIII (7 juin 1800). T. II, p. 176.
Joachim Murat, lieutenant-général, au général en chef Berthier. Plaisance, le 18 prairial an VIII (7 juin 1800). T. II, p. 197.
Joachim Murat, lieutenant-général, au Premier Consul de la République française, le général Bonaparte. Plaisance, le 20 prairial an VIII (9 juin 1800). T. II, p. 278.
Joachim Murat, lieutenant-général, au général de division, chef de l’état-major général, à Voghera. Voghera, le 23 prairial an VIII (12 juin 1800). T. II, p. 307.
Le général Murat au général Berthier. Garofoli, le 27 prairial an VIII (16 juin 1800). T. II, p. 401. C’est le rapport de Murat sur la bataille de Marengo, il figure dans la Correspondance de Murat, publiée par M. LUMBROSO, sous le n. XXVI. ↩
A. LUMBROSO (Correspondance de Murat, n. XXIX) donne pour cette lettre la date du 12 thermidor, l’original porte 12 messidor. ↩
C’est à cette date que commence le premier registre-copie de lettres de Murat. ↩
Jean-Adrien Murat, fils de Pierre Murat. ↩
Lazare Carnot, qui avait été nommé ministre de la guerre le 12 germinal an VIII, en remplacement de A. Berthier, appelé au commandement de l’Armée de réserve. ↩
Mot laissé en blanc. ↩
Sarrazin (Jean) né à Saint-Sylvestre (Lot-et-Garonne) en 1770, avait été le camarade de Murat à Cahors ; enrôlé volontaire en 1792, il avait gagné ses grades sous les ordres de Marceau, Kléber, Bernadotte et sous ceux du général Humbert en Irlande. Il était général de brigade depuis 1799. ↩
Michaux (Étienne), né à Versailles le 29 mai 1771, avait fait comme soldat et officier toutes les campagnes de la Révolution, il fut créé commissaire des guerres à l’Armée d’Italie, le 1er germinal an III, et nommé ordonnateur en Égypte par Kléber, le 12 vendémiaire an VII. Il revenait d’Égypte avec les commissaires Miot et Senneville, quand Murat le demanda comme ordonnateur du camp de Beauvais. ↩
Broussier (Jean-Baptiste), né à la Ville-sur-Saulx (Meuse) le 10 mars 1766, engagé volontaire de 1791, chef de bataillon à l’armée de Sambre-et-Meuse. Il avait servi en Italie depuis l’an V, avec Championnet d’abord, puis dans l’Armée de réserve. ↩
Dubreton (Jacques-Toussaint-Paul), né le 28 mai 1758 à Josselin, était commis dans les bureaux de la liquidation de la Cʳᵉ des Indes avant d’entrer en 1777 au ministère de la guerre. Nommé commissaire ordonnateur des guerres, le 25 novembre 1792, et successivement employé aux armées d’Italie, du Midi, de Sambre-et-Meuse, il avait été nommé, le 16 nivôse an VIII, commissaire ordonnateur en chef de la garde des Consuls. ↩
Mots laissés en blanc. ↩
Ces mouvements de troupes étaient motivés par la reprise des hostilités contre l’Autriche. Le général Masséna qui commandait l’armée d’Italie, ayant conclu avec les Autrichiens la convention de Vérone, fut désavoué par le Premier Consul et destitué, le 22 août ; le général Brune le remplaça, à Milan, dans le commandement en chef de l’armée d’Italie. « Bonaparte fit suspendre la reprise des hostilités, dans l’espoir que les préliminaires de la paix avec l’Autriche, signés à Paris, seraient ratifiés à Vienne. Le 21 août, il apprit que la Cour impériale désavouait tout ce qui s’était négocié à Paris, il envoya donc aussitôt à nos armées l’ordre de recommencer la campagne, au plus tard, le 10 septembre. » (BOULAY DE LA MEURTHE, Documents sur le Concordat, t. I, p. 67.) ↩
Il s’agit ici de Martial-Noël-Pierre Daru, frère de Pierre-Antoine-Noël Bruno comte Daru, né à Montpellier le 2 juillet 1774. Il était commissaire des guerres depuis 1793 et sous-inspecteur aux revues depuis le 18 brumaire. ↩
Lazare Carnot avait donné sa démission de ministre de la guerre, le 16 vendémiaire an IX (8 octobre 1800) et Berthier avait repris sa place. ↩
Camas (Jean-Edmond Filhol, baron de), créé général de brigade le 23 juin 1811. ↩
Bastit (François), né le 25 mars 1743 à La Bastide-Fortunière, où son père était notaire ; d’abord avocat au Parlement, il fut nommé administrateur de district, puis sous-préfet de Gourdon. Le Sénat conservateur le nomma, le 2 fructidor an XII, grâce à l’influence de Murat, député au Corps législatif. Il fut pendant toute sa vie l’ami intime de Murat et mourut à Cahors où il s’était retiré. Mme la comtesse Murat a bien voulu s’informer auprès des arrière-neveux de François Bastit si la famille avait conservé quelques-unes des lettres qu’il recevait si fréquemment du Roi, la réponse a été négative. ↩
Le post-scriptum seul est autographe, dans la lettre originale. ↩
Une note conservée aux Archives de la Guerre porte : « Corps d’observation du Midi, formé le 6 frimaire an IX (27 novembre 1800) par ordre daté du 29 brumaire (20 novembre) de troupes tirées du camp d’Amiens et de compagnies de grenadiers et de carabiniers rassemblées à Dijon. Ce corps destiné à agir en Italie ne fait cependant pas partie de l’Armée d’Italie et forme un commandement séparé et indépendant, confié à un lieutenant-général.
Ce corps, réuni à un fort détachement de l’Armée d’Italie, devient l’Armée d’observation du Midi, par arrêté du 24 pluviôse an IX (13 février 1801), mis à exécution le 6 ventôse suivant (25 février 1801), le général Murat commandant en chef.
Cette Armée d’observation du Midi est mise sur le pied de paix, le 1ᵉʳ prairial an X (21 mai 1802) et supprimée le 12 prairial (1ᵉʳ juin) par arrêté du 23 germinal précédent (13 avril 1802). » ↩
Tharreau (Jean-Victor), né près de Cholet en 1770, engagé volontaire en 1792, général de brigade deux ans plus tard, avait servi sous Moreau et Masséna quand il fut promu général de division en 1799. ↩
M. Frédéric MASSON se montre particulièrement injuste pour Murat quand il écrit (Napoléon et sa famille, t. II, p. 41). « Murat… donne l’ordre à ses colonnes de se rendre à Genève… Il les laisse ensuite passer les Alpes à grands efforts, et de sa personne, il se dirige droit sur Milan pour les y attendre. » Murat avait reçu l’ordre du ministre de la guerre de faire partir successivement toutes ses troupes et de se rendre à Milan, en suivant le même itinéraire que l’avant-garde. On peut voir par ses lettres du 27 novembre 1800 au 1er janvier 1801, l’activité qu’il dut déployer pour arriver à faire passer son corps d’armée en Italie, malgré les rigueurs de l’hiver. ↩
Ce post-scriptum est seul autographe et il ne figure pas sur le registre de correspondance. ↩
Jean-Antoine-Michel Agar, le futur comte de Mosbourg, né le 18 décembre 1771, à Mercuès (Lot). Le 1er frimaire an IX, Murat avait écrit au ministre de l’Intérieur pour lui recommander le citoyen Agar. « C’est un de mes pays, disait-il, c’est un homme estimable plein de talents et propre à être employé aux meilleures places. » (LUMBROSO, Correspondance de Murat, n. XXXV.) ↩
Post-scriptum autographe. ↩
La Barollière (Jacques-Marguerite Pillotte, baron de), né à Lunéville en 1742, avait servi sous l’Ancien Régime et était maréchal de camp à Valmy. Nommé, en 1793, général de division, il fut employé contre les Vendéens, puis à l’Armée de l’Ouest. En 1800, il commandait à Rennes. ↩
Le chef de l’état-major général de Murat était Léopold Berthier « frère du général, dit Desaix dans ses notes de 1797, petit, bien fait, honnête » ; il était ingénieur géographe comme son autre frère César Berthier, il venait d’être créé général de brigade en 1799. ↩
Reille (Honoré-Charles-Michel-Joseph), né à Antibes le 1ᵉʳ septembre 1775, engagé en 1791, capitaine en 1796, avait été aide de camp de Masséna avant de passer dans l’état-major de Murat. ↩
Joseph Fesch, oncle maternel de Napoléon Ier, né à Ajaccio en 1763. Après avoir été prêtre avant 1789, employé aux vivres pendant la Révolution, commissaire des guerres pendant la première campagne d’Italie, il était rentré dans l’Église dès le commencement du Consulat. ↩
Le Premier Consul écrivait le 22 novembre 1800 à l’amiral Ganteaume :
« Je vous envoie, citoyen général, le citoyen Jérôme Bonaparte pour faire son apprentissage dans la marine. Vous savez qu’il a besoin d’être tenu sévèrement et de rattraper le temps perdu. Exigez qu’il remplisse avec exactitude toutes les fonctions de l’état qu’il embrasse. » ↩
Le véritable but de l’expédition de Ganteaume était de porter des renforts à l’Armée d’Égypte. Ganteaume, après avoir réussi à s’échapper de Brest le 23 janvier 1801 et à entrer dans la Méditerranée, vint se réfugier à Toulon le 19 février. ↩
Il s’agit ici de Jean-André Baciocchi, né en 1770 à Ajaccio et cousin de Félix Baciocchi, beau-frère de Bonaparte depuis 1797. (Voir P. MARMOTTAN. Le Royaume d’Etrurie, p. 210.) ↩
Meynier (Jean-Baptiste), général de division du 27 septembre 1793. ↩
Canclaux (Jean-Baptiste-Camille), né à Paris le 2 août 1740, lieutenant-général en 1792, pacificateur de la Vendée avec le général Hoche. ↩
Sauret (Pierre-François, dit), général de division le 23 décembre 1793. ↩
Le général Mathieu Dumas, né à Montpellier le 23 novembre 1753, avait suivi Rochambeau en Amérique, il était maréchal de camp en 1791. Il fut élu député de Seine-et-Oise à l’Assemblée Législative et émigra en 1793. Rentré en France après le 9 thermidor, il fut élu au Conseil des Anciens par le département de Seine-et-Oise. Il avait repris du service dans l’armée depuis le 18 brumaire. Il fut créé général de division le 1er février 1805. ↩
François-Joseph Chaussegros de Léry, général de brigade le 5 août 1799, général de division le 1er février 1805. ↩
Herbin-Denau (Jean-Baptiste), général de brigade le 28 mars 1800. ↩
Le général Marmont, après la bataille de Marengo, avait donné l’ordre de former dans l’arsenal de Turin un équipage de 100 bouches à feu. Quand il revint en Italie, grâce à cette sage précaution, il put doter l’armée du général Brune de 160 bouches à feu attelées, et d’un équipage de siège de 120 bouches à feu, commandé par le général Larombe Saint-Michel. (Mémoires du duc de Raguse, t. II, liv. VI.) ↩
Brune (Guillaume-Marie-Anne), né en 1763, était général de division depuis le 16 août 1797. Desaix, en 1797, trace de lui le portrait suivant : « Brune, général de brigade, âgé de trente-trois ans, assez grand, cheveux noirs, figure oblongue, un peu étroite du bas, de grands yeux noirs, teint bilieux. Général depuis longtemps. A été employé à Bordeaux et à Marseille du temps de la Terreur. Brave, a de l’esprit, surtout dans le cabinet. » (A. CHUQUET, Journal de Desaix, p. 139.) ↩
Raymond de Saint-Maur de Verninac, né en 1762 à Cahors, était entré dans la carrière diplomatique en 1792, il avait été ministre de France en Suède, puis en 1795 ministre plénipotentiaire en Turquie. On trouvera des détails sur cette mission dans l’ouvrage du lieutenant-colonel FLEURY (A. DRY. Soldats ambassadeurs sous le Directoire, p. 415 et s.). Il était revenu de Constantinople par l’Italie et avait été chargé par Bonaparte, après Léoben, d’une mission officieuse à Venise. Rentré en France, il avait épousé la fille de l’ancien commissaire des Relations Extérieures Charles Delacroix et avait été nommé préfet du Rhône. Nous le verrons ministre en Suisse en 1803. Il rentra dans la vie privée en 1805. ↩
Il s’agit de l’explosion de la Machine infernale, dans la rue Saint-Nicaise, le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800). Caroline Murat et Joséphine accompagnaient le Premier Consul à l’Opéra, quand un tombereau rempli de poudre et de projectiles éclata sur leur passage, il y eut 50 tués ou blessés. A la suite de cet attentat, 150 terroristes furent exilés. ↩
Cette lettre est entièrement autographe. ↩
Morio, né en 1771, lieutenant d’artillerie en 1793, capitaine du génie en 1795, chef de bataillon en 1798, mort général de division au service de Jérôme, roi de Westphalie, en 1811. ↩
Marmont, en sortant de l’École d’artillerie de Châlons, s’était aussitôt attaché à Bonaparte et, grâce à sa protection, il avait été fait capitaine après le siège de Toulon, chef de bataillon dans la campagne d’Italie, général de brigade après Malte, conseiller d’État et commandant de l’artillerie à l’Armée de Réserve. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. I, p. 278). ↩
A la suite de son renvoi, le général Sarrazin fut rayé du cadre de l’État-major. Rétabli dans son grade en 1802, il devait définitivement trahir l’Empereur en 1810 et passer en Angleterre. Sarrazin ne pardonna jamais à Murat sa destitution, il attendit jusqu’en 1815 pour se venger. Pendant le Congrès de Vienne, il fit paraître contre Murat une brochure abominable intitulée : Défense des Bourbons de Naples contre les panégyristes de l’usurpateur Murat, ou Avis au Congrès de Vienne, par M. SARRAZIN, maréchal de camp. Paris, J.-G. Dentu, 1815. In-8°. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. I, p. 289). ↩
Voir la lettre du Premier Consul au ministre de la Guerre (Correspondance de Napoléon, n. 5302) pour les instructions données à Murat sur la conduite à tenir envers les Cours de Rome et de Naples. ↩
Le général en chef, Brune, en laissant en Toscane une partie de l’aile droite de l’Armée d’Italie, avait, le 27 octobre 1800, mis ces troupes sous les ordres du général de division Miollis. Ce corps comprenait environ 3,500 hommes. Le général Miollis, fils d’un conseiller au Parlement d’Aix, était né le 18 septembre 1759, avait servi en Amérique avec Rochambeau, et gagné ensuite presque tous ses grades dans les campagnes d’Italie. ↩
Charles-Godefroy Redon de Belleville, né à Thouars (Deux-Sèvres) en 1758, ancien secrétaire de Turgot, avait rempli, pendant la Révolution, plusieurs missions diplomatiques. Le Directoire l’envoya comme Consul à Gênes, il quitta ce poste en mars 1800, revint en France et, le 27 octobre 1800, il fut nommé « Commissaire général des Relations commerciales de la République française en Toscane et dans tous les ports de l’Italie situés entre la Spezzia et le royaume de Naples ». ↩
Ces dernières lignes écrites de la main de Bonaparte n’ont pas été publiées dans la Correspondance de Napoléon (n. 5283). ↩
« Nos fautes, écrit le duc de RAGUSE (Mémoires, t. II, p. 172), bientôt jugées par le dernier de nos soldats, furent l’objet de la critique de tout le monde. Brune, perdant sa considération, devint un sujet de moquerie, et comme l’ennemi marchait à pas de tortue, qu’il partait tard, que nous partions plus tard, nous marchions toujours une partie de la soirée. Les soldats disaient, en plaisantant, que c’était « marcher à la brune ». ↩
Le général Moncey écrivait le 3 pluviôse (23 janvier 1801) au général Macdonald : « Le général Brune est tombé dans un discrédit qui excite vraiment la pitié. La campagne a fini comme elle a commencé. M. de Bellegarde l’a joué complètement. Il faudrait des volumes pour raconter toutes les bévues du général en chef. » (Duc de CONEGLIANO. Le Maréchal Moncey, p. 180). Les récents historiens de Murat lui ont beaucoup reproché ses attaques contre Brune, on voit qu’il n’était pas le seul à critiquer le général en chef. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat. t. I, p. 334). ↩
Mgr Filippo Visconti, archevêque de Milan depuis le 25 juin 1784. ↩
Bonaparte répondait à Murat le 29 nivôse an IX : « Je n’approuve pas toutes les observations que vous me faites. Un soldat doit rester fidèle à sa femme, mais ne désirer la revoir que lorsqu’on juge qu’il n’y a plus rien à faire. » (Correspondance de Napoléon, n. 5309). ↩
Bonaparte écrivait le 29 nivôse an IX à Murat : La mesure prise par le général Brune, de mettre la Toscane sous vos ordres, fait voir la confiance qu’il a en vous et me paraît extrêmement sage. » (Correspondance de Napoléon, n. 5309). ↩
Murat était arrivé à Florence le 19 janvier 1801, il y avait fait une entrée triomphale à la tête de ses troupes et était allé habiter comme ses prédécesseurs au palais Riccardi. Il le quitta un mois après pour se rendre au palais Corsini, moins triste et mieux exposé. M. Pierfilippo Covoni, dans son ouvrage intitulé Il Regno d’Etruria (Firenze, 1894. In-8°), a consacré un intéressant chapitre au séjour de Murat à Florence en 1801. À l’aide des journaux de l’époque, de souvenirs inédits et de traditions orales, il a pu reconstituer presque jour par jour l’existence de Murat et de Caroline à cette époque. ↩
Publiée par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. I, p. 342). ↩
Marc-Gaspard-Abraham de Paulet de La Bastide, général de brigade du 26 octobre 1800. ↩
Claude Clément, né à Romans le 1er décembre 1757, soldat au régiment du Maine en 1777, chef de bataillon en 1794, chef de la 58e demi-brigade en décembre 1796, général de brigade le 15 mars 1799. Mort à Saint-Domingue le 20 avril 1802. « Clément, chef de la 29e demi-brigade légère, écrit Desaix en 1797, quarante ans, tournure militaire, teint bilieux et plombé, moustaches noires… Rien d’extraordinaire comme militaire. » ↩
La commission nommée par le général Miollis, le 26 novembre 1800, pour gouverner la Toscane, était composée du médecin Chiarente, de l’ex-abbé de Ghores et de Pontelli, propriétaire. ↩
Publiée par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. I, p. 365). ↩
Le général Levachov, grand veneur de la Cour de Russie, était envoyé à Palerme par Paul Ier, pour porter des décorations au Roi des Deux-Siciles. ↩
Déodat-Guy-Silvain-Tancrède Gratet de Dolomieu, né à Dolomieu (Isère) le 24 juin 1750, s’était fait connaître comme géologue et dès 1775 il était correspondant de l’Académie des sciences. En 1798, il avait accompagné l’expédition d’Égypte, il dut revenir l’année suivante pour cause de santé. Ayant été forcé d’aborder à Tarente, il fut fait prisonnier par les Napolitains et jeté dans un cachot infecté, dans lequel il trouva cependant le moyen d’écrire son travail sur la philosophie minéralogique et sur l’espèce minérale. Il fut relâché en germinal an IX et vint habiter Florence pendant quelques mois. Covoni le cite parmi les savants qui fréquentaient assidûment le palais Corsini où Murat recevait chaque jour. Mais sa santé était très ébranlée et il mourut à Châteauneuf (Saône-et-Loire) le 26 novembre 1801. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE. Documents sur la négociation du Concordat, t. I, p. 340. ↩
Les membres du gouvernement toscan étaient jeunes et assez modérés, mais incapables. Le 14 mars 1801, la comtesse d’Albany, qui résidait à Florence, écrivait. « On nous a nommé un souverain, mais qui sait quand il viendra? En attendant, les gouvernans nomment à toutes les places et déposent tous ceux qui leur déplaisent, jettent l’argent par les fenêtres… C’est un grand malheur que d’être témoin de semblables coquineries. » (Léon PELISSIER. Lettres inédites de la comtesse d’Albany.) ↩
Menou (Jacques-François), né à Boussay (Indre-et-Loire) le 3 septembre 1750, était colonel en 1788, maréchal de camp en 1792 et général de division le 15 mai 1793. Il avait été destitué le 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795) du commandement de l’Armée de l’intérieur et remplacé par Bonaparte. Celui-ci l’emmena avec lui en Égypte. Après l’assassinat de Kléber, Menou, comme le plus ancien divisionnaire, prit le commandement de l’armée. Il s’était converti à l’Islam et avait épousé une riche Égyptienne. ↩
Ville maritime de la province de Pesaro (Marche, Italie centrale), à 12 kilomètres au sud de Pesaro, à l’embouchure du Metauro. ↩
Giovacchino, sempre seguito da un distaccamento d’ussari si mosse per andare ad ispezionare il porto di Livorno. Indi passo a Perugia, avendo lasciato in Firenze in luogo suo il gen. Vouillemont come comandante interino. (Covoni, Il Regno d’Etruria, p. 53.) ↩
Publiée par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. I, p. 362). Les passages entre [ ] ne figurent pas dans les copies de lettres de Murat. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. I, p. 364). ↩
Publié par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. I, p. 366). ↩
Il faut mettre en regard de cette lettre de Murat le rapport de Belleville du 6 ventôse an IX, au ministre des Relations Extérieures, publié par M. P. MARMOTTAN (Le Royaume d’Étrurie, p. 261). C’est la triste peinture des excès de toute sorte dont l’Armée française d’occupation s’était rendue coupable et on pourra voir par la suite de cette correspondance tous les efforts que fit Murat pour les prévenir et les réprimer. ↩
Charles-François Randon, comte Dulauloi, général de brigade le 10 décembre 1794, général de division, le 27 août 1803. ↩
Ercole Consalvi, né à Rome le 8 juin 1757, avait été secrétaire du Conclave tenu à Venise pour l’élection du successeur de Pie VI. Il contribua beaucoup à l’élection du cardinal Chiaramonti, le 14 mars 1800. Aussitôt installé à Rome, Pie VII fit Consalvi cardinal et secrétaire d’État. ↩
Cette lettre a été publiée par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. I, p. 396). « Le matin du 3 février, dit-il, pendant que Mgr Caleppi prenait la route de Rome et le comte Gatti celle d’Ancône, Murat quittait Florence avec son état-major. Il passa le 4 à Pérouse et arriva le 6 à Ancône. À ce moment, plus de 8,000 Français campaient dans l’État romain. »
Ce mouvement de Murat en avant explique la lacune qui existe dans le registre-copie de lettres du 10 au 18 pluviôse an IX (30 janvier-7 février 1801). ↩
Le Moniteur du 16 pluviôse an IX contenait deux lettres attribuées faussement à Murat par le Premier Consul, l’une à M. de Damas, datée de Florence, le 5 pluviôse, pour faire croire que dans les affaires de Naples, la conduite de la France était solidaire de celle de la Russie ; l’autre à Consalvi, datée de Florence le 4 pluviôse an IX, pour informer le public des vues du Gouvernement français sur l’État romain. ↩
M. Boulay de la Meurthe publie (Concordat, t. II, p. 3) la réponse de Consalvi (10 février 1801) à cette lettre de Murat qu’il n’a pas retrouvée. ↩
Le général Alexandre Dumas, le général Manscourt, le géologue Dolomieu et une centaine d’officiers et soldats français étaient partis d’Alexandrie, le 17 ventôse an VII, pour rentrer en France. Embarqués sur la Belle-Maltaise qui faisait eau de toutes parts, ils furent forcés de débarquer, le 27 ventôse, à Tarente, et ils y furent faits prisonniers. Pendant deux ans, ils furent traités par le gouvernement napolitain d’une façon indigne et ils ne furent relâchés que le 15 germinal an IX. ↩
Publiée par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. II, p. 4). ↩
Par un arrêté du même jour, Murat frappait une réquisition de 350 rubles de blé sur les plus riches propriétaires de domaines nationaux de la Marche d’Ancône. Ce blé devait être versé dans les magasins de l’armée dans l’espace de dix jours. ↩
Gallo, né à Palerme en 1753, fut choisi en 1790 pour accompagner à Vienne Marie-Thérèse, princesse de Sicile, fiancée à l’archiduc François qui avait perdu sa première femme, Élisabeth de Wurtemberg. Ministre de Naples à la Cour impériale, il avait eu les pleins pouvoirs de l’Autriche pour signer les préliminaires de Léoben. En 1797, Desaix, qui le rencontre à Udine, note dans son Journal : « M. de Gallo, beau garçon, bonne tournure, séduisant. Napolitain, aimant les dames. … doit sa fortune au bonheur d’avoir plu à la mère de l’Impératrice, qui l’a mis en faveur ; dans ce moment-ci, il jouit d’une très grande à Vienne, il est l’amant de l’impératrice d’à présent, par conséquent, a un grand empire. (Chuquet, Journal de Desaix, p. 216 et 273.) Il devait être le ministre des Affaires étrangères de Murat. ↩
Publiée en partie par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. II, p. 10). ↩
Jean-Amédée-François de Paule de Thugut, né le 31 mars 1736 à Linz. « Thugut, ayant été vendu aux Anglais, il y a quelque temps, ne peut plus sortir de leur joug, parce qu’alors ceux-ci le menacent de révéler ce qui est arrivé, de le déshonorer et de le perdre » (Chuquet, Journal de Desaix, 1797, p. 272). ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 11). ↩
Ce paragraphe manque dans la lettre originale. ↩
MM. CHAUVANON et SAINT-YVES (Joachim Murat, p. 83) s’autorisent de ce dernier passage pour écrire que Murat força la main au Premier Consul en prenant le titre de général en chef. « Las, disent-ils, de ne pas recevoir de réponse du Premier Consul à ses réclamations, Murat se décide à donner de sa propre autorité le nom d’Armée au Corps d’observation du Midi… Et ce coup d’audace lui réussit, Bonaparte ratifie sa décision… » On peut aussi bien supposer que Bonaparte avait prévenu la juste réclamation de son beau-frère. La lettre de Murat au ministre de la guerre est datée d’Ancône le 25 pluviôse an IX (14 février 1801) et l’Arrêté des Consuls qui le nomment général en chef de l’Armée d’observation du Midi est daté de Paris, le 24 pluviôse an IX (13 février 1801). (Voir n° 210.) ↩
Publiée par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 12). ↩
Dans la copie envoyée par Murat au ministre des Relations Extérieures, il y a simplement : « Je consentirai à suspendre ma marche lorsque vous aurez évacué le fort Saint-Ange et tous les États du Pape et que vous aurez fait mettre un embargo sur tous les bâtiments anglais et turcs qui se trouvent dans les ports des Deux-Siciles. » ↩
Sur le rôle de Ghislieri auprès du Pape Pie VII, voir C° BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat. Introduction, p. xxvi et t. I, p. 15). ↩
Rigaud (Augustin), général de brigade le 23 juillet 1795. ↩
Voir à ce sujet (MARMOTTAN, le Royaume d’Étrurie, p. 265) la Convention avec le commerce de Livourne pour le rachat des marchandises ennemies séquestrées. Livourne, 16 pluviôse an IX, 5 février 1801. ↩
Armand-Nicolas Vouillemont, général de brigade le 21 mai 1800. ↩
Le comte Roger de Damas, émigré français, après avoir combattu sous le drapeau russe, puis dans l’armée de Condé, avait accepté un commandement des Napolitains en 1798, pendant leur malheureuse expédition sur Rome (Comte BOULAY DE LA MEURTHE, Documents sur la négociation du Concordat, t. I, p. 68). ↩
Publiée avec quelques variantes par M. P. MARMOTTAN, le Royaume d’Étrurie, p. 269, d’après une copie de Belleville, Aff. Étr., 153. A, p. 156 (n° 94). ↩
Antoine de Micheroux, colonel au service de Naples. ↩
Le ministre napolitain Ghislieri faisait des difficultés pour l’élargissement de Dolomieu, prétendant que cette délivrance nécessitait l’autorisation de l’empereur de Russie, Paul Ier. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 15). ↩
Seroux (Jean-Nicolas de), général d’artillerie, né en 1742, mort à Compiègne en 1822. Il était entré au service à l’âge de douze ans et avait fait la guerre de Sept ans. ↩
Le 21 février 1801, Consalvi écrivait à Spina. « Per ritirare le truppe dallo stato, eccettuata Ancona e suo circondario, il generale Murat chiede cento mila scudi di ben andata. Essendosi rappresentata inutilmente la somma nostra miseria, converra darli, ad evitare il maggior danno di una più lunga dimora. Si e anche regalato al detto generale un bel cameo di duecento zecchini da portarsi in petto, che egli ha gradito assai e subito ha mandato alla moglie puerpera. » Dans une autre lettre citée également par M. BOULAY DE LA MEURTRE (Concordat, t. II, p. 21), Consalvi ajoute que Murat a consenti à retirer ses troupes « a condizione di una ben andata alle truppe di cento mila scudi ». Ces textes n’autorisent pas à supposer, comme l’ont fait certains historiens, que Murat ait pris pour lui la somme demandée au Pape. Comment aurait-il pu payer et nourrir ses troupes, faire les envois en Égypte et préparer l’expédition dans l’île d’Elbe, puisqu’il ne recevait pas d’argent de Paris? L’argent du Pape fut versé dans la caisse de l’Armée. Le 18 février, M. de Micheroux, pour obtenir certains adoucissements aux conditions de l’armistice que la Cour de Naples sollicitait, avait dû consentir également au versement dans la caisse de l’Armée d’une somme de 300,000 ducats napolitains. (BOULAY DE LA MEURTRE, Concordat, t. II, p. 17. Lettre de Ghislieri à Colloredo.) Quelques jours plus tard, le 9 mars 1801, Belleville écrivait à Talleyrand en parlant de Murat : « Ses embarras pour la solde et l’entretien de son armée ne lui laissent pas le choix des moyens ». (MARMOTTAN, Royaume d’Etrurie, p. 75.) Le 10 vendémiaire an X (3 octobre 1801), Cacault écrivait à Murat « Bonaparte veut que le Pape soit soulagé… C’est à vous qu’il appartient de tout régler, de tout ordonner… L’argent est resté où il doit être, dans votre caisse militaire, il a déjà servi à payer la solde dont vous étiez en peine, il doit servir jusqu’à l’épuisement des 300,000 francs à payer la subsistance… » (Archives du prince Murat, D. 33, 21.) ↩
Thomas-Alexandre Dumas de La Pailleterie, général de brigade le 30 juillet 1793, général de division le 3 septembre 1793. ↩
Jean-Baptiste-Félix Manscourt, général de brigade, le 5 août 1793. ↩
A peu près dans le même temps, le 12 janvier 1801, Moncey écrivait à Bonaparte. « Je ne sais ce qui a pu me valoir la haine du général Brune : erait-ce mon attachement à un Gouvernement qui ne déchire point la France ; serait-ce celui que je porte à son premier magistrat ? Dans les deux suppositions, je ne peux ni ne veux mériter son amitié. » (Duc de Conegliano, le Maréchal Moncey, p. 173.) ↩
Murat, arrivé à Rome le 22 février, était descendu au palais Sciarra que le Pape avait fait préparer pour le recevoir, il s’était rendu aussitôt au Quirinal, où le Pape lui avait fait présent d’un superbe camée. Il revit le Pape deux fois encore, le 25 février, veille de son départ. Dans ses lettres à Spina, Consalvi ne tarit pas d’éloges sur Murat, qui avait fait sur le Pape et sur son entourage la meilleure impression. « E impossibile che io le dica di lui (Murat) tutto il bene, che merita… ha sua somma onesta, e moderazione, e giustizia, e candore, e rispettosi riguardi, e costante condiscendenza sono al di sopra di ogni elogio. Ella lo faccia sapere al Primo Console, a cui Sua Santità lo vuole anche scrivere direttamente. » (Lettre du 25 février 1801). « Ieri l’altro, partì il generale Murat per Foligno, e di là a Firenze. Creda pure che si è avuta una gran fortuna ad aver lui, più che qualunque altro. È veramente una persona eccellente… Certamente ha trovato quella lealtà, e candore, che non è tanto comune oggi giorno. » (Lettre du 28 février 1801). (BOULAY DE LA MEURTHE, Concordat, t. II, p. 28-33.) ↩
Covoni se trompe en écrivant que Murat n’apprit la paix de Lunéville qu’à son retour à Florence, le 2 mars. MM. Chavanon et Saint-Yves reportent même au 6 mars la date à laquelle Murat entendit parler du traité de Lunéville pour la première fois. « Murat, disent-ils, fut quelque peu embarrassé par l’allusion de cette note (du chevalier de Micheroux, en date du 6 mars) au traité de Lunéville, dont il entendait parler pour la première fois, il s’en tira par une réponse plutôt militaire que diplomatique… » ↩
Joseph Lechi, né à Brescia vers 1770, avait pris du service dans l’armée française en 1796, général de division après Marengo. Son frère, Théodore Lechi, s’était engagé dans l’armée française en 1797 et devint aussi général. ↩
Monnier (Jean-Charles), né le 22 mars 1758, sous-lieutenant au 7ᵉ régiment d’infanterie le 1er juillet 1792, adjudant-général chef de bataillon le 6 décembre 1794, général de brigade le 23 mai 1797, général de division le 6 mars 1800, réformé le 13 septembre 1802, devenu comte sous la Restauration, mort le 30 janvier 1816. ↩
Publiée par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 42). ↩
Jean-François-Joseph de Belle, né à Voreppe (Isère) le 27 mai 1767, général de brigade, le 6 novembre 1784, général de division, le 16 novembre 1796, mort à Saint-Domingue, en 1802. ↩
Par le traité de Tolentino, en février 1797, le Pape Pie VI avait été obligé de céder à la République Cisalpine la Romagne et les Légations de Bologne et de Ferrare. ↩
La lettre écrite par Murat au ministre de la guerre, le 25 pluviôse an IX (14 février 1801). ↩
Allusion aux demandes de Joséphine. ↩
Henri, comte de Bellegarde, né le 28 août 1756 à Dresde, avait servi dans l’armée saxonne avant d’entrer au service de l’Autriche. Il avait fait, sous les ordres de Wurmser, la campagne de 1797 contre la France. Il avait dû rencontrer Murat à Radstadt où il avait été envoyé après les préliminaires de Leoben. En 1801, il était chef de l’état-major général de l’armée autrichienne. ↩
Le 6 pluviôse an VII (25 janvier 1799) le général Serrurier avait proclamé la République lucquoise et lui avait donné une Constitution démocratique modelée sur celle de la République ligurienne. Le 17 août 1799, quand les Français durent reculer devant les Austro-Napolitains, la République lucquoise disparut, et une Régence fut établie. Après Marengo, les Français revinrent, et comme les habitants de Lucques avaient pendu en effigie Bonaparte et Masséna, celui-ci, « pour réparation de pareils outrages, frappa sur le pays et la ville une contribution d’un million. » (Lettre de Masséna au Premier Consul, 25 messidor an IX). « A la paix de Lunéville, Lucques fut oubliée ou du moins n’avait pas fait jusque-là les frais d’une discussion suffisante. Aussi quand vint l’heure d’en décider, on ne put tomber d’accord. Une commission provisoire de gouvernement fut établie. » (Bonaparte et la République de Lucques, par Paul MARMOTTAN, p. 32.) ↩
Ennio Quirino Visconti, né à Rome le 1er novembre 1751, était conservateur du Musée du Capitole quand les Français entrèrent à Rome en 1797. Il fut nommé ministre de l’Intérieur de la République romaine, puis en 1798, un des cinq consuls. L’invasion des Napolitains l’avait forcé à chercher un refuge en France, où il avait été chargé de l’organisation du Musée du Louvre. ↩
Cet arrêté fut publié, puis rapporté, et remplacé le 21 ventôse an IX par un autre, un peu moins rigoureux. Ce second arrêté conservé aux Archives des Affaires Étrangères 153 A., p. 191 (n° 116), a été publié par M. MARMOTTAN (Le Royaume d’Étrurie, p. 173). ↩
Auguste-François-Joseph Le Lièvre de La Grange, né en 1780, fils du général François Joseph de La Grange, était entré au service en 1800. ↩
Ali-Pacha, né en 1740 à Tepc-Delen, ayant comme chef de partisans battu, pour le compte de la Turquie, le pacha rebelle de Scutari, avait été créé pacha de Trikala en Thessalie. Il prit Janina en 1788 et établit sa domination sur toute la Grèce du Nord. En 1797, il avait recherché l’amitié de Bonaparte. ↩
Dans les Archives de la guerre cette lettre est classée par erreur à la date du 16 pluviôse, Murat ayant oublié d’écrire le nom du mois. Il faut la reporter au 16 ventôse (7 mars 1801). ↩
Le général La Villette, d’origine lorraine, avait fait sa carrière au service des Grands-Ducs de Toscane. En 1796, sous Ferdinand III, il était gouverneur en second de la ville de Livourne, sous les ordres de Spannocchi Piccolomini. Le 27 juin, il avait reçu dans la ville Murat et l’avant-garde française, harassée par une marche forcée de vingt lieues. Bonaparte, ayant fait emprisonner le gouverneur Spannocchi dont il croyait avoir à se plaindre, nomma le 29 juin, le général La Villette, gouverneur militaire et civil de Livourne (Marcellin PELLET, Bonaparte en Toscane, p. 196). ↩
Le général Brune, en partant pour Paris, avait désigné le général Moncey pour prendre provisoirement le commandement de l’Armée d’Italie. On trouvera dans le livre publié par le duc de CONEGLIANO (Le Maréchal Moncey, duc de Conegliano, 1754-1842. Paris, C. Lévy. In-8°, p. 190 et s.) la correspondance échangée à cette époque entre Moncey et Murat. ↩
Ces mots ne figurent pas dans la copie envoyée à Paris par Murat. ↩
Au reçu de cette lettre, M. de Micheroux consulta son Gouvernement qui ne voulut pas accepter la clause de l’occupation du golfe de Tarente. « Toutes les troupes de Murat furent donc mises en mouvement, pour recommencer la guerre le 22 mars, jour où l’armistice de Foligno devait expirer. Mais le 21, M. d’Italinsky arrivait à Florence, et M. de Micheroux, se sentant soutenu, obtenait un délai de six jours pour consulter de nouveau le Gouvernement napolitain. Cette fois, la réponse fut différente, M. Acton, resté à Naples, consentit à subir les conditions qu’il avait d’abord rejetées. » (BOULAY DE LA MEURTHE, Concordat, t. II, p. 158.) ↩
Mot laissé en blanc. ↩
Claude Petiet, né à Châtillon-sur-Seine en 1749, ancien ministre de la guerre sous le Directoire, conseiller d’État après le 18 brumaire, adjoint en 1800 au ministre Berthier pour administrer la Lombardie, mort en 1806. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTRE (Concordat, t. II, p. 128). ↩
A cette lettre, Bonaparte répondit le 3 germinal. « Vous ne devez recevoir aucune distinction, ni présents quelconques du Roi de Naples, ni d’Acton. C’est le seul cabinet qui par son horrible conduite a mérité l’exécration de toute l’Europe. » (Correspondance de Napoléon, n. 5482.) ↩
Le duc Louis Braschi Onesti était le fils d’une sœur de Pie VI. La Révolution romaine lui avait fait perdre une partie de ses biens. ↩
La lettre de Murat au Premier Consul, du 16 [ventôse] an IX (7 mars 1801). ↩
Il s’agit de la lettre au ministre de la guerre datée du 21 ventôse an IX. ↩
Rieti, ville de l’Ombrie, sur le Velino, à 88 kilomètres au S. E. de Pérouse. ↩
La Nera, affluent de la rive gauche du Tibre. ↩
Charles-Jean-Marie baron Alquier, né aux Sables-d’Olonne, le 13 octobre 1752, député à la Convention, avait rempli de 1793 à 1798 des missions aux armées et en Bavière. Après le 18 brumaire, Bonaparte l’avait envoyé comme ambassadeur en Espagne. Le 9 ventôse an IX, il écrivait à Talleyrand : « Donnez l’ordre au cit. Alquier de se rendre au quartier général du général Murat, avec les pouvoirs nécessaires pour conclure la paix avec le représentant du Roi des Deux-Siciles. Il serait nécessaire que le cit. Alquier partît le 11 ventôse. » ↩
Murat avait écrit à Petiet, le 22 ventôse (13 mars), une lettre qui ne figure pas dans notre registre. M. BOULAY DE LA MEURTHE l’a publiée (Concordat, t. II, p. 47) d’après l’original conservé au British Museum (Add. mss. n. 1595). « Je vous envoie, mon cher ministre, différentes réclamations qui me sont adressées par le cardinal Consalvi, secrétaire d’État, en faveur du duc Braschi. Pendant mon séjour à Rome, j’ai promis au Saint-Père, qui prend un intérêt particulier à cette maison, de vous recommander cette affaire. J’espère, mon cher ministre, que vous aurez assez de bonté pour faire valoir tous les droits de la maison Braschi, je vous en serai bien reconnaissant. — P.-S. — Le Premier Consul prend à cette affaire beaucoup d’intérêt. » ↩
En vertu du traité de Lunéville, la partie toscane de l’île d’Elbe était cédée en son intégralité à la France, qui rétrocédait en échange à la Toscane la principauté de Piombino. ↩
Ferdinand de Bourbon, duc de Parme, petit-fils de Philippe V d’Espagne et d’Élisabeth Farnèse, avait succédé en 1765 à son père, don Philippe duc de Parme. Il était le cousin du Roi Charles IV. ↩
Le marquis de Gallo, envoyé à Paris pour traiter de la paix entre la France et la Cour de Naples, avait été mis en demeure par Talleyrand, dès le 24 février, de signer une convention dont la clause principale livrait le golfe de Tarente à l’occupation française. M. Boulay de la Meurthe écrit à ce sujet (Concordat, t. II, p. 71). « Un événement sur lequel le P. Consul gardait le silence, rendait encore plus pressantes ses exigences pour le golfe de Tarente. Le 25 au matin, il avait appris, avec la plus vive irritation, que Ganteaume, de qui dépendait le ravitaillement de l’Armée d’Égypte, avait cherché un abri timide à Toulon. Dès lors, le prompt établissement d’un corps français à l’extrémité du royaume de Naples n’avait plus seulement pour objet de tenir des renforts à portée de l’Égypte, il devait, en ménageant à notre escadre un abri fortifié, rendre à Ganteaume la confiance qui lui manquait. » ↩
M. A. Day (Soldats ambassadeurs sous le Directoire. Paris, Plon-Nourrit, 1906. In-8°, p. 56) fait remarquer qu’en principe, Bonaparte n’aimait pas charger de négociations diplomatiques les généraux employés aux armées dans les pays où il s’agissait de négocier.
Le 14 ventôse an IX (4 mars 1801), Talleyrand écrivait à Murat : « Le zèle et l’habileté dont vous avez fait preuve dans vos rapports avec les généraux napolitains et votre excellente correspondance auraient sans doute déterminé le Premier Consul à vous laisser le soin de terminer cette négociation. Mais il tient à la maxime et il veut en faire une règle générale de distraire en temps de guerre les fonctions militaires des fonctions civiles. Ces deux services se secondent mieux lorsqu’ils sont séparés que lorsqu’ils sont confondus, et le citoyen Alquier se trouvera singulièrement aidé par votre influence personnelle et par celle de votre armée. (Archives Aff. Étr. Naples, 127-92.) ↩
Grossetto, ville de Toscane, à 129 kilomètres au sud de Florence. ↩
Le 6 germinal an IX, les membres du gouvernement provisoire toscan, Chiarenti, Pontelli et de Ghores ayant donné leur démission, Murat, le 26 mars 1801, avait nommé pour les remplacer Joseph-François Pierallini, Antoine Cercignani, Bernard Lessi et Jules Piombanti. (Aff. Étr. 153. A, p. 217, n. 136). M. LUMBROSO (Correspondance de Murat, n. LXXII) donne la lettre de démission des membres du gouvernement toscan et la réponse de Murat qui ne figure pas dans notre registre de correspondance. ↩
Publiée dans les Mémoires du maréchal Soult, t. III, p. 384. ↩
Le traité de paix entre la France et le Royaume des Deux-Siciles avait été conclu par Alquier, qui était arrivé le 25 mars à Florence et qui était entré aussitôt en rapports directs avec M. de Micheroux. Les conditions imposées par Alquier étaient sensiblement celles que Murat exposait dans sa lettre du 9 mars à M. de Micheroux. ↩
Jean-François-Aimé, comte Dejean, né à Castelnaudary en 1749, sorti de l’école du génie de Mézières, général de division à l’Armée de Sambre-et-Meuse. Après le 18 brumaire, il avait été fait conseiller d’État et envoyé à Gênes, comme ministre extraordinaire chargé d’organiser la République Ligurienne. ↩
Ville des Marches (Italie centrale) à 38 kilomètres au sud d’Ancône. ↩
Le contre-amiral Villeneuve, qui s’était distingué à la bataille navale d’Aboukir, en sauvant les quatre vaisseaux qui formaient l’arrière-garde, avait été mis à la disposition de Murat par ordre du Premier Consul. (Lettre de Fossin à Murat. Paris, 5 ventôse an IX.) ↩
Cette lettre est écrite par Murat conformément aux ordres de Bonaparte (Correspondance, n. 5482). ↩
Alquier avait quitté Florence aussitôt après avoir signé le traité avec les Napolitains, l’échange des ratifications devait avoir lieu à Rome. ↩
Agar, le futur comte de Mosbourg, était alors commissaire du Gouvernement français près du Gouvernement provisoire de la Toscane, il avait été nommé à ce poste grâce à la recommandation de Murat. (Voir LUMBROSO, Correspondance de Murat, p. 33. Lettre XXXV.) ↩
Moncey répondait à Murat le 21 germinal. « Le bon voisinage, la nécessité aussi que vous ayez un pays neuf ou presque neuf me fait vous abandonner la Toscane, mais je ne peux vous céder, sans un ordre formel du Ministre, les Légations, elles font partie intégrante de la République Cisalpine… » (Duc de Conigliano. Le maréchal Moncey, p. 192.) ↩
François Watrin, né à Beauvais en 1772, général de brigade le 1er janvier 1796, général de division le 19 octobre 1799. ↩
Cette lettre a été publiée par le duc de CONEGLIANO. (Le maréchal Moncey, duc de Conegliano, 1754-1842, p. 198.) ↩
Jacques-Léonard Muller, né à Thionville en 1749, capitaine en 1791, général en 1794, avait formé et commandé l’Armée des Pyrénées Occidentales ; sous le Directoire, il avait été inspecteur-général de l’Infanterie. « C’est un militaire distingué, écrivait Bonaparte à Murat, et dont on me dit beaucoup de bien… si je juge que vous puissiez venir quelque tems à Paris, cet officier général sera dans le cas de vous remplacer momentanément dans le commandement de l’Armée. » (Correspondance de Napoléon, n. 5482.) ↩
François Cacault, né à Nantes en 1742, mort à Clisson, le 10 octobre 1805. Il avait été chargé pendant la Révolution de missions diplomatiques à Naples, à Rome et à Florence. Le 9 ventôse an IX (28 février 1801), il fut nommé ministre de la République à Rome. Le même jour, le Premier Consul écrivait à Talleyrand : « Le citoyen Cacault, cit. Ministre, ira à Rome sans titre : il ne prendra son caractère de ministre plénipotentiaire, que lorsque toutes les discussions entre la République française et le Pape seront terminées. » BOULAY DE LA MEURTHE. Concordat, t. II, p. 65.) ↩
Voir la lettre de Murat au gouvernement toscan du 8 germinal an IX. Aussitôt après avoir donné leur démission, Chiarenti, Pontelli et de Ghores publièrent un mémoire pour défendre les actes de leur administration, sous le titre de Prospetto delle principali operazioni di finanze del Governo provisorio toscano instituto con decreto del général Miollis, con un rendimento di conti e un appendice sopra alcune operazioni politiche. — Milano, dalla stampera italiana e francese à S. Zeno, anno IX. In-4°, 42-xv p. ↩
Parmi ces lettres se trouvait le « Rapport fait au Gouvernement français par le général de division Alexandre Dumas sur sa captivité à Tarente et à Brindisi, ports du royaume de Naples ». Ce rapport a été publié par M. Ernest d’Hauterive dans son livre Un soldat de la Révolution. Le général Alexandre Dumas, 1762-1806. Paris, Ollendorff, 1897. In-16, p. 193. ↩
Par le traité de Florence, la partie napolitaine de l’île d’Elbe était cédée à la France. ↩
Cette lettre a été publiée en partie dans les Mémoires du maréchal Soult, t. III, p. 385, Paris, Amyot, 1854. In-8°. ↩
Miot de Melito avait été ministre des Relations Extérieures sous la Révolution. En 1796, il fut chargé par le Directoire de rétablir l’ordre en Corse. Après le 18 brumaire, il fit partie du Tribunat et revint en Corse en 1801 comme administrateur général des départements du Liamone et du Golo. ↩
L’île d’Elbe comptait, en 1801, 10.400 âmes et six communes, dont deux places fortes. Napoléon attacha toujours tant de prix à la possession de l’île d’Elbe, qu’à la fin du Congrès de Châtillon (mars 1814) il la fit porter par Caulaincourt comme une des dernières conquêtes qu’il ne pouvait abandonner. (P. MARMOTTAN, Bonaparte et l’archipel Toscan, p. 1.) ↩
Tous ces faits sont rapportés par Covoni (Il regno d’Etruria, p. 62-64) d’après des journaux et des récits du temps. ↩
Publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 207.) ↩
La proclamation de Murat est en effet du 1er avril et les instructions du Premier Consul, avec lesquelles elle est en parfaite conformité, ne sont datées que du 5 avril (Correspondance de Napoléon, n° 5507.) ↩
Le Premier Consul, mécontent de l’incapacité de Brune, avait autorisé ce général, sur sa demande, à revenir à Paris (Correspondance, n. 5410). Brune était parti le 7 mars, laissant le commandement par intérim à Moncey, comme au plus ancien général de division. (BOULAY DE LA MEURTHE. Concordat, t. II, p. 207.) ↩
Moncey écrivait de son côté le 21 germinal au Premier Consul. « On répand ici que le général Brune revient… Les hommes exagérés, qui fondent la continuation de leur fortune ou de leur ambition dans un grand bouleversement paraissent attachés à ce général et l’attendent, les hommes paisibles, les sincères citoyens qui ne soupirent qu’après un ordre stable, établi sur la religion des lois, le détestent et le redoutent également. » Et le 8 prairial, Moncey écrivait encore au Premier Consul : « J’ajoute, mais pour vous seul, que quelques officiers et certaines personnes particulièrement attachés à la personne du général en chef Brune ne sont point étrangers aux désordres publics. Ils annoncent avec affectation que ce général, sans cesse sur le point de son retour, doit puissamment relever son parti… ils paralysent l’action de mes collaborateurs et celle des autorités… » (Duc de Conegliano. Le maréchal Moncey, p. 212.) ↩
Un échange de prisonniers avait été fait entre la France et la Turquie (Lettre du ministre de la Marine à Murat, 17 germinal an IX. Archives du prince Murat. D. 16. 2.) ↩
Jean-Jacques-Bernardin, baron Colaud-Lasalcette, général de brigade le 29 octobre 1795, lieutenant-général le 22 mars 1815. ↩
Une des sept îles de l’Archipel Toscan. Les autres étaient l’île d’Elbe, l’île de la Troja, Giglio, Cerboli, Monte-Cristo et Palmajola. ↩
Exelmans (Remy-Joseph-Isidore), né en 1775, futur grand maréchal du Palais du roi Joachim. (Voir Lumbroso, Correspondance de Murat, p. 464.) ↩
Le 2 floréal an IX, Alquier répondait à Murat. « Je vois avec plaisir que le général Alexandre Dumas trouvera dans la somme de 500,000 francs payée par la Cour de Naples, par forme de dédommagement pour les citoyens français qui ont éprouvé des pertes, le remboursement de la valeur des objets qu’il a perdus. Mais je vous observe que les 500,000 francs sont payables à Paris et que c’est au ministre des Relations Extérieures qu’il faut adresser cette réclamation… Je regrette d’être obligé de vous renvoyer la note du général Dumas. » (Archives du Prince Murat, D. 35, 6.) ↩
M. Paul MARMOTTAN (Bonaparte et l’Archipel Toscan, p. 8) dit que l’armée napolitaine n’évacua la Principauté de Piombino qu’en mai 1801, et il semble reprocher à Murat « aussi bon soldat que mauvais diplomate » de n’avoir pas occupé « officiellement » le pays. Il reconnaît d’ailleurs que ce n’était pas à lui à fixer l’époque de la prise de possession. Nous avons vu que dès le 14 avril, Murat songeait à se servir de Piombino comme base d’opérations contre Porto Ferrajo. ↩
Lettre du 27 germinal, an IX. ↩
Rivaud de La Raffinière, né à Civray en 1776, sous-lieutenant d’infanterie en 1789, général de brigade en 1793, nommé général de division provisoire sur le champ de bataille de Marengo. ↩
André-Iakovlevitch Italinsky, né à Kiev en 1743, avait été présenté par Grimm au grand-duc Paul, qui le fit nommer, en 1781, secrétaire d’ambassade à Naples. Il devint ambassadeur dans cette capitale après l’avènement de Paul Ier en 1796. « M. d’Italinsky appartenait à l’école des diplomates russes qui haïssaient la Révolution française. » (BOULAY DE LA MEURTHE, Concordat, t. II, p. 146.) ↩
Ile de l’archipel Dalmate, au nord-ouest de Zara. ↩
Lettre publiée en partie dans les Mémoires du maréchal Soult, t. III, p. 387. ↩
L’aide de camp Beaumont écrivait à Murat de Naples, le 6 germinal an IX. « J’ai l’honneur de vous rendre compte que les troupes russes venant de Corfou à Brindisi vont venir à Naples. Il paraît évident que le commandant de ces troupes russes a été soudoyé et payé par les Anglais. (Archives du prince Murat. D. 26. 1.) ↩
Le comte de Mosbourg attachait la plus grande importance à cette lettre, il en avait demandé la copie à la comtesse de Lipona. « Elle répondait, disait-il dans sa note, à une lettre du général Soult qui faisait entrevoir la possibilité de bouleverser le royaume de Naples par des mouvements populaires. » (Archives du prince Murat. D. 356. 1.) ↩
Vergrignas, d’après la Liste générale des émigrés. ↩
Lagarde (Joseph-Jean), né à Narbonne en 1755, secrétaire général du Directoire exécutif, puis des Consuls. ↩
Mariotti, né près de Bastia en 1758, avait d’abord été lieutenant au régiment provincial Corse. Émigré en 1790, il avait pris du service à Gênes avec le grade de capitaine, en novembre 1793, et était rentré dans l’armée française comme chef de brigade en 1799. Mariotti fut fait par l’Empereur Napoléon chevalier, puis officier de la Légion d’honneur, mais, peut-être à cause de la révolte de la 60° demi-brigade à Livourne, il ne dépassa pas le grade de chef de brigade. Il était colonel d’état-major au moment de la première Restauration. En juillet 1814, quand Talleyrand, pour surveiller l’Empereur installé dans l’île d’Elbe, rétablit le consulat français de Livourne, il nomma à ce poste l’adjudant général Mariotti. Suivant M. Marcellin PELLET (Napoléon à l’île d’Elbe, p. 49) « sa connaissance approfondie de la langue et des mœurs italiennes, peut-être aussi son dépit contre Napoléon le désignèrent au choix de Talleyrand qui lui donna du même coup la croix de Saint-Louis et celle du Lys. » Mariotti, installé à Livourne, organisa autour de l’île d’Elbe et dans l’entourage même de Napoléon, un vaste réseau d’espionnage ; à cet effet les relations qu’il avait établies à Livourne, à Piombino, et dans l’île d’Elbe en 1801 lui servirent beaucoup, et parmi ses agents, nous retrouvons des personnages tels que Benassi, Lombardy, dont il est question dans la correspondance de Murat, à cette époque. ↩
Post-scriptum autographe. ↩
Le général Moncey, en Cisalpine, était forcé de prendre les mêmes mesures que Murat à l’égard des perturbateurs étrangers au pays, et le 13 prairial an IX, le Premier Consul lui écrivait. « J’approuve beaucoup la mesure que vous avez prise… il faut en définitif renvoyer tous les étrangers chez eux et que le bon peuple de la Cisalpine ne soit plus tourmenté par ce grand nombre de gens sans aveu… » (Duc de Conegliano, Le maréchal Moncey, p. 212 et s.) ↩
Sur la belle conduite militaire du général Monnier à Ancône en 1799, voir Albert Dufourco, Le Régime jacobin en Italie, p. 451 et s., 545 et s. ↩
Le général Davout écrivait à Moncey le 19 floréal an IX. « Marmont venait de recevoir une lettre de Paris du 16 où on lui annonçait… que le général Brune ne reviendrait pas en Italie. Je m’empresse de vous donner cette nouvelle dont je me réjouis pour l’Italie qui eût été perdue, si ce misérable y fût retourné avec des pouvoirs. (Duc de Conegliano, Le maréchal Moncey, p. 204.) ↩
Caroline arriva à Florence le 16 floréal (6 mai 1801). Elle avait dû attendre pour partir la permission de son frère, qui écrivait à Murat, le 24 avril 1801 : « J’ai autorisé votre femme à se rendre à Florence. » (Correspondance de Napoléon. n° 5546.) ↩
Le général Leclerc avait été chargé par le Premier Consul d’organiser le Corps d’observation de la Gironde qui devait se réunir à Bordeaux. Pauline accompagna son mari dans cette ville après le départ de Caroline. ↩
Le post-scriptum est écrit de la main du Cardinal. ↩
Voir à ce sujet l’ anecdote racontée par MÉRY (Nuits italiennes, Paris, Michel Lévy, 1853) d’après un récit que lui fit la comtesse de Lipona, en 1835. ↩
Sur la lettre originale, le post-scriptum seul est autographe. ↩
A partir de cet endroit le post-scriptum est autographe. ↩
Louis de Bourbon, fils du duc de Parme Ferdinand, né en 1773, marié en 1795 à sa cousine issue de germaine, Marie-Louise, seconde fille de Charles IV, roi d’Espagne. Les nouveaux souverains d’Étrurie ne franchirent la Bidassoa pour aller en Toscane que le 11 mai, ils passèrent par Paris où ils arrivèrent le 25 mai. ↩
L’original de cette lettre de Murat à Ganteaume a figuré dans une vente d’autographes, du 24 mai 1894 (Charavay). ↩
M. Frédéric Masson (Napoléon et sa famille, t. II, p. 50) écrit au sujet de cette courte visite de Jérôme à son beau-frère. « Napoléon ignore que, profitant de la démonstration de l’escadre devant l’île d’Elbe, Jérôme a débarqué et poussé jusqu’à Florence où Murat, toujours empressé, lui a fourni tous les moyens de se distraire. » La vérité est tout autre. Belleville, écrivait de Livourne au ministre des Relations Extérieures, le 14 floréal. « L’escadre aux ordres du contre-amiral Gantheaume a paru à la vue de ce port le 11, j’ai été le rejoindre à 15 milles en mer… Le jeune frère du Premier Consul a été à Florence voir le général Murat, il s’est rembarqué hier ici pour rejoindre l’escadre qui entoure l’île d’Elbe. » (Aff. Étr. 153 A.) Loin de faire un mystère de la visite de Jérôme, Murat en rendait compte le même jour, 12 floréal, au ministre de la Guerre et renvoyait immédiatement le jeune homme à son poste auprès de Ganteaume. ↩
Mayer (Jean-Adam), général de brigade, le 28 janvier 1794. ↩
Sir Ralph Abercromby, à la tête d’une expédition forte de 20,000 hommes, avait réussi à débarquer à Aboukir le 8 mars 1801. Le 13, il n’avait pu s’emparer d’Alexandrie, à cause de l’énergique défense de Lanusse, qui donna le temps au général Menou de venir au secours de la place menacée. ↩
Un traité d’échange de prisonniers avait été conclu entre la Turquie et la France, le 17 germinal an IX. (Lettre de Forfait à Murat. Archives du prince Murat. D. 16. 2.) ↩
Félice Fontana, physiologiste et naturaliste italien, né à Pomarole (Tyrol) le 15 avril 1730. L’Empereur Léopold II l’avait appelé à la direction du Muséum d’histoire naturelle de Florence, il exécuta pour ce musée plus de 3,000 pièces d’anatomie en cire colorée. Fontana mourut à Florence, le 9 mars 1805. ↩
M. Lumbroso (Correspondance de Murat, n. LXXXII) publie une lettre de Murat au citoyen Aymé, datée de Florence, le 14 floréal an IX. Il le charge d’acheter à Paris un nécessaire pour Consalvi, et lui annonce l’arrivée de Caroline à Florence pour le lendemain. Les lettres de Murat à Aymé publiées par M. Lumbroso d’après les originaux qui se trouvent aux Archives Nationales F⁷, furent saisies chez Aymé, quand celui-ci fut arrêté en 1811, par ordre de l’Empereur. ↩
Ce tableau de Raphaël peint sur bois et représentant une Sainte Famille figure parmi les quinze tableaux vendus en 1822 à Lord Londonderry par la comtesse de Lipona. Dans l’estimation annexée à l’acte de vente, il figure pour la somme de 22,500 florins. ↩
Debelle écrivait le 22 germinal an IX à Moncey, en parlant de Watrin. Comme je l’ai dit au général Murat, rien n’est plus fait pour caractériser le désordre et la destruction de toute discipline que la conduite de ce jeune général. Par le courrier que vous avez expédié au général Murat, je lui ai écrit pour le prier de rappeler ses troupes, en le conjurant au nom de la discipline et du bon ordre de ne pas me contraindre de répondre à la provocación de Watrin. ² (Duc de Conegliano. Le maréchal Moncey, p. 200.) ↩
Mots laissés en blanc. ↩
Joseph Acton, né à Besançon en 1737, avait tour à tour servi dans la marine de France, en Toscane et à Naples. Il devint premier ministre en 1785 par la faveur de la Reine Marie-Caroline, il s’était fait l’instrument de l’Angleterre et avait amené l’invasion de Championnet dans le royaume de Naples. ↩
Moliterno-Pignatelli, né à Naples en 1774, avait été nommé, en 1799, par Championnet, membre du gouvernement provisoire de la République parthénopéenne, puis envoyé en ambassade auprès du Directoire. Il dut la vie à son éloignement, au moment du retour des Bourbons à Naples. ↩
Jacques-Louis-François Milet, général de brigade du 5 juillet 1800. ↩
Jean-François Carra Saint-Cyr, général de brigade du 9 octobre 1795. ↩
Théodore Chabert, né à Villefranche (Aveyron) en 1758, entré au service en 1774, général de brigade le 23 décembre 1793, membre au Conseil des Cinq-Cents, puis employé à l’Armée de Naples. ↩
Édouard-Jean-Baptiste Milhaud, né à Aurillac le 10 juillet 1766, élève au corps du génie de la marine en 1788, avait été député du Cantal à la Convention, puis avait repris du service actif en 1795 comme chef d’escadron de cavalerie. Il était général de brigade, du 5 janvier 1800. Le 1er janvier 1807, l’Empereur le créait général de division, et quelques jours plus tard, le 15 janvier, Milhaud écrivait à Murat : « Je me plais à répéter que je dois à votre Altesse et ma fortune et tout mon bonheur. » (Archives du prince Murat, D. 128. 20.) ↩
Cacault à Talleyrand (21 mai 1801). « … Le Pape a reçu l’avis le 27 floréal (17 mai) au soir, que le fort San-Leo et la province de Montefeltro dans le duché d’Urbino ont été occupés par les Cisalpins et enlevés à la domination de Sa Sainteté. Le Pape a fait partir un courrier pour porter ses plaintes d’un tel envahissement au général Murat à Florence, mais c’est le général Moncey qui a donné l’ordre… Ces sortes d’incidents font mauvais effet… (BOULAY DE LA MEURTHE, Concordat, t. II, p. 435.) ↩
Ville de Toscane à 129 kilomètres au sud de Florence, dans la Maremme toscane. ↩
Il faut rapprocher cette lettre des documents publiés par M. Boulay de la Meurthe (Concordat, t. II, p. 414 et s.) et surtout de la lettre écrite par Talleyrand à Cacault le 19 mai 1801, dans laquelle il lui ordonne de demander au Pape dans le délai de cinq jours, l’adoption du Concordat. « Je vous observe encore, dit-il en terminant, pour ne rien laisser d’incertain sur les intentions du Premier Consul, que si, avant la réception de cette dépêche, il était parti de Rome, un courrier, porteur d’un projet modifié à quelque degré que ce soit, vous ne devez laisser au Saint-Siège aucune espérance sur l’effet de pareilles dispositions. » ↩
M. de Tamara, ambassadeur de Russie auprès de la Porte, s’était entremis dans les négociations relatives à l’échange des prisonniers français en Turquie. ↩
Le 21 mars 1801, le général Menou avait attaqué les Anglais retranchés devant Alexandrie et avait forcé leurs lignes. Abercromby réussit à rallier ses troupes et à repousser les Français. Il mourut, sept jours après, le 28 mars, à bord du vaisseau qui le transportait à Malte. ↩
Ville de Toscane, à 33 kilomètres au sud-ouest de Florence, sur une colline entourée par l’Arno et ses affluents. ↩
Bonaparte avait, le 29 juin 1796, couché à San Miniato, chez cet abbé Bonaparte. Il se rendait à Florence, après avoir opéré un hardi coup de main sur Livourne, le 27 juin, et s’être emparé d’une quantité énorme de marchandises anglaises. « Le vieil abbé Bonaparte lui recommanda de profiter de sa belle situation en Italie, pour demander au Pape la canonisation gratuite d’un de leurs ancêtres communs le capucin Bonaventure Bonaparte, de Bologne, béatifié depuis longtemps, et dont la cause était restée en souffrance, faute d’argent. » (Marcellin PELLET, Bonaparte en Toscane en 1796, p. 284.) ↩
Pescara, ville maritime de la province de Chieti, sur la rive droite de l’estuaire de la Pescara qui se jette dans l’Adriatique. ↩
La partie de la lettre comprise entre [ ] ne figure pas dans le registre de correspondance. ↩
Post-scriptum autographe. ↩
La partie de cette lettre comprise entre ( ) a été publiée dans les Mémoires du maréchal Soult, t. III, p. 388. ↩
Minervino Murgie, ville de la Terre de Bari, à 35 kilomètres de Barletta, sur un tributaire de la rive droite de l’Offanto. ↩
Lettre publiée en partie dans les Mémoires du maréchal Soult, t. III, p. 389. ↩
Publiée par le comte Boulay de la Meurthe (Concordat, t. II, p. 447), d’après les Archives du Vatican ; le passage entre crochets n’existe pas dans le copie de lettres. ↩
Il s’agit de la lettre écrite par Murat à Petiet le 13 avril 1801. ↩
Hompesch, né en 1744 à Düsseldorf, avait d’abord été page du grand maître de Malte, puis représentant de l’Autriche à Malte. En 1797, il avait été nommé Grand-Maître, c’était le premier Allemand parvenu à cette dignité.
Le tsar Paul Ier, après la capitulation de Malte entre les mains de Bonaparte, fut nommé Grand-Maître de l’ordre de Malte par le grand prieuré de Russie, et Hompesch, moralement déchu, abandonné par toutes les puissances catholiques, sauf par le Pape et l’Espagne, se réfugia à Trieste. L’empereur François II le força d’abdiquer le 6 juillet 1799. Le 4 mai 1801, Hompesch écrivait à Murat : « Pénétré d’une vive sensibilité pour les bons offices que vous avez bien voulu employer près du général Premier Consul, je vous prie de vouloir bien être l’interprète de ma vive et respectueuse reconnaissance près de lui et de ma pleine confiance en sa magnanimité dans une circonstance où, si le général Premier Consul daigne soutenir les droits de ma dignité, je puis sans obstacle reprendre les rênes du gouvernement de mon ordre et d’exercer librement les prérogatives de la Grande-Maitrise, dont S. M. I. feu l’Empereur Paul Ier, par une invincible violence, m’empêchait le libre exercice, surtout si le général Premier Consul daigne faire connaître ses dispositions favorables à Sa Sainteté… » (Archives du prince Murat. D. 62 bis. 2.) ↩
Miot écrit dans ses Mémoires : « Le général Muller qui commandait la division, brave guerrier, mais d’un esprit peu éclairé, se déclara si ouvertement contre moi, il se porta à de telles inconvénances dans sa conduite que je fus obligé, pour sauver l’honneur de mon autorité, de le faire repasser en France. (Mémoires de Miot de Melito. Paris, Michel Lévy, 1858, t. II, p. 8.) ↩
Les plus beaux objets d’art de la galerie de Florence avaient été emportés à Palerme en octobre 1800, sur une frégate anglaise la Dorothée. ↩
Antoine-Philippe Casalta, général de brigade le 13 juin 1795. ↩
P. Covoni (Il regno d’Etruria, p. 56) donne des détails sur le rétablissement à Florence de l’Accademia del Cimento, fermée depuis plus d’un siècle, et sur les travaux de Félice Fontana. ↩
Lettre autographe publiée en partie par le comte BOULAY DE LA MEURTHE (Concordat, t. II, p. 452). ↩
Wicar (Jean-Baptiste-Joseph), né à Lille en 1762, élève de David qui l’emmena avec lui à Rome en 1785. Nommé par le décret du 18 pluviôse an II membre de la Commission chargée de réunir dans les Musées nationaux les objets d’art propres à l’instruction publique, il reçut en 1798 du Directoire l’ordre de s’adjoindre aux membres de la Commission des arts chargée d’explorer l’Italie. En 1800, il se fixa définitivement à Rome où il peignit un grand nombre de portraits. Il mourut en 1834 laissant à sa ville natale une collection qui forme aujourd’hui le Musée Wicar. (Voir DuFav. Notice sur la vie et les ouvrages de Wicar. Lille, 1844. In-8°). Le 17 floréal an IX, Alquier écrivait de Naples à Murat… « Envoyez donc des fonds à Wicar dont j’ai besoin à Naples pour reconnaître les objets d’art qu’on doit nous rendre. Ce sont les généraux qui ont l’argent, nous autres, pauvres diables, nous ne faisons que des mines et des phrases et cela ne ferait pas dîner Wicar une seule fois sur la route. » (Archives du prince Murat. D. 32. 9.) ↩
Jean-Pierre Lacombe, dont il sera souvent question jusqu’en 1804, était né le 6 mars 1753 à Saint-Michel de Van, près Gaillac. Surnuméraire dans le corps royal de l’artillerie le 6 juin 1787 au régiment de Toul, lieutenant en 1772, capitaine en 1779, commandant d’une compagnie de bombardiers en 1786, il se fit remarquer par ses idées libérales en 1789, et fut envoyé par les électeurs du Tarn à l’Assemblée législative. Grand ami de Danton, il fut chargé pendant dix-huit mois de missions diplomatiques et militaires, ce qui lui valut de ne pas se trouver mêlé aux événements tragiques de la Terreur. Général de brigade en novembre 1793, il fut élu par le département du Tarn au Conseil des Anciens et envoyé alors comme ambassadeur à Naples. Sur son rôle à cette époque, nous renvoyons à l’intéressante étude que M. A. Dry lui a consacrée dans l’ouvrage intitulé Soldats et Ambassadeurs sous le Directoire, an IV-an VII, t. II. A son retour de Naples, en 1799, Lacombe Saint-Michel fut nommé inspecteur de l’artillerie et employé à l’Armée du Rhin, puis à l’Armée de réserve, enfin en 1801, il commandait en chef l’artillerie de l’Armée d’Italie. ↩
Le 30 mai, l’ultimatum français, arrivé à Rome le 28, avait été notifié officiellement au Pape. Cacault fit tous ses efforts pour éviter une rupture et suggéra à Consalvi l’idée de se rendre en France pour négocier directement avec le Premier Consul. Le 2 juin, le Sacré-Collège approuvait cette résolution et le 6 juin, Consalvi et Cacault sortaient de Rome dans la même voiture pour se rendre d’abord à Florence auprès de Murat. Celui-ci, qui était aux eaux de Pise depuis le 29 mai, était rentré avec sa femme à Florence le 6 juin. Le 8 juin, tandis que Cacault restait en Toscane, Consalvi prenait la route de France. ↩
François, marquis de Chasseloup-Laubat, né à Saint-Cernin (Charente-Inférieure) le 18 août 1754, sorti de l’école de Mézières en 1774 comme officier du génie, s’était révélé dès 1793 comme un ingénieur militaire de premier ordre et avait gagné la confiance de Bonaparte par les services qu’il avait rendus pendant les campagnes d’Italie et, de 1801 à 1805, il mit en état de défense les débouchés du Tyrol, la ligne de l’Adige et les places maritimes comme Ancône et Tarente. ↩
Le 25 mai 1802, le général Soult quittait Tarente, le Premier Consul venait de le choisir pour être un des quatre commandants de sa garde. « Le général Soult, lit-on dans ses Mémoires publiés par son fils, reçut cette nomination avec autant de surprise que de joie. car il ne connaissait pas le Premier Consul, il n’avait pas servi dans les mêmes armées que lui et il ne l’avait même jamais vu. Cette marque de haute confiance et spontanée, de la part du Premier Consul, venait le trouver à Tarente, à la fin de son commandement et lorsqu’il était loin de s’y attendre… » Il est permis de supposer que les éloges de Murat ne furent pas étrangers à la détermination du Premier Consul. ↩
« La constitution du royaume d’Étrurie, le traité de Florence avec les Bourbons de Naples, le maintien du Pape dans ses États temporels étaient autant de désillusions pour les républicains italiens… C’était un devoir d’assurer la tranquillité des États dont la France avait reconnu l’existence. (CHAVANON et SAINT-YVES, Joachim Murat, p. 85.) ↩
Murat avait gardé auprès de lui le général Muller comme chef d’état-major, en remplacement du général L. Berthier ; mais le général Muller ayant été renvoyé définitivement en Corse, Murat choisit comme chef d’état-major provisoire l’adjudant-commandant Gauthier. (Lettre de Murat au ministre de la Guerre. N° 577.) ↩
Cette lettre semble contredire, au moins par sa date, ce qu’écrit M. P. MARMOTTAN (Bonaparte et l’archipel toscan, p. 9). « Léopold Berthier, chef d’état-major de Murat, avait détaché à Piombino en mai 1801, le chef de bataillon Blondeau, appuyé de quelques pièces d’artillerie, pour traiter de l’évacuation avec les Napolitains. Blondeau s’installa dans la ville et établit son commandement sur la côte jusqu’à Orbitello. ↩
Par une autre lettre datée du même jour, Alquier demandait à Murat un passeport pour M. Paget, ministre d’Angleterre près la Cour de Naples, qui devait se rendre à Vienne à son nouveau poste. Le 9 prairial an X, il avait déjà demandé un passeport pour un autre Anglais Lord Challey voyageant pour son plaisir. (Archives du prince Murat, D. 32. 16 et 20.) ↩
Pontelagoscuro, village à 4 kilomètres au nord de Ferrare, sur la rive droite du Pô. ↩
Le passage entre crochets n’existe que dans la lettre originale. ↩
Entrepreneurs des subsistances militaires. ↩
Dans la copie de cette lettre envoyée par Murat au ministre de la Guerre, le passage entre crochets est supprimé. ↩
Sur la mission de l’adjudant-commandant Dampierre à Naples et sur ses aventures pendant son séjour dans cette ville, on trouvera des détails dans les Souvenirs de M. d’ESPINCHAL publiés avec une préface de M. F. Masson. ↩
L’adjudant-commandant Dampierre eût préféré qu’Alquier continuit de se charger des négociations avec Naples. Il écrivait de Naples le 27 prairie an IX à Murat : « … Il n’y a plus rien à faire ici, M. Acton étant parti… C’est à Palerme qu’il faudra adresser les réclamations en droite ligne, en chargeant M. l’Ambassadeur de les faire valoir. Personne ne peut s’en acquitter mieux que lui. Je sais bien qu’il vous dira le contraire, qu’il ne peut pas démêler les objets militaires auprès du ministre et qu’il faut beaucoup mieux m’en charger, mais comme je ne peux pas entrer chez M. Acton, sans que sa figure se décompose, et sans qu’il ait une espèce d’irritabilité qui l’indispose, je crois que cela ne peut que nuire et il vaut beaucoup mieux que des personnes plus habituées aux formes et aux usages diplomatiques l’amènent plus doucement à des concessions faites de meilleure grâce et toujours mieux exécutées (Archives du prince Murat. D. 27. 1.) ↩
Francesco Guardione (Gioachino Murat in Italia. Palermo, 1899. In-16, p. 126 et s.) a publié d’après les originaux (R. Segretaria, filsa 3427. Archivio di stato in Palermo) les documents relatifs à la remise des trois frégates napolitaines aux autorités françaises. ↩